Samedi 11 février 2012

L’Iran, une menace ? La leçon de Foucault (partie 1/2)

Cette vérité, dans le cas de la Révolution iranienne, il la formulera explicitement dans sa réponse à une lectrice iranienne qui lui reprochait d’avoir pris parti pour la spiritualité musulmane : « Le problème de l’islam comme force politique est un problème essentiel pour notre époque et pour les années qui vont venir. La première condition pour l’aborder avec tant soit peu d’intelligence, c’est de ne pas commencer par y mettre de la haine »

Partagez :

Le 11 février 1979, sur les ondes
de la radio de Téhéran, fut prononcée la phrase qui donnera sa configuration à
la révolte qui secoue l’Iran dans son ensemble depuis janvier 1978 et 
atteindra son apogée, son point de non retour, dans le soulèvement général de
l’automne où tout un peuple, comme un seul homme, se dressant les mains nues
face à un pouvoir armé, rend sa volonté manifeste pour exiger le départ du
Chah.

Une phrase qui, avant même d’être
prononcée, avait déjà suscitée raillerie, moquerie, contestation et accusation href="#_edn1" name="_ednref1" title=""> class=MsoEndnoteReference>[i],
une phrase qui n’a cessé de faire débat et dont l’écho habite notre présent
d’une façon pressante, d’autant plus, qu’elle est considérée comme étant la
« menace » susceptible d’ébranler l’harmonie du monde. Cette phrase
logeait en son sein l’avènement du monde de l’après-guerre froide qui s’est
décliné dans une conceptualisation - qui nous place au carrefour de l’Histoire,
devant un choix décisif où il n’y a plus place pour le spectateur, dialogue ou
choc des civilisations : « Ici la voix de la Révolution islamique ».

Les railleries sont déjà suggérées
par Foucault, qui anticipe sur la réception de son analyse des événements de
Téhéran par ses concitoyens : « Quel sens, pour les hommes qui
habitent l’Iran, à rechercher au prix même de leur vie cette chose dont nous
avons, nous autres, oublié la possibilité depuis la Renaissance et les grandes crises du Christianisme : une spiritualité politique.
J’entends déjà des Français qui rient, mais je sais qu’ils ont tort href="#_edn2" name="_ednref2" title=""> class=MsoEndnoteReference>[ii]. » 
Comment Foucault en est-il arrivé à anticiper sur la réaction des
Français ?

Quel sens donner à cette certitude
d’un philosophe qui disait déjà en commentant la révolte des détenus dans les
prisons : « Depuis leur cellule, certains détenus criaient le
texte de mon livre à leur camarade. Je sais que ce que je vais dire est
prétentieux, mais c’est une preuve de vérité - de vérité politique, tangible,
une vérité qui a commencé une fois le livre écrit. J’espère que la vérité de
mes livres est dans l’avenir class=MsoEndnoteReference> style=';'>[iii]. »

Cette vérité, dans le cas de la Révolution iranienne, il la formulera explicitement dans sa réponse à une lectrice iranienne
qui lui reprochait d’avoir pris parti pour la spiritualité
musulmane : « Le problème de l’islam comme force politique est
un problème essentiel pour notre époque et pour les années qui vont venir. La
première condition pour l’aborder avec tant soit peu d’intelligence, c’est de
ne pas commencer par y mettre de la haine title=""> style=';'>[iv]. »

C’est dans le climat de cette
première condition qu’il a parlé des railleries de ses concitoyens. La
spiritualité politique ne pouvait susciter, selon Foucault, dans l’esprit des
Français que moquerie et déraison. La politique n’est devenue synonyme de
progrès que parce qu’elle s’est affranchie de la spiritualité pour épouser les
Lumières de la Raison.

La Révolution - la philosophie de l’Histoire- à un sens qui ne parle que la langue de l’avenir,
de l’invention ; elle ne peut aucunement endosser l’habit moyenâgeux de la
religion synonyme de régression. Cette révolution ne peut durer que le temps de
l’amour d’un été, ce temps d’une effervescence qui se dissipera lorsque le jeu
politique reprendra ses droits.

Cette attitude n’avait pas cours
uniquement en Occident mais partagée aussi en Iran, en l’occurrence le Chah,
qui dans une interview, ne prenait nullement au sérieux l’opposition islamique,
et prenait ces partisans pour des « gens qui voudraient voir les choses se
passer comme au Moyen-Age class=MsoEndnoteReference> style=';'>[v] . »

La pensée dominante a fait de la
religion une chose du passé, et toute prétention à lui donner une dimension
politique au Présent est un sacrilège, un crime contre le progrès, une atteinte
à l’universalité des droits de l’homme.

Pourquoi Foucault, façonné par
l’héritage européen, porte-t-il un regard différend sur le soulèvement iranien
et dit à ses concitoyens qu’ils ont tort ? Dans ce constat, où il n’ y a
nullement la trace d’un jugement, se loge un appel, une invitation adressée à
ses concitoyens à s’affranchir de leur vision dogmatique de l’histoire, de leur
foi dans les lendemains prometteurs des Lumières et à s’ouvrir vers un exercice
philosophique autre dont l’enjeu « était de savoir dans quelle
mesure le travail de penser sa propre histoire peut affranchir de ce qu’elle
pense silencieusement et lui permettre de penser autrement name="_ednref6" title=""> class=MsoEndnoteReference>[vi].
 »

Penser autrement sa propre histoire
dans sa confrontation avec le présent est l’axe du projet philosophique de
Foucault ; penser autrement c’est à cela qu’il convie les Français, et
c’est cela aussi qui lui était reproché.

La spiritualité politique en
question n’est pas propre à la société iranienne mais fait partie de l’histoire
occidentale, mais « nous avons, nous autres, oublié la
possibilité ». C’est l’oubli de cette possibilité qu’il convoque à la
lumière de la révolution iranienne pour réinterroger l’histoire de la
rationalité politique occidentale afin d’arracher les consciences à leur
dogmatisme : « Mais l’expérience m’a appris que l’histoire des
diverses formes de rationalité réussit parfois mieux qu’une critique abstraite
à ébranler nos certitudes et notre dogmatisme. Des siècles durant, la religion
n’a pu supporter que l’on racontât son histoire. Aujourd’hui, nos écoles de
rationalité n’apprécient guère que l’on écrive leur histoire, ce qui est sans
doute
significatif class=MsoEndnoteReference> style=';'>[vii] (c’est
nous qui soulignons) ».

Il apparaît clairement que les
écrits de Foucault sur l’Iran s’inscrivent pleinement et entièrement dans son
projet philosophique et les deux s’éclairent et se complètent mutuellement.

Une année après son voyage en Iran,
il prononce une conférence dont le sujet est Vers une critique de la
raison politique
où il pose clairement la question de son rapport au
pouvoir : « ce qu’il faut remettre en question, c’est la forme de
rationalité en présence  class=MsoEndnoteReference> style=';'>[viii] ».

Dans le cas de l’Iran, quelle est
selon Foucault la forme de rationalité en présence remise en question ?
Que signifiait, pour les Iraniens, ce rejet global du régime ? Le régime
symbolisait l’échec total de l’occidentalisation forcée de la société
iranienne entamée depuis le début du siècle. Des décennies durant, les
dirigeants, n’ont cessé d’inscrire le destin de l’Iran dans une marche vers le
progrès en s’inspirant des Lumières : modernisation, nationalisme,
laïcisation et industrialisation de la société. A quoi les Iraniens ont-t-ils
abouti ? Au rejet global du régime. A un retournement catégorique du 
peuple contre son souverain.

L’un étant le contraire de l’autre.
La révolte symbolise le rejet par le peuple de son destin politique : elle
représente l’avenir de l’Iran alors que le Chah est l’image de son passé,
duquel il fallait sortir car il n’était que le règne du despotisme et de la
corruption. La modernisation est la forme d’une rationalité contre laquelle la
population s’est révoltée car, au lieu d’être un facteur d’émancipation et de
patriotisme, elle est le lieu de l’humiliation et de la misère économique et
culturelle : « Une modernisation qui est en elle-même un archaïsme  href="#_edn9" name="_ednref9" title=""> class=MsoEndnoteReference>[ix] ».
Ce qui amène Foucault, dans son premier séjour, à faire le procès de ce que
nous pourrons nommer le désir d’occidentalisation : « Oui, la
modernisation comme projet politique et comme principe de transformation
sociale est en Iran une chose du passé title=""> style=';'>[x] ».

Et ce constat ne se limite pas à
l’expérience iranienne. Puisque l’Iran était le porte-drapeau de
l’occidentalisation du monde musulman, son agonie signe la fin d’un
« épisode qui s’est ouvert il y a bientôt soixante ans : une
tentative pour moderniser à l’européenne les pays islamiques name="_ednref11" title=""> class=MsoEndnoteReference>[xi] ».

Il suffit d’avoir à l’esprit
l’image si contrastée et si parlante de ces deux hommes, le Chah et Khomeiny,
l’un quittant l’Iran et l’autre y retournant. Le Chah, au soir de son règne,
dans la stature d’un homme de son siècle, taillé à l’occidentale, devant lequel
s’aplatissaient encore des vassaux pour le retenir est l’image de cet Iran
moderne dans sa forme mais dont la volonté est sujette à la domination
étrangère.

Khomeiny, l’homme enturbanné,
évoquant un autre âge, mais dans le rôle politique du pasteur, n’ayant pour
seule offrande que le verbe pour faire la jonction entre hier et aujourd’hui,
entouré d’une jeunesse en plein enchantement, incarnait, alors à lui seul, le
destin de l’Iran. Comment expliquer que le disciple de l’occidentalisation, 
lui qui n’a fait que mettre en œuvre l’idée du progrès depuis un siècle en est
arrivé au point de représenter le passé de l’Iran, alors que Khomeiny,
incarnant l’élan religieux, faisait de l’Islam le nom de la Révolution, le souffle de l’espoir, l’avenir de l’Iran.

De quoi alors la Révolution iranienne est-elle le nom ? Qu’avait-t – elle de si fort pour avoir inversé
tous les pronostics qui misaient sur son extinction rapide ? Comment
expliquer sa pérennité et son écho dans le monde ?

De prime abord, c’est un véritable
ébranlement des fondations modernes qui ont fait de la religion quelque chose
de passé, de Dieu est mort de Nietzche, nous voilà en face d’une Révolution qui
place Dieu au cœur de la cité même ; la religion, en l’occurrence l’Islam,
« cette année 1978, n’a pas été l’opium du peuple, justement parce qu’il
a été l’esprit d’un monde sans esprit class=MsoEndnoteReference> style=';'>[xii]. »

La révolution iranienne est une
révolution culturelle. Par cet aspect, elle appose un sceau sur la véritable
indépendance qui a fait défaut à l’ensemble du mouvement de décolonisation du
XXème siècle. L’indépendance politique, qui n’est pas suivie ou ne repose pas
sur une indépendance culturelle, n’est qu’un leurre ; c’est pour cette
raison que les peuples libérés de la colonisation, dans un temps très court,
gagnés par le désenchantement national, ont fini par voir dans l’indépendance
une forme de colonisation intérieure et, dans le cas de l’Iran, le régime comme
une force d’occupation.

La civilisation occidentale est un
système cohérent, le fruit d’une dynamique interne de l’ensemble de ses
composantes : morale, juridique, économique, philosophique, scientifique…
La civilisation est un tout. En transposant un élément (industrialisation,
rationalité, laïcité, nationalisme …) de cette civilisation dans une
société ayant une autre histoire, un autre imaginaire, ses propres références,
cet élément ne peut jouer que le rôle de parasite dont la nuisance se fera
sentir.

La greffe opérée n’a nullement été
concluante : l’ensemble des pays arabes, restent des pays boiteux pour ne
pas dire paralysés. Il suffit de comparer l’Iran avec l’ensemble des pays
arabes, principalement l’Egypte et l’Algérie, présentés comme des modèles de
gouvernance moderne qui font rempart à l’islamisme. Ces pays sont incapables
d’engendrer l’idée même d’alternance politique, alors que l’Iran, en trente
ans, après une guerre de huit ans, et faisant face à un embargo et à une
politique d’isolement, se présente comme une puissance réelle.

Le développement commence par l’indépendance de la pensée.

 La révolution islamique sonne le
glas de l’imitation aveugle de l’Occident qui a perduré depuis l’expédition en
Egypte de Napoléon. L’indépendance culturelle est la prise en main de son
propre destin avec pour socle et principe moteur la volonté d’être pleinement
soi-même, un souci de soi permanent pour ne pas sombrer dans l’aventure de
l’égarement et de la négation de soi.

La révolution iranienne n’est que
la réappropriation de soi des Iraniens qui ont fait de l’Islam, non pas une
coquille extérieure qui encadre leur vie mais le principe moteur de leur
existence. Le nom même de la politique. L’indépendance culturelle est ce
que vise le programme politique de Khomeiny. C’est pour cette raison que, après
le départ du Chah, il a félicité le peuple iranien plus pour avoir éliminé le
pouvoir étranger en Iran que pour avoir obtenu le départ du Chah.

 Le Chah n’existait que par la
présence et l’intervention étrangère. Et un siècle durant, et principalement
après la découverte du pétrole, le destin de l’Iran a dépendu des enjeux des
puissances occidentales rivales, et sur le plan intérieur, une monarchie
dépendante de l’étranger dans tous ses aspects n’a fait que rendre le peuple
étranger à lui même dans une réalité qui l’assiégeait. Une minorité opulente,
le corps en Iran et les références en Occident et un peuple démuni, vivant dans
le culte du martyr, dans l’attente d’un discours vrai qui le libérera de
l’injustice du présent.

 Ce discours vrai incarné par un homme
dont la vie est un dévouement total à l’islam et au peuple est un modèle de
conduite, l’image de l’espoir. Ces « Pieds-nus » - cette expression
méprisante et insultante des pauvres, de quantité négligeable-, les voilà
projetés sur la scène de l’histoire, la Révolution parle en leur nom, l’islam étant la religion des opprimés.

Cette révolution est à considérer,
et a juste titre, comme étant une grande naissance : elle incarne
l’avènement d’un nouveau destin politique pour l’homme musulman. Elle s’inscrit
dans la logique de la politique de décolonisation qui a structuré le débat
intellectuel de l’après-guerre. Par son anti-colonialisme et son
anti-occidentalisme, l’expérience iranienne représente la vérité philosophique
de ce mouvement.

Frantz Fanon (1925-1961), la figure
intellectuelle de la résistance contre l’idéologie coloniale et le
préfigurateur des études postcoloniales, dans une lettre adressée à Ali
Shariati (1933-1977), une autre figure iranienne de la résistance,
écrivait : « Même si je ne partage pas les mêmes sentiments que
toi vis–à-vis de l’islam, j’accepterai ton propos en disant que dans le Tiers
Monde (et, si tu le permets, je préfère dire dans le Proche et Moyen-Orient),
l’islam a, plus que toutes les autres puissances sociales et idéologiques, une
capacité anti-colonialiste et une nature anti-occidentale name="_ednref13" title=""> class=MsoEndnoteReference>[xiii]. »

Ali Shariati, à l’image d’une autre
figure de l’époque, Malek Bennabi (1905-1973), fonde le principe de la Nahda
(renaissance) des sociétés musulmanes dans un rapport dialectique entre le musulman et
l’islam. Un rapport dans lequel la lecture des textes s’accompagne
inéluctablement d’une transformation du sujet. Ces auteurs s’inscrivent dans la
continuité de l’esprit des réformateurs musulmans du XIXème siècle. La
transformation de la société à laquelle appelle ce mouvement ne s’inscrit
nullement dans un retour à un islam d’origine mais dans une transformation de
l’être musulman. Bennabi utilise le concept de « colonisabilité »
comme grille de lecture pour l’approche et l’analyse du rapport colon-indigène.

Elle se comprend comme une forme
d’intériorisation de la défaite, du déni de soi, une infériorité psychologique
qui entraîne une paralysie morale et agit comme une demande intérieure à la
domination. La colonisation n’est qu’une réponse à cette demande inconsciente
d’un maître.

 Pour Shariati, le discours de
l’intellectuel ne peut être un discours critique que si les concepts qu’il
élabore sont générés par l’histoire de son peuple en lutte. Si produire des
concepts est le travail de l’intellectuel, les concepts ont une généalogie,
laquelle ne peut et ne doit être que le résultat de son histoire sociétale. Car
le discours de l’intellectuel ne peut se transformer en acte révolutionnaire
que si celui-ci se frotte à l’expérience du combat et parle le langage du
peuple. Les intellectuels aliénés class=MsoEndnoteReference> style=';'>[xiv]ne
font que perdurer l’oppression car ils sont étrangers au peuple, ils ne se
reconnaissent ni dans son image ni dans sa voix : ils sont le « 
progrès » et lui la « régression ».

« Où t’es-tu perdu, marcheur solitaire ?

Il te faut revenir sur tes pas

Dans ce désert on ne trouve que mort et désespoir,

Il te faut revenir, marcheur solitaire !

Ce désert ne mène nulle part class=MsoEndnoteReference>[xv]. »

La seule voie possible pour éviter
que ce désert ne finisse par nous engloutir est de puiser en nous les éléments
vivifiants de notre résurrection : le savoir spirituel.

L’assurance spirituelle arme la
personne d’une confiance en soi qui le protège contre tout sentiment
d’infériorité et l’élève au rang de bâtisseur, de constructeur de sociétés
nouvelles.

C’est la raison pour laquelle, les
études postcoloniales, qui s’inscrivaient dans l’optique fanonienne n’ont pas
pu générer de réponse à la domination coloniale : les réponses qu’ils proposent
sont inscrites dans l’horizon de la pensée occidentale.

 L’histoire de l’humanisme européen
est la structure et la limite de ses lectures. « Nous devons redécouvrir
le siècle des Lumières par nous-mêmes class=MsoEndnoteReference> style=';'>[xvi] »
assure Appadurai. La seule manière de le sauver ou de le réformer est de lui
présenter un contre modèle, à partir duquel il se regarde et se juge. La
critique comme méthode présuppose une sortie de l’Occident. Ou du moins, une
sortie de l’assignation de la philosophie des Lumières telle qu’elle s’est
présentée dans l’histoire moderne.

Une correspondance des esprits se
trouve entre Foucault et Shariati dans le sens où les deux, chacun dans son
champ culturel, s’engage tout en désirant entraîner à sa suite ses concitoyens,
à penser autrement leur héritage historique.

 En quoi l’expérience iranienne
s’inscrivait-elle déjà dans son travail philosophique et quel écho a-t-elle
gardé dans le développement de sa pensée ?

Pour aborder cette question,
commençons par présenter ce qui différencie la révolution iranienne comme achèvement
du mouvement réformiste musulman et l’histoire de l’Occident depuis la Renaissance : l’idée de la justice a pris place et lieu de l’idéologie du progrès.

Le progrès sous tendu par l’idée de
la vérité comme connaissance qui se déploie à l’infini comme maîtrise de la
nature et du monde est lié aux idéaux des Lumières.

Un progrès dont la finalité était
la domination de l’Autre au nom de l’idée de civilisation. Foucault trouve dans
la révolution iranienne le moment historique par excellence qui s’offre à la
pensée pour repenser son histoire, dans son cas, l’histoire de
l’Occident : « Il me semble que l’enjeu, le défi que doit relever
toute histoire de la pensée, c’est précisément de saisir le moment où un
phénomène culturel, d’une ampleur déterminée, peut en effet constituer, dans
l’histoire de la pensée, un moment décisif où se trouve engagé jusqu’à notre
mode d’être de sujet moderne class=MsoEndnoteReference> style=';'>[xvii] ».

La Révolution iranienne constituait ce phénomène culturel. Comment alors son mode d’être de
sujet moderne était-il engagé ?

