Samedi 11 février 2012

L’association « <i>Ni putes, ni soumises</i> » : une inflation politico-médiatique démystifiée par le terrain

Depuis 2003, cette association s’est imposée sur la scène politico-médiatique comme la « porte-parole » des femmes dites « des quartiers » qui auraient été oubliées par le mouvement féministe préoccupé davantage par la parité que par le sort de ces femmes. Malgré les espoirs que l’association a suscité auprès des professionnels intervenant dans les quartiers « populaires » ethnicisés, le discours et les modes d’action de NPNS démontrent son faible enracinement de terrain.

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En
présentant ses voeux en janvier 2006, Fadela Amara, présidente de l’association « Ni
putes ni soumises »
(NPNS) se remémorait l’année 2005 avec un certain
triomphalisme : « En France cette année fut importante pour les
droits des femmes, décisive parce qu’un nouveau sillon est tracé et porté par
des énergies citoyennes, trop longtemps abandonnées, ignorées. Je me réjouis
que le féminisme, l’égalité homme-femme retrouvent un nouvel élan grâce au
travail de fourmis effectué par les filles et garçons des quartiers populaires.
 » href="#_ftn1" name="_ftnref1" title=""> class=MsoFootnoteReference>[1].

Depuis 2003, cette association s’est imposée sur la scène
politico-médiatique comme la « porte-parole » des femmes dites
« des quartiers » qui auraient été oubliées par le mouvement
féministe préoccupé davantage par la parité que par le sort de ces femmes href="#_ftn2" name="_ftnref2" title=""> class=MsoFootnoteReference>[2].
Malgré les espoirs que l’association a suscité auprès des professionnels
intervenant dans les quartiers « populaires » ethnicisés href="#_ftn3" name="_ftnref3" title=""> class=MsoFootnoteReference>[3],
le discours et les modes d’action de NPNS démontrent son faible enracinement de
terrain. Après avoir décrit l’émergence de l’association « Ni putes ni
soumises »
dans le débat public français, nous montrerons que son décalage
idéologique et social avec celles qu’elle prétend défendre produit des effets
contreproductifs quant à la mise en oeuvre de son projet de lutte contre le
sexisme.

Notre matériau est constitué de données d’enquête inédites recueillies au
sein d’un club de Prévention Spécialisée de l’agglomération de Rouen comportant,
depuis 1991, un service de médiation interculturelle reconnu régionalement
comme pionnier des actions en faveur de l’individuation des femmes ethnicisées href="#_ftn4" name="_ftnref4" title=""> class=MsoFootnoteReference>[4].

Critique « républicaine » du « ghetto » et médiatisation href="#_ftn5" name="_ftnref5" title=""> style=''> style='»'>[5] :
les ingrédients de la notoriété 

Le
collectif « Ni putes, ni soumises » a vu le jour au sein de l’association
SOS Racisme au cours des années 1990 class=MsoFootnoteReference> style='»'>[6].
La Fédération Nationale des Maisons des Potes (FNMDP), émanation de SOS Racisme,
avait instauré une « commission Femmes ». A cette époque,
Fatiha-Fadela Amara, l’actuelle présidente de NPNS, dirigeait la Maison des Potes de Clermont-Ferrand. Elle était militante de SOS Racisme depuis 1986, soit
depuis sa fondation au lendemain des « marches des beurs »
(1983-1984).

En
2000, son élection à la présidence de la FNMDP symbolisa un renouvellement de
ce mouvement. Jusqu’à cette date, la FNMDP se mobilisait « pour
l’intégration républicaine et contre les effets de l’enfermement liés à la
pression exercée par le ghetto
. ». Les militants usaient alors de la
comparaison abusive (et réductrice class=MsoFootnoteReference> style='»'>[7])
avec la situation américaine. Selon eux, le désengagement de l’Etat républicain
causait la« ghettoïsation » de certains quartiers. En agitant la
figure repoussoir du ghetto américain, ils réaffirmaient l’évidence du « modèle
républicain » d’intégration « à la française ».

C’est
dans ce contexte que Fadela Amara impose la problématique des
« filles » : « Aborder en premier la question de la situation
des filles,
écrit-elle dans son livre témoignage, permettrait
d’intervenir sur tous les paramètres de ce qu’on appelait le « malaise des
banlieues ». (...) C’était simplement une nouvelle façon de l’aborder. 
 » href="#_ftn8" name="_ftnref8" title=""> class=MsoFootnoteReference>[8].
La position particulière des femmes résidant au sein des quartiers dits
« sensibles » semble dès lors constituer un nouveau ressort pour la
lutte contre la « ghettoïsation ». L’accroissement des violences
sexistes au sein des quartiers « sensibles » est attribué à la
« résurgence des formes traditionnelles du patriarcat »,
elle-même causée par le désengagement de l’Etat républicain dans ces quartiers.
En associant sexisme et désengagement des pouvoirs publics, la FNMDP donne un second souffle au discours républicain de SOS Racisme.

À
cette fin est construite la catégorie des « femmes des quartiers »,
au nom de qui s’élabore ce combat républicain. L’étiquette « les quartiers »
s’est aujourd’hui imposée dans le discours public « républicain »
pour désigner les secteurs populaires ethnicisés. Derrière l’euphémisme « femmes
des quartiers »
se cachent en réalité les femmes migrantes et
descendantes de migrants, pensées comme devant être libérées de leurs
traditions patriarcales. C’est ainsi que la FNMDP rédige un Livre blanc des
femmes des quartiers
et organise les « Etats Généraux nationaux des
femmes des quartiers
 » à la Sorbonne, en janvier 2002. C’est à cette
occasion qu’est rédigé l’appel « Ni putes ni soumises », afin
d’interpeller les pouvoirs publics contre les effets sexistes de leur désengagement
des quartiers dits « sensibles ». Le titre de l’appel dit une volonté
de renvoyer dos-à-dos autant ceux qui disent « Toutes des putes sauf ma
mère »
que certains intellectuels qui ne perçoivent ces filles que
comme « soumises » et aliénées.

Constitué en
association en avril 2003, le collectif « Ni putes ni soumises »
ne tardera pas à rencontrer un écho favorable auprès des médias et des pouvoirs
publics, après l’émotion provoquée par le meurtre de Sohane, jeune fille
aspergée d’essence et brûlée par jalousie par deux jeunes gens, le 4 octobre
2002, émotion renforcée par l’horreur des « tournantes » (les séances
de viols collectifs), dont les médias propagent alors l’image d’une vague
déferlante à partir du livre de Samira Bellil en 2003, image dont on vérifiera
plus tard qu’elle est fallacieuse class=MsoFootnoteReference> style='»'>[9].
« Sohane et Samira Bellil : ces deux femmes vont être érigées en
véritables emblèmes de NPNS, en incarnant des femmes libérées des contraintes
et des violences sexistes pesant sur leur milieu social, qui refusent la
soumission aux hommes et aux traditions » title=""> style='»'>[10].

La marche de NPNS « contre
le ghetto et pour l’égalité »
et sa participation à la manifestation
du 8 mars 2003 sont dès lors relayées massivement par les médias. Ni putes
ni soumises
aura bénéficié dans son ascension politico-médiatique de
l’expérience et des réseaux de connaissances de SOS Racisme, habitué des
« coups médiatiques ». L’association reprend plus ou moins clairement
à son compte la perception des « jeunes des quartiers » comme des « sauvages » href="#_ftn11" name="_ftnref11" title=""> class=MsoFootnoteReference>[11],
son discours permet d’alimenter la vague médiatique sur l’insécurité dans les
banlieues. Ainsi, Fatiha-Fadela Amara devient-elle l’experte incontournable des
violences vécues par les « femmes des quartiers » et de la
défense du pacte républicain. Point d’orgue de la reconnaissance officielle,
Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale inaugure le 12 juillet
2003 sur les frontons du Palais Bourbon une exposition intitulée « Mariannes
d’aujourd’hui 
 », montrant quatorze portraits très agrandis de marcheuses
de NPNS, bonnet phrygien sur la tête. Nous sommes dans le moment du lancement
de l’épisode de politisation de la question du port du voile islamique à
l’école, et NPNS s’est positionnée en faveur d’une loi d’interdiction href="#_ftn12" name="_ftnref12" title=""> class=MsoFootnoteReference>[12].

Après
cette médiatisation rapide, les années 2004 et 2005 seront consacrées à la
structuration de l’association à l’aide d’un « tour de France
Républicain 
 », à la mise en place d’un pôle d’accueil des femmes
victimes de violences class=MsoFootnoteReference> style='»'>[13]
et à la publication du Guide du Respect à un euro name="_ftnref14" title=""> class=MsoFootnoteReference>[14].
Suite à leurs prises de positions publiques contre les signes religieux à
l’école, des enseignants et des travailleurs sociaux les contactent fréquemment
pour informer les jeunes sur la laïcité ou sur la mixité, deux de leurs thèmes
majeurs. Fadela Amara est invitée à débattre un peu partout, y compris dans des
villes où l’association n’est pas implantée. C’est dans ces conditions qu’elle
est passée en 2005 à Rouen, où une militante de longue date contre les
violences conjugales avait sollicité « Ni putes ni soumises »
pour promouvoir sa nouvelle association « Ni victimes ni battues », - dont le nom revendique la proximité d’inspiration.

NPNS - vue depuis la salle...

Lorsque
la venue de Fatiha-Fadela Amara fut annoncée sur notre terrain d’enquête,
l’effervescence devint perceptible. Sans aucune information publique, la
nouvelle se diffusait parmi les intervenants sociaux de la rive gauche de
l’agglomération rouennaise. L’association invitante, « Ni victimes ni
battues
 », proposa d’organiser la rencontre dans un quartier dit
« sensible ». Le bruit courut que ce pourrait être sur le territoire
d’intervention du club de Prévention, où le mouvement féministe est bien
implanté de longue date, notamment grâce aux activités du Planning Familial. L’annonce
du choix de Grand-Quevilly étonna donc les travailleurs sociaux. En effet,
cette ville voisine, dont Laurent Fabius est le député, ne comporte aucun
quartier classé « zone sensible ».

Le
soir dit, malgré la mauvaise desserte de la salle par les transports en commun,
deux cents personnes étaient présentes. Le public était composé d’enseignants
et travailleurs sociaux, d’élus du parti socialiste, de quelques militants (collectif
antiraciste, Droits des Femmes, LCR, LO, les Verts...). Il était majoritairement
d’âge moyen, et les seules personnes ayant moins de 25 ans étaient des
militants d’extrême gauche, quelques habitants de Grand-Quevilly et la dizaine
de jeunes véhiculés par le club de Prévention Spécialisée, que j’accompagnais.

Depuis
les débuts du collectif « Ni putes ni soumises », les
éducateur(rice)s et les médiatrices du club de Prévention Spécialisée suivaient
de près l’ascension de NPNS car la majorité de son public appartient à la
catégorie des « femmes des quartiers », qu’elles soient mères
de familles immigrées ou jeunes descendantes d’immigrés, principalement
maghrébins. Au début des années 1990, faute d’avoir été acceptée dans le parc
social, plus d’une centaine de familles primo-arrivantes, notamment marocaines,
s’installa dans les co-propriétés dégradées du grand ensemble où l’association intervient.

Fondé par des
militants de l’amélioration du cadre de vie des quartiers dits populaires, le
club continue de recruter prioritairement des professionnels reconnus pour leur
militantisme au sein du territoire (association sportive, co-développement,
accompagnement bénévole de compatriotes...). A l’époque, parmi les huit salariés
ayant un rôle éducatif, deux femmes sont de nationalité sénégalaise, une de
nationalité marocaine et un est un fils de Harkis et tous les quatre appartiennent
aux réseaux de sociabilités communautaires du quartier. La directrice et les quatre
femmes de l’équipe sont des militantes, plus ou moins actives, du mouvement
féministe local et se sentaient en proximité idéologique forte avec NPNS. Dans
le lieu d’accueil du club, où les visiteurs sont invités à boire un café,
l’affiche de NPNS trônait en bonne place avec des articles de presse
photocopiés pour toute l’équipe.

« Au
début quand on l’entendait, on sentait qu’elle était un peu fâchée contre ces
politiques qui ne mettaient rien contre ces filles qui se faisaient brûler,
contre ces filles qui se faisaient violer dans les caves (...) Oui, il faut faire
bouger ces hommes politiques et ces élus. »,
nous dit une
éducatrice de Prévention spécialisée. Le propos confirme l’impact de la
médiatisation du décès de Sohane et des tournantes dans la représentation
sociale de NPNS dans ce milieu. Comme l’ensemble de ses collègues de
l’association, cette éducatrice partage le projet de « faire bouger ces
hommes politiques 
 ». Représentants de l’action publique au sein des
quartiers dits « sensibles », les travailleurs sociaux sont sensibles
aux discours de « réinvestissement public » des
« quartiers », ils perçoivent quotidiennement les limites de leurs
interventions et souhaiteraient obtenir davantage de moyens.

Ils
s’interrogent sur leurs moyens d’action lorsque des jeunes qui sont déjà
compétents en matière de démarches d’insertion professionnelle ne parviennent
pas à trouver un stage ou un emploi. De plus, la « mixité »
garçons-filles est au coeur de leur projet éducatif, c’est pour eux le mode privilégié
d’expérimentation du « vivre ensemble malgré les différences », pour
reprendre leur terminologie. Contrairement à d’autres services de Prévention
Spécialisée qui ne s’adressent qu’aux jeunes gens pour prévenir les violences
et les « incivilités », ces professionnels, et plus particulièrement
le personnel féminin du club, recherchent la mixité garçons-filles et l’utilisent
comme un critère d’évaluation positive de leurs actions.

C’est
ainsi qu’à l’annonce de la rencontre avec NPNS, quatre animatrices de ce club
de Prévention Spécialisée proposèrent à de nombreux garçons et filles de
participer à la réunion. Une dizaine seulement acceptèrent la proposition, des
filles surtout, âgées de 17 à 24 ans, dont plusieurs étaient amies des filles
d’une des médiatrices. Deux autres jeunes filles étaient accompagnées dans le
cadre de conflits avec leurs parents à propos d’un projet de mariage forcé ou
de sorties en boîtes de nuit en cachette. Les trois garçons volontaires avaient
entre 16 et 17 ans et se connaissaient bien.

Après
une attente assez longue, Fadela Amara est arrivée dans la salle comble,
accompagnée de Laurent Fabius, député et premier adjoint au maire de
Grand-Quevilly. On commença par une présentation de la naissance de
l’association, de son « tour de France républicain » et de ses
propositions au gouvernement, au nombre de cinq : distribuer le Guide
du respect
dans les établissements scolaires, réaliser des logements
d’urgence pour accueillir les femmes en détresse immédiate, créer des sites
pilotes d’écoute, ouvrir un séminaire de formation des encadrants et assurer un
accueil spécifique dans les commissariats pour les femmes victimes de violence.
NPNS était présentée comme un mouvement de « femmes des quartiers »,
alors même que plusieurs éléments de la rencontre pouvaient faire douter de cette
proximité.

De
fait, les gestes, les regards et les passages de parole entre Laurent Fabius et
Fadela Amara démontraient leur complicité et leur habitude d’intervenir
ensemble dans les débats publics. Laurent Fabius exprima son soutien de longue
date aux initiatives de « Fadela », laquelle remercia « Laurent  »
pour son amitié durable et son action de terrain. A cette époque, l’article du Monde
sur les relations entre Fadela Amara et le parti socialiste n’était pas encore
paru class=MsoFootnoteReference> style='»'>[15].
La plupart des personnes présentes ne savaient donc pas qu’elle avait été
conseillère municipale PS à Clermont-Ferrand ni qu’après avoir été proche de
Julien Dray, elle lui avait préféré Laurent Fabius pour ses positions sur la
laïcité.

S’attendant
à rencontrer l’icône de la lutte féministe des « femmes de
quartier », une partie du public était surprise d’une telle proximité avec
Laurent Fabius. Venues pour entendre de nouvelles propositions d’actions au
sein des quartiers, les animatrices du club de Prévention spécialisée étaient
déçues par la complicité qu’affichait F. Amara avec un homme politique qui
n’est pas connu localement pour son soutien aux associations des quartiers dits
« sensibles ». Une travailleuse sociale exprime ainsi sa
perplexité : « Il y avait quand même dans la salle la moitié des
gens qui était choquée que NPNS se retrouve embringuée par le parti socialiste.
Et tu sentais que les gens étaient déçus et qu’ils n’étaient pas venus pour ça.
En tout cas, moi je suis repartie très déçue parce que en effet, je m’étais
fait une idée de ce mouvement... du féminisme, tu vois de cette nostalgie du
féminisme et tout ça. (...) Mais là, la voir débarquer avec Fabius et savoir
qu’elle a fait son tour de France avec lui et que en fin de compte... Les
socialistes, ils sont bien gentils mais qu’est-ce qu’ils font dans les
quartiers ? »

Lors du débat, diverses
interventions de la salle relevèrent cette proximité avec Laurent Fabius.
L’association invitante « Ni victimes ni battues » ne manqua
pas de souligner les problèmes financiers, l’insuffisance du soutien des
pouvoirs publics locaux. Plusieurs militants antiracistes et d’extrême gauche
relevèrent également le décalage entre le discours de Laurent Fabius et la
politique municipale d’attribution des logements de la société HLM de Grand-Quevilly,
dont il fut le maire (entre 1995 et 2000) et demeure le député et premier
adjoint.

Un
autre élément indisposa les participants. Seuls trois membres et dirigeants de NPNS
étaient présents à cette réunion. Aucune action de la cinquantaine de comités
locaux revendiqués class=MsoFootnoteReference> style='»'>[16]
ne fut évoquée précisément, malgré les interpellations répétées de la salle. Le
choix de la salle et de l’heure montrait d’ailleurs bien que l’objectif
prioritaire de l’association n’était pas d’offrir un lieu d’expression et une
base de mobilisation aux jeunes des quartiers dits « sensibles »
et/ou à leurs parents. Conscient de la faible attractivité du débat dans ce
contexte, le club de Prévention spécialisée avait offert aux organisateurs de
préparer une rencontre particulière avec des jeunes de son secteur. Sans
réponse : les militants de NPNS se sont rendus ensuite à un cocktail avec
des représentants des institutions publiques locales.

Lors du débat, les jeunes présents n’ont pas été encouragés à s’exprimer.
Au contraire, dès qu’ils parlaient ou remuaient trop, des participants (dont
certains avaient été leurs enseignants) se retournaient avec un regard désapprobateur
ou les rappelaient à l’ordre par des signes habituellement utilisés en classe.
Karim marquant à voix basse son désaccord avec Fadela Amara, nous lui avons
suggéré de demander la parole. Au moment même où il se décidait à oser lever la
main, la tribune clôtura le débat... « Heureusement », me
précisa-t-il, « j’ai déjà expliqué à la journaliste [du quotidien
régional] qu’il y en a
marre qu’ils ne s’intéressent à nous que quand il
y a des problèmes 
 ». Il souhaitait qu’elle stipule bien dans son
article que « au moins, le club de prévention spécialisée agissait sur
le terrain depuis de nombreuses années »
, ce qu’elle précisa
d’ailleurs.

