Samedi 26 mai 2012
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L’ « Islam des quartiers », un impensé sociologique ? (1/2)

Depuis les premières émeutes urbaines des années 80, la littérature sociologique sur les banlieues s’est abondamment enrichie de nouveaux travaux empiriques. Les quartiers populaires sont en effet devenus une véritable thématique socio-politique à la mode chez les sociologues. La prolifération de ces recherches en sciences sociales marque un intérêt croissant pour les monographies de quartier, les analyses ethnographiques de telle ou telle catégorie sociale.

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Depuis les premières émeutes
urbaines des années 80, la littérature sociologique sur les banlieues s’est
abondamment enrichie de nouveaux travaux empiriques. Les quartiers populaires
sont en effet devenus une véritable thématique socio-politique à la mode chez
les sociologues. La prolifération de ces recherches en sciences sociales marque
un intérêt croissant pour les monographies de quartier, les analyses
ethnographiques de telle ou telle catégorie sociale. On y retrouve de manière
générale tous les sujets connexes à ce champ sociologique : l’habitat, la
délinquance et les incivilités, la marginalisation sociale, la politique de la
ville, l’immigration, les bandes de jeunes, la culture hip-hop, les
travailleurs sociaux, les équipements socioculturels, la mobilisation
politique, etc.

 Parmi ces thématiques, l’
« Islam des quartiers » tient une place controversée du fait des
représentations sociales qu’elle renvoie aux sociologues. Ainsi, ces derniers,
qui travaillent de manière scientifique sur ces sujets, réintroduisent
inconsciemment les représentations du sens commun dans leurs analyses sans avoir
procédés au préalable à la déconstruction de la doxa sur l’islam.

 Nous aimerions donc dans ce texte poser
le problème de la valeur heuristique des énoncés sociologiques sur
l’« Islam des jeunes » abordé par une partie de la « sociologie
des banlieues ». Pour ce faire, il convient d’abord de déconstruire
quelques exemples de discours sociologiques sur les microcosmes urbains qui emprisonnent
le penseur du social dans une sorte de « doxosophie name="_ftnref1" title=""> class=MsoFootnoteReference>[1]
 »
lorsqu’il est amené à penser l’Islam dans un milieu culturel qui n’est pas
celui de son origine.

Après avoir mis en relief cet
impensé sociologique à travers trois monographies, il faudra en chercher les
apories qui se trouvent dans une large mesure inhérentes à la discipline
sociologique anémiée, dès le milieu du XIXème siècle, par l’affirmation
idéologique du projet républicain dans un contexte de domination coloniale.

1. style=''>  style=''>Misérabilisme, euphémisme et radicalisme

L’actualité incessante sur la
« crise des banlieues » amène le sociologue à s’interroger sur les
transformations de la société française. Cependant, les « cités » ne
se donnent pas à observer du premier coup d’œil. Il est parfois même périlleux pour
un sociologue extérieur aux milieux populaires immigrés de s’y introduire.
Étranger à la culture musulmane traversée par les traditions ethniques, il est
dans l’obligation de se fier à un informateur, souvent non identifié, qu’il
choisit selon les aléas de ses pérégrinations sur les lieux de l’enquête.

 Aussi, l’interprétation du matériau
recueilli exclusivement par des entretiens avec des enquêtés choisis de manière
aléatoire a tendance à laisser place à des explications en terme de repli
communautaire dans un contexte socioéconomique difficile favorable à
l’extrémisme religieux. Dans son étude comparative sur deux quartiers de la
région bordelaise class=MsoFootnoteReference> style=';'>[2]
,
Agnès Villechaise-Dupont défend en quelque sorte cette analyse lorsqu’elle
étudie l’ « entre-soi » des habitants maghrébins tout en
amalgamant l’identité maghrébine portée par les anciennes générations et la
pratique religieuse réinventée par les nouvelles.

