L’art Musulman

Le développement des arts et des sciences correspond, au plan humain, à la perfection de la nature spirituel

lundi 5 avril 2004

Le développement des arts et des sciences correspond, au plan humain, à la perfection de la nature spirituelle de l’homme, et au plan social, au stade ultime du passage progressif de la société de l’ordre rural à l’ordre urbain. La coupure entre monde rural et monde urbain est conçue comme une conséquence naturelle du passage du nécessaire au superflu, du simple au complexe. La société rurale, qui se satisfait du nécessaire, ne cultive que les arts les plus simples, comme le tissage ou la poterie. Elle ignore l’écriture et les sciences, et lorsque parfois quelques uns de ses membres s’intéressent à ces activités, ils ne peuvent jamais y atteindre la perfection. Dans les villes, les arts et les sciences se développent avec l’expansion et la diversification de la production, l’augmentation de la richesse, l’apparition du goût du superflu et du luxe. L’Islam, par sa vocation artistique, surélève l’Homme et l’appel à l’organisation et à la construction de la beauté ; « Allah est beau et Il aime la beauté » disait le prophète (SBSL). Cependant, il est permis à l’artiste musulman de rendre beau tout ce qui est indispensable, nécessaire ou accessoire dans la vie. L’Islam est un mode de vie qui prépare l’homme à la vie future tout en organisant sa vie première. La spiritualité musulmane vise à mettre en évidence le rappel et la perception de la Présence divine dans chaque acte de la vie, et cela jusqu’à atteindre l’Excellence (al-ihsân  : adorer Allah comme si on Le voyait).

Trois dimensions sont réunies chez l’être humain : le corps, la raison et l’âme, à chaque dimension sa nourriture. L’art musulman par sa spiritualité, nourrit ces trois composantes humaines, et leur permet de s’élever jusqu’au Seigneur, grâce à ce qu’Il prescrit Lui-même. Car c’est Lui qui les a créées et qu’Il est le Seul à savoir comment elles pourraient cheminer et s’élever vers Lui. Les divers arts de l’Islam, présentés en relation avec leurs moyens d’expression, sont classés selon leurs fonctions et leur importance sociale. Les charges religieuses et intellectuelles, comme celles de juge, de mufti, de professeur, sont mises sur le même plan que les arts en tant que moyens d’existence de la civilisation musulmane.

Depuis que l’« orientalisme » se penche sur l’étude de l’art musulman, un grand débat est né au sujet de l’originalité de cet art au sein de la civilisation musulmane. Il est vrai que l’art musulman s’est inspiré de celui d’autres peuples, qu’il les a adaptés et adoptés. L’état culturel de l’Arabie au moment où l’Islam naît sur son sol, l’état culturel des empires voisins à la même époque, ont eu un impact profond sur la culture Islamique. L’Islam en tant que conviction de foi a déterminé l’orientation et l’avenir du jeune art musulman, grâce également aux contacts de cultures qui s’établiront avec les peuples proches ou lointains au cours de l’histoire. Ce qui a permis éventuellement, à ce pouvoir spirituel d’orienter les recherches et les travaux des artistes musulmans. Ces derniers, dans leurs œuvres, préfèrent les subtils effets perspectifs au dynamisme des volumes rayonnants. Ils rompent les surfaces pour les intégrer à l’espace ambiant, et font interférer les figures géométriques. En effet, les textes coraniques et prophétiques interdisent d’utiliser les figures humaines et animales. Les artistes musulmans ont donc développé d’autres moyens de créativité. Poussant à l’extrême leurs qualités imaginatives, ils sont passés maîtres dans l’art géométrique et végétal. Il n’est que de rappeler ici les prodigieux agencements de formes et de lignes, les carrés, losanges, cercles imbriqués les uns dans les autres et les interminables entrelacs de tiges, feuilles et fleurs qui décorent les plus grands monuments de l’art musulman, à tel point que, dans l’esprit des amateurs occidentaux, ce type de décor est plus frappant, voire plus séduisant que les formes qu’ils ornent.

L’art musulman utilisent les principes de la symétrie, de la répétition, de la subdivision et de la multiplication, créant ainsi divers dessins géométriques d’une extrême beauté qui s’emboîtent indéfiniment. De fait, la composition polygonale est à la base de la décoration musulmane. Le plus souvent, les artistes partent d’un cercle divisé en polygones autour duquel se développent des polygones étoilés parfaitement proportionnés. L’étoile demeure la forme la plus caractéristique de cette géométrie islamique. Ces formes géométriques atteignent ainsi un degré de complexité et de logique jamais égalé. Ce qu’il est sans doute plus important de souligner, c’est le rôle capital que l’écriture joue dans l’art des peuples de l’Islam. Deux raisons l’expliquent. D’une part, il faut mettre en avant la beauté des lettres de l’alphabet arabe et l’élégance de l’écriture qui en fait usage. D’autre part, il est indispensable de rappeler que, plus que les autres monothéismes, l’Islam est la religion du verbe. C’est par la parole que Dieu s’est manifesté à Muhammad son envoyé, c’est la parole de Dieu que ce prophète a transmis aux mondes, oralement d’abord. Cette « parole arabe » a ensuite été consignée par écrit, sous le calife Uthman (644-656) et dès lors l’écriture, support du verbe divin, a participé au caractère sacré du message.

L’écriture est aussi utilisée dès les premiers siècles de l’Islam, comme élément d’ornement. Les artistes musulmans manient à merveille l’écriture arabe qu’ils manipulent à leur convenance. Ils existent divers types d’écriture mais le coufique et le naskhi sont les plus utilisés. La première est anguleuse et l’épaisseur des lettres est uniforme, l’autre est plus souple, plus arrondie et plus élégante. Cette ornementation est sculptée dans le plâtre, gravée dans la pierre ou découpée dans le marbre ou la faïence. Ces inscriptions sont le plus souvent utilisées en cartouches ou en bande, sur certains pans de murs. Partout, dans l’art musulman, cette écriture sera désormais, en l’absence des images, la manifestation de la puissance d’Allah et de sa religion. Partout, c’est-à-dire non seulement dans l’art sacré, mais aussi dans l’art profane. Partout c’est-à-dire à la fois sur les coupoles et les arcs des mosquées, mais aussi sur les armes, les bijoux, les tissus, les assiettes et les bols, les chaudrons, les chandeliers et les brûle-parfums. Pour magnifier la parole divine et son écriture, les calligraphes ont développé un art extraordinaire à la fois imaginatif et très codifié, qui est peut-être la plus grande gloire de l’art musulman et certainement sa plus grande originalité.

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