A ma grande surprise, le groupe de jeunes que nous accompagnions se
dirigea vers Fadela Amara et l’une des filles l’invita à venir dans leur
quartier afin de constater que « ça ne se passe pas du tout comme ça ».
Montrant son intérêt pour les « initiatives des jeunes »,
Fadela accepta sa proposition et prît ses coordonnées téléphoniques, mais cette
prise de contact resta sans suite. Cette rencontre publique démontre donc avec
force que NPNS est peu enraciné au sein de la jeunesse des quartiers populaires
ethnicisés et que son discours est davantage en cohérence avec la logique des représentants
des institutions publiques présentes.

Le garçon musulman, nouvel « ennemi principal »[17] :
un consensus aux effets pernicieux

À l’image de ses interventions
médiatiques, Fadela Amara s’est donc présentée à
Rouen comme la voix des « femmes des quartiers »,
dont la capacité d’expression serait censurée par la « résurgence des
formes traditionnelles de patriarcat
 ». Selon elle, l’intervention
publique ne serait pas parvenue à empêcher le développement d’un « sexisme
de banlieue
 » class=MsoFootnoteReference> style='»'>[18]
,
présenté comme produit de la culture musulmane, en particulier maghrébine. Le
père de F. Amara ne lui disait-il pas : « Chez nous, c’est les
femmes à la maison et les hommes au travail
 » ? Les affaires
médiatisées de violence envers les filles ne sont-elles pas plus souvent
commises par des garçons musulmans ? A la tribune comme dans la salle, les
interventions fusaient pour désigner les « garçons des quartiers »
comme le « nouvel ennemi principal ». On sait la filiation de
cette représentation avec les discours coloniaux présentant les hommes
colonisés comme des violeurs class=MsoFootnoteReference> style='»'>[19].

Toutefois, le discours de NPNS
n’enferme pas entièrement les « garçons des quartiers » dans leur
« tradition culturelle sexiste ». A plusieurs reprises, Fadela Amara
insista sur la mixité au sein de NPNS, critiquant l’exclusion des hommes par
une partie du mouvement féministe. La mixité est un des mots d’ordre
centraux de NPNS : garçons et filles doivent combattre ensemble les
violences sexistes. Pour l’attester, un homme d’une trentaine d’années, au
prénom pouvant laisser supposer des origines maghrébines, intervint pour préciser
que les ateliers qu’il organise à la demande des établissements scolaires sont
mixtes.

Le discours de NPNS ne réduit donc pas « le
garçon musulman » à une nature violente indépassable. Une possibilité lui est
ouverte de sortir de cette « culture sexiste » qui l’imprègne. Le
mouvement suppose que les vertus de la laïcité et du pacte républicain
permettront aux « jeunes des quartiers » de se distancier de
l’obscurantisme de leurs parents. C’est le sens des actions de sensibilisation
au sein des établissements scolaires et du Guide du respect dont les
trois principales thématiques sont : « la sexualité, les traditions
qui enferment et la violence » class=MsoFootnoteReference> style='»'>[20]
.

Le principal mot d’ordre de NPNS est « laïcité, égalité,
mixité » et leurs modes d’action reposent donc sur la promotion de
l’égalité par la défense des valeurs républicaines de laïcité et de mixité. Les
jeunes que nous accompagnions ne comprenaient pas leur insistance sur
l’interdiction du port du voile et l’expérimentation sexuelle des filles avant
le mariage. En repartant de la réunion, l’une de ces jeunes s’interrogea sur ce
que pouvait penser la famille de Fadela Amara de son « manque de
respect envers ses origines
 ». En effet, dans le contexte d’ethnicisation
des rapports sociaux, le voile et la virginité sont devenus des marqueurs
ethniques class=MsoFootnoteReference> style='»'>[21].

Les majoritaires attribuent au voile et à la virginité le statut de
« preuve » de l’archaïsme de la « maghrébinité » et les minoritaires
réinvestissent ce stigmate comme emblème. Les jeunes ethnicisés doivent donc apprendre
à composer avec ces assignations identitaires. Par exemple, pour éviter de
mettre à mal les « signes extérieurs de virginité » name="_ftnref22" title=""> class=MsoFootnoteReference>[22]
des filles, les jeunes évitent soigneusement les espaces mixtes à l’intérieur
de leur quartier tout en élaborant des stratégies de rencontres dissimulées à
l’extérieur de leur quartier. L’organisation d’espaces mixtes où garçons et
filles sont supposés « débattre librement » de la laïcité et des
relations sexuelles est donc en décalage avec les pratiques et les
représentations de ces jeunes ethnicisés, y compris de leurs arrangements avec
ces assignations identitaires.