 Évoquant d’ailleurs la question du
« voile islamique », la sociologue le considère comme une marque
d’appartenance ethnique : « Loin d’enfermer l’individu dans une
tradition autoritaire et aveugle, le foulard islamique, affirmation d’une
identité ethnique, est ici ce qui le fonde comme Sujet, en résistance contre
les pouvoirs qui détruisent sa spécificité title=""> style=';'>[3]
. »
Quelle est donc cette spécificité du foulard islamique ? Une spécificité
pour qui ? Et pour quoi ? Même s’il faut incontestablement concéder à
l’auteure une intelligente prudence quand elle aborde l’ « islam
maghrébin », notamment en s’appuyant sur les travaux de Farhad
Khosrokhavar class=MsoFootnoteReference> style=';'>[4] et
en s’assurant, par là, une crédibilité scientifique, force est de constater que
l’analyse s’arrête en chemin et prend des tournures tautologiques en renvoyant
des logiques de cloisonnement social les unes contres les autres avec d’un côté
les dérives « islamistes » et de l’autre les discours xénophobes
 : « Si l’Islam, hâtivement considéré dans sa version intégriste,
est souvent diabolisé, le discours intolérant et raciste de certains français
de souche dans la cité apparaît de la même façon insupportable et inexcusable.
Au mieux la conséquence de l’ignorance, au pire l’expression d’une idéologie
viscérale, le racisme n’est pas jugé digne d’être entendu ; on ignore, ou
l’on renvoie ceux qui l’expriment dans l’indignité : les racistes sont des
salauds. Lorsqu’elle vise les catégories françaises démunies, cette attitude,
qui se veut sans concession, est on ne peut plus dangereuse, car elle accentue
de fait le sentiment d’exclusion précisément à l’origine de l’infériorisation
des populations immigrées par des « petits blancs » en situation de
chute sociale. Une telle mise au pilori, en refusant de reconnaître la
souffrance qu’exprime la tentation raciste, augmente la rancœur et favorise la
dérive extrémiste de populations qui se sentent rejetées ou méprisées par les
élites politiques traditionnelles, et fait le lit de l’extrême-droite. href="#_ftn5" name="_ftnref5" title=""> class=MsoFootnoteReference>[5] »

En somme, la pratique de
l’« islam des quartiers » est pondéré aux sentiments d’intolérance
des Français de souche. Et, inversement, l’attitude raciste des derniers envers
les Maghrébins est une réponse à la montée de l’extrémisme religieux. Ce qui
lui fait dire en conclusion ; « condamner violemment le racisme,
redouter l’intégrisme religieux, constituent une attitude certes légitime et à
bien des égards indispensables. Cependant cette saine indignation ne peut être
séparée d’une volonté de comprendre sans les rejeter a priori les tensions qui
sont à la base de l’adhésion à ces tensions extrémistes, ce qui suppose
d’accorder une écoute attentive et un plus large espace d’expression aux
revendications minoritaires class=MsoFootnoteReference> style=';'>[6]
. »

Peut-être est-ce là une façon
subtile et adroite d’afficher une partie de la réalité pour éluder un manque d’observations
in situ des pratiques religieuses des jeunes ? En tous cas, elle
réduit l’adhésion à l’« islam radical » à un comportement
socioculturel en opposition à la société occidentale et pour échapper à des
conditions de vie misérables. Du coup, cette approche qu’on peut qualifier de
« misérabiliste » réduit la « foi title=""> style=';'>[7]
 »,
insaisissable hors du rapport à la croyance en « l’unicité divine »,
à une notion vidée de son sens ontologique : peut-on alors penser
sociologiquement l’ « Islam des quartiers » sans les notions qui lui
sont propres telles que la « foi » ou les lieux qui le font exister
comme la « mosquée » qui sont a priori eux-mêmes impensables
pour le sociologue ?

style=''>La difficulté de rendre compte de la place qu’occupe
l’Islam dans la vie des « jeunes des cités », pratiquants ou non
pratiquants, pousse parfois le chercheur à inscrire sa démarche dans une
rhétorique euphémisante. Cela lui permet de se dégager d’une posture qui
desservirait l’argumentation globale de sa démonstration. La Force des quartiers de Michel Kokoreff illustre bien cette approche. Dans son
ouvrage, il commence par décrire les conditions d’entrée dans le quartier des
Courtilles à Asnières. En cela, son enquête a une valeur méthodologique
certaine puisque très peu de chercheurs décrivent leur mise en immersion dans
l’environnement urbain de ses habitants pour en tirer des données de première
main, car « il ne suffit pas d’aller sur le « terrain » pour
recueillir ce que d’autres ne peuvent (ou ne veulent) pas
« voir » ; encore faut-il apprendre à voir, faire l’expérience
des codes et des rites, obtenir la confiance de ses interlocuteurs, et savoir
aussi, parfois, sortir de son rôle strict de chercheur name="_ftnref8" title=""> class=MsoFootnoteReference>[8]. »

