Mercredi 26 November 2014
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L’héritage dans le Coran : Loi divine, Droit des hommes, ou droits des femmes ? 1/2 - La wasyya ou legs testamentaire-

L’héritage dans le Coran : Loi divine, Droit des hommes, ou droits des femmes ? 1/2 - La wasyya ou legs testamentaire-
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Une fois l’an, l’imam de mon quartier, ancien avocat et homme tranquille, fait trembler le minbar de la mosquée. Comment des musulmans osent-ils contourner la « Loi de Dieu » et donner de leur vivant à leurs filles une part de leurs biens afin qu’elles « héritent » dans les faits de autant que leurs frères… Détournement de la « Loi divine » qui les expose à la vindicte des imams et des ulémas et, à ne pas en douter, à la colère de Dieu. La messe est dite, si j’ose dire.

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Une fois l’an, l’imam de mon quartier, ancien avocat et homme tranquille, fait trembler le minbar de la mosquée. Comment des musulmans osent-ils contourner la « Loi de Dieu » et donner de leur vivant à leurs filles une part de leurs biens afin qu’elles « héritent » dans les faits de autant que leurs frères… Détournement de la « Loi divine » qui les expose à la vindicte des imams et des ulémas et, à ne pas en douter, à la colère de Dieu. La messe est dite, si j’ose dire.

• Nous allons réserver trois articles à cette question, non pas tant que nous considérions qu’elle soit centrale en islam, mais à titre d’illustration concrète des trois volets précédents consacrés à la “réforme islamique” avec, encore une fois, autant de précision que de précaution quant au recours par défaut au terme « réforme ».

Parallèlement, cette étude s’inscrit dans le droit fil de nos recherches exégétiques antérieurement présentées et relatives aux principes coraniques de justice et d’égalité entre les hommes et des femmes.[1]

• Comprendre la problématique de l’héritage en islam nécessite de retourner au Coran. Plus encore que de principe, puisqu’ici l’héritage est revendiqué par la sharia comme une « loi divine » et que ladite « Loi » est par définition obligatoirement inscrite dans le texte coranique. Incontestablement, une quinzaine de versets concernent le devenir des biens laissés par le défunt et ils sont réputés englober la totalité de la thématique.[2] Nous en étudierons l’essentiel selon l’ordre chronologique et en fonction de leurs propos respectifs.

• Tout d’abord, une analyse générale du sujet établit aisément que le Coran traite en réalité la problématique selon trois modalités qu’il convient donc préalablement à toute lecture de distinguer avec rigueur. La terminologie le permet, et trois termes clef sont à noter, tous ayant d’ailleurs leurs correspondants en Droit français :

· wasyya : le legs testamentaire, les biens sont librement répartis par testament.

· ‘atyya : donation, les biens sont librement attribués par le donateur de son vivant.

· warth : l’héritage, les biens du défunt sont transmis par succession établie selon la loi.

Première constatation : du fait de la présence de trois approches distinctes, parler de « l’héritage dans le Coran  » est soit une généralisation abusive, soit un abord sélectif. Cet article étudiera les deux premiers points, pour l’essentiel l’importance de la wasyya ou legs testamentaire dans le Coran. Le prochain sera consacré à l’héritage proprement dit.

Bien évidemment, nous ne chercherons pas à établir des parallèles ou des voies de passage entre un énoncé coranique supposé archaïsant et une modernité prise comme référant. Cela n’est ni notre conviction, ni notre méthodologie, faudrait-il que nous eussions encore à le rappeler. 

L’exposé à suivre est simple, il propose à qui veut nouer cette relation au Texte une lecture directe et strictement littérale des versets du Coran. Ce faisant, apparaîtra par contraste par quels artifices exégétiques il a été classiquement procédé à un détournement du sens coranique. Enfin, il nous faudra porter une attention toute particulière en cette analyse à la distinction des termes legs testamentaire et héritage, deux dispositions coraniques distinctes ci-dessus mentionnées, et veiller par conséquent à ne pas confondre legs ou testament et héritage.

I LA WASYYA OU LEGS TESTAMENTAIRE

Chronologiquement, il s’agit des trois premiers révélés quant au devenir des biens du défunt. Ils sont relatifs à la wasyya, le legs testamentaire, et situés en sourate « La génisse », ils sont donc de la première période médinoise. Premier constat : le Coran a ainsi amorcé son processus d’information et d’éducation en matière de succession par la notion de legs testamentaire et non point par le warth, l’héritage :

كُتِبَ عَلَيْكُمْ إِذَا حَضَرَ أَحَدَكُمُ الْمَوْتُ إِنْ تَرَكَ خَيْرًا الْوَصِيَّةُ لِلْوَالِدَيْنِ وَالْأَقْرَبِينَ بِالْمَعْرُوفِ حَقًّا عَلَى الْمُتَّقِينَ (180) فَمَنْ بَدَّلَهُ بَعْدَمَا سَمِعَهُ فَإِنَّمَا إِثْمُهُ عَلَى الَّذِينَ يُبَدِّلُونَهُ إِنَّ اللَّهَ سَمِيعٌ عَلِيمٌ (181) فَمَنْ خَافَ مِنْ مُوصٍ جَنَفًا أَوْ إِثْمًا فَأَصْلَحَ بَيْنَهُمْ فَلَا إِثْمَ عَلَيْهِ إِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَحِيمٌ (182)

“ Il vous a été prescrit [kutiba ‘alaykum] – lorsque se présente à l’un de vous la mort et qu’il laisse des biens – le legs testamentaire [wasyya] en faveur des père et mère et des plus proches, convenablement. Ceci est un devoir pour les gens pieux.” V180.

“ Qui l’altérera [ce testament] après l’avoir entendu, vraiment ce péché n’incombe qu’aux falsificateurs. Certes, Dieu entent et sait.” V181.

“ Et qui craint du testateur [mûsi] quelque injustice ou iniquité et les réconcilie, alors pas de péché à cela. Certes, Dieu pardonne et fait miséricorde.” V182.

Verset 180.

– Le terme clef wasyya signifie legs testamentaire. Cette disposition, existante au demeurant dans le Droit français, permet de transmettre de son vivant des biens librement et dûment quantifiés aux personnes de son choix, que ce soit aux héritiers dits naturels ou à d’autres personnes non nécessairement bénéficiaires de l’héritage prévu par la loi. La racine wasâ indique à l’origine l’idée de réunir une chose à une autre d’où lier les générations par la transmission d’un bien, action nommée wasyya. Ce nom verbal a donc pris comme sens : legs testamentaire, testament, recommandation.

