L’Islam discriminé

Sans verser dans le discours de victimisation plus ou mois paranoïaque, force est de constater un constat qui

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mardi 8 mai 2001

Sans verser dans le discours de victimisation plus ou mois paranoïaque, force est de constater un constat qui met à mal la société républicaine. Les musulmans de France subissent avec amertume les effets de discriminations administratives et idéologiques qui sont autant d’entraves à l’observance sereine et reconnue de leur foi et de leur culture. Pour les évoquer sommairement, citons :

1) Les obstacles sournois dressés par de nombreux édiles municipaux aux demandes de terrains pour construire des édifices de culte ;

2) les réticences des administrations pénitentiaires ou scolaires aux démarches d’aumônerie musulmane ;

3) les refus abusifs de requêtes en naturalisation(même si la décision de l’Etat reste légalement discrétionnaire) par appréciation illégitime de ’’défauts d’assimilation’ ’liés à la ’’pratique’’ religieuse ;

4) les obstructions ultra-laïcistes devant l’aménagement des menus de cantines scolaires par l’offre de plats de substitution qui respecteraient les interdits alimentaires ;

5) les refus de subventions opposés aux organismes musulmans qui pourtant oeuvrent à ’’’intégration’’ que le FAS (Fond d’Action Sociale) est censé soutenir sans ségrégation confessionnelle.

Ces irrégularités et injustices qui parviennent à notre connaissance, ressortissent bien à la notion de ’’discrimination’’ telle que le Haut Conseil à l’Intégration l’a définie :’’toute action ou attitude qui conduit, à situation de départ identique, à un traitement défavorable de personnes du fait de leur nationalité, origine, couleur de peau ou de religion, qu’une intention discriminante soit, ou non, à l’origine de cette situation’’(rapport d’octobre 1998). La difficulté étant évidemment de passer de l’observation occasionnelle mais répétée de ces faits, à leur recensement statistique probant puisqu’ils se camouflent le plus souvent derrière des euphémismes de langage ou des procédures léonines. Quant l’acte est explicite, il arrive que la victime hésite et même renonce à intenter des recours par crainte de représailles ultérieures ou par intériorisation d’un complexe d’illégitimité devant l’image négative de l’Islam en France.

D’autres discriminations relèvent justement de perceptions plus subjectives mais n’en sont pas moins réelles telle que la répulsion manifestée par des agents d’administration devant des requérants aux habitudes vestimentaires ’’typés’’(voile, chemises masculines traditionnelles..)

La sous-représentation (en excluant toute vision communautariste de cette notion) de musulmans dans les instances politiques et la haute fonction publique ne correspond pas à la réalité démographique et sociale et s’apparente à un numerus clausus honteux lié à la religion. Jean Daniel dans le Nouvel Observateur du 9 septembre dernier le notait : ’’Et si l’on parle d’intégration, observons que les Français auraient infiniment plus de mal à accepter un président de l’Assemblée de confession musulmane qu’ils n’en ont à en accepter un de confession israélite’’.

Enfin le traitement médiatique dominé par les stéréotypes et le codage stigmatisant de la référence ’’Islam’’ aboutit à ce que la population musulmane de France soit confrontée, tout à la fois, à un déficit d’image(elle n’est pas connue pour ce qu’elle est réellement) et à un surcroît d’image (elle est appréhendée à partir des catégories de la violence, du terrorisme, du fanatisme, du passéisme…)

Devant ces dérives de l’esprit républicain et de la déontologie journalistique, il importe que l’Etat à tous les niveaux donne l’exemple par le traitement de l’islam sur un même pied d’égalité et atteste de quelques gestes symboliques forts montrant que cette religion a toute sa place dans notre pays.

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Michel Renard est directeur de la revue «Islam de France»

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