style=''>Toutefois, l’expérience de l’Autre ne doit-elle
pas passer par une immersion totale dans sa vie quotidienne ? Tous les
jours vivre ce qu’il vit ; n’est-ce pas là la condition sine qua non
d’un regard class=MsoFootnoteReference> style=';'>[9]
éduqué par l’expérience des faits. Car, en effet, on peut observer sans voir.
Or, Michel Kokoreff n’a justement pas séjourné dans le quartier des Courtilles.
Il n’a donc pas pu observer des espaces de sociabilité juvénile, objet d’une
partie de son enquête, comme la mosquée, trop souvent oubliée et confondue avec
la salle de prière des « anciens », dont on sait qu’elle est un lieu
incontournable où les « jeunes de cités » se réunissent même s’ils le
font irrégulièrement au moment du Ramadan.

style=''>Cela le conduit à procéder par euphémismes et à
voir en l’ « Islam des jeunes » un simple « fait culturel »
en neutralisant habilement sa dangerosité tant médiatiser : « Dans
notre enquête, nous dit-il, le rôle même des associations islamistes dans la
gestion sociale est apparu peu important. Pour les jeunes rencontrés, l’Islam
s’est imposé peu à peu comme une référence (…), il est présent comme un fait
culturel plus que religieux. On le voit bien avec le ramadan : largement
suivi par les adolescents et les adultes, il s’accommode de multiples entorses
aux prescriptions alimentaires. Par ailleurs, l’adhésion aux valeurs de l’Islam
semble assez bien s’accorder aux valeurs de la République et de la société de consommation. class=MsoFootnoteReference> style=';'>[10] »

Faut-il comprendre que l’Islam est une « référence » pour les jeunes,
mais ne constitue pas un danger ? Qu’entend-il par référence ?

style=''>Il semblerait que le raisonnement a ici des
limites que le sociologue est incapable de dépasser. En réalité, le travail
d’objectivation aurait dû passer par l’observation des espaces sociaux où se
fixe cette référence. Loin des imageries coloniales dont on verra plus bas
qu’elles ont véhiculé via l’orientalisme des représentations biaisées de la
« prière », les mosquées ne sont pas seulement des « lieux de
cultes » pour reprendre une expression doxique. Elles sont aussi voire
avant tout, pour certains jeunes, des lieux de sociabilité.

style=''>Or, pour l’appréhender, il faudrait y entrer pour
comparer les modes d’occupation de cet espace social local et saisir les
interrelations qui existent entre le dedans et le dehors du quartier au cœur
duquel elles sont implantées. Pourtant, un certain nombre de travaux ethnographiques
montrent ce que l’intégration dans l’univers inconnu des « parias »
apporte à l’enquête sociologique.

style=''>L’ouvrage de Philippe Bourgois sur les revendeurs
de crack à New York en est un exemple. « C’est bien malgré moi, dit-il, que je suis tombé dans le crack. href="#_ftn11" name="_ftnref11" title=""> class=MsoFootnoteReference>[11] » style=''> Cette phrase pose dès l’incipit l’incontournable
nécessité d’une immersion complète pour une restitution fidèle de la
marginalisation des enfants d’immigrés mexicains du quartier-est d’Harlem.
Considérant cette exigence méthodologique, faut-il aller jusqu’à vivre sur les
lieux de l’enquête pour se donner les chances d’interpréter le plus
objectivement possible, loin des idées reçues, les modes de vie des populations
des quartiers populaires ?

style=''>Cette question pourrait être évidente si certains
sociologues des banlieues pouvaient se défaire d’un état d’esprit idéologique à
travers lequel ils abordent les « jeunes de culture musulmane ».
Ainsi, les chercheurs gagneraient à convertir ce qu’ils ont vécu en connaissance
objective. Même si cette connaissance n’est que la traduction dans le langage
scientifique de comportements qu’ils ont étudiés dans un environnement qu’ils
ont par leur présence contribué à transformer.

style=''>Nombreux sont les investigateurs du social qui manquent
d’une relative objectivité dans la description de leur rapport au terrain
d’enquête. Ils pêchent par l’absence de clarté dans l’exposé des écueils de
leur démarche, notamment dans la phase, trop souvent oubliée, qui vient
toujours avant l’accès aux sources empiriques.