Ainsi, NPNS ne tient pas compte de cette dimension des relations
interethniques et impute le « sexisme des quartiers » à « leur
culture ». Le sexisme n’est pas pensé comme présent dans la salle de
réunion, il est ailleurs : chez « eux », dans les
« banlieues » ou dans les pays en voie de développement. Lorsqu’une
jeune femme de la LCR est intervenue pour évoquer les publicités qui mettent en
scène des corps nus, elle s’est vue rétorquer que son combat était
« d’arrière-garde ». Le vrai problème n’était pas là mais dans la
profusion de la violence sexiste dans les banlieues. Le consensus était
flagrant : le sexisme était construit en « frontière ethnique » href="#_ftn23" name="_ftnref23" title=""> class=MsoFootnoteReference>[23],
occultant son universalité et le fait qu’il traverse classes sociales et
groupes ethniques. N’est-ce pas à ce prix que le « le féminisme
« républicain »
est devenu aussi consensuel ? href="#_ftn24" name="_ftnref24" title=""> class=MsoFootnoteReference>[24]

Communiant dans ce stéréotype, les organisateurs et les participants du
débat de Rouen prétendirent parler au nom de toutes les femmes. Les « femmes
des quartiers
 » étant assignées au silence par leurs frères et leurs
maris, Fadela Amara, en femme libérée de cette oppression, se faisait leur
porte-parole. Sans avoir autrement tenté de favoriser l’expression de celles
qu’elles prétendaient défendre, la tribune et la salle parlaient au nom des « femmes
des quartiers »
et de leur « besoin d’émancipation ». Ce fut
particulièrement net lorsque la question du voile islamique fut abordée. La
représentante de « Ni victimes ni battues » établit un
rapprochement entre l’oppression des femmes vécues « autrefois » en
France et celle vécue actuellement dans les « campagnes » et les
« quartiers populaires ». Ce thème de l’évolution de la tradition
(« eux ») vers la modernité (« nous ») n’est pas sans
rappeler le regard colonial que les postcolonial studies ont déconstruit href="#_ftn25" name="_ftnref25" title=""> class=MsoFootnoteReference>[25].
C’est la perception évolutionniste qui légitime le fait de parler « au
nom des femmes des quartiers 
 » pour qui le mouvement français « trace
le chemin ».
Si une seule manière d’être « femme » est
possible, s’émanciper impose de se conformer. Cette logique est partagée en
fait par nombre de travailleurs sociaux. Ainsi par cette éducatrice qui nous
déclare :

« Ni putes Ni soumises bah justement, [c’est] un combat pour les
jeunes filles de quartiers, pour qu’elles puissent en effet avoir leur identité
et pas être continuellement euh... prises pour ce qu’elles ne sont pas, - parce
qu’elles essaient d’être comme la jeune fille européenne, française etc. »

Ici, « avoir leur identité » signifie être comme « la
jeune fille européenne, française ». Cette perception de l’émancipation
s’articule avec une injonction à la conformité identitaire. Fondatrice d’un
réseau régional d’« associations de femmes immigrées » ayant
fermé faute de financement, une des médiatrices interculturelles du club de
Prévention Spécialisée, réagit publiquement à cette injonction à la conformité
en rappelant que ce combat féministe existait déjà parmi les groupes ethnicisés.
Depuis plus de vingt ans, des associations de femmes oeuvrent ici et dans leur
pays d’origine, sans recevoir autant de soutien de la part des pouvoirs publics.

Or,
ce discours qui ethnicise le sexisme n’est pas sans effets sur les concernés. La
réaction de Karim est intéressante à ce titre. Il avait accepté l’invitation à
cette réunion publique parce que selon lui, « il faut respecter les
filles 
 » et les protéger des garçons violents. Venu avec l’envie de
découvrir davantage l’action de NPNS, il ressentit le débat comme une violence.
Progressivement, il s’agitait et faisait des commentaires à voix basse :
« c’est n’importe quoi », « elle peut pas renier la
culture de ses parents 
 »... Se sentant attaqué individuellement et
collectivement dans son groupe d’appartenance par le discours contre « l’ennemi
principal
 », ses commentaires devenaient de plus en plus virulents et
il dut sortir un instant pour se calmer. Par un processus de retournement du
stigmate, il finissait par adopter un discours plus virulent, notamment à
propos des tournantes.

Tout se passe comme si, en l’absence d’une remise en cause des relents
post-coloniaux de son discours, le combat de NPNS contre le sexisme produisait sur
les jeunes gens « des quartiers » des effets contradictoires par
rapport à son projet initial. Il peut en fait renforcer le « sexisme
identitaire », tout en justifiant a posteriori les discriminations que
subissent ces jeunes représentés communément comme des « sauvages ».

