L’émotion suscitée par la guerre à Gaza provoque une forte mobilisation

Les manifestations, organisées samedi 10 janvier à Paris et dans une cinquantaine de villes à l’appel de

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samedi 10 janvier 2009

L’émotion suscitée par la guerre à Gaza provoque une forte mobilisation

LE MONDE | 09.01.09 | 14h08

Les manifestations, organisées samedi 10 janvier à Paris et dans une cinquantaine de villes à l’appel de nombreuses organisations pour protester contre l’offensive israélienne dans la bande de Gaza, devraient connaître une forte participation.

"Si la mobilisation est sans précédent c’est parce que la violence sur place est sans précédent", juge Omar Al Soumi, responsable de Génération Palestine, l’une des organisations moteurs de la mobilisation au sein du Collectif national pour une paix juste et durable. "On note aussi dans la société un ras-le-bol de l’impunité dont jouit Israël, et ce malgré la présence du Hamas."

Le mot d’ordre général - fin de l’offensive israélienne, fin du blocus de Gaza, suspension des accords entre Israël et l’Union européenne -, a rallié des organisations politiques, syndicales, humanitaires, religieuses et laïques. "Pour la première fois, juge M. Al Soumi, on constate une articulation réussie entre la communauté française arabo-musulmane et les associations laïques traditionnelles de défense des Palestiniens ; deux camps qui jusqu’alors se regardaient en chiens de faïence."

Comme samedi 3, lors de la précédente manifestation qui a réuni quelque 25 000 personnes à Paris, la communauté d’origine arabo-musulmane devrait être particulièrement représentée. Tous les observateurs s’accordent en effet pour faire état d’une "émotion exceptionnelle" dans les banlieues populaires, en particulier chez les habitants d’origine maghrébine.

"Par rapport aux manifestations liées à la deuxième intifada, les musulmans sont mieux organisés ; et l’indignation est telle qu’ils ne veulent pas laisser passer", explique Sami, un acteur associatif de Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise). Cette colère, notamment chez les jeunes, fait craindre des débordements à Sonia Imloul, responsable d’une association à Saint-Denis. "Les jeunes de banlieue établissent un parallèle entre les laissés pour compte que sont les Palestiniens sur la scène internationale et eux-mêmes, laissés pour compte de la société française, victimes de discriminations", assure Sami.

Malgré cette "sensibilité" particulière à la cause palestinienne, beaucoup récusent les supposées dérives communautaristes des manifestations. "Ma motivation est d’ordre humaniste et politique", explique Khadija une jeune blogueuse des Yvelines, musulmane engagée. "Que le génocide soit contre les Palestiniens ou les Rwandais, on doit s’élever contre ces horreurs", s’emporte-t-elle sans craindre l’amalgame, et usant par ailleurs d’une terminologie en vogue dans une partie de la communauté musulmane. "Face à de tels drames, c’est en tant que citoyen que l’on doit prendre ses responsabilités", explique Toufik Chergui, président d’une association musulmane dans l’Ain, qui regrette les tentations de communautarisation du conflit, côté juif ou musulman. "J’ai peur de l’amalgame", redoute aussi Moussa Bachiri, responsable d’une association laïque à Villeneuve d’Ascq (Nord). "Il y a un peuple spolié en Palestine, mais je ne mélange pas le gouvernement israélien et les juifs".

La colère à l’encontre d’Israël se double pour l’heure principalement d’un "dégoût", d’une "déception" à l’égard des médias français et de la classe politique. "La cause palestinienne n’est pas seulement le problème de l’extrême-gauche", juge Mohammed Henniche, responsable de l’Union des associations musulmanes- 93, qui déplore "le silence" des politiques. Certains responsables associatifs n’hésitent pas à saisir leur député pour qu’il demande au chef de l’Etat d’adopter une "position plus équilibrée" sur le conflit.

Mais la vindicte s’adresse surtout "aux médias", régulièrement qualifiés de "sionistes" ou de "mensongers" et déjà fustigés samedi dernier. "Chacun a ses propres sources d’information et les images que voient les gens sur internet ou Al Jazeera n’ont rien à voir avec ce que montrent les télés françaises", constate Saïd Branine, responsable du site Oumma. com. Le fait qu’Israël interdise l’accès de la bande de Gaza à la presse étrangère conforte ce décalage et cette méfiance. "Dans la société française, il y a une vraie cassure entre ceux qui regardent Al Jazeera et les autres", estime aussi le leader de Génération Palestine.

A l’appui de la mobilisation, internet, mails et SMS ont joué un rôle inédit. "On reçoit 20 fois par jour le même SMS pour aller à la manif ou boycotter les produits israéliens", témoigne M. Henniche. Les dons affluent dans les mosquées ou les ONG : lors des prières de vendredi dernier, la mosquée de Lille a collecté 147 000 euros, tandis que le Secours islamique France fait état de 500 000 à 600 000 euros, de matériel médical et de vêtements reçus en quelques jours.

Stéphanie Le Bars, avec Luc Bronner et Geoffroy Deffrennes (à Lille)

Article paru dans l’édition du 10.01.09

http://www.lemonde.fr/la-guerre-de-gaza/article/2009/01/09/l-emotion-suscitee-par-la-guerre-a-gaza-provoque-une-forte-mobilisation_1139836_1137859.html

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