– Il est dit : « kutiba ‘alaykum  », compris comme signifiant « il vous a été prescrit  » alors que littéralement nous comprendrions : « il a été écrit ». L’emploi particulier de kutiba s’inscrit ici en une série de trois : « Il vous a été prescrit le talion » V178 et « Il vous a été prescrit le jeûne » V183. Ceci laisse peu de doute quant à son sens : il s’agit d’une prescription à caractère obligatoire.

L’on cite régulièrement à ce propos un hadîth prophétique rapporté par al Bukhârî, Muslim et d’autres : « Un musulman qui possède une chose et veut la léguer [sî] n’a pas le droit de passer trois nuits sans avoir rédigé son testament [wasyya]. »

Subtilement, ce verset se conclut par ces mots : « Ceci est un devoir pour les gens pieux  », l’accomplissement d’une obligation est ainsi subordonné à la piété et une prescription ne devient une obligation qu’en fonction de ladite piété.[3]

– Ce caractère obligatoire du legs [wasyya] a posé problème aux juristes, d’autant plus, nous le verrons, que cet aspect obligatoire est beaucoup moins évident concernant l’héritage légal proprement dit ! Certains durent donc sortir de leur turban exégétique le lapin abrogateur et déclarer ces versets abrogés par ceux relatifs à l’héritage ! Logique ! D1. Tabari, pour ne citer que lui, s’inscrit en faux contre cette affirmation, mais utilisera alors d’autres arguments pour réduire l’importance du legs testamentaire, wasyya. Quant à nous, nous nous sommes déjà exprimé sur l’impossibilité ontologique et textuelle du principe d’abrogation comme sur le respect strict de la lettre coranique[4]

– Au service de la même volonté d’effacement du Texte, signalons un propos attribué à Ibn ‘Abbâs rapporté par al Bukhârî : « Les biens revenaient à l’enfant et le legs était pour le père et la mère. Puis, Dieu a abrogé de cela ce qu’Il souhaita et Il a institué au garçon l’équivalent de la part de deux filles, pour chacun des deux parents le sixième, à la femme le huitième et le quart, et à l’homme la moitié et le quart. »

Le titre de la rubrique où al Bukhârî insère ce texte est en lui-même explicatif : « Pas de legs en faveur de l’héritier  ». Conformément à son point de vue de juriste, et de manière fort habile, al Bukhârî a construit l’intitulé de cette section en reprenant mot à mot un hadîth rapporté par Ibn Dâwud et Ibn Hanbal où le Prophète aurait dit : « Pas de legs en faveur de l’hériter » [lâ wasyyata liwârithin]. Mais, plus rigoureusement cette fois-ci, al Bukhârî ne peut y faire figurer les termes de ce hadîth car il ne remplit pas le cahier de charge du sahîh. Il le remplace alors par le propos attribué à Ibn Abbâs cité ci-dessus qui, lui, est réputé sahîh. Cette collusion fonctionne encore en tous les traités de Droit, fiqh, et nul ne doute que le Prophète aurait ainsi déclaré abrogés ces versets du Coran et que la wasyya ne serait qu’une mesure subalterne vis-à-vis de l’héritage ! Ici, donc, double détournement de sens. L’on appréciera tout autant l’élégance du procédé que la subtile volonté de manipulation des sources et des lecteurs, malgré tout l’islam et les musulmans… D2.

En réalité, ce propos n’engage au plus que son auteur, Ibn ‘Abbâs, et non pas le Prophète, et il exploite sans argument ni preuve le principe d’abrogation afin « d’harmoniser » le Coran à ce que le Droit voulut par la suite. A savoir, donner la prépondérance à l’héritage coranique au détriment de la wasyya en affirmant que l’obligation de legs ne vaut que pour ceux qui n’ont pas droit à l’héritage. De facto, nous le constaterons, ce rapport est exactement l’inverse dans le Coran, l’héritage coranique ne concerne que le reliquat des biens non distribués par legs testamentaire, wasyya. D3.

– Le verset 180 énonce : « Il vous a été prescrit – lorsque se présente à l’un de vous la mort et qu’il laisse des biens  » et précise alors le procédé et les bénéficiaires possibles : « Il vous a été prescrit… le legs testamentaire [wasyya] en faveur des père et mère et des plus proches  ».

Notons que le Coran emploie le duel al wâlidayn, les deux parents, pour désigner comme d’usage le père et la mère. Nombreux sont les exégètes, tel Tabari, et les juristes à avoir affirmé qu’ici le terme wâlidayn devait signifier abâ’u : l’ensemble des parents du coté paternel et du coté maternel à l’exception justement du père et de la mère du testateur !   Cette allégation est linguistiquement erronée et s’oppose à la précision sémantique du Coran qui, utilisant effectivement ces deux termes, ne les confond jamais ! La volonté de détournement textuel est encore une fois manifeste : il s’agit pour ces « interprétateurs » de réduire de force la répartition des legs en fonction des règles de l’héritage et de fournir une légitimation rétrospective aux hadîths ci-dessus mentionnés. D4.

– Le mot al aqrabîn, « des plus proches », désigne la deuxième catégorie de bénéficiaires du legs après les deux parents. Il a été lui aussi l’enjeu de joutes exégétiques. Il qualifie littéralement ce qui est le plus proche sans trop d'exactitude. L’on traduit d’ordinaire cette expression par « proches parents » ce qui a pour défaut de ne pas nécessairement inclure les enfants du défunt. Pour éviter ce sous-entendu non conforme à la lettre coranique, nous avons donc traduit par « les plus proches », forme littérale qui conserve l’imprécision et la globalité voulue de l’original. Par ailleurs, nous trouverons en S4.V8 la locution ûlû-l-qurbâ qui correspond alors selon le contexte évident aux proches, ici sans précision de liens familiaux. Conséquemment, par al aqrabîn, les plus proches, le Coran désigne les proches de la famille, enfants et proches parents inclus. Il convenait donc de distinguer par la traduction ces deux catégories de bénéficiaires comme, encore une fois, de respecter la rigueur sémantique du Coran. D5.

– « et qu’il laisse des biens ». Le texte coranique emploie le singulier « un bien », khairan. Le procédé littéraire est à l’inverse du français où le pluriel « des biens » peut désigner une seule chose, comme une maison ou une propriété. En arabe, le singulier peut englober plusieurs biens matériels exactement comme le singulier mâl représente les numéraires ou les biens. D’aucuns, tel az-Zamakhsharî, ont supposé qu’il fallait que ces biens soient abondants pour tomber sous le coup de l’obligation d’en faire legs par wasyya. Cette affirmation ne repose sur aucun support linguistique ou coranique, mais traduit encore une fois ce que le juridique a voulu par la suite. Nous verrons au sujet de S4.V7-8 que le Coran, au contraire, n’impose aucune limitation à ces legs. D6.

