Vendredi 10 février 2012

L’Emir Abd el-Krim el-Khattabi : figure musulmane de la résistance à la colonisation (partie 2/2)

Pour contrer la montée en puissance de l’Emir Abd el-Krim et de la République du Rif, le maréchal Lyautey décida de procéder à des « rectifications de frontière » et d’établir un blocus économique dans les Beni Zeroual. Cela devait rendre plus difficile le ravitaillement des Rifains en produits agricoles de base. Le chef rifain réagit en proposant des négociations avec les autorités françaises.

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Défaite et exil

Pour contrer la montée en puissance de l’Emir Abd
el-Krim et de la République du Rif, le maréchal Lyautey décida de procéder
à des « rectifications de frontière » et d’établir un blocus économique
style=';'>dans les Beni Zeroual. Cela devait rendre plus difficile le ravitaillement des
Rifains en produits agricoles de base. Le chef rifain réagit en proposant des
négociations avec les autorités françaises.

style=';'>Après l’échec de ces tentatives de
négociations, l’Emir Abd el-Krim lança, en avril 1925, une vaste offensive vers
le Sud. La prise de Fès était l’un des objectifs avoués de l’attaque. Les
moudjahiddines rifains repoussèrent les troupes françaises vers Fès et Taza.
Puis bloqués au Sud, les moudjahiddines se redéployèrent à l’Est et
l’Ouest où le ralliement des Jebala les conduisit aux portes du Gharb.

style=';;'> Les pertes infligées aux
forces françaises étaient très importantes : deux mille cent
soixante-seize morts et huit mille deux cent quatre-vingt dix-sept blessés
entre avril et octobre 1925. Les autorités françaises craignaient que
l’insurrection rifaine n’embrasa l’ensemble du le Maroc. style=';'> La proclamation de la prise de Fès
comme objectif de l’offensive, décida le gouvernement français à lancer une
contre-offensive. Mais après ses échecs le maréchal Lyautey fut contraint de
donner sa démission.

style=';;'>La France, qui depuis
longtemps avait des prétentions sur le Rif méridional, se rendit compte que
laisser une autre puissance coloniale se faire vaincre au Maghreb par des
colonisés créerait un dangereux précédent dans les territoires qu’elle
contrôlait en Afrique du Nord.

style=';;'>Tentant de créer un
rassemblement des différentes forces sociales du Maroc pour constituer le noyau
d’un mouvement de libération marocain, Abd el-Krim demanda au sultan Moulay
Youssef de se rallier à sa cause. Celui-ci, en raison de la pression de la
résidence générale française à Rabat, refusa de lutter contre les puissances
coloniales. De plus le sultan marocain percevait l’Emir Abd el-Krim comme une
menace pour son propre pouvoir. Selon Charles-André Julien, « la
défaite des Espagnols par les Rifains parut aux Marocains l’annonce du triomphe
prochain de l’Islam. Pour le peuple, le nouveau sultan « Sidi
Mohand » fut le chef de la guerre sainte qui évincerait le sultan de
Rabat, prisonnier des Chrétiens » class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[1].

style=';'>Après la démission du maréchal
Lyautey, le commandement des armées fut confié au maréchal Philippe Pétain,
auréolé de la victoire de Verdun. A l’époque les troupes espagnoles étaient
dirigées personnellement par le général et chef de gouvernement espagnol Miguel
Primo de Rivera, marquant par là l’importance que l’insurrection rifaine avait
pris dans la vie politique espagnole. Un accord fut conclu entre les
gouvernements français et espagnol afin de déclencher la contre-offensive
devant mettre un terme à l’insurrection des moudjahiddines rifains.

style=';'>Les deux puissances coloniales
envoyèrent des renforts et unifièrent leur commandement militaire sous
l’autorité du maréchal Pétain. L’Espagne et la France déployèrent des moyens
techniques et militaires exceptionnels afin d’anéantir une insurrection de plus
en plus menaçante pour leur hégémonie.

style=';'>Au printemps 1926, une offensive
générale franco-espagnole fut lancée avec un demi-million d’hommes et l’appui
de quarante-quatre escadrilles d’avions de combat. Les armées impérialistes,
suivant la logique coloniale de responsabilité collective, ne distinguèrent pas
les objectifs militaires des objectifs civils. Les Rifains étaient
collectivement responsables des revers des armés colonialistes et devaient, de
fait, être « punies » en conséquence.

style=';'>Les Français et les Espagnols
établirent un blocus rigoureux sur le littoral méditerranéen afin d’étouffer
l’ensemble du Rif. Les avions des armées européennes munies de gaz moutarde
bombardèrent massivement les villages rifains, faisant des marocains du Rif les
premiers civils gazés massivement dans l’histoire, à côté des kurdes iraqiens
gazés par les britanniques class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[2].
La dévalorisation de ces hommes incomplètement humains qu’étaient les Rifains,
permettait aux armées coloniales de procéder aux pires exactions.

style=';'>Les moudjahiddines rifains, beaucoup
moins bien équipés que les troupes franco-espagnoles, ne purent résister à
l’offensive. Abd el-Krim tenta de négocier avec les puissances coloniales afin
d’arrêter le massacre. Après l’échec des pourparlers engagés à Oujda, l’Emir
rifain était au pied du mur. Le 27 mai 1926, l’Emir Abd el-Krim était contraint
de se rendre aux autorités coloniales. Dans les entretiens qu’il eu avec les
négociateurs lors de sa reddition, Abd el-Krim dénonça, en espagnol, « