Samedi 26 mai 2012
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L’assassinat de Ferhat Hached et la solidarité magrébine

Né le 2 février 1914 à El Abbassia, Ferhat Hached fut l’un des principaux chefs de fille du mouvement nationaliste tunisien avec le cheikh Abdelaziz Thaalbi (1876-1944), Habib Bourguiba (1903-2000), Salah Ben Youssef (1907-1961) ou Mohieddine Klibi (1897-1954). Inscrit à l’école primaire de la région de Kellabine à l’âge de 8 ans, il obtint son certificat d’étude primaire en 1929. Cependant, la mort de son père l’obligea à interrompre ses études et à entrer dans la vie professionnelle.

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55ème anniversaire de l’assassinat de Ferhat Hached

Né le 2 février 1914 à El Abbassia, Ferhat Hached fut l’un
des principaux chefs de fille du mouvement nationaliste tunisien avec le cheikh
Abdelaziz Thaalbi (1876-1944), Habib Bourguiba (1903-2000), Salah Ben Youssef
(1907-1961) ou Mohieddine Klibi (1897-1954). Inscrit à l’école primaire de la
région de Kellabine à l’âge de 8 ans, il obtint son certificat d’étude primaire
en 1929. Cependant, la mort de son père l’obligea à interrompre ses études et à
entrer dans la vie professionnelle.

En 1930, il fut embauché à la Société des transports du Sahel basée à Sousse où il se vit offrir un poste de convoyeur. La
même année, il participa à la création d’un syndicat de base affilié à la Confédération Générale du Travail (CGT) française, au sein de son entreprise. Ferhat Hached
commençait ainsi carrière dans le mouvement syndical tunisien.

Le jeune syndicaliste accéda à diverses responsabilités
aux niveaux local et régional dans l’administration centrale. En 1939, il fut
renvoyé de son emploi et vécu des jours difficiles durant la Seconde Guerre mondiale du fait de l’interdiction de toutes activités politiques et
syndicales sous le régime de Vichy.

Durant la guerre, il se porta volontaire auprès du
Croissant Rouge en vue de secourir les blessés ; tâche qu’il accomplit en
dehors de ses heures de travail. En 1943, il s’installa à Sfax après son
recrutement en qualité de fonctionnaire des travaux publics et reprit ses
activités syndicales à l’Union régionale de la CGT de Sfax.

Au congrès de l’Union départementale de la CGT, tenu en mars 1944, constatant l’incapacité du syndicalisme français et de ses branches
socialistes et communistes à apporter des réponses adaptées aux travailleurs
Tunisiens, avec d’autres militants, il démissionna, de la CGT. Ferhat Hached et ses camarades reprochaient aux syndicalistes Européens d’« ignorer
les aspirations légitimes des Tunisiens à l’indépendance nationale ».

Pour ces syndicalistes Tunisiens la lutte pour les dignités et contre
l’exploitation des travailleurs ne pouvait pas être séparée du combat national
anti-colonialiste pour l’indépendance de la Tunisie.

Loin d’être un sujet marginal dans le mouvement
nationaliste tunisien le problème de la condition des travailleurs Tunisien
avait traité, dès 1920, par le cheikh Abdelaziz Thaalbi, fondateur du Destour
et pionnier de la nahda au Maghreb, dans son célèbre ouvrage « La Tunisie martyre ».

Dans l’introduction de ce manifeste du mouvement
nationaliste tunisien, le cheikh Abdelaziz Thaalbi définissait le projet global
de son action de revivalisme arabo-islamique qui alliait renaissance
nationale-culturelle >[1]
,
lutte anti-colonialiste et engagement social : « il style=''> s’agit de sauver de la faillite, de la mort économique et
sociale, un peuple qui ne se maintient que par des sursauts d’énergie. Il
s’agit de savoir si les ressorts de nos pouvoirs sociaux détournés de leurs
buts naturels au profit d’une poignée de spéculateurs et d’aventuriers sans
conscience, si ces ressorts, déjà faussés, on entend les briser à jamais. Il
s’agit de savoir enfin si le peuple français entend volontairement laisser son
gouvernement commettre, au nom de la France, sur notre peuple, les iniquités,
les injustices, les attentats que le Droit des gens et la morale internationale
flétrissent et dénoncent à la réprobation et au mépris des peuples
civilisés » > >[2].

Décrivant la relation inégalitaire entre colons et
colonisés, le cheikh Abdelaziz Thaalbi affirmait : « de la
conduite du Gouvernement du Protectorat, analysée au cours de ce mémoire, il
est résulté une politique à double but : politique de guerre, de spoliation,
d’appauvrissement et d’ostracisme, d’une part, politique de privilèges et de
brigandage, d’autre part. Une scission irréductible dans la population en fut
le résultat : une classe choyée, privilégiée, maîtresse des décisions
gouvernementales et donc des destinées du pays, la caste conquérante, la race
supérieure qui comprend les Français et, pour une part, les Européens en
souvenir des capitulations ; une autre, faible, exploitée, persécutée, privée de
tous les droits reconnus à l’être humain ; la population vaincue, la race
inférieure.

Cette situation a fait naître, chez la première,
l’orgueil insensé, la brutalité, l’insolence et le mépris pour tout ce qui est
indigène ; chez la seconde, un mouvement de réaction : repliée sur elle-même,
elle repousse comme criminel a priori, tout ce qui vient de la première,
nourrit une répulsion profonde, instinctive à l’égard d’un élément qui
travaille avec une volonté froide à la dissolution de sa société, à la
désorganisation de tout le patrimoine intellectuel et moral qu’elle a hérité de
ses pères » > >[3]
.

A propos de la condition des ouvriers agricoles le cheikh
Abdelaziz Thaalbi écrivait : « recruté
parmi les anciens propriétaires du sol, le prolétariat agricole est exploité de
la façon la plus barbare.
Un travail de douze heures par jour sous la
surveillance de gardes chiourmes, un salaire de famine, conjugués avec l’amende
et la prison, le maintiennent dans le plus misérable
asservissement. Lorsque, découragé et sans espoir d’avenir meilleur,
il se risque à aller chercher, chez des maîtres moins barbares, la juste rémunération
de son travail, l’ouvrier est aussitôt convoqué par le caïd sur plainte du
colon, et obligé de choisir entre la ferme et l’odieuse prison de ce
fonctionnaire. 

 L’Etat, les communes et les établissements publics
se liguent contre lui pour le maintenir dans une misère nécessaire à l’avenir
de la colonisation. Les salaires que ces personnes publiques accordent à leurs
ouvriers ne dépassent jamais (ils leur sont toujours inférieurs) les salaires
donnés par le colon, cela pour
éviter une concurrence préjudiciable aux intérêts de ce dernier.
[…] Pour éviter enfin la formation d’un prolétariat conscient de ses droits,
toute association, de quelque nature qu’elle soit, est interdite sous peine de
prison. Ainsi isolé, livré sans défense à son exploiteur, le travailleur
agricole, de quelque côté qu’il se tourne, trouve devant lui le travail forcé,
un salaire de famine et la prison » title=""> >[4]
.

S’inspirant des thèses sociales du cheikh Abdelaziz
Thaalbi, dès novembre 1944, les syndicalistes-nationalistes Tunisiens fondèrent
un syndicat national tunisien autonome libéré de la tutelle paternaliste de la
gauche coloniale française. Ils commencèrent par fonder l’Union des Syndicats
Libres du Sud qui se fixait comme priorité la justice sociale, l’égalité entre
les travailleurs Tunisiens et travailleurs Européens, et l’indépendance
nationale.

En 1945, à Tunis, ils créèrent l’Union des Syndicats
Indépendants du Nord et la Fédération Générale des Fonctionnaires. Enfin, dans le but de coordonner l’action de ces différents syndicats nationaux, le 20
janvier 1946, les syndicats autonomes du Nord et du Sud et la Fédération Générale Tunisienne du Travail décidèrent, au cours d’un congrès, de créer l’Union
Générale Tunisienne du Travail (UGTT) premier grand syndicat national Tunisien.
Ferhat Hached fut élu à l’unanimité Secrétaire Général de la nouvelle centrale.

Dès le départ, Ferhat Hached et ses frères de lutte
décidèrent d’inscrire l’Union Générale Tunisienne du Travail dans la lutte pour
l’indépendance. Autonome et indépendant de la gauche coloniale, cette
organisation syndicale participait pleinement au combat anti-colonialiste du
mouvement nationaliste tunisien. Les grèves, les mouvements de protestations et
les manifestations de rue se multiplièrent pour réclamer l’indépendance nationale
et l’amélioration des conditions de vie et de travail des Tunisiens. Sous la
direction de Ferhat Hached, l’UGTT, joua un rôle primordial dans le
déclenchement, l’encadrement et la radicalisation des revendications du peuple
Tunisien.