– De nombreuses traductions rendent la locution bi-l- ma‘rûf par : « selon la coutume » ou « de manière reconnue » ou « selon l’usage », ce qui indiquerait qu’il existait déjà une règle connue quant à la répartition des biens. Si tel avait était le sens voulu il n’y aurait eu aucune raison logique pour le Coran à prescrire cette wasyya. Il faut donc comprendre l’expression bi-l- ma‘rûf en fonction de l’étymologie comme signifiant correctement, convenablement, en bien, bon, de belle manière, nous avons traduit par : «  convenablement  ». Aussi, ce classique discret glissement de sens et de traduction imposé au texte coranique a pour conséquence de réduire la wasyya à une coutume alors même qu’il s’agit d’une prescription importante et principale du Coran. D7.

– Au final, le sens obvie littéral de ce verset est parfaitement explicite et se suffit à lui-même. Lorsqu’un texte est sémantiquement complet et non équivoque, toute extrapolation est dépassement. En ce verset, il est prescrit à tout musulman de léguer par testament, wasyya, dès lors qu’il possède quelques biens, une part librement déterminée de ses biens à ses deux parents [s’ils sont encore en vie s’entend] ainsi qu’à ses plus proches, c'est-à-dire ses enfants et autres proches parents.

Verset 181.

Il indique que le testament a ici une forme orale : « qui altérera [ce testament] après l’avoir entendu  ». Une révélation chronologiquement postérieure, en S5.V106-108, insistera sur le fait de s’assurer de la présence de deux témoins et de leur honorabilité lorsque le testateur dicte son testament. En ces versets, un doute littéral persiste quant à savoir si cette dictée est écrite ou purement orale. Ceci a pour avantage de valider sans problème ces deux formes testamentaires et de permettre une adaptation évolutive. 

Verset 182.

« Et qui craint du testateur [mûsi] quelque injustice ou iniquité et les réconcilie, alors pas de péché à cela. » Ce verset n’indique pas la possibilité de modifier post-mortem les dispositions du testament. Le segment « et les réconcilie » concerne des bénéficiaires, ou des non-bénéficiaires, qui se seraient estimés lésés par les dispositions du testateur. Il est ainsi stipulé que l’on puisse rechercher entre eux un accord à l’amiable, sans plus de précision. Le texte en apparence ne dirait pas si cette réconciliation est purement d’ordre relationnel ou comprend des arrangements quant aux biens échus entre les destinataires. Toutefois, la locution complémentaire « alors pas de péché à cela », litt. « alors pas de péché sur lui » n’aurait aucune raison d’être s’il ne s’agissait que de régler des différents relationnels, car cela n’a jamais été un péché, bien au contraire. Par conséquent, cette remarque vaut pour le fait de rééquilibrer par conciliation la répartition des biens testés entre les bénéficiaires s’estimant lésés. Ces réarrangements post-mortem ne sont donc pas considérés comme équivalent à une modification volontaire du testament, altérations condamnées au verset 181. C'est la recherche du bien de tous qui doit ici servir de guide : « Ceci est un devoir pour les gens pieux  » et «  Dieu pardonne et fait miséricorde  ».

– Un hadîth bien connu et abondamment exploité vise à réduire la quantité de biens susceptibles d’être légués. Il est rapporté notamment par al Bukhârî. En ce récit un peu long, Abû Waqqâs demanda au Prophète : « Puis-je léguer les deux tiers de mes biens ? – Il répondit : non. – Je dis : la moitié ? – Non. – Il dit : le tiers, et le tiers c’est beaucoup… » Manifestement, nous aurions là un cas de spécification par le Prophète du cas général énoncé par le Coran, une réduction de la wasyya. Si l’on pourrait admettre que le Prophète pût spécifier des cas généraux coraniques, nous ne devons pas confondre spécification et restriction. L’on peut spécifier des éléments non explicitement mentionnés, mais non restreindre ce qui a été explicitement non limité. En effet, d’une part, les versets que nous avons mentionnés n’indiquaient effectivement aucune limitation et, d’autre part, nous trouvons confirmation en un autre passage du fait que le Coran n’envisage pas que puisse être considéré un système de limitation, même théorique, en matière d’attribution de la wasyya

وَالَّذِينَ يُتَوَفَّوْنَ مِنْكُمْ وَيَذَرُونَ أَزْوَاجًا وَصِيَّةً لِأَزْوَاجِهِمْ مَتَاعًا إِلَى الْحَوْلِ غَيْرَ إِخْرَاجٍ فَإِنْ خَرَجْنَ فَلَا جُنَاحَ عَلَيْكُمْ فِي مَا فَعَلْنَ فِي أَنْفُسِهِنَّ مِنْ مَعْرُوفٍ وَاللَّهُ عَزِيزٌ حَكِيمٌ (240)  

“ Ceux d’entre vous dont la fin est proche et qui laisseraient des épouses, alors qu’ils fassent un legs testamentaire [wasyya] en faveur de leurs conjointes : de quoi subvenir une année, sans expulsion…” S2.V240.

– Chronologiquement, ce verset fait partie du groupe relatif à la wasyya dont il constitue un cas appliqué. Concrètement, lorsque le défunt n’est pas très riche il peut arriver régulièrement que cette provision de un an dépasse largement le tiers des biens, il n’est donc pas possible d’instituer un plafonnement de la wasyya. Ce constat coranique s’oppose directement et clairement à ce que soutient le hadîth ci-dessus évoqué. Il n’est donc pas cohérent d’admettre que ce propos ait pu être prononcé par le Prophète, le hadîth fût-il techniquement authentifié, sahîh. D8.

Notons qu’une telle mesure vise à assurer une vie décente à la veuve, c'est dire aussi qu’il faille lui laisser une autonomie financière. Dans le contexte de vie et de survie de l’époque cela signifiait lui permettre de ne point être dans l’obligation de se remarier par nécessité. Il s’agit bien d’un legs sans notion de part ou de quotité. La veuve est ici bénéficiaire hors des cas prévus en sus par l’héritage.[5]

– L’objectif de l’exégèse juridique étant de mettre en avant uniquement l’héritage par quotes-parts au détriment de la prescription coranique de la wasyya, il fut décidé d’élimer ce verset des tablettes et par là même de légitimer rétrospectivement la fausse preuve prophétique de limitation au tiers des biens pour la wasyya, deux précautions valent mieux qu’une. Il fut donc déclaré par certains que ce verset était abrogé en vertu de S2.V234 qui fixe le délai de vacuité des veuves à quatre mois et dix jours ! Bien qu’il n’y ait pas vraiment de rapport entre les deux textes de ces versets, l’on sent poindre l’argument : si une veuve peut être épousée après un délai de quatre mois et dix jours, alors pourquoi lui donner un an de vivres ?! On appréciera le réalisme pragmatique… D9.

