L’homme de l’idée

L’inefficacité, au sens bennabien, s’exprime chez l’intellectuel musulman sous la forme d’idées mort

dimanche 28 mars 2004

L’inefficacité, au sens bennabien, s’exprime chez l’intellectuel musulman sous la forme d’idées mortelles qui l’empêchent de jouer pleinement son rôle dans la renaissance de sa société.

A titre d’exemple, elle est en effet de l’ordre de l’absurde que cette attitude, pathologique, qui fait croire à nos intellectuels l’illusion qu’ils peuvent s’attribuer le droit d’orienter et de contrôler la société, sans lui reconnaître son droit d’orientation et de contrôle sur eux. Qu’il se proclame de la tradition ou de la modernité, l’homme de l’idée au sein de notre société doit soigner cette maladie, se débarrasser de cette illusion, sans quoi il ne pourra honorer son rôle.

L’homme de l’idée, qu’il soit artisan ou artiste, conçoit avant de faire. Faire sans concevoir est le propre de l’animal travailleur. En quelque sorte, le travail est stupidité à la fin, parce qu’il est déterminisme au début. N’est-il pas en effet une réponse, aussi bien de l’homme que de l’animal, au cycle naturel des nécessités biologiques ? L’homme qui travaille sans conception préalable, c’est l’esclave de la cité grecque ; c’est moi, quand j’arrête de penser et de concevoir.

Or, penser et concevoir sont tributaires, en ordre, du vouloir et du pouvoir de l’homme. Il est évident en effet que point de pensée sans volonté ni possibilité. Penser est un choix, d’abord, et capacité de le faire, ensuite.

Parce qu’il est en grande partie choix, le vouloir, produit d’un processus psychopédagogique, est libération pour le penseur car il le libère de ses désirs et de ses craintes. De son côté, parce qu’il est en grande partie garanties sociales, le pouvoir, produit d’un processus sociopédagogique, est liberté pour le penseur car il l’habilite et le limite dans son agir. Point de choix sans libération et point de liberté sans limites.

Une libération et une liberté qui ne cherchent nullement à renier l’humain ; elles aspirent plutôt à dompter l’animal qui l’habite, pour lui permettre d’aller justement à la rencontre de son humanité dans la dignité. « Certes, Nous avons honoré les fils d’Adam. » [Coran 17:70]

La mission des processus psychopédagogique et sociopédagogique devient dès lors le conditionnement de « l’énergie vitale » des individus d’une société afin de la mettre au service d’une construction civilisationnelle. Équilibre en mouvement, ce conditionnement doit être un juste milieu, car, dans les termes de Malek Bennabi, « ... quand on supprime (cette) énergie vitale on détruit la société. Quand on la libère totalement elle détruit la société... en annulant le réseau de ses liaisons sociales, brisant son action concertée en mille activités individuelles ou groupusculaires contradictoires. »1

Ainsi nous pouvons comprendre pourquoi il ne peut (prétendre à) orienter le peuple que celui qui accepte que la société l’oriente. Nous pouvons également appréhender pourquoi l’éducation personnelle et sociale constitue la première priorité de ceux qui aspirent à une vraie renaissance dans le monde musulman.

Notes :

1 Malek Bennabi, « Le problème des idées dans le monde musulman », Ed. Al Bay’yinate, Alger, 1990.

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