Les trois grands textes de Foucault
qui se lisent comme le prolongement de ses analyses sur l’Iran, hormis le texte
déjà cité, Critique de la raison politique, sont l’herméneutique du
sujet
et Qu’est ce que les Lumières de Kant.

Dans ces trois textes, l’ombre de
l’Iran est présente. Ils se présentent comme une convocation de la pensée
occidentale pour analyser ce qui l’a amené à se penser seulement en termes de
puissance.

Nous retrouvons dans la « Critique
de la raison politique
 » l’absence de l’image politique du Pasteur
devant une modernité où le pouvoir se pense seulement sous la catégorie de la
« Raison d’Etat ». Une raison réduite au déploiement infini de son
pouvoir de connaissance. Alors que l’image du Pasteur est l’attention portée à
l’individu, à la singularité. Dans son analyse du pouvoir, Foucault a toujours
été sensible à la singularité qui s’élève contre l’universel incarné par le
pouvoir.

 Dans le cas de l’Iran, la
singularité qui résiste était le peuple. Un peuple qui a placé toute sa
confiance et son amour dans un homme. Comment expliquer qu’un seul homme a été
dépositaire de la volonté de tout un peuple ? D’où tirait-il cette
légitimité ? Essentiellement de son dévouement et son sacrifice pour la
cause qui remettait en question un siècle de l’histoire de l’Iran.

Dans ce dévouement et ce combat
contre l’injustice, Foucault ne peut qu’associer l’image du pasteur à celle de
Khomeiny. Si l’image du pasteur est de source orientale et religieuse, elle est
aussi présente chez Platon. L’important est que dans cette image, la question
éthique, est indissociable de la question politique. Morale et politique sont
liées.

 La justice reste la question
du politique chez Platon. Si le rôle du philosophe, pour Foucault, est de fixer
des limites au pouvoir, être l’ami de l’opprimé, c’est, en quelque sorte,
endosser l’habit du pasteur. Khomeiny incarne l’homme politique et religieux
qui lui permet de se prévaloir du rôle de pasteur car en Iran, la religion
n’est pas seulement le pivot de la résistance mais le principe d’une création
politique. Foucault, de l’intérieur de l’histoire occidentale, voit le rôle du
pasteur échoir au philosophe. Comme le pasteur, le philosophe veille.

Cette idée du pasteur est présente
dans son deuxième texte où l’accent est porté sur le moment décisif de la
dissociation entre sujet et vérité, entre spiritualité et philosophie : le
moment cartésien. En excluant du champ philosophique la notion du « souci
de soi » et en donnant la primauté au « connais-toi toi-même »,
il a fait de la connaissance le seul moyen qui permet au sujet d’accéder au
vrai, sans que cette vérité, en retour, n’affecte le sujet ou le transforme.
Cette dissociation entre sujet et vérité, entre spiritualité et philosophie
dont la pensée moderne est rendue responsable embrume le
présent : « Telle qu’elle est désormais, la vérité n’est pas
capable de sauver le sujet. […] nous dirons que l’âge moderne des rapports
entre sujet et vérité commence le jour où nous postulons que, tel qu’il est, le
sujet est capable de vérité mais, telle qu’elle est, la vérité n’est pas
capable de sauver le sujet  class=MsoEndnoteReference> style=';'>[xviii] ».

 C’est ce lien entre sujet et
vérité que Foucault a rencontré en Iran : « Mais surtout, il nous
faut changer nous-mêmes. Il faut que notre manière d’être, notre rapport aux
autres, aux choses, à l’éternité, à Dieu, etc., soient complètement changés et
il n’y aura de révolution réelle qu’à la condition d’un changement radical de
notre expérience.[…], la religion était pour eux comme la promesse et la garantie
de trouver de quoi changer radicalement leur subjectivité  name="_ednref19" title=""> class=MsoEndnoteReference>[xix] ».
L’agir révolutionnaire transfigurait et illuminait leur être.

 Cette transfiguration était la
conséquence du sujet qui est sorti, en dépassant sa peur, les mains nues
affronter une armée pour asseoir sur le pouvoir déchu de la monarchie le
principe de la justice qu’incarnait l’idée d’un gouvernement islamique.

Dans Qu’est ce que les Lumières
de Kant
, il privilégie l’actualité, c’est-à-dire saisir ce qui se passe
dans aujourd’hui. Penser c’est réfléchir sur son propre présent en
cherchant « quelle différence aujourd’hui introduit- il par
rapport à hier class=MsoEndnoteReference> style=';'>[xx] » ? La
question des Lumières ne se pose plus en termes d’acceptation ou de réfutation.

Il ne s’agit plus d’être pour ou
contre les Lumières, il s’agit aussi de ne plus voir dans les Lumières
l’origine et le fondement de la modernité et adopter une attitude qui agit
comme une critique permanente de notre être historique. Les Lumières sont-elles
la structure métaphysique opératoire qui conditionne cette mise en œuvre de
cette attitude critique du présent ? Foucault est catégorique à ce
sujet : « Je ne sais s’il faut dire aujourd’hui que le travail
critique implique encore la foi dans les Lumières ; il nécessite, je
pense, toujours le travail sur nos limites, c’est à dire un labeur patient qui
donne forme à l’impatience de la liberté title=""> style=';'>[xxi] ».

 Les Lumières ne sont donc plus
pour lui la vérité sur laquelle s’analyse et se juge le présent. L’universalité
des Lumières est transformée en idéologie qui ramène le réel à ses dogmes et se
refuse de saisir ce qu’il y a d’original et de neuf dans les événements qui
affectent le présent de par le monde.

C’est cette question qui le
préoccupe dans son expérience en Iran. « Aujourd’hui »
qu’introduit-il comme différence par rapport à hier ?

Ce travail critique qui donne forme
à l’impatience de la liberté, Foucault l’a expérimenté dans cette ivresse
révolutionnaire en Iran : « « La volonté collective », on
ne l’a jamais vue, et personnellement, je pensais que la volonté collective,
c’était comme Dieu, comme l’âme, ça ne se rencontrait jamais. Je ne sais si
vous êtes d’accord avec moi, nous avons rencontré à Téhéran et dans tout l’Iran
la volonté collective d’un peuple. Eh bien, ça, ça se salue, ça n’arrive pas
tous les jours  class=MsoEndnoteReference> style=';'>[xxii] ».

Même en tant qu’observateur, et si
de surcroît cet observateur est aussi attentionné que Foucault, comment ne pas
être transporté par ce soulèvement inouï, par ce mouvement qui excède toute
analyse de la révolution telle qu’elle a été théorisée auparavant ? Ce
n’est ni un groupe social, ni un parti, ni une avant garde qui tracent le
chemin de l’avenir mais la volonté d’un peuple qui embrase le pays, fait corps
avec lui et devient son destin.

 Une volonté collective qui a fini
par désarmer toute force susceptible de lui résister sans avoir eu recours ni
aux barricades ni à la révolte armée ! Certes, la spiritualité était la
matrice de cette volonté politique. Lorsque le besoin de changement s’est fait
sentir, la religion, comme discours vrai, sans effusion de sang, a été là pour
servir comme principe et force opératoire de changement et de transformation du
monde ici-bas.

La révolution islamique ne
révolutionne pas seulement l’Iran mais aussi nos certitudes, nos préjugés (la
religion est l’opium des peuples, l’image sanguinaire et barbare de
l’Islam…..). Cette attitude de Foucault a soulevé un scandale : il a été
accusé d’avoir adhéré à l’idée de l’avènement d’une ère nouvelle où les
révolutions religieuses supplanteraient les révolutions rationnelles. Là où ses
détracteurs dénonçaient le scandale de l’adhésion name="_ednref23" title=""> class=MsoEndnoteReference>[xxiii],
il n’y avait place que pour l’honnêteté de l’intellectuel devant les faits et
l’insistance sur leur originalité. Une originalité qui invite au
questionnement.

Une originalité qui mérite accueil
et intéressement. Une attitude critique ouverte à l’événement alors que ses
détracteurs ne pouvaient admettre et tolérer qu’une révolution épousant la
visée de l’Universel ne parlait pas en nom des Lumières. C’est cela qui lui a été
reproché. Et c’est de cela que la pensée de Foucault s’était affranchie.

Mais cela n’empêchait pas Foucault
de s’interroger sur la forme sociétale qu’allait incarner cette volonté
politique. Mais aurait-il été dans son rôle en anticipant sur l’avenir ?

Avait-il le sentiment d’être doté
d’un quelconque magistère pour prodiguer des conseils aux Iraniens ?
« Mais la question est de savoir quelle forme prendra cette volonté nue et
massive [….] C’est le problème pratique de toutes les révolutions, c’est le problème
théorique des philosophies politiques. Avouons que nous serions nous autres
Occidentaux mal placés pour donner, sur ce point, un conseil aux Iraniens
  href="#_edn24" name="_ednref24" title=""> class=MsoEndnoteReference>[xxiv](c’est
nous qui soulignons) ». A propos du phénomène révolutionnaire, Foucault demande
au savoir occidental de faire preuve de silence. C’est une attitude
intellectuelle et éthique à la fois.

Cette attitude fondée
historiquement, pour Foucault, par ses lectures philosophiques de Platon et la
fascination et l’intérêt qu’avait celui-ci pour la Perse, intellectuellement sur les lendemains embrumés et ensanglantés des révolutions
séculières de l’Occident, est une leçon éthique de pudeur et de retenue qui
porte en soi l’idée de la rencontre de l’Autre, l’idée de lui aménager un
espace d’accueil et d’écoute pour saisir ce qu’il a de propre à dire et en quoi
ce qu’il a à dire nous parle.

La spiritualité que Foucault a vu
en oeuvre en Iran n’a cessé de lui parler et de l’accompagner à l’intérieur de
sa propre histoire en la revisitant pour saisir à quel moment, dans l’histoire
européenne, le lien unissant spiritualité et philosophie s’est rompu. Foucault
ne s’était pas fourvoyé dans sa rencontre avec la révolution iranienne,
celle-ci lui a permis, de mieux saisir et d’approfondir ce qui définit pour
lui la condition humaine : « se soucier de soi » .

Cette république de religieux et de
déshérités contre laquelle on prédisait qu’elle ne vivra pas plus de quinze
jours vient de fêter ses trente ans d’existence par un exploit
scientifique : l’envoi dans l’espace d’un satellite de fabrication
proprement iranienne.

La révolution islamique a-t-elle réalisé les idéaux pour
lesquelles le peuple s’est soulevé ?



class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[i] 
Je fais référence à la réception des reportages effectués par Foucault sur
l’Iran. Voir « Une iranienne écrit », le Nouvel observateur 730 (6
novembre 1978).

class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[ii]
Michel Foucault, Dits et écrits, III 1976-1979, Gallimard, Paris, 1994,
p.694

class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[v]
Arte « Iran, une puissance dévoilée », 11/02/09

class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[vi]
M. Foucault, l’usage des plaisirs, 15. Cité par Lawrence Olivier, Sylvain Labbé
« Foucault et l’Iran : A propos du désir de révolution », revue
canadienne de science politique, XXIV :2 (juin 1991), Imprimé au Canada.

class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[vii]
Michel Foucault « Omnes et singulatim. Vers une critique de la
raison politique », le débat, septembre-novembre 1986, n°41, p. 34

class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[xiii]
Lettre écrite par Frantz Fanon citée dans Ali Shariati, Histoire et destinée,
Sindbad, Paris, 1982, p.45

class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[xiv]
Voir la préface de J.P.Sartre des damnés de la terre de Frantz Fanon où il fait
allusion à la catégorie d’intellectuels du tiers-monde fabriquée par l’Europe
( l’indigénat d’élite) qui reprenaient en chœur, jusqu’ au confins de l’Afrique
et de l’Asie les slogans lancés en Europe.

class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[xvi]
A. Appadurai, « violence et colère à l’âge de la globalisation »
entretien, Esprit, mai 2007 cité par J.C Guillebaud « L’Occident
dans une plante décentrée », entretien, Esprit, février 2009.

class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[xvii]
Michel Foucault, L’herméneutique du sujet, cours de collège de France,
1981-1982, Gallimard/Le Seuil, 2001, p 11.

class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[xx]
Dits et écrits IV 1980-1988, Gallimard, p.564

class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[xxiii]
Voir Frédéric Tellier, l’heure de l’Iran, Ellipses, 2005. [….] Le
diagnostic de Foucault est juste, c’est l’adhésion - fort brève – du philosophe
qui est déplacé. p24, […] Nous l’avons dit, c’est l’adhésion de Foucault à
l’épisode iranien[..] qui pose problème, pas le diagnostic. p28.

Publicité Oumma Media

Commentaires

X
0 points

Pertinente démonstration. Que les détracteurs de l’Iran lisent ce texte.