• Par ailleurs, nous pouvons lire deux versets révélés postérieurement aux précédents :

لِلرِّجَالِ نَصِيبٌ مِمَّا تَرَكَ الْوَالِدَانِ وَالْأَقْرَبُونَ وَلِلنِّسَاءِ نَصِيبٌ مِمَّا تَرَكَ الْوَالِدَانِ وَالْأَقْرَبُونَ مِمَّا قَلَّ مِنْهُ أَوْ كَثُرَ نَصِيبًا مَفْرُوضًا (7) وَإِذَا حَضَرَ الْقِسْمَةَ أُولُو الْقُرْبَى وَالْيَتَامَى وَالْمَسَاكِينُ فَارْزُقُوهُمْ مِنْهُ وَقُولُوا لَهُمْ قَوْلًا مَعْرُوفًا

“ Aux hommes une part [nasîbun] de ce qu’auront laissé père et mère et les plus proches. Aux femmes une part de qu’auront laissé père et mère et les plus proches [al aqrabûn]. De cela, peu ou beaucoup, une part déterminée [mafrûdan]. Et lorsqu’assistent au partage les proches [ûlû-l-qurbâ], les orphelins et les nécessiteux, prélevez-en pour eux et tenez leur propos convenable.” S4.V7-8. 

– Une difficulté : comment déterminer le sujet traité en ces deux versets ? Dans le contexte court (nous sommes au début de S4), trois hypothèses sont envisageables :

1. Il s’agit de la restitution et de la distribution de leurs biens aux orphelins, thème principal depuis le début de la sourate, restitution stipulée au verset 6 et dont il sera encore question au verset 10. 

2. Il s’agit d’une allusion aux parts de l’héritage, héritage qui sera abordé en détail aux versets 11-12.

3. Il s’agit d’un rappel concernant l’obligation de legs testamentaire, la wasyya.

– Hypothèse 1 : Dans le contexte littéral immédiat, il serait théoriquement possible que ce verset soit relatif à ce problème, mais l’expression « de cela peu ou beaucoup  » élime cette probabilité, les biens de l’orphelin doivent lui être remis en totalité.

– Hypothèse 2 : Le très concis segment « de cela peu ou beaucoup  », « mimmâ qalla minhu aw kathur  » nécessite d’être bien compris. En ce verset, pour minhu, de lui, le pronom lui peut représenter en théorie soit « la part », nasîbun, masculin en arabe, soit ce qui « a été laissé  ». Mais, syntaxiquement, ce segment est obligatoirement rattaché à ce qui le précède et se lit littéralement ainsi : une part […] de ce qui est un peu de lui ou beaucoup. C'est donc, puisqu’il ne peut y avoir en ce cas de répétition légitime, que « de lui » représente l’autre élément, ce qui a été laissé, le bien du défunt. La traduction française impose toutefois de ne pas retraduire le segment « de lui », mais par « de cela peu ou beaucoup  » l'on doit comprendre : attribuez une part des biens du défunt, peu ou beaucoup, c.à.d. comme vous le désirez. Ceci étant posé, il ne peut s’agir ici de l’héritage dont les parts sont a priori des quotes-parts établies au prorata et non réductibles ou augmentables.[6] Par conséquent, ce verset ne traite pas de l’héritage.[7]

– Hypothèse 3 : Il est donc dit que devra être légué un peu ou beaucoup des biens que l’on possède, librement, ceci correspond bien au cas de la wasyya.[8] Pareillement, les mêmes termes supposent qu’il n’y ait pas de limitation quantitative et qu’ainsi une personne puisse léguer la totalité de ses biens.

– L’expression « une part déterminée » indique que les parts léguées doivent être précisément déterminées par le testament. Il est incorrect de traduire cette expression par « part obligatoire  », traduction qui induit une fâcheuse confusion d’avec le principe régissant l’héritage. Le terme mafrûdan, que l’on assimile plus ou moins inconsciemment, ou plus ou moins consciemment, au mot fard, obligation divine, de même racine, signifie étymologiquement déterminé. La collusion est entretenue par le vocabulaire juridique qui désigna ces parts fixes de l’héritage, les quotes-parts, par le pluriel farâ’id. D10.

De même, ce n’est que l’usage juridique post-coranique qui a limité la signification de mafrûdan à ce domaine technique avec les sens de : assigné, prescrit, obligatoire. D11.

Néanmoins, l’on retrouve l’expression nasîban mafrûdan une seule autre fois en le Coran, toujours en S4, au verset 118, où Satan dit : « Je saisirais parmi Tes serviteurs une part déterminée [nasîban mafrûdan] » sens incontournable qui confirme notre analyse.[9]

– Ce verset confirme donc qu’il n’y a pas dans la wasyya de quotes-parts, répartition au prorata, mais que les parts sont en fonction de la volonté du testateur. Notons qu’énoncer « aux hommes une part  » et « aux femmes une part », pourrait sembler s’opposer à ce qui va être formulé trois versets après au sujet de l’héritage et de la dissymétrie des parts entre les hommes et les femmes. En réalité, ceci n’est pas contradictoire, le legs a ses règles, l’héritage les siennes, ce n’est que l’équivoque entretenue entre ces deux principes coraniques qui génère cette pseudo situation. Par ailleurs, la symétrie textuelle dans le rapport homme/femme pourrait laisser entendre, sans que cela soit malgré tout explicitement exprimé, que dans le cas de la wasyya les parts devraient être égales. Tout du moins, littéralement elles pourraient l’être et rien de même ne l’interdit, ce qui est tout à fait conforme à l’esprit général du Coran en matière d’égalité.

Au final : Le Coran donne une grande importance à la wasyya [S2.V180-183 ; S2.V240 ; S4.V7-8]. Il s’agit d’une obligation de legs par testament, oral ou écrit, fait de son vivant et devant témoins. Ces legs bénéficient expressément à la veuve, au père et à la mère du défunt s’ils sont encore de ce monde ainsi qu’aux enfants ou autres membres proches de la famille. Il n’est ici établi aucune distinction entre les hommes ou les femmes et la répartition des biens est libre, sans quotes-parts. Enfin, le Coran autorise à répartir selon ce principe la totalité de ses biens.