style=''>Ils éludent des questionnements nodaux : comment
peut-on arriver à faire parler un jeune délinquant sur ses délits et sa
trajectoire, un prédicateur musulman sur ses représentations du monde et sa
croyance, une victime de « viols collectifs » sur la situation des
filles dans les cités, une famille maghrébine ou africaine sur leurs
traditions, un dealer sur les réseaux de l’économie souterraine, etc ?
Apporter des éléments de réponses à ces interrogations nécessite au préalable
qu’on ait posé les pré-notions qui sont produites par la doxa. Or, dans
certaines recherches, elles relèvent souvent de l’indicible.

style=''>Aussi, nous sommes toujours étonné, et parfois,
avouons-le, irrité, de lire des ouvrages sociologiques disséqués des
microphénomènes aussi complexes que la place des associations musulmanes dites
« islamistes » dans les quartiers populaires, l’appartenance à l’Islam
des « jeunes des cités » et la pluralité des manières d’avoir la
« foi » en utilisant des raccourcis et, ce faisant, en usant tantôt du
langage journalistique, tantôt du langage idéologique pour combler les vides
analytiques. Sans multiplier les références, je prendrais l’ouvrage d’Olivier
Masclet class=MsoFootnoteReference> style=';'>[12]
pour illustrer notre propos.

style=''>Tout en lui concédant une qualité d’analyse
globale sur la mise en perspective historique du quartier du Luth à
Gennevilliers et sur son approche du traitement municipal des populations
issues de l’immigration, nous y avons vu le modèle archétypal d’un tropisme
sociologique lié à un raisonnement causaliste mettant en relation l’Islam et la
revanche sociale de certains habitants du Luth. Par exemple, le cas d’Amar est
suspect.

style=''>L’auteur commence par le décrire par son rigorisme
religieux sur le seul grief qu’il n’a pas de petite copine et qu’un de ses amis
Kabyle, contrairement à lui, peut faire entrer chez ses parents des étudiantes
françaises : « Ă la différence d’autres étudiants d’origine
maghrébine qui s’insèrent dans le milieu étudiant, il n’a pas de petite amie,
et le ton railleur avec lequel il s’adresse parfois à l’un des ses amis
d’enfance, inscrit à la fac et à l’aise parmi les autres étudiants (et
étudiantes), dit assez, sinon sa frustration de ne pas pouvoir, lui aussi,
s’affranchir du quartier, du moins ses difficultés à se penser, et à se vivre
comme un étudiant à part entière. Face à Raba (…), Amar fait preuve d’une sorte
de rigorisme religieux, en l’accusant de manger du porc et de boire du vin, de
se comporter comme un petit français et de s’illusionner quant à sa réelle
acceptation par les vrais français. »
title=""> style=';'>[13]

style=''> Le cas d’Amar relève plus du règlement de compte
que de l’analyse sociologique. Voyons plutôt ce qui a amené notre sociologue à
dépeindre ce personnage de manière aussi sévère : « Amar est un
étudiant ingénieur, qui apparaît d’emblée assez falot ou qui, plus précisément,
doit à ses caractéristiques familiales et à sa trajectoire scolaire
relativement exceptionnelle, timidité, réserve et modestie, mais aussi un désir
enfoui mais intense de revanche sociale. » name="_ftnref14" title=""> class=MsoFootnoteReference>[14]
Plus loin tout s’explique : « Il n’a jamais accepté de se prêter à un
entretien avec moi. ». L’argument est de poids.

style=''>On comprend pourquoi l’auteur a décidé de faire
d’Amar la figure de l’islamiste du quartier et de renverser la situation à son
avantage. Il fait appel ici aux stéréotypes largement répandus dans les milieux
culturalistes qui considèrent, selon les thèses du journaliste Mohamed Sifaoui href="#_ftn15" name="_ftnref15" title=""> class=MsoFootnoteReference>[15],
que ces jeunes sont non intégrables puisque islamistes radicaux soumis à des
pratiques religieuses potentiellement dangereuses pour la Nation. À côté, le communautarisme attaché aux représentations sur l’Islam est également un
thème récurrent class=MsoFootnoteReference> style=';'>[16].
L’auteur décrit un autre personnage : M. Ramadane. « Il lit l’arabe,
porte la barbe taillée, son corps témoigne d’un souci de rectitude » href="#_ftn17" name="_ftnref17" title=""> class=MsoFootnoteReference>[17],
plus loin la vigilance du sociologue se relâche et les présupposés remplacent
l’analyse : « Sa morale religieuse témoigne d’une éducation reçue dès
l’enfance, mais aussi d’un certain désir de revanche sociale. »