En
conclusion, depuis 2003, « Ni putes ni soumises » intervient
dans les médias pour défendre la lutte antisexiste au sein des quartiers dits « sensibles »
et Fadela Amara se proclame la porte-parole des « femmes des quartiers »
auprès des pouvoirs publics et des médias. En 2005, les liens de NPNS avec SOS
Racisme et le Parti Socialiste ont été portés sur la place publique, en même
temps que se faisaient sentir sur le terrain les faiblesses constitutives de
son discours et de sa pratique. Héritière de la critique républicaine du
« ghetto » par SOS Racisme, l’association NPNS perpétue ce qu’on a pu
nommer le post-colonialisme de la « grammaire républicaine » href="#_ftn26" name="_ftnref26" title=""> class=MsoFootnoteReference>[26].

L’euphémisation
des « femmes des quartiers » aurait pu laisser entendre que
les différences à l’intérieur de la catégorie « femmes » étaient
questionnées. Mais, en s’en prenant au garçon musulman, « nouvel l’ennemi
principal », le mouvement s’est éloigné d’une recherche pour articuler
antisexisme et antiracisme. En l’absence d’une prise en compte critique de
l’articulation des rapports sociaux, l’action de NPNS produit des effets
contradictoires tels que l’invisibilisation du sexisme majoritaire, le renforcement
d’un « sexisme identitaire » et même la légitimation a posteriori des
discriminations envers les minorités ethniques. De même, NPNS n’a pas rompu
avec les formes de racismes internes au mouvement féministe et les profits particuliers
que les femmes majoritaires peuvent tirer en parlant « au nom de
toutes ».

C’est en effet le mouvement féministe français dans son ensemble qui
n’est pas parvenu à penser l’articulation des rapports sociaux de sexe, de
statut ethnique et de statut socio-économique, contrairement au Black
Feminism
class=MsoFootnoteReference> style='»'>[27].
Le débat sur la parité en a montré les conséquences politiques : « En
voulant se conformer aux grammaires imposées par la doctrine républicaine, les
féministes ont contribué à opposer féminisme et multiculturalisme, en ce sens
que les avancées obtenues pour les femmes se font aux prix de celles dont
auraient pu bénéficier d’autres minorités. La réforme paritaire traduit ainsi
la force du discours républicain et du lien qu’il établit entre ethnicité et
souveraineté nationale, lien qui n’a pas été soumis à la critique
féministe » class=MsoFootnoteReference> style='»'>[28].

(1) style='font-size:10.0pt;'>à paraître dans style='font-size:10.0pt;'>L’Année du Maghreb 2005 style='font-size:10.0pt;'>, CNRS Editions, 2006)



name="_ftn2" title=""> class=MsoFootnoteReference>[2]
A ce sujet, voir ROCHEFORT F. et ZANCARINI-FOURNEL M., « Du féminisme des
années 1970 aux débats contemporains » in MARUANI M. (dir.), Femmes, genre
et société. L’état des savoirs, Paris, La Découverte, 2005.

name="_ftn3" title=""> class=MsoFootnoteReference>[3]
Nous utiliserons les termes « ethnicisé » et « ethnicisation »
dans une perspective résolument non fixiste pour préciser que la saillance de
l’ethnicité est produite par les interactions sociales : « ce
n’est donc pas la différence culturelle qui est source d’ethnicité, mais la communication
culturelle qui permet de tracer des frontières entre les groupes à travers des
symboles compréhensibles à la fois par les insiders et les outsiders
 »
(POUTIGNAT P. et STREIFF-FEINART J., Théories de l’ethnicité, Paris,
PUF, 1995, 135).

name="_ftn4" title=""> class=MsoFootnoteReference>[4]
Au titre de la loi du 6 janvier 1986, de l’article 45 du Code de la Famille et de l’Action Sociale , la prévention spécialisée a pour mission d’organiser des
actions individuelles et collectives visant à « prévenir les risques de
marginalisation
 » au sein de territoires identifiés comme prioritaires.
Elle est financée principalement par les conseils généraux (Aide Sociale à
l’Enfance) et partiellement par les municipalités. Cette association propose
des accompagnements individuels (accès aux droits, démarches d’insertion
professionnelle...) et des actions collectives (loisirs, sorties culturelles,
vacances, groupes de parole...). Contrairement aux autres clubs de prévention
spécialisée du département, les jeunes hommes supposés plus déviants ne sont
pas le seul public ciblé. De nombreuses actions individuelles et collectives
ont pour objectif « l’autonomisation des femmes » (médiation
interculturelle, ateliers d’expression...).

name="_ftn5" title=""> class=MsoFootnoteReference>[5]
Je tiens ici à adresser des remerciements particuliers à Ayito N’ Guema N’
Dong, pour m’avoir transmis son mémoire de master (IEP d’Aix-en-Provence) qui
établit les liens entre NPNS et SOS Racisme ; ainsi qu’à Françoise
Lorcerie pour nous avoir mises en contact.

name="_ftn6" title=""> class=MsoFootnoteReference>[6]
N’GUEMA N’DONG A., La construction politique d’un sexisme de banlieue.
Émergence du collectif NPNS
, mémoire de Master dirigé par Michel Camau et
Vincent Geisser., IEP d’Aix-en-Provence, 2004.

name="_ftn7" title=""> class=MsoFootnoteReference>[7]
Concernant la critique de l’usage du terme ghetto dans le débat français cf.
notamment MOZERE L., PERALDI M. et REY H., Intelligence des banlieues,
Paris, Ed. de l’Aube, 1999 ; et WACQUANT L., « Pour en finir style=''>avec le mythe des 
« cités-ghettos ». Les différences entre la France style=''> et les Etats-Unis », Annales de la Recherche Urbaine, n°54, mars 1992.

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[8]
AMARA F., Ni putes ni soumises, Paris, La Découverte, 2003, p. 88-89.

name="_ftn9" title=""> class=MsoFootnoteReference>[9]
V. BELLIL S., Dans l’enfer des tournantes, Folio Documents, 2003 ;
et l’étude de Laurent MUCCHIELLI, Le scandale des tournantes : Dérive
médiatique, contre-enquête sociologique
, Paris, La Découverte, 2005.

name="_ftn11" title=""> class=MsoFootnoteReference>[11]
DELTOMBE T., RIGOUSTE M., « L’ennemi intérieur : la construction
médiatique de la figure de l’« Arabe », in Blanchard P. et alii.,
La fracture coloniale, Paris, La Découverte, 2005.

name="_ftn12" title=""> class=MsoFootnoteReference>[12]
Notons que dans son livre paru en 2003 (op. cit.), elle précisait son
désaccord quant à cette loi, pour ensuite affirmer le contraire.

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[13]
Comportant un lieu d’écoute et un accompagnement juridique.

name="_ftn14" title=""> class=MsoFootnoteReference>[14]
NI PUTES NI SOUMISES, Le guide du respect. Filles et garçons : mieux
vivre ensemble
, Paris, le cherche midi, 2005.

name="_ftn15" title=""> class=MsoFootnoteReference>[15]
V. Le Monde du 11 octobre 2005, « Fatiha-Fadela Amara, ni pute ni
soumise - à Julien Dray du moins », par Isabelle Mandraud.

name="_ftn16" title="">[16] style='font-size:10.0pt'> Le site Internet de l’association NPNS en revendique
soixante dans toute la France style='font-size:10.0pt'>, mais seuls 34 sont nommés et disposent de contact
téléphonique, et seuls Paris et Valence organisent des permanences régulières
(en 2005).

name="_ftn17" title=""> class=MsoFootnoteReference>[17]
Cf. DELPHY C, L’ennemi principal. 1. Economie politique du patriarcat,
Paris, Syllepse, 1998.

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[18]
selon l’expression d’A. N’Guema, mémoire cité.

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[19]
V. GUENIF-SOUILAMAS N. et MACE E., Les féministes et le garçon arabe,
Paris, Ed. de l’Aube, 2004.

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[20] lang=EN-GB> Cf. href="http://www.niputesnisoumises.com/campagne.php?section=guide"> lang=EN-GB>www.niputesnisoumises.com/campagne.php ?section=guide lang=EN-GB>

name="_ftn21" title=""> class=MsoFootnoteReference>[21]
V. TERSIGNI S., « La virginité des filles et « l’honneur
maghrébin » dans le contexte français », Hommes et Migrations,
n°34, 2001 et LORCERIE F. (dir.), La politisation du voile en France, en
Europe et dans le monde arabe
, Paris, L’Harmattan, 2005.

href="#_ftnref22" name="_ftn22" title=""> style='font-size:10.0pt'> style='font-size:10.0pt;'>[22] style='font-size:10.0pt'> GUENFOUD K., « Violences dans les rapports
filles-garçons », Agora Débats Jeunesses, n° 28, 2002.

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[23]
F. BARTH, in POUTIGNAT P. et STREIFF-FENARD J., Théories de l’ethnicité,
Paris, PUF, 1999.

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[24]
Cette idée est développée dans GUENIF-SOUILAMAS N. et MACE E., op. cit.,
p. 11.

name="_ftn25" title=""> class=MsoFootnoteReference>[25]
V. la remarque de LEPINARD E., dans « Malaise dans le concept. Différence,
identité et théorie féministe », Cahiers du genre, n° 39, 2005, p.
121 : « Cette opération visant à construire une Autre radicalement
différente, prolonge le regard colonial, seul légitimé à énoncer des jugements
d’ordre culturel et à établir des pratiques de savoir énonçant qui est la
civilisée, l’émancipée et selon quels critères. 
 »

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[27]
V. l’article très documenté de POIRET C., « Articuler les rapports sociaux
de sexe, de classe et interethnique : quelques enseignements du débat
nord-américain », REMI, n°21, 2005.

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[28] lang=EN-GB> V. LEPINARD C., art. cit., p. 125.

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