II LA DONATION

– Le don ou sadaqa est bien évidemment éminemment recommandé dans le Coran, mais ici nous entendons plus particulièrement le don fait dans les perspectives du décès, ‘atyya, donation, dit aussi hiba. Cette mesure concerne des bénéficiaires qui ne sont pas membres de la famille, et nous avons déjà cité : “ Et lorsqu’assistent au partage les proches, les orphelins et les nécessiteux, prélevez-en pour eux et tenez-leur propos convenable.” S4.V7-8. Nous ajouterons : “ A chacun, Nous avons désigné des ayants droits[10] sur ce qu’ont laissé père et mère et proches parents, ainsi qu’à ceux liés par vos contrats, donnez-leur donc leur part. Certes, Dieu de toutes choses est témoin !” S4.V33. Voir aussi : S8.V75 ; S33.V6.

 – Nous notons que l’ensemble des versets relatifs à la donation cité ci-dessus est postérieur aux versets concernant la wasyya, legs testamentaire. Cette nouvelle incitation à une répartition hors liens du sang des biens visent donc à prolonger et à élargir encore plus le champ d’application du legs testamentaire. L’objectif du Coran semble bien être de dépasser la notion même de transmission familiale afin d’établir une réelle répartition des richesses, une solidarité vraie entre les membres de la société.

CONCLUSION

Notre étude littérale des versets relatifs à la wasyya, ou legs testamentaire, a mis en évidence trois faits essentiels :

– Premièrement, il s’agit chronologiquement de la première disposition prise par le Coran.

– Deuxièmement, cette prescription par testament, oral ou écrit, a un caractère d’obligation.

 – Troisièmement, le testateur peut répartir librement ses biens qu’il s’agisse de les léguer à des hommes ou des femmes.

Il est loisible de constater que ces mesures sont aussi sages que libérales et qu’elles ne contreviennent ou ne contredisent en rien le principe d’égalité coranique entre les hommes et les femmes tel que nous l’avons précédemment mis en exergue.[11]

Ceci étant, il est pareillement aisé d’observer que ces quelques versets ont subi de très nombreux assauts exégétiques afin d’être, soit purement effacés par abrogation ex cathedra, soit minorés en leur application s’agissant des ayants droits ou du montant ainsi légué, soit réduits à un rôle secondaire en regard de l’héritage. Nous avons pointé au long de notre analyse ces tentatives de détournement de D1 à D11. L’on aura de même remarqué que l’écart entre l’analyse littérale et la subjectivité juridico-interprétative de l’exégèse classique est très important ; par les jeux d’artifices qui leur sont propres, les exégètes parviennent parfois à créer et édicter un sens à contre Coran. Il en sera de même pour le volet à suivre consacré à l’héritage selon le Coran.

Cet exemple aura mis en évidence un des processus d’élaboration de l’islam historique, ici sous l’aspect du Droit musulman à partir d’une pression exégétique constante. Le prochain article, consacré à la notion d’héritage dans le Coran montrera comment ce même Droit, fiqh, aura réussi à imposer prioritairement le principe pourtant secondaire de l’héritage, warth, tout en marginalisant le legs testamentaire ou wasyya pourtant obligatoire et premier. Ce faisant, ce Droit a prétendument au nom du Coran inscrit en l’islam historique le principe juridique d’iniquité : un homme vaut deux femmes ou une femme vaut la moitié d’un homme. Fiction exégétique dictée à la réalité textuelle coranique, mais qui informe encore puissamment les mentalités des musulmans. 

Enfin, en toute modestie, sans aucune prétention à dicter, notre unique objectif au travers de la lecture littérale du Coran objectivement menée sera de fonder à l’origine, le Texte, et pour qui le désire, une relecture du musulman lui-même, une “réforme” de ses mentalités.


 

[1] Cf. Égalité des hommes & des femmes, volets 1 ; 2 ; 3. Les deux articles consacrés à « L’héritage dans le Coran », répondent à la deuxième des 15 objections listées en « Égalité des hommes et des femmes 1 ». Ces questions sont autant de points régulièrement soulevés et supposés montrer la contradiction entre le principe d’égalité plénière entre les hommes et les femmes énoncé a priori dans le Coran et une série de mesures ou édictions coraniques prétendument discriminatives à l’égard des femmes.

[2] Cf. S2.V180-182 ; S2.V240 ; S4.V7-8 ; S4.V11-14 ; S4.V19 ; S4.V33 ; S4.V176 ; S5.V106-108 ; S8.V75 ; S33.V6.

[3] Ceci justifie à mon sens l’expression coranique kutiba ; dans les trois passages consécutifs précédemment cités, la notion de piété y est explicitement mentionnée en tant que moteur de la mise en œuvre. Une confirmation définitive nécessiterait une étude systématique de l’ensemble de ces occurrences dans le Coran.

[4] Cf. notamment : « Point de contrainte en religion – Réfutation de l’abrogation ; Un colosse aux pieds d’argile.  »

[5] Ceci correspond au douaire de l’ancien usage français.

[6] Les traductions du type : « que ce soit peu ou beaucoup » sont incorrectes et égarent le sens en laissant à penser que cela pourrait désigner le montant des quotes-parts de l’héritage qui, effectivement, peuvent être plus ou moins importantes.

[7] De plus, au verset 8 il est dit : « Et lorsqu’assistent au partage les proches… » L’emploi du mot partage, qisma, ne plaide pas ici en faveur de l’héritage qui est une répartition selon l’ordre indiqué par le Coran, mais correspond bien dans les faits à la wasyya.

[8] L’on notera la mention des père et mère, al wâlidayn, et de al aqrabûn, les plus proches. Ces termes sont identiques à ceux des versets précédemment cités au sujet de la wasyya alors même que ces deux mots sont absents des versets traitant de l’héritage. Au passage, ceci illustre la grande précision sémantique et terminologique du Coran.

[9] Pour un même traducteur, la comparaison de la traduction concernant ces deux versets met le plus souvent en évidence des choix différents.

[10] La traduction diffusée par l’Arabie Saoudite, et d’autres, traduisent mawâlî par héritiers. Cet abus de sens a comme pour objectif de resserrer la focale sur l’héritage. C’est ainsi par « (re) touches » successives que l’on parvient à inscrire l’héritage à parts déterminées comme prioritaire au détriment du Coran qui quant à lui privilégie la wasyya. Ceci permit l’inscription et le maintien dans l’islam de la ségrégation entre hommes et femmes, point de fixation et axe de construction du juridisme classique comme antique obsession du néo-wahhabisme.

[11] Cf. note1.

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Commentaires

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SALAAM

Je ne suis pas du tout d’accord, mais j’attends la suite de l’article pour développer mon point du désaccord.

Boukhari a mille fois raison de citer le hadith qui interdit les legs testamentaires pour les héritiers. Pourquoi vouloir contourner une règle que Allah a établi ?

Si l’intention du défunt est de contourner la prescription légale divine, ce legs s’apparente au comportement de "ashab subt".

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Dr.Al-’Ajamî,
Je lirai demain cet article passionnant dans le détail. Ma lecture cursive de ce matin m’a interrogée un peu hors du sujet :

Comment se fait-il que les gens soient si méchants ?

J’ai déjà eu l’occasion de réfléchir sur Mohammed ibn ’Abdel-Wahhâb et sur le fiqh. Ni l’homme ni la discipline n’étaient fondamentalement mauvais.

Ils ne le sont probablement pas mais notre lecture de leurs écrits pourraient bien être incorrecte…

Je retourne à mon ménage de Noël…

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Assalâmou alaykoum wa rahmatoullâhi wa barakâtouhou,

Baraka Allâhou fik Dr Al’Ajamî.

Excellent article, j’attends avec impatience la suite !

Mais mon voeu le plus cher aurait été de trouver des ouvrages en français traitant complètement de l’héritage... cette science qui va être une des premières oubliées par notre oumma.

Si quelqu’un a une piste, je lui serai éternellement reconnaissante.

"– Au service de la même volonté d’effacement du Texte,[...]
Le titre de la rubrique où al Bukhârî insère ce texte est en lui-même explicatif :[...] Il le remplace alors par le propos attribué à Ibn Abbâs cité ci-dessus qui, lui, est réputé sahîh. Cette collusion fonctionne encore en tous les traités de Droit, fiqh, et nul ne doute que le Prophète aurait ainsi déclaré abrogés ces versets du Coran et que la wasyya ne serait qu’une mesure subalterne vis-à-vis de l’héritage ! Ici, donc, double détournement de sens. L’on appréciera tout autant l’élégance du procédé que la subtile volonté de manipulation des sources et des lecteurs, malgré tout l’islam et les musulmans… D2."

Au vu de ce passage, l’intégrité d’Al-Boukhârî n’est-elle pas remise en cause et conséquemment ses sahis aussi ?

La responsabilité des savants est gravement engagée : ils sont responsables de l’état d’ignorance ou de connaissance de la oumma qui leur demandera des comptes au Jour dernier.

Qu’Allâh (AWJ) pardonne aux savants pieux et sincères pour leurs erreurs.

Wa salâm

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excellentissime !!!

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DR mille merci mon sheikh ma dit que vitre article et absolument juste et que la derive de l heriage en islam été quelque chose de tres grave pour les filles ,

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Renversant (au propre comme au figuré). Les "littéralistes" relégués gràce à la lecture littérale.

Merci au Docteur Al ’Ajamî.

Salam

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joyeux Noël Liliane.

au sujet de votre remarque : M. Abdelwahhab n’a pas écrit grand chose. il a été réfuté par les savants des 18 et 19 siècle. Par son propre frere Souleyman qui était juriste. Sans l’alliance avec les Al Saoud ( le pacte de Najd) et sans les Britanniques( le role de J. Philby par exemple dans la "création " de l’Arabie Saoudite dans la foulée de la Chute des Ottomans et de la suppression du Califat) qui ont aidé le 3eme royaume des Saoud à gagner la partie, la doctrine wahhabiste serait resté une secte hérétique vite oubliée.

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Yasmina,

Tu me touches profondément !
Je viens de lire que Nassima Prudor, théologienne musulmane, interdisait aux musulmans de fêter Noël.

Mes amis turcs le font régulièrement mais cette interdiction m’a profondément navrée.

C’est pas grave !

La notion d’héritage m’a aussi fait mal. Je me souviens qu’un ami turc était venu me demander en mariage. Mon grand-père l’avait reçu mais pour lui dire que s’il m’épousait, il me déshériterait...

Je ne voulais pas me marier mais la notion d’héritage m’a toujours "ébourriffée". J’avais lu les romans du 19ième siècle où la destinée des filles et des garçons en dépendait. Elle m’apparait débile d’autant plus que certains ne vivent qu’en attendant un héritage.

La vraie vie est vraiment ailleurs même si après notre mort nos biens sont à partager.

Ma lecture du Coran communique que le partage n’est possible qu’au delà du remboursement des dettes encourus précédemment par le défunt.

Ne sommes-nous pas nés endettés ? et cela sans souci sexiste...

Amitiés.

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Sans vouloir remettre en question les savants et leurs avis, il me paraît vital de nos jours de donner aux filles de son vivant. En effet, les hommes ont le double des femmes car il leur incombe la charge de la famille. Malheureusement de nos jours cela est plutôt rare. Combien de femmes ont été mises à la rue par leur propre frère, combien sont obligées de "subir" la 2ème femme de leur mari de peur de se retrouver à la rue, combien de femmes sont à la rue car leur mahram ne s’occupent pas d’elles ? Donc ce n’est pas une question de remise en cause de La Parole de Dieu, mais de survie pour de nombreuses femmes car elles n’ont plus l’appui de ces hommes qui ont le double de leur héritage. Ainsi, il est judicieux aux parents qui craignent que leur fille soit à la rue de penser à elle de leur vivant.

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  •  @ Dr AL ’Ajamî ,

    - No comment, baraka allahu fik,

    - @ Liliane,

    - vos interrogations témoignent de votre équité et de votre empathie envers autrui même s’il s’agit de vos proches (silat errahim,recommandé par Dieu et son Prophète saws) et c’est tout à votre honneur,

    -la meilleur réponse est celle fortement judicieuse et juste, fournie par votre père ,puisqu’elle va dans le sens des propos dévellopés par le Dr Al ’Ajamî et qui s’appuie sur le Coran, la Sunna,la linguistique,... et surtout le bon sens tellement prôné par le Prophète (saws)de son vivant.

    - Joyeux Noël à toutes et tous,

    - Fraternellement,

    - rachidbis.

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    si une personne a eu comme enfant une seule fille , il peut donner tous ces biens a sa fille , en son vivant .

    Il peut acheter des biens au nom de sa fille .

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    De mon expérience personnelle ( juge appliquant le droit positif algérien ) je peux vous dire que tout d’abord, le domicile conjugal fut systématiquement accordée à l’épouse divorcée parce qu’elle avait toujours la garde de ses enfants et bénéficiait d’une pension alimentaire pour les enfants et pour elle-même comme gardienne de ses enfants . Le frère ou le père n’était donc pas obligés de pourvoir à son hébergement et à son entretien.

    Mais trés vite après l’indépendance,quand le statut personnel issu du droit musulman ne s’est pas appliqué strictement, la condition des femmes devint catastrophique.

    En effet, des maris bien placés politiquement ont obtenu le changement de cette loi favorable pour faire en sorte que le domicile conjugal lorsqu’il était unique, était accordé à celui qui en était le locataire principal ou le propriétaire et en général, c’était le mari.

    Les femmes se sont retrouvées à la rue avec leurs enfants : Il a fallu donc revenir à la règle de droit musulman, l’épouse divorcée devait retourner chez son wali, lequel ne l’acceptait pas , car trés souvent il était lui même à l’étroit avec la crise du logement, sans compter que sa femme pouvait à juste titre, refuser de partager sa maison. En réalité la règle du retour de l’épouse divorcée dans sa famille n’était plus compatible avec les familles nucléaires, la famille partriarcale avec des générations de parents qui se supportent et s’entre’aident n’existant plus.

    Personnellement, peut-être en raison de ma formation en droit français, j’ai toujours pensé que la loi était l’expression de la société à un instant T et lorsqu’elle ne répond plus à cette situation elle devient obsolète et tombe en désuétude.Il fallait donc pallier en prenant des décisions qui tenaient compte de l’état objectif de la société.

    Les juges dans les pays de droit musulman, contrairement à ce que l’on croit en Occident, sont pragmatiques et ont une large marge de manoeuvre. En vertu de ce droit d’interprétation élastique , j’ai toujours admis que le père, ayant la libre disposition de ses biens de son vivant, il pouvait les donner à qui bon lui semblait et cela n’était que justice qu’il les donne aux parents les plus défavorisés, qu’ils soient fils ou filles.Il n’y a donc pas lieu de faire un amalgame entre la donation ou hiba qui répond à une liberté de disposition sans limite , et le legs à cause de mort ou wassya, qui est enserré dans des règles beaucoup plus formalistes et contraignantes.

    En effet, s’agissant du legs à cause de mort, le "de cujus" ne peut pas disposer de la totalité de ses biens par testament au profit d’un tiers y compris un fils ou une fille.Il ne peut disposer que du quart de ces biens, un peu comme la quotité disponible du droit français, sauf que le disposant en droit français ne peut pas disposer de cette quotité, même de son vivant.

    Aussi, je ne comprends pas trés bien pourquoi ce brave imam a piqué une colère , ce n’est absolument pas un détournement de la loi islamique sur l’héritage, c’est simplement l’expression et l’application d’une règle majeure de droit musulman qui s’appelle l’équité.

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    nanny a dit : En effet, s’agissant du legs à cause de mort, le "de cujus" ne peut pas disposer de la totalité de ses biens par testament au profit d’un tiers y compris un fils ou une fille. Il ne peut disposer que du quart de ces biens, un peu comme la quotité disponible du droit français, sauf que le disposant en droit français ne peut pas disposer de cette quotité, même de son vivant.

    Chère nanny, d’abord merci pour votre exposé très complet et donc très intéressant.

    Ensuite, lorsque je ne connais pas quelque chose, je me suis aperçu qu’il faut toujours chercher la logique de celle-ci.

    Ainsi, qu’une règle ait été établie par Dieu (pour un croyant) ou par des hommes d’une grande sagesse (pour les athées), cette règle ne peut pas être illogique, mais équitable.

    On peut donc considérer deux postulats logiques :

    1 – Celui à qui appartiennent des biens doit pouvoir en disposer librement, c’est la moindre des choses, sinon ces biens ne lui appartiennent pas vraiment.

    2 – Il est dans notre nature humaine de considérer qu’un bien représente également un patrimoine familial destiné, en priorité, à rester dans le giron des descendants du propriétaire de ce bien.

    Si le droit musulman est strict sur la répartition d’un héritage, et vous signalez très justement en parallèle le droit français, il est très facile au propriétaire d’un bien de réajuster, de son vivant, ce qui lui paraît équitable.

    Ainsi et par exemple, nos amis marocains construisent à Taroudant (dont ils sont originaires) une maison au nom de la femme pour pallier à la rigueur de la loi au décès du mari. Je crois même qu’ils vont faire un étage au nom de leur fille, mais à vérifier lorsque je les reverrais.

    Cordialement

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    Nanny était juge, fonctionnaire juridique en d’autres termes. Le Dr. Al-’Ajamî est exégète.

    Le vocabulaire juridique est en question lorsqu’il ne respecte pas les principes fondamentaux de la révélation. Le terme de wassyya est simple dans le Coran, il évoque un testament établi par une personne libre.
    Ne convient-il pas de retrouver le sens le plus simple ?

    J-P. Chambard reprend le principe fondamental de la « propriété ». Le propriétaire ne doit-il pas en prévoir un usage équitable par delà sans doute la législation ?

    Le droit français m’a sensibilisée à cette question. Mon grand-père possédait des terrains dans l’Essonne. Il en a donné un à chacun de ses trois petits enfants. J’ai reçu le mien et mon mari a construit de ses mains et de son intelligence notre maison. Mon grand-père était amoureux de la justice. Il savait bien que j’étais l’unique propriétaire du terrain. Au notaire, il a fait établir un acte de donation conjointe pour moi et mon mari. Récemment, j’ai consulté le notaire. Il m’a dit que selon le droit français, je reste l’unique propriétaire de mon terrain en tant qu’héritière.

    La distinction arabe entre wassyya (testament) et warth (héritage) reste d’actualité.
    Allons-nous faire confiance aux juges qui doivent certes appliquer les lois de l’État ?

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    @ Liliane "Allons-nous faire confiance aux juges qui doivent certes appliquer les lois de l’État ?"

    Mais comment faire autrement dès lors que les juges ne font qu’appliquer la loi et qu’ils rendent la justice au nom du peuple français ?

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    Liliane Bénard a dit :
    Au notaire, il a fait établir un acte de donation conjointe pour moi et mon mari. Récemment, j’ai consulté le notaire. Il m’a dit que selon le droit français, je reste l’unique propriétaire de mon terrain en tant qu’héritière.

    Je n’ai pas très bien compris votre écrit.

    Cela voudrait-il dire que la donation à vous et votre mari n’a aucune valeur ?