style=''>Pour Masclet les choses sont simples, l’Islam via
le communautarisme n’est qu’une forme de revanche des dominés sur la société.
Ils reproduisent comme des automates « la stratégie de défense de
l’honneur propre aux membres des groupes dominés qui retournent le stigmate en
emblème : « Islam is beautiful. » name="_ftnref18" title=""> class=MsoFootnoteReference>[18] »
Ce mode d’explicitation du comportement socioculturel des interviewés montre
plus la prégnance du dogmatisme intellectuel qui existe dans certains courants
sociologiques qu’il ne décrit la réalité sociale. Il ne s’agit pas tant de se
fourvoyer dans des querelles entre paradigmes sociologiques mais plutôt de
repérer les ersatz de l’argumentation savante.

style=''>Didier Lapeyronnie parle à ce sujet de
radicalisme. Selon lui, « la faveur dont bénéficie l’académisme radical
chez les sociologues repose d’abord sur les avantages qu’il procure. Il offre
la possibilité d’enchanter sa propre position. (…) Le jugement remplace
l’explication et la condamnation remplace la recherche de la transformation
sociale, le tout permettant la revendication d’une authenticité sans faille et
sans compromis.

style=''> Le sociologue radical entretient avec la vérité
scientifique une relation privilégiée qui l’autorise à s’attribuer un passeport
moral le plaçant au-dessus des contingences mais surtout au-dessus du
« sens commun »(…) class=MsoFootnoteReference> style=';'>[19] ».
Ainsi, la textualisation class=MsoFootnoteReference> style=';'>[20] de
l’ « Islam des jeunes » fait largement écho à une représentation
doxique et peine à retranscrire la quintessence de l’attachement religieux. Ces
passages relativement courts sur l’évocation de l’islamité des populations des
quartiers apparaissent alors comme détachés de toute rigueur scientifique.

style=''>Misérabilisme, réductionnisme et radicalisme sont
ainsi les formes discursives que l’on peut retrouver dans le discours
sociologique des spécialistes des banlieues françaises.

style=''>Dans ces quelques illustrations, nous n’avons pas
essayé de savoir s’ils énoncent une vérité sur l’« Islam des
quartiers ». Nous avons plutôt eu la conviction que ces sociologues
peinent à exprimer autrement que par omission, euphémisation ou exagération ce
qui se donne à eux comme une expérience à la fois inédite et ineffable voire
violente et insondable. D’où proviennent alors ces formes d’impensé
sociologique sur l’« Islam des quartiers » ? S’agit-il d’un
obstacle épistémologique imputable à l’inconscient idéologique du chercheur ou
bien d’un héritage dogmatique inhérent à la discipline sociologique ?



name="_ftn1" title="">
[1]
style=';'> Nous reprenons ce néologisme
bourdieusien qui doit être compris dans une acception épistémologique,
autrement dit comme conditions sociales de possibilité de la production
scientifique : « Ainsi, ce que les philosophes, les sociologues et
tous ceux qui font profession de penser le monde ont le plus de chances
d’ignorer, ce sont les présupposés qui sont inscrits dans le point de vue
scolastique, ce que, pour réveiller les philosophes de leur sommeil
scolastique, j’appellerai, par une alliance de mots, la doxa épistémique :
les penseurs laissent à l’état d’impensé (doxa) les présupposés de leur pensée,
c’est-à-dire les conditions sociales de possibilité du point de vue
scolastique, et les dispositions inconscientes génératrices de thèses inconscientes,
qui sont acquises au travers d’une expérience scolaire, ou scolastique, souvent
inscrite dans le prolongement d’une expérience originaire (bourgeoise) de
distance au monde et aux urgences de la nécessité » (Pierre BOURDIEU, « le
point de vue scolastique » in Raisons pratiques, Paris, Seuil,
1994, p. 223.)

name="_ftn2" title="">[2] style=''> Agnès VILLECHAISE-DUPONT, Amère banlieue. Les
gens des grands ensembles
, Paris, Grasset/Le monde, 2000.

name="_ftn3" title="">[3] style=''> VILLECHAISE-DUPONT, Ibid., p. 312.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[4] style=''> Françoise GASPARD et Farhad KHOSROKHAVAR, Le
foulard de la République
, Paris, La Découverte, 1995.