En mars 1951, au cours du quatrième congrès de l’UGTT,
Ferhat Hached dressait le bilan de ces cinq années à la tête du
syndicat nationaliste. Selon lui :

- L’UGTT comptait près de 120 000 adhérents de toutes
catégories professionnelles et de toutes les régions du pays.

- Une « guérilla sociale » contre l’occupation
française était menée de façon organisée et systématique par le syndicat
nationaliste.

- L’UGTT était devenue une force d’initiative pour
structurer la société tunisienne autour de composantes de la « société
civile » dans les domaines politiques (Comités de garanties
constitutionnelles) ou sociaux (Comités de la cherté de la vie).

- La présence de l’UGTT sur la scène internationale par
l’adhésion en 1949 à la Fédération Syndicale Mondiale (FSM) permettait
l’internationalisation la question nationale tunisienne. Cette volonté de
porter la question nationale tunisienne sur la scène internationale poussa
l’UGTT à adhérer à la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL) dès sa fondation en décembre 1949. Ferhat Hached devint membre de son comité
exécutif.

- La création d’une union syndicale maghrébine était une
priorité pour Ferhat Hached qui menait une action pour encourager les
syndicalistes Algériens et Marocains à créer des syndicats nationalistes
autonomes vis-à-vis des organisations syndicales européens. De plus il voulait
aider les Libyens à mettre en place des structures syndicales.

- Avec son programme économique et social et les chapitres
sur les libertés, l’UGTT dotait le mouvement nationaliste Tunisien d’un
« agenda » de politique sociale pour l’après indépendance.

Du fait de la puissance du mouvement national tunisien et
de la volonté des autorités françaises de maintenir la domination coloniale,
l’année 1952 vit la radicalisation des revendications nationalistes en Tunisie.
Toutes les négociations directes entre le gouvernement français et les
nationalistes Tunisiens avaient échoué. Afin d’organiser la répression contre
le mouvement national tunisien, les autorités coloniales nommèrent un nouveau
résident, Jean de Hauteclocque, qui, avait été accueilli par un déploiement
militaire lors de son arrivée à Tunis le 13 janvier 1952.

Le lendemain, Salah Ben Youssef et Mohammed Badra
remirent une requête du gouvernement tunisien au secrétariat des Nations Unies
à Paris. Le gouvernement français qui ne voulait surtout pas voir la question
tunisienne posée sur la scène internationale, fit pression sur le Bey pour
révoquer les ministres nationalistes. Dès lors, la répression s’abattit sur les
nationalistes tunisiens.

Le 16 janvier, Hauteclocque interdisait le congrès du
Néo-Destour et faisait arrêter une cinquantaine de militants nationalistes. Le
18, après les échauffourées de la veille à Bizerte et Béja, Habib Bourguiba fut
appréhendé et mis en résidence surveillée à Taberka. Le même jour, le congrès
du Néo-Destrou se tint dans la clandestinité.

Le parti nationaliste affirma sa volonté de mettre fin au
protectorat. A la nouvelle de l’arrestation du dirigeant du Néo-Destour la
région du Sahel, dont il était originaire, s’enflamma. Les émeutes furent
réprimées dans le sang à Mateur et Kaïrouan. Malgré le dépoilement de forces et
la répression, la situation devenait de plus en plus incontrôlable pour les
autorités françaises.

Celles-ci se lancèrent, du 28 janvier au 1ier
février, dans une vaste opération de « ratissage » de la région du
Cap Bon qui prit les allures d’une véritable guerre. Selon les autorités
coloniales la répression fit plus de deux cents morts sur l’ensemble du territoire
tunisien. De plus, personne ne connaissait le nombre des emprisonnés et des
détenus dans les camps d’internements > >[5]
. style=''> 

Echappant à une arrestation, Salah Ben Youssef parvint à
se réfugier au Caire. Au sein du Néo-Destour les partisans de la lutte armée,
parmi lesquelles Chadly Qelala
, style=';'> l’emportaient sur les légalistes.
Dans les campagnes les fellaghas commencèrent à former les premiers maquis pour
organiser la résistance armée à l’occupation française.