    Que votre terrain reste un "bien propre", c’est à dire vous apartenant par ligne héréditaire ?

    Cordialement

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    @J.P Chambard et Liliane,

    Je n’ai pas trés bien compris aussi.

    La donation est un acte authentique qui emporte mutation au profit du donataire. Dans ce cas d’espèce, ce sont deux donataires. Je vois mal comment Liliane serait " héritière" du bien dont il lui a été fait donation et dont son auteur ( ici son grand-père) n’est plus le propriétaire. Il y a un élément de fait qui manque pour apréhender la question dans son ensemble.

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    Chère Nanny,
    Les juges sont moins en question que leurs textes de référence, à savoir les lois de l’Etat.
    Nous sommes pour un Etat de droit mais nous devons constater que le respect du droit des gens est relatif à l’esprit critique des administrés qui ne doivent pas être fatalistes. Le Dr.Al-‘Ajamî nous propose une lecture ouverte et spirituelle.

    Et oui Jean-Pierre Chambard, ce n’est qu’un exemple particulier, dans lequel une femme jouit d’un privilège. Si nous reprenons les principes fondamentaux, ils abolissent simplement les privilèges au nom de la justice et de l’équité. Cet exemple ne saurait faire oublier les privilèges machistes tout aussi observables au nord et au sud de la Méditerranée.

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    @ nanny : Le droit "positif en Algérie" ! Pourquoi , en Algérie il y a aussi un droit négatif ? Et c’est quoi la différence ? Comme juge appliquant ce droit positif , vous gagnait combien dans votre riche pays pétrolier ? Et pourquoi vous avez abandonné ce poste de magistrat pour l’immigration économique dans un pays que vous n’arrêtez pas de dénigrer ?

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    @ Le Gaulois

    Les Gaulois ont la réputation d’avoir des têtes de bois mais pas d’être des curieux indiscrets. Vous ne devez pas être un vrai Gaulois !

    Je ne répondrai à aucune de vos questions.

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    à Gaulois :

    Que dire devant tant d’inculture et de betises !

    Au lieu de regarder TF1,et si vous vous informiez ce qui est le droit positif ?

    Le droit positif est l’ensemble de règles de droit qui s’applique dans un Etat à un moment donné.

    Pour interpeler les gens,donner des leçons,encore faut-il avoir un minimum de culture,ce qui ne semble pas etre votre cas !

    Que savez-vous à propos de Nanny ?
    Qui vous dit qu’elle a immigré en France ?

    Vous savez,on peut intervenir sur un site français sans etre Français,et sans meme habiter la France !
    C’est une incroyable nouvelle que je vous apprend là !

    Désolée Nanny d’avoir répondu à votre place.

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    Nanny,

    Je ne suis pas juriste mais le fait dont vous parlez pourrait-être que mon grand-père qui a fait cette donation a une héritière, ma maman, sa fille unique. Elle a accepté la donation mais à ses enfants et non à leurs conjoints ?

    La question est bien celle de la donation et ses relations avec l’héritage. La législation protège les héritiers...

    L’article suivant du Dr.Al-’Ajamî pourrait bien nous éclairer...

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    @ Sarah, ne soyez pas désolée. Je comprends votre agacement mais répondre c’était "donner des perles à un cochon"

    Merci

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    Ma chère Liliane, votre situation n’a rien à voir avec ce que dénonce ou explique ou pointe du doigt notre cher docteur .

    S’agissant de votre cas : je comprends enfin que c’est votre mère qui a bénéficié d’une donation. Dans ce cas le bien qu’elle a reçu tombe dans son patrimoine puis fera l’objet d’un partage entre tous ses héritiers selon la dévolution successorale prévu par le droit français des successions. Votre part vous venant de votre famille, sera un"propre" comme l’a dit trés justement J.P. Chambard.

    La problème qui nous est soumis par le Dr Al Adjami est d’une toute autre nature parce qu’il relève d’un autre système juridique : le droit musulman.

    Il s’agissait de savoir si un père pouvait avantager sa fille en lui faisant un don de son vivant en contravention avec les règles de partage du droit musulman qui portent sa part à la moitié de la part de son frère. En ce qui me concerne j’approuve ce père si la fille est dans une grande précarité et qu’il s’agit d’équilibrer les situations de fortune entre tous ses enfants. Au contraire, l’imam en colère considère que c’est une atteinte et un contournement de la loi islamique. Pour ma part , même si je suis croyante, je pense que nous devons nous efforcer, chacun à la place qu’il occupe de faire en sorte que les gens soient le moins malheureux possible même au prix d’aménagement de la loi surtout quand les changements de la société l’exigent. Je ne me sens pas coupable d’avoir pensé qu’ici et maintenant je pouvais améliorer la situation des plus faibles et les plus faibles jusqu’à preuve du contraire cela reste les femmes.

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    Nanny,

    C’est la seconde fois que vous parlez d’un imama en colère et que je ne comprends pas de qui il est question.

    Le Dr. Al-’Ajamî analyse ici la wasyya. Vous avez noté que sa législation était complexe. Pour l’auteur, elle apparaît comme la source de toute législation pour la répartition des biens.

    Elle est obligatoire, religieuse et juste. Elle respecte le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes.

    Reste à connaître la différence entre wasyya et warth. Ces deux termes s’opposent-ils vis-à-vis du même principe ?

    C’est ce que nous verrons dans l’article suivant.

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    Liliane, vous lisez trop vite !

    L’imam en question, et pas seulement puisqu’il est question aussi de ulémas , le Dr El Adjami en parle dès le premier paragraphe de sa communication !

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    Nanny,
    J’ai fait une faute de frappe, ajoutant un a à imam. Je me demandais quel était cet imama en colère.

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    D’accord Nanny, j’avais oublié cette introduction polémique.

    L’approche du Dr. de la wasyya me semble tout-à-fait intéressante. Le fait que certains imams semblent se réjouir d’une injustice plus inquiétant.

    Le concept d’égalité de droit est pourtant bien analysé dans le Coran, alors même que les hommes sont inégaux.

    Merci de votre rappel.

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    « Ce faisant, ce Droit a prétendument au nom du Coran inscrit en l’islam historique le principe juridique d’iniquité : un homme vaut deux femmes ou une femme vaut la moitié d’un homme. Fiction exégétique dictée à la réalité textuelle coranique, mais qui informe encore puissamment les mentalités des musulmans. »

    Ce texte, d’une grande rigueur, est d’une portée énorme..

    Notre façon de lire le coran est tellement culturellement conditionnée.