X
0 points

L’islam n’est pas le christianisme. Il convient de le répéter encore et encore. Si dans le monde chrétien, la mise à la marge de la religion a construit le monde que nous connaissons aujourd’hui, l’islam de part son histoire a connu le chemin inverse. Dans le monde de l’islam, c’est l’arrivée de l’islam qui est facteur de progrès et de développement. Et les tentatives de son éviction aujourd’hui est facteur de retard car, il laisse place à des dictatures de tout genre et son lot de malheur.
De part son histoire, l’islam a une certaine proximité avec le discours laïc dans le monde chrétien. A titre d’exemple, le phénomène averroïsme, dans le monde chrétien s’est nourri des travaux d’Averroès pour critique le clergé et pour cette raison, les œuvres d’Averroès ont fait l’objet de condamnation de Paris de 14° siècle...Il y a une leçon à retenir.
Donc l’islam n’est le christianisme et vouloir calquer sur l’islam, l’histoire du christianisme, on arrive une position d’intolérance qui consiste à dire que le monde doit faire comme moi, sinon c’est des méchants, barbares…
Le progrès en Europe n’est au final qu’une vision du monde parmi tant d’autres, et n’en déplaise à nous autres de culture européenne, le monde est bien la combinaison d’une multitude de peuples et nations qui chacun regarde le monde selon sa culture propre, qu’on aime ou pas d’ailleurs. Le monde est monde et ce monde est pluriel. Alors à part d’entreprendre un vaste programme de nettoyage ethnique à l’échelle de la planète, nous autres Européens seront bien inspirés de ne pas nous prendre pour la mesure du bien.
Alors au delà même de la question de l’islam, il s’agit bien de pluralité du monde qui est en jeu et je dois dire que cette remarque vaut aussi pour nous, les musulmans. Certains musulmans aussi feraient bien mieux méditer sur cette question de la pluralité du monde car l’honnête nous impose de dénonce la volonté de puissance, même quand elle sort de notre rang. Et comme par hasard, nous autres musulmans d’Europe, nous ne nous distinguons guère souvent de ne nous concitoyens non musulmans…Alors que Dieu nous protège !

A suivre

X
0 points

Salam

oui l’islam n’est pas le christianisme, mais forces est de constater en revanche qu’aujourd’hui de nombreux discours islamique sont ressemblant voir les mêmes par la pensée désastreuse du christianisme, on le voit sur la question de l’individu, de l’éthique, de la famille, de l’éducation des enfants..

On est aussi sidéré d’entendre des discours musulmans, sur la perversion des moeurs en occident ou ailleurs, et faire silence, sur les crimes pervers quand il s’agit de personnes ayant une religion que ce soit les catholiques, ou l’attitude de musulmans,juifs.....

Une enfant yéménite, mariée de force à dut aller voir un juge seule, pour faire valoir ses droits... pas un mot des musulmans sur cela

Le Vatican, par la voix de l’un des plus hauts responsables de l’église catholique romaine, a justifié lundi l’excommunication d’une mère brésilienne et de plusieurs médecins, pour l’avortement d’une fillette de 9 ans. L’enfant avait été violée par son beau-père qui, lui, n’est pas excommunié !(voir article europalestine)

sur cela silence totale des musulmans, mais ou en sommes nous avec notre religion de justice et d’excellence ?

Salam

X
0 points

Foucault dérangeait, car c’était un penseur libre qui se plaçait par delà le bien et le mal. Contrairement aux « philosophes » innommables, représenté par l’innommable spécialisé dans la mystification, il ne disait pas au public français ce qu’il a l’habitude d’entendre. Il était à contre-courant de la vieille idée, indéracinable chez les occidentaux, selon laquelle l’islam « a délabré les peuples musulmans ».

L’islam est un facteur potentiellement majeur d’émancipation. Léopold Weiss l’avait bien compris. Et il a fait le diagnostic exact sur le retard des peuples musulmans : ils étaient inaptes à être en phase avec l’islam. C’est-à-dire c’est le décalage entre l’islam et les musulmans qui les a ruinés.

L’Iran, champ d’observation pour Foucault, est un parfait exemple d’un pays musulman en phase avec son patrimoine spirituel. Et nous voyons tous ses premiers pas d’émancipation : il a lancé son premier satellite sans aucun coopérant occidental !

X
0 points

Si l’islam est potentiellement un facteur de progrès dans le monde musulman, il est indéniable qu’il est la cause numéro 1 de ses retards accumulés au cours des siècles. On nous remémore souvent Avéroés mais on oublie que les grands penseurs musulmans se sont heurtés à une résistance farouche et irrationnelle des religieux. Regardons l’Arabie Saoudite, pays moyenâgeux où une femme n’existe qu’à travers un tuteur mâle. Autre exemple frappant : l’Iran. Ne soyons pas hypocrite, le régime est au bord de l’implosion, le peuple perse aspire à des changements profonds et fondamentaux du régime. Cela inquiète les mollahs, c’est d’ailleurs pourquoi, aux dernières législatives, les candidats réformateurs ont été écartés. Les iraniens ont chassé le Shah, non pas parce qu’ils aspiraient à un état islamique, mais parce qu’ils souhaitaient un changement. Ils ont cru que Khomenei incarnait ce changement... aujourd’hui ils se rendent compte qu’ils se sont trompés.
Certains musulmans feignent de ne pas le voir : l’islam politique a été un échec total jusqu’à présent ; subversif, violent, rétrograde, les mouvements religieux politiques sont autant responsables dans notre retard que les despotes laïcs.

X
0 points

Enfin voila un texte et un sujet de grande importante traiter avec justesse comme j’aimerai bien voir traiter par la rédaction de oumma.com , et non pas des sujets qui sèment les troubles dans les esprits mal formés , et qui donnent sujet à polémique , comme ceux du Dr al-ajami . Merci Mr Mhmoud Senadji et à oumma.com pour ce bon moment passer à lire cette article ; qui est très court à mon goût ! fraternellement : moha

X
0 points

Merci par ce beau texte de nous rappeler à Lui, erra7maan erra7iim : "L’assurance spirituelle arme la personne d’une confiance en soi qui le protège contre tout sentiment d’infériorité et l’élève au rang de bâtisseur, de constructeur de sociétés nouvelles."

Verset (28) Erra3d (13) :
"eladhiina amanou wa tatma’innou qouloubouhoum bii dhikri Allahi ala bii dhikri Allahi tatma’innou elqouloubou"

X
0 points

Ce concept de « la spiritualité politique » de Foucault, je le vois comme l’antithèse manifeste de la laïcité. Du coup, notre philosophe m’apparaît comme quelqu’un qui n’avait pas une haute opinion sur cette dernière. Et il y a de quoi.

La laïcité, qualifiée dans un vocabulaire proprement marchand de valeur était en fait une arme artisanale fabriquée par les francs-maçons contre l’église chrétienne. Le philosophe ne pouvait l’ignorer.

A une arme artisanale, il oppose un concept philosophique puissant. De plus le dit concept enseigne que l’indiscernabilité de la politique et de la religion légendaire chez le musulman, loin d’être un obstacle au progrès, peut ouvrir la voie au progrès.

Les visionnaires, trop en avance sur leur temps, n’ont jamais été admis de leur vivant nulle part au monde. On rit d’eux au présent, mais ce sont eux qui rient les derniers quand le futur viendra. Le philosophe a déjà préparé son rire en le faisant figé par l’objectif.

X
0 points

Tout cela ne repose que sur la volonté délibérée de nier que la religion est un frein à la compréhension du monde. Que l’Iran ait eu besoin, à un moment donné, de s’appuyer sur un mouvement d’opposition au Shah pour retrouver ses marques, c’est indéniable. Que ce soit l’Islam qui ait pris le devant est non seulement un accident de l’Histoire, mais, en plus, un mouvement qui a été dirigé contre ses propres alliés. Et que les premières victimes de ce gouvernement religieux sont les Iraniens eux-mêmes, qui se passeraient bien des ayatollahs.

X
0 points

@"mon chien aussi" :
le valeureux peuple musulman d’Iran passe et les chiens aboient. A bon enteudeur ...

X
0 points

@ mon chien aussi : dire que la religion est « un frein à la compréhension du monde », voilà qui fait rire dans les chaumières. L’URSS en son temps avait aboli toute forme de religion ; a-t-elle pour autant compris le monde ? Certainement pas. Sa disparition dans les limbes de l’histoire était la preuve qu’elle n’avait pas compris grand-chose au monde. L’Occident est sans religion ; a-t-il pour autant compris le monde ? Pas d’avantage. Le fait que le monde est en train de lui échapper de façon irréversible ne serait-ce que par son imprévisibilité est la preuve qu’il n’a pas compris grand-chose au monde.

Le monde est trop complexe pour être compris et même l’islam n’a aucune prétention pour « le comprendre ». Sa vocation est ailleurs.

Comment pouvez-vous affirmer que le fait que l’islam (à qui vous avez donné curieusement un I majuscule) ait été au devant de la scène internationale n’est qu’un accident ? Vous n’avez donné aucune preuve. Par conséquent votre « accident » n’est qu’un mot, c’est juste un produit de votre tempérament.

Il y a cent ans, Christian Cherfils, élève d’Auguste Compte, prédisait que l’islam finira, tôt ou tard, par devenir une force internationale avec laquelle il faudra composer. Cent ans, je vous dis ! Ce n’est pas la semaine dernière ! Et vous parlez d’ « accident ».

Dites-moi, depuis quand les accidents sont prévisibles ?

X
0 points

Fort intéressant, cet article, et un grand merci à son auteur Mahmoud Senadji. On attend la seconde partie. J’ai simplement une interrogation sur cette phrase

« Foucault, par ses lectures philosophiques de Platon et la fascination et l’intérêt qu’avait celui-ci pour la Perse »

qui laisse penser à la fascination qu’aurait eu Platon pour la Perse ? Je suggère qu’il y a erreur simplement grammaticale.

Merci surtout, Mahmoud Senadji, pour rappeler que la spiritualité iranienne tient au platonisme, et que cette proximité est aussi l’explication de la conversion de Foucault, de sa sympathie, de sa compréhension de l’intérieur, du phénomène de la révolution iranienne.

X
0 points

Salam,

Je ne pense pas que la religion soit ou ne soit pas le seul facteur d’émancipation...
Je ne crois pas non plus aux principes pseudo humanistes qui tendent à diaboliser les religions...
Les religions en elles-même n’y sont pour rien dans le progrès ou non d’un société (Le Japon est un pays développé à tous les niveau, mais quelle est la part de contribution de la religion dans ce progès ??? nada je dirais).
Dire que les musulmans sont en retard n’a pas de sens.
On ne peut pas comparer la Malaisie (pays technologiquement développé et les pays arabes (sous développés à tout point de vue).
On ne peut comparer l’Iran (pays qui progresse malgré l’embargo et la rigidité du certains conservateurs religieux) et les pays arabes qui ne font que reculer (Y t-il un pays qui fabrique sa propre voiture ?? réponse, aucun).
La religion a pour but de fournir des axes de progression spirituels (de l’immatériel) et non technologique, ceci est du ressort de l’Homme.

En bref, les bosseurs y arrivent (tout le monde) et les branleurs (les arabes) subissent et regardent faire.

Salam,

X
0 points

Oui, je commence a me persuader que l’Iran est une menace indirectement pour les partisans sunnites qui veulent attiser le conflit chiaa et sunna. Ces oulemas de moitie manche ne realiseront que trop tard que leurs actions destructives a l’encontre de leurs freres Chia seraient peines perdues, car pendant que l’Iran islamique se consolide, il n’y aurait pas d’etat islamique sunnite dans moins de vingt ans avec nos regimes en place et l’appui de leurs coreligionnaires. Toutes les tentatives ont echouees depuis plus de 50 ans et si L’Iran a reussi, c’est premierement par la grace de Dieu qui a voulu fortifie notre foi dans cette etape tres critique de la domination occidentale mondiale et pour nous apprendre la grande lecon que les iraniens n’ont reussi que par des efforts colossals d’une secte qui a vecu des siecles en minorite dans le traumatisme sunnite. En conclusion, nos freres Chia seront les seuls joueurs de taille dans l’ere islamique future tant que nos vaillants oulemas de moitie manche leur feront la guerre sainte en les expulsant de la religion islamique par defaut de leurs ignorances. Vous n’avez qu’a penser ce qu’il adviendrait dans 30 ans sur la scene arabo-musulmane avec des regimes totalitaires encore en place et un pays tres sophistique comme L’Iran tres islamique. A vous de deviner !!

X
0 points

Je persiste et je signe, l’islam n’est pas le christianisme. De part son histoire, la religion ne joue pas le même rôle dans le christianisme et dans l’islam.
Par conséquent, l’islam a besoin d’un développement endogène. Un développement qui répond à ses aspirations propres.
D’abord, l’islam est pluriel ; il est fait de multitude peuple et nation qui chacun enrichit l’islam. L’islam a été mongol, turc, arabe, perse (Imam Al Ghazali), européenne (la période espagnole), africain (Tombouctou, Fès), indienne, asiatique...Bref, on peut que l’islam est l’héritier de l’histoire de l’humanité dans sa diversité.
Quand on commence à dire que les femmes ici et le développement là, il y a dans ces propos, l’idée que les femmes là bas, ne sont pas comme ici et nom de quoi devraient-elles faire comme ici, si ce n’est implicitement, ici on se prend pour la mesure du bien et du mal. Par conséquence tout le monde doit faire comme nous, autrement là bas, il y aurait un problème.
Au-delà des proclamations de principe, la réalité du monde est diverse, et la liberté ne se vit pas de même façon en France qu’en pleine forêt amazonienne...
Donc l’islam de part son histoire ’enrichie par les peuples et nation du monde) doit trouver sa voie propre.
De même que la science de la jurisprudence (le fiqh) a connu un développement, la science du droit public doit aussi connaître, un développement propre, un point c’est tout.
Il est inutile de dire regarder tel pays ou tel pays musulman...Qui a érigé l’Arabie Saoudite en modèle de l’islam ? Qui a érigé le Maroc en modèle d’islam ?...
Parler d’islam, c’est parler avant tout de ses sources de référence et de s’interroger comment ses sources ont été appliquées à travers et surtout au nom de quoi ? Alors on verra que l’islam de part ses sources et son histoire, est une pensée dynamique, en constant renouvellement ; l’imam AL-Ghazali parle de vivification…
On a vu cette dynamique se mettre en œuvre en matière de fiqh, il convient aussi de laisser cette dynamique en matière de droit public et politique et tout cela d’une façon endogène…à suivre

X
0 points

A celui qui écrit : "En bref, les bosseurs y arrivent (tout le monde) et les branleurs (les arabes) subissent et regardent faire." et vous vous placez dans quelle catégorie ?

X
0 points

A Hana : "Si l’islam est potentiellement un facteur de progrès dans le monde musulman, il est indéniable qu’il est la cause numéro 1 de ses retards accumulés au cours des siècles. " Un peu contradictoire votre phrase non ? En tout cas, je ne partage absolu pas votre point de vue. Ce n’est pas l’islam qui est la cause numèro 1 de ses retards accumulés. L’islam a permis au contraire aux arabes de s’élever. Ce qui a fait le retard des arabes n’est pas l’islam mais l’état d’esprit arabe. L’interprêtation que les arabes ont donnée au Coran, une interprétation souvent érronée car pensée en mode de culture arabe. Notre retard n’est pas du à l’islam, il est dû à notre manque de culture, à notre ignorance, à notre esprit tribal, à notre manque d’instruction, à cette chappe de plomb que nos intellectuels et nos dirigeants ont mis sur les peuples arabes, pour qu’ils ne puissent ni s’interroger, ni se questionner, ni se remettre en question.
Assumons notre côté obscur au lieu de toujours renvoyer la responsabilité sur la religion musulmane. Nous jouons le jeu de nos détracteurs en affirmant cette propagande selon laquelle l’islam serait une entrave à notre évolution. Il n’en est rien ou alors qu’on nous prouve le contraire.

X
0 points

Voici un texte dense et intelligent analysant certaines causes du rejet de l’ Islam politique en France ainsi que la necessite pour les societes musulmanes de comprendre que “le développement commence par l’indépendance de la pensée.”

X
0 points

"L’ Islam, cause du retard du monde musulman" ?
Hani, vous expliquez les sociétés musulmanes, uniquement par rapport à leur religion, comme les Occidentaux, qui eux le font par "islamophobie".
Alors comment expliquer le retard des sociétés africaines, qui pour certaines ne sont pas musulmanes, mais chrétiennes, évangélisées par les colonialismes.

Non, le monde musulman est entré en léthargie depuis le 15eme siècle, pour des raisons historiques et géopolitiques que nous devons analyser sereinement, pour avancer, l’Islam , en tant que Foi et en tant que Civilisation n’y est pour rien.
Oui, il y a eu de grands penseurs musulmans:Avérroès, par exemple , dont l’oeuvre a été récupérée par l’Occident, et développée , même si l’Occident nie notre apport à la pensée occidentale et à la pensée universelle.
C’ est la preuve qu’il faut chercher les causes, non pas dans l’Islam, mais ailleurs.

X
0 points

Le coup de pied dans la pépinière.

Eh bien oui, une société ne peut pas se développer si elle n’a pas de philosophes.

Du quatorzième siècle jusqu’au dix huitième siècle, on ne connaît pas de philosophe musulman. Et cette période est effectivement une période de léthargie.

Ce n’est qu’au dix neuvième siècle que sont apparus quelques philosophes musulmans. Lesquels philosophes ont été relayés par d’autres philosophes au vingtième siècle. Et voilà pourquoi les musulmans sont sortis de leur léthargie aujourd’hui. Ces philosophes ont donné un coup de pied dans la pépinière musulmane pour réveiller tout le monde.

Et voilà pourquoi, à mon avis, la révolution spirituelle est en marche !

X
0 points

Salam,

@ Amazone,

Désolé de ne pas avoir signé mon texte.
Ma phrase est un peu brute doublée d’un vocabulaire peu élégant.

Les faits aujourd’hui sont les suivants : les sociétés arabes sont des sociétés en pleine léthargie depuis des siècle.
Le retard technologique accusé par les arabes est irrattrapable. Aujourd’hui les sociétés arabes sont incapables de concevoir quoique ce soit (automobiles, médias, informatique, télécommunication, aérospatiale, armement, médecine, robotique............).
Le premier prix nobel arabe n’est pas pour demain...

Et pourtant les arabes ne sont pas moins intelligents que les autres....
Nous avons des ingénieurs, des médecins, des physicien....de l’argent...des technologies de plus en plus accessible (occidentale, japonaise, russes, chinoises....)...alors qu’est ce qui ne va pas ?

Pourquoi les ingénieur iraniens formé en occident décident de revenir en Iran ? pourquoi les ingénieurs maghrébins font tout pour fuir leurs pays ?

Je ne prétend pas détenir la vérité, mais à mon avis, tout commencera par la libération de la pensée arabe.
En gros, un algérien doit avoir le droit de dire que Bouteflika a un bilan socio économique catastrophique sans qu’il soit poursuivi pour terrorisme, un marocain doit pouvoir remettre en question les privilèges du roi et des étrangers au maroc sans risquer sa tête.

Je n’ai pas le temps de détailler tous les problèmes et les solutions des pays arabes, mais tout le monde les connais.

To be continued...

Salam,

X
0 points

L’administration américaine de Bush et Cheney a viole les lois internationales en occupant l’Irak. Ils ont menti sur l’antrax, ils ont menti sur les ventes d’uraninium au Nigeria, ils ont menti sur les armes de destructions massives. Ils donnaient des leçons aux mondes entier sur les droits de l’homme, ils ont été trahis avec le scandale d’abou Grahib en Irak, des tortures infligees au prisonniers, nous voyons et entendons encore les tortures infligees aux prisonniers tous innocents de Gantanamo. Ils ont utilise des armes chimiques contre la population de la ville de Falluja en Irak, ils ont utilise des armes de destructions massives à l’uranium appauvri sur les irakiens et nous connaissons tous les effets de ses armes à long terme sur les humains. Ils ont ruine le monde en le mettant dans une crise économique considérable et aujourd’hui ils se permettent encore de mentir sur l’Iran.
L’administration américaine possède des armes nucléaires et des armes de destructions massives pour envahir des pays et piller les ressources naturelles. Allez vous continuer à les croire ????