Dans ce contexte, l’UGTT se retrouva en première ligne en
assumant la responsabilité de diriger la résistance politique et armée contre
les autorités Françaises. En effet, l’organisation syndicale nationaliste
restait protégée par la loi sur les libertés syndicales, le soutien de la CISL

et du syndicalisme américain. Ferhat Hached organisa des groupes
d’activistes dans les locaux de l’UGTT pour mener des actions armées contre les
symboles de l’autorité coloniale.

Il menait également des actions de grèves et de
mobilisations malgré les arrestations massives. Le 21 octobre 1952, dans une
lettre adressée au comité exécutif de la CISL, Ferhat Hached écrivait : « certaines mesures auxquelles on aurait voulu donner le caractère
d’apaisement sont toujours assorties d’autres mesures brutales qui ne font que
rendre le climat plus malsain encore. C’est ainsi qu’au mois de mai, les
ministres qui avaient été internés à Kébili puis transférés à l’île de Djerba
étaient libérés.

Mais ils étaient tenus de ne recevoir personne chez eux.
Dans le même temps, le chef national Bourguiba était transféré à l’île de La Galite où il demeure encore à ce jour, complètement isolé et vivant dans des conditions des
plus précaires. Les rafles se succédaient à un rythme infernal et des
condamnations à la peine de mort étaient prononcées. Au mois de septembre, les
internés des camps de concentration étaient soi-disant libérés, mais on leur
assigne pour résidence le périmètre communal de leur localité, ou bien on leur
interdit le séjour dans la circonscription du contrôle civil de leur résidence
habituelle. Les syndicalistes ne sont pas libérés.

Ils sont transférés à l’île de Djerba et on les laisse
sans ressource et sans pourvoir à leur nourriture et à leur logement. Les
ouvriers libérés des camps sont congédiés de leur emploi. D’autres sont
expulsés de Tunisie sans préavis, sur l’Algérie. Au même moment, des centaines
de détenus politiques sont transférés dans les prisons de Iambèze en Algérie,
où ils sont sous le régime du véritable bannissement.

À ce jour, plus de 3 000 condamnations ont été
prononcées par le tribunal militaire, dont 9 à mort, 12 aux travaux forcés à
perpétuité, 65 à la réclusion, le tout totalisant plus de 13 000 années de
bagne, 2 500 prévenus attendent encore de comparaître devant le tribunal
militaire... Plus de 20 000 personnes avaient été ainsi arrêtées, un grand
nombre d’entre elles ont subies des tortures et des sévices de toutes
sortes ».

Ferhat Hached qui avait fait du syndicat nationaliste la
seule véritable force sociale du monde ouvrier tunisien, était devenu l’homme à
abattre pour tous les tenants de l’ordre colonial. Le leader syndicaliste
Tunisien fut victime de la « Main Rouge », une organisation d’extrême
droite liée aux services secrets français. Pour certains, la « Main rouge »
n’était qu’une organisation fictive créée par les services secrets français
afin de lui attribuer des activités de sabotages et d’assassinats qu’ils ne
pouvaient pas effectuer eux-mêmes.

En octobre 1952, cette « mystérieuse
organisation » avait déjà violement attaqué, dans des tracts, « Ferhat
Hached l’Américain »
et « la pourriture
style=''> de la cour beylicale complice » style=';'>. La « Main Rouge »
appelait tout ceux qui voulaient faire de la Tunisie « une terre française de liberté dans la vieille tradition tricolore de 1789 » à rejoindre
ses rangs.

Dans un autre tract envoyé à la famille de Ferhat Hached,
la « Main Rouge » menaçait : « c’est dans le sang
qu’elle
[la communauté « franco-tunisienne »] saura le
cas échéant mettre un terme à l’agitation actuelles. Avis aux princes aussi
haut placés soient-ils, aux grands et petits bourgeois Destouriens vendu à
l’Amérique comme à la racaille communiste, ce pays est terre de culture
Française et le restera »
.

Ce tract n’était qu’un élément d’un véritable déchaînement
de haine contre les nationalistes tunisiens chez les colons. Ainsi,
l’hebdomadaire, édité en Afrique du Nord, « Paris » avait lancé des
appels au meurtre contre Habib Bourguiba et Ferhat Hached dans son édition du
28 novembre 1952 :
style=';'>« Avec Ferhat Hached et
Bourguiba, nous vous avons présenté deux des principaux coupables. Nous en
démasquerons d’autres, s’il est nécessaire, tous les autres, si hauts placés
soient-ils. Il faut, en effet, en finir avec ce jeu ridicule qui consiste à ne
parler que des exécutants, à ne châtier que les « lampistes » du
crime, alors que les vrais coupables sont connus et que leurs noms sont sur
toutes les lèvres.

Oui, il faut en finir, car il y va de la vie des Français,
de l’honneur et du prestige de la France. « Si un homme menace de te tuer,
frappe-le à la tête » dit un proverbe syrien. C’est là qu’il faut frapper
aujourd’hui. Tant que vous n’aurez pas accompli ce geste viril, ce geste
libérateur, vous n’aurez pas rempli votre devoir et, devant Dieu qui vous
regarde, le sang des innocents retombera sur vous ».

Le matin du 5 décembre 1952, une première voiture suivit
Ferhat Hached, à la sortie de Radès ville de la banlieue sud de Tunis où il
habitait. Des rafales de mitraillettes furent tirées de cette voiture qui
s’enfuit à tout allure. Blessé à l’épaule et à la main, le leader de l’UGTT
trouva la force de quitter sa voiture.

Quelques instants plus tard, une deuxième voiture apparue
avec 3 hommes à bord pour vérifier s’il était bien mort. S’apercevant qu’il
était encore en vie, les occupants de la deuxième voiture s’approchèrent de lui
et l’ « achevèrent » d’une balle dans la tête avant de jeter son
corps inerte à moins d’un kilomètre au bord de la route. L’annonce de sa mort,
par la radio, à midi, provoqua
style=';'>un soulèvement dans tout le pays.

L’enquête sur le meurtre fut volontairement
« bâclée » par la police coloniale qui n’arrêta pas les coupables.
style=''> En 1955, le dossier sur l’assassina de Ferhat Hached était considéré
juridiquement clos sans que les coupables n’aient été jugés. En revanche,
Mohammed Messadi, le successeur de Ferhat Hached à tête du syndicat
nationaliste, et les dirigeants de l’UGTT furent arrêtés et envoyés en camp
d’internement > >[6]
.
 

La mort du leader syndicaliste Tunisien fut ressentie
comme un « choc » par l’ensemble des mouvements nationalistes
maghrébins. Dans les trois pays, les organisations nationalistes décidèrent
d’organiser elles-mêmes ou par l’intermédiaire d’un syndicat des manifestations
de protestation. Les populations Algériennes et Marocaines montrèrent une
réelle solidarité dans la dénonciation du meurtre du leader syndical Tunisien.

Le 6 décembre 1952, les syndicalistes des docks de
Casablanca, informés de l’assassinat de Fehrat Hached, décidèrent d’organiser
le lendemain un rassemblement pour exprimer leur solidarité. Le matin du
dimanche 7 décembre, le meeting se déroula sans incident. Malgré cela, des
informateurs de l’administration coloniale rapportèrent que les leaders
syndicaux avaient lancé des appels à l’émeute. Pourtant ceux qui avaient
assisté au meeting regagnèrent leurs bidonvilles en traversant Casablanca sans
incident. Le soir, des crieurs escortés de policiers furent chargés de relayer
l’interdiction de manifester et de faire grève.

Dans le bidonville des Carrières centrales, des
affrontements avec des habitants se produisirent, puis un cortège important de
manifestants se forma et se dirigea vers la ville européenne. Ceux-ci furent
bloqués par les forces de l’ordre et se dirigèrent alors vers le commissariat
des Carrières centrales, symbole du pouvoir colonial oppresseur. Là, la foule
qui assiégeait le commissariat subit « un feu nourri ». Parallèlement
au déclenchement de combats de rue, des renforts militaires furent déployés
dans le quartier pour réprimer la manifestation.

Le lendemain dans l’après-midi, un nouveau meeting se tint
au centre ville de Casablanca. Le chef de la région avait interdit le meeting
sans le notifier aux responsables syndicaux. Le service d’ordre laissa entrer
les manifestants dans une véritable « souricière ». Il les arrêta à
la sortie avec « une vigueur décuplée par la colère ». Selon
Charles-André Julien, « les européens purent assouvir leurs instincts
sur les Marocains que lâchaient les policiers » : « Cette foule
européenne, composée d’hommes et de femmes armés d’instruments divers en guise
de matraque, opérait librement le lynchage méthodique »
, jusqu’au
moment ou la troupe fut « appelée pour mettre fin à ces scènes de
sauvagerie »
.