name="_ftn5" title="">[5] style=''> VILLECHAISE-DUPONT, Ibid., pp. 312-313.

name="_ftn6" title="">[6] style=''> VILLECHAISE-DUPONT, Ibid., p. 316.

name="_ftn7" title="">[7] style=''> VILLECHAISE-DUPONT, Ibid., pp. 134-137.

name="_ftn8" title="">[8] style=''> Michel KOKOREFF, La force des quartiers. De la
délinquance à l’engagement politique
, Paris, Payot, 2004, p.23.

name="_ftn9" title="">[9] style=''> Cette idée du regard fait référence aux travaux
d’Everett C. Hugues dans Le Regard sociologique, textes réunis par Jean-Michel
Chapoulie aux éditions de l’É style=''>cole des Hautes Etudes en Sciences
Sociales, 1997.

name="_ftn10" title="">[10] style=''> KOKOREFF, Ibid., p. 341.

title="">[11] style='font-size:10.0pt;'> Philippe BOURGOIS, En quête de respect. Le
crack à New York,
Paris, Seuil, Liber, [traduit de l’anglais], 2001.

name="_ftn12" title="">[12] style=''> Olivier MASCLET, La gauche et les cités.
Enquête sur un rendez-vous manqué
, Paris, La Dispute, 2004.

name="_ftn13" title="">[13] style=''> MASCLET, Ibid., p. 200.

name="_ftn14" title="">[14] style=''> MASCLET, Ibid., p. 199.

name="_ftn15" title="">[15] style=''> Mohammed SIFAOUI est journaliste au magazine Marianne.
Proche du pouvoir algérien, il s’est fait connaître avec l’affaire Habib
Souaïdia, l’ex sous-lieutenant des forces spéciales algériennes et témoin des
massacres de la population par l’armée, en dénonçant la dictature militaire qui
se nourrissait du terrorisme islamiste au moment des élections législatives de
1993 (La Sale Guerre, La Découverte, 2000). Depuis les attentats du 11 septembre 2001, il passe pour un pseudo-expert du terrorisme islamiste
djihadiste. La publication de ses ouvrages (en 2002, La France malade de l’islamisme. Menaces terroristes sur l’Hexagone ; en 2003,
Mes frères assassins. Comment j’ai pu infiltrer une cellule d’Al Qaïda ;
et en 2004 Lettres aux islamistes de France et de Navarre et Sur les traces de
Ben Laden)
et la diffusion de plusieurs reportages sur des chaînes à grande
audience l’ont fait connaître d’un public déjà aux prises d’un sentiment
d’insécurité après les attentats du 11 septembre 2001. Or, à aucun moment dans
ses ouvrages il ne propose de définitions claires aux mots qu’il utilise :
terrorisme, islamiste, radicalisme, djihadisme, etc. À travers ses
publications, on est frappé par la mise en exergue d’un Islam dangereux et
d’une diabolisation des jeunes issus de l’immigration maghrébine résidant dans
les banlieues.

name="_ftn16" title="">[16] style=''> Il existe un autre discours sociologique sur les banlieues
qui circonscrit l’ « Islam des quartiers » à l’émergence d’une mouvance
« néo-communautaire » qui existerait chez les « jeunes des cités »
dont, Manuel Boucher, sociologue et militant laïc de Peuple et culture,
regrette presque qu’ils n’aient pas suivi l’Islam de leurs pères, un Islam
qualifié d’ « ethnico-national » et « modéré »
contrairement aux mouvements Salaf et Tabligh trop rigoristes
voire extrémistes assimilés à des « brigades » (Turbulences,
contrôle et régulation sociale. La logique des acteurs sociaux dans les
quartiers populaires
, Paris, L’Harmattan, 2003) On citera également la
superficialité de la présentation de ces mouvements dits
« islamistes » transformés en « brigade muslim » dans la
publication de la thèse de doctorat de Thomas Sauvadet intitulée : Le
capital guerrier. Concurrence et solidarité entre jeune de cité
, Paris,
A.Colin, 2006.

name="_ftn17" title="">[17] style=''> MASCLET, Op. cit., p. 223.

name="_ftn18" title="">[18] style=''> MASCLET, Ibid., p. 224.

name="_ftn19" title="">[19] style=''> Didier LAPEYRONNIE, « L’académisme radical
ou le monologue sociologique. Avec qui parlent les sociologues ? », Revue
Française de Sociologie
, 2004, 45-4, pp. 621-651, p. 627.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[20] style=''> Jean-Michel BERTHELOT (sous la direction de), Figures
du texte scientifique
, Paris, PUF, 2003.

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Commentaires

X
0 points

Bravo Nasser, ça fait plaisir de te lire et loin de moi la prétention de dire, en paraphrasant nos "jeunes",… "PREUMS" ;-)

X
0 points

"S’agit-il d’un obstacle épistémologique imputable à l’inconscient idéologique du chercheur ou bien d’un héritage dogmatique inhérent à la discipline sociologique ?"
La question est posée. Un peu des deux sûrement, puisque les deux sont intimement liés. Cependant concernant les sociologues en France je dirai que cet obstacle n’est pas forcément épistémologique...malheureusement. En effet, les clichés, les préjugés et les à priori concernant la population Maghrébine, ont traversés l’histoire de France avec une régularité impressionnante. Les clichés sur cette population datant du XIX ème siécle sont repris à l’identique à l’aube de ce XXIème siècle. Le "Maghrébin" représenté comme un être indissoluble dans la République, rejettant tous les codes, toutes les civilités et toutes les valeurs qui font La République. Un être vers qui "on" voudrait bien aller, qu"on" voudrait bien "intégrer", qu’"on" voudrait bien "éduquer" et surtout qu"on" voudrait bien "accepter" mais bien sûr seulement avec son flolklore, dénué de toute identite, culturel, religieuse, intellectuelle ou idéologique cela s’entend sans être dit bien sûr !
C’est avec ces clichés datant du siècle dernier que nos sociologues arpentent nos banlieues comme on arpente un zoo à la recherche de ces "espèces" qui viendraient conforter leurs clichés.
C’est avec un esprit non dénué de préjugés idéologique, racial mais aussi et surtout politique que nos sociologues décident d’étudier une population qu’ils pensent vivre en dehors de la République dans des contrées lointaines que sont les banlieues Françaises. Et comme les préjugés ont été répétés à foison et bien intégrés par les esprits autant locaux qu’internationaux, nos sociologues ont décidés de soupoudrer tout cela d’un peu d’islam (sujet tant à la mode), cette "chose" qui fait si peur au français moyen, (et quoi de mieux que de jouer sur la peur de la masse ?).
Nos sociologues nous donnent à voir une population qui non seulement ne vit pas avec et comme nous, la preuve elle vit en autarcie dans les banlieues (comme si cette population avait choisi ces endroits de misères), elle ne prie pas comme nous (ref salle de prière), elle ne mange pas comme nous mais pire elle ne nous ressemble pas du tout et refuse nos codes vestimentaires laics et républicains(les hommes portent la barbe et les femmes le foulard). Et avec tout cela vous voudriez avoir une étude objective, neutre, neuve et surtout réaliste de la population maghrébine et de l’islam cet islam qui telle une pieuvre auraient des ramifactions de pleins de petits islam "de France" ou des "cités" ou des "jeunes" ou de je ne sais quoi d’autre....comme s’il y avait des centaines d’islam ?

X
0 points

franchement, il ne faut des articles de cette nature pour reconstruire une image éclabousée par des années de manipulation

X
0 points

Nous sommes…

Nous sommes de ceux qu’on dévisage,
Le main sur le Loquet de la Porte
Fermé ensuite avec Rage,
Nous sommes de ceux qui n’ont point de Mine,
De ceux sur lesquels, difficile, l’on accroche un Nom,
Et Parmi nous, pour Fleurir la Troupe Aucune Gamine,

Nous marchons en nous tenant le front,
Nous marchons en nous tenant les temps,
Du brouillard dans les yeux, et de l’orage dans la tête,
Et nous disons, traînant nos béquilles,
Le monde n’est plus d’aplomb,
Il faut le remettre sur ses quilles,

Nous sommes de ceux qu’on dévisage,
La main sur le loquet de la porte fermée
ensuite avec rage,
Nous sommes de ceux qui n’ont point d’âge,
Parce que toujours ballottés par les flots,
De ceux qui n’ont point de port,
Et que mène le vent des embauches.

Nous sommes de ceux qu’on regarde par la porte entrouverte,
Lorsque nous repartons sur nos béquilles,
De ceux qu’on dévisage,
La main sur le loquet de la porte fermée ensuite avec rage,
Sous sommes des hommes sans mine,
Et parmi nous pour fleurir la troupe aucune gamine,

Nous sommes cependant de ceux pour qui le soleil luit,
Pour qui chantent la brese, l’aurore,
Nous sommes la nuit, le mystère
Et nous nous avons pour nous,
Les étoiles et les rosées de nacre

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L’article de Nasser est assez difficile à lire pour qui n’est pas sociologue,mais son titre est clair.Il fournit l’idée directrice et il me parait juste, en même temps qu’il enfonce une porte ouverte car la foi ,quelle qu’elle soit, ne peut être un objet de science pour le sociologue qui n’a pas les outils pour l’appréhender.Il me semble que le discours du sociologue,par nature,ne peut être que réducteur.La foi ne passe pas à la moulinette sociologique.Elle est hors champ.De cette réduction découle, me semble-t-il,l’impression des autres défauts dénoncés,à fort relent colonialiste, alors que ce n’est pas toujours le cas. C’est plutôt qu’’il est très difficile pour un non musulman ,surtout s’il est areligieux,de parler de l’Islam s’il n’a pas longuement vécu avec des musulmans et partagé leur quotidien,comme le dit d’ailleurs Nasser.Le plus gros obstacle à la pensée de l’Islam, pour beaucoup de français,sociologues ou pas, c’est,de toute façon, le préjugé anti-religieux, qui s’est adouci vis à vis des chrétiens car il n’y en a plus beaucoup,mais qui resurgit immédiatement avec virulence dès qu’il s’agit de l’Islam ,surtout de celui "non policé" des quartiers.

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Il y a un élément qu’il ne faut pas sous estimer. Je ne sais pas si c’est dans la nature humaine mais s’insérer dans une communauté n’est jamais facile. Je prends un exemple qui existe en quantité dans notre pays. Vous êtes blanc, français d’origine, catholique, vous avez un emploi, vous êtes marié à une française de souche et vos enfants sont polis et calmes. Vous êtes du village de Trucville en Berry, mais vous déménagez dans le village de Machinville en Berry. Il est probable que vous mettrez des années à vous intégrer dans la population de votre nouveau village, et encore si on vous accepte, et si vous ne réussissez pas trop votre vie.

Alors, imaginez si vous avez une différence de nationalité, de couleur ou de religion...

Dans les grandes villes, c’est différent à cause de ... l’indifférence. Mais si le rejet n’est plus individuel, il est souvent collectif, il n’est plus à sens unique, mais dans les deux sens.

Je ne suis pas sociologue, voilà pourquoi je ne peux que citer ce que j’ai vu dans ma vie (déjà longue)

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Didier a tout à fait raison. Le "tous contre tous" n’est pas une invention des think thanks américains. Ce n’est que l’aboutissement d’un processus de séparation des individus inhérent à l’évolution de l’humanité, poussée dans cette direction par la modernité, une modernité où la dimension sacrée n’a pas sa place légitime.

Je ne suis pas spécialiste mais il semble que les différences, la discrimination, vont s’accentuer en même temps qu’un autre mouvement de regroupement en communautés travaille la société, où convergent et s’amalgament des identités dominantes : l’ethnie (quoiqu’on ait atteint un degré d’altérité important), la langue, la nationalité, les idées, la culture, etc ... .

L’identité, c’est comme un mille-feuilles, elle comporte plusieurs couches.

Il faudrait peut-être y voir un processus normal et très large de formation de nouvelles solidarités en remplacement des anciennes devenues inopérantes et reconnaître qu’en cela, ce qu’il se passe dans les quartiers se produit partout, sous différentes formes.

Les sociologues dont vous parlez ne peuvent qu’être piégés par des clichés (dont la forme la plus grossièrement fausse a été les soi-disantes caricatures, soi-disantes car on ne peut caricaturer quelqu’un qu’on ne connait pas et que, du reste, l’on n’a même pas cherché à connaître !).

Bref, ce genre de travaux présentent des limites très frustrantes pour notre "intellect".

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Pardon, je n’ai pas signé mon précédent post. Je voulais ajouter que nous, musulmans, nous ne devons pas nous cantonner dans une position défensive.

Nous devons ETRE.

Quand on est bien dans sa peau de musulman, on se conduit bien avec les autres.

La malveillance quasi-génélare à l’encontre des musulmans et particulièrement des arabo-musulmans vient de très loin.

Dialogue et bon comportement sincères. En cas d’agression, se défendre d’égale (et de légale) façon. N’est-ce pas ce que nous recommande le Coran ?.