L’éternelle problématique de la femme musulmane (partie 1 sur 2)

Il n’y a pas un jour qui passe sans que les informations, la télévision, les journaux, bref toute l’arma

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mardi 21 mai 2002

Il n’y a pas un jour qui passe sans que les informations, la télévision, les journaux, bref toute l’armada médiatique internationale, ne rapporte quelque chose liée - de prés ou de loin- à l’islam. Bien évidemment, rien de gratifiant dans tout ce que l’on nous étale sur le sujet. Que cela soit un article d’analyse, une opinion, un thème de conférence, une information relatant un événement donné, il y a toujours en clair ou en filigrane un aspect très négatif, voire dédaigneux, quelque fois malsain, de la « chose » islamique.

Il y a un vrai problème avec l’islam et toutes ses composantes : civilisationelle, culturelle, idéologique, religieuse..

L’islam serait finalement incompatible avec toutes les valeurs de la modernité occidentale. Un grand réfractaire, comme dirait Jacques Berque. Il est surtout réfractaire à ce que le monde moderne, considère - et ce à juste titre- comme l’un des critères du progrès d’une société : l’émancipation de la femme.

La problématique de la femme en islam représente le point douloureux, essentiel, inévitable. Elle fait l’unanimité. Le consensus. En occident et même -eh oui ! - dans le monde musulman. Alors s’agit-il de mythes ou de réalités ? Je pense sincèrement en tant que femme musulmane concernée par les changements actuels de nos sociétés musulmanes, que les deux concepts existent et vont de pair. Tant que nos sociétés musulmanes font l’impasse sur les vrais problèmes de la femme, notre image de société retardataire sera amplifiée par l’occident et ce à juste titre. L’occident met tout sur le dos d’un islam responsable de tous les préjudices, et le monde musulman trahit cet islam, jour après jour, car il est à des années lumière de la véritable dimension de ce message spirituel. L’occident juge le comportement et la façade « trop islamique » de nos communautés et il a parfois pas tort, car nous nous acharnons à être des musulmans en apparence, rarement en profondeur.

Si chez les occidentaux, on fait dans la paranoïa, chez nous on excelle dans l’art de la contradiction.

En Occident : Le délire paranoïaque !

Selon la vision occidentale, la femme musulmane détient tous les records en matière de discrimination, d’aliénation et de sous-développement. Elle est l’image personnifiée de la femme soumise. Soumise à l’homme, aux coutumes tribales, aux lois intransigeantes de cette religion qu’est l’islam. Elle est la victime inéluctable d’un islam totalitaire, machiste, tyrannique. Pauvre créature de l’ombre, voilée de tout bord : burka, tchador, hidjab. L’Occident, toutes tendances confondues, est convaincu de la nécessité voire l’obligation de prendre la défense de cette pauvre victime de l’islam. Oui, victime de l’islam et de rien d’autre. Car qu’on se le dise une fois pour toutes, cela ne peut être qu’inhérent à l’essence même de l’islam. Les acrobaties intellectuelles et les analyses déductives et réductrices proviennent - pour le cas de la femme musulmane- exclusivement de la même vision ethnocentrique.

Au Maghreb si la femme reste soumise à des lois patriarcales, c’est la faute à l’islam. En Egypte, si elle est victime de mutilations sexuelles, c’est toujours la faute à l’islam. En Méditerranée selon où on se trouvera, rive nord ou sud, le machisme est forcément islamique coté sud, il est purement méditerranéen coté nord. En Espagne, chaque semaine une femme meurt pour cause de violence conjugale (1). L’explication est immédiate : c’est le taux élevé de chômage féminin qui favorise ainsi les abus domestiques, explication un tantinet incongrue, mais elle est donnée par le très sérieux parti socialiste espagnol (2). La même constatation de violence conjugale au Maghreb, aurait eu pour fondement, non pas la dépendance économique à l’instar de l’espagnole, mais les exactions de la tradition islamique. C’est logique et cela va de soi.

En Inde, selon des traditions hindoues, des femmes sont brûlées vives, pour cause d’une culture particulière à tendance métaphysique, mais qu’on se rassure, totalement inoffensive pour les valeurs occidentales, alors on n’en fait pas tout un plat. On sait fermer les yeux et on sait être discret devant des « contraintes culturelles ». Par contre au Bengladesh et au Pakistan voisins - jadis formant le même pays et de même essence culturelle Hindou - les mêmes scènes de femmes brûlées sont dues aux lois inhumaines de la Sharia islamique. Il en est de même pour les « crimes d’honneur » dans le continent Indo-Pakistanais, cela dépend de l’espace géographique et l’appartenance religieuse.

Du coté de la religion hindoue on analyse le coté anthropologique et sociologique de la chose en essayant de comprendre. Du coté musulman, il n’y a plus rien à comprendre, on est écœurés par ces crimes immanents des textes islamiques. On se doit de les dénoncer et on en fait des reportages télévisés aux heures de grande écoute. En Amérique latine, la violence sexuelle, la discrimination quotidienne des milliers de femmes indigènes, sont consubstantielles aux dynamiques internes des sociétés en question. Les femmes mayas et aztèques drapées de leurs habits traditionnels, dont beaucoup sont voilées, sont le reflet de la résistance culturelle, du respect de traditions séculaires. Au Yémen, dans le Sud marocain, en haute Egypte, dans les émirats arabes, les femmes vêtues de leurs tenues traditionnelles : (même si elles sont aussi différentes les unes des autres, qu’importe, elles seront toutes « islamiques ») seront le reflet de l’acculturation, la soumission aveugle, de l’arriération.

Le sari hindou est révélateur d’une appartenance identitaire totalement légitime, ouverte, exotique, qui n’incommoderait personne. Le tchador perse, le Haik maghrébin, le foulard de la jeune étudiante égyptienne est par contre symptomatique d’une identité refuge, fermée, aliénée. Une atteinte aux droits de la femme. Toujours, la faute à l’islam, rien de culturel, ni d’exotique. On ne s’amuse pas avec ce genre d’atteintes aux droits humains. Chez la femme Hindoue, Bouddhiste, Inca, Japonaise, c’est la fidélité à l’identité culturelle, chez la musulmane - quelque soit son ethnie - c’est l’expression inconditionnelle du fondamentalisme islamique. Les femmes aux caraïbes ont une tenue traditionnelle - minimaliste certes - pas du tout conventionnelle, mais qui penserait parmi les occidentaux aller occidentaliser les mœurs des femmes caraïbéennes ? Une vrai insulte à la diversité culturelle de l’humanité. Toutes les femmes de la terre auraient le droit à l’expression culturelle, vestimentaire entre autres. Droit inaliénable, mais dès qu’on appréhende le monde musulman, le droit au relativisme culturel s’évapore. Il ne faudrait pas confondre les choses ! Récemment en Espagne a éclaté une affaire « foulard islamique 2 », pâle « remake » de sa consœur en France il y a quelques années. Toujours le même scénario classique, apocalyptique, où les valeurs de la laïcité, de la démocratie, de l’intégration des immigrés sont mises en danger par le foulard en question. Pour avoir une idée du niveau du débat : Un haut fonctionnaire de l’Etat espagnol a comparé le voile islamique à l’excision. Quelle élégance !

Et pour bien enfoncer le clou, une intellectuelle d’origine égyptienne, de passage à Madrid, questionnée sur le thème, décrit le voile islamique comme le symbole de l’esclavagisme (3). Étant donné que c’est une intellectuelle arabe qui le dit, cela a plus de crédibilité. Les occidentaux sont réconfortés par ce genre de discours : « Voyez de vous-même même là-bas il y a des gens qui pensent juste, c’est à dire comme nous !!! ».

Dernièrement aussi, les nouvelles de la musulmane nigérienne accusée d’adultère font la une des informations télévisées occidentaux, les organisations féminines et autres s’unissent pour sauver cette femme de la Sharria islamique. Au - delà du fait que pour raison humanitaire, il est légitime de sensibiliser l’opinion publique internationale. Pourquoi ce sont toujours les mêmes thèmes sensiblement islamiques qui passionnent les médias, alors qu’a travers le monde il y a des milliers de cas de femmes musulmanes ou autres qui méritent autant sinon plus d’attention et de sensibilisation. Pourquoi les femmes Palestiniennes et Irakiennes ne suscitent-elles pas un tel engouement ? Les souffrances quotidiennes et l’injustice inhumaine qu’elles subissent, ne sont-elles pas assez intéressantes de point de vue médiatique, pour qu’on daigne leur accorder un tant soit peu d’importance ?? Comment peut-on rester insensible à tant d’horreurs et au nom de quelle éthique et de quelle probité intellectuelle dénonce t-on ce qui est « intéressant » et ce qui ne l’est pas ? C’est bien entendu toujours deux poids deux mesures quand il s’agit de ce monde musulman, si particulier !!

(1) Article du journal El Pais, 18 février 2002-03-24

(2) Idem

(3) Interview de l’écrivaine Nawal El Saadawi avec El Pais du 10 mars 2002.

 

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Auteur : Asma Lamrabet

Médecin hématologiste à l’hôpital d’enfants de Rabat au Maroc, Asma Lamrabet est une intellectuelle musulmane engagée dans la réflexion sur la problématique de la femme en islam. Auteure notamment de "Musulmane tout simplement" aux éditions Tawhid.

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