L’avenir de l’islam

Selon un récent sondage conduit par Gallup, une majorité d’Américains ne savent toujours pas grand chose

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mardi 23 mars 2010

Ainsi, soit la compréhension documentée, nuancée, de l’islam se trouve obscurcie par l’abondante (et malveillante) désinformation qui encombre les médias, soit un compte-rendu accessible et faisant autorité sur ce en quoi les musulmans croient vraiment et sur la façon dont ils interagissent avec le monde qui les entoure n’a tout simplement pas été fourni.

Compte tenu de sa célébrité et de son savoir, John Esposito fait partie de sans doute des quelques individus seulement qui ont relevé, de front et avec un certain succès, ces deux défis prospectifs. Son dernier ouvrage, The future of Islam (L’avenir de l’islam) , en ligne avec des travaux savants et opportuns, offre une appréciation holistique et rafraîchissante des défis que rencontrent les musulmans du fait, d’une part, d’un pluralisme accru et, d’autre part, d’une plus grande hostilité.

Les lecteurs, qu’ils soient novices ou plus avancés dans le domaine, trouveront la majeure partie du texte de John Esposito aussi subtile que détaillée. Le premier chapitre du livre comprend une introduction classique sur les cinq piliers, les divisions entre sunnites et chiites et quelques brèves remarques sur les sujets plus controversés de la charia, des principes islamiques et du jihad, effort spirituel et religieux. Ces données préliminaires sont cependant complétées par une étude moins commune sur la diversité raciale et intellectuelle des musulmans en Occident et par une appréciation encore plus rare des griefs légitimes que les musulmans du monde entier formulent à l’encontre de l’Amérique et de ses alliés.

Pour ceux qui possèdent une meilleure connaissance des croyances et attitudes islamiques, ce livre se double d’un condensé clair et concis de l’expérience musulmane occidentale. Des facteurs qui distinguent les américains musulmans de leurs homologues européens, à la distinction entre intégration et assimilation, ou encore au mauvais usage de termes comme ’’modéré’’ et ’’fondamentaliste’’. L’analyse fluide de John Esposito sur ces questions, souvent étayée par des données empiriques, rend même les phénomènes les plus complexes facilement compréhensibles.

L’ouvrage examine essentiellement les perspectives actuelles des réformateurs musulmans du monde entier. Par réforme, John Esposito se réfère apparemment à la ré-interprétation du Coran et du hadith, les paroles du prophète Mahomet, pour fournir de nouveaux modèles légaux et sociaux qui répondent mieux aux défis d’un monde toujours plus globalisé.

Tout en reconnaissant l’importance de la jurisprudence islamique et des débats sur des sujets théologiques, John Esposito favorise néanmoins certaines positions, à la fois implicitement et explicitement, tout au long de son récit, y compris une interprétation libérale des droits des femmes, telle qu’exposée par des personnes comme la spécialiste américano-musulmane Amina Wadoud. On y trouve aussi une approche plus pluraliste du salut, par opposition à la croyance dans l’exclusivité du salut. Par ailleurs, la légitimité et l’expansion de l’ijtihad profane, une tradition islamique de raisonnement créatif qui concurrence le rôle traditionnel des oulémas, versés dans la jurisprudence islamique, sont bien mis en évidence dans le discours de John Esposito sur la réforme et sur ’’une nouvelle voie à suivre’’ (expression qu’il a empruntée au discours d’investiture du président américain Barack Obama).

Dans un souci d’équité, John Esposito prend soin de ne pas écarter les positions plus traditionnelles ou conservatrices existant dans l’islam. Il met clairement en garde contre le fait d’étiqueter facilement une personne ou un groupe de personnes d’ « extrême » simplement parce que leur façon de comprendre une question en particulier ne correspond pas au point de vue occidental prétendument éclairé. Par ailleurs, John Esposito souligne avec sincérité le travail des juristes et militants islamiques tels que l’érudit égyptien Yusuf Al-Qaradawi, le télévangéliste égyptien Amr Khalid et l’érudit pakistanais Farhat Hashmi.

L’ardente sagacité socio-politique de Esposito et le sens de la perspective historique transparaissent clairement dans ses remarques finales sur l’avenir des relations entre musulmans et Occidentaux. Une fois de plus, il souligne le fait que la majorité des musulmans ne sont globalement pas en contradiction avec l’Occident en matière de religion et de civilisation mais se différencient entre plusieurs états-nations selon leurs politiques. John Esposito continue à encourager les puissances occidentales à réduire puis à supprimer leur soutien aux régimes autoritaires qui ont cours à travers le monde musulman, et à se réconcilier avec le fait que les larges majorités dans ces pays souhaitent voir l’islam jouer un plus grand rôle au sein des gouvernements.

Enfin, pour contrecarrer la propagation du virus de l’islamophobie, John Esposito met l’accent sur le fait que les Américains et les Européens doivent reconnaître un chaînon manquant dans ce que les juifs et les chrétiens sont parvenus à considérer comme un héritage commun. Ce n’est que lorsque les musulmans ne seront plus considérés comme les ’’autres’’, mais comme une partie intégrante d’une riche histoire judéo-chrétienne-islamique, que de grands progrès contre les forces de l’extrémisme seront accomplis.

En partenarait avec le CGNews

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Auteur : Youssef Chouhoud

Ecrivain de Brooklyn (New York), originaire d'Alexandrie (Egypte). Il prépare un Master en science politique.

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