L’affaire Karachi : le « Watergate » français ?

Parmi tous les scandales gouvernementaux qui mettent à mal l’exemplarité républicaine - une exigence d’

lundi 5 juillet 2010

Parmi tous les scandales gouvernementaux qui mettent à mal l’exemplarité républicaine - une exigence d’éthique mille fois promise, et mille fois plus encore foulée aux pieds - il y a en un qui supplante tous les autres, par son cynisme, son ampleur, et sa dramaturgie : le Karachigate…

Car, en l’occurrence, il ne s’agit plus de simples ministres qui ont confondu servir l’Etat et se servir copieusement dans la cassette royale, entraînés dans le tourbillon d’une régence Sarkozyste sacralisant l’opulence en vase clos.

Non, là, on est en présence d’une ténébreuse affaire d’Etat, digne du pire Watergate, croustillante par son casting de stars - Nicolas Sarkozy, Edouard Balladur, Brice Hortefeux, Jean-François Copé, François Pérol…- haletante par son négoce de sous-marins avec le Pakistan, immorale par ses pratiques de juteuses rétro-commissions tombant dans l’escarcelle de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995 et de ses équipes, et révoltante par sa fin tragique : un attentat, le 8 mai 2002, détruisant un bus à Karachi, à bord duquel 11 français ont été tués, tous ingénieurs employés par la direction des constructions navales. Un acte commandité que le discours officiel a eu beau jeu d’attribuer à l’incontournable Al Qaïda.

Grand vainqueur de la présidentielle en 1995, c’est Jacques Chirac qui donna un coup d’arrêt à ces versements en 1996, ce qui ne fut pas sans susciter un ressentiment au Pakistan.

Une affaire où les Bob Woodward et Carl Bernstein du Washington Post des années 1970, ont les visages des très contemporains Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, journalistes à Médiapart, les téméraires enquêteurs de l’ombre, qui ont plongé dans les gouffres obscurs et minés d’une terrifiante duplicité d’Etat.

Nicolas Sarkozy peut toujours tenter de sauver les meubles en limogeant deux ministres fusibles, Christian Blanc et Alain Joyandet, l’un pour des cigares à 12.000 euros, et l’autre pour une location d’un jet privé à 116.500 euros – et pourquoi se limiter à ces deux là ? – le spectre de Karachi plane plus que jamais sur lui, huit ans après, huit ans d’un âpre combat mené sans relâche par les familles des victimes qui exigent de la République, probité, vérité et dignité.


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