Les policiers ne montrèrent pas moins de zèle que le public.
« Il est exact encore », racontait le même témoin oculaire, « que
le matraquage systématique des manifestants arrêtés se soit poursuivi dans les
locaux du commissariat central et nous avons vu dans les couloirs plus d’un
blessé fort mal en point dont il se peut qu’on ait par la suite contrôlé le
décès. 

Aucun français n’avait été tué mais les journaux avaient
annoncé sur plusieurs colonnes que deux jeunes filles avaient été violées et
massacrées, ce qui fut reconnu faux ultérieurement et rectifié avec une extrême
discrétion. Cependant une colonne de manifestants qui venait du sud de
Casablanca par la route de Mediouna fut refoulée par le service d’ordre qui
semble bien avoir tiré sans sommation. C’est alors que la foule massacra trois
Français, peut-être quatre. » > >[7]

Le bilan de la répression fut difficile à évaluer et
variait très nettement selon les points de vu. Ainsi, le bilan officiel faisait
état de quarante Marocains et sept Européens tués. Mais ce bilan était
considéré comme largement sous-évalué par le comité France-Maroc, qui organisa
le 26 janvier 1953, à Paris, une réunion d’information sur les
« événements » de Casablanca.

Jean-François Clément donna un bilan d’une centaine de
morts alors que Robert Barrat signala, dans « Justice pour le
Maroc », un bilan maximum de trois à quatre cent personnes tuées, trois
morts parmi les Européens et deux Mokhazem décédés lors des affrontements du
dimanche 7 décembre.

L’Istiqlal dressa une première liste de deux cent soixante
neuf noms de personnes disparues et une seconde de quatre cents personnes. Les
autorités coloniales firent arrêter un grand nombre de militants de l’Istiqlal,
ainsi que des Marocains soupçonnés d’activités nationalistes. Enfin,
l’Istiqlal, la principale organisation nationaliste, fut interdit.
Politiquement, selon le philosophe Mohammed Abed el-Jabri, les évènements de
Casablanca avaient « démontré l’unité existant entre les causes
ouvrières et nationales » > >[8]
.

Après les émeutes de Casablanca et l’interdiction de
l’Istiqlal, les nationalistes Marocains durent à l’instar de leurs frères de
luttes Tunisiens, passer « des armes de la critique » à « la
critique des armes ». Pour eux, l’heure n’était plus à l’action
diplomatique mais à la lutte armée. Celle-ci se développa dans les villes et
les campagnes marocaines. Sous la direction d’Abd el-Krim Khattib se constitua
l’Armé de Libération du Maroc. A la violence de la colonisation, les colonisés
étaient contraint de répondra par les violences de la lutte de libération
nationale car les autorités française en Tunisie, au Maroc et surtout en
Algérie avait sabordé toute possibilité de décolonisation pacifique.



name="_ftn1" title="">[1]
Sur le concept de renaissance
nationale-culturelle cf. Abdel-Malek Anouar, La dialectique sociale,
Ed. Seuil, Paris, 1972, page 197-244

> >[2] style='font-size:10.0pt'> Thaalbi Abdelaziz, La Tunisie martyre, style='font-size:10.0pt'>Jouve et Cie éditeur style='font-size:10.0pt'>, Paris, 1920, page 15

> >[3] style='font-size:10.0pt'> Thaalbi Abdelaziz, La Tunisie martyre, op. cit., page 179

> >[4] style='font-size:10.0pt'> Thaalbi Abdelaziz, La Tunisie martyre, op. cit., page 121-122

> >[5] style='font-size:10.0pt'> Julien Charles-André, L’Afrique du Nord en marche,
Omnibus, Paris, 2002, page 191-195

> >[6] style='font-size:10.0pt'> Julien Charles-André, L’Afrique du Nord en marche,
op. cit. , page 232

> >[7] style='font-size:10.0pt'> Julien Charles-André, L’Afrique du Nord en marche,
op. cit., page 336-337

> >[8] style='font-size:10.0pt'> Abed el-Jabri Mohammed, Le Parti, le Syndicat … et la Zaouia…, in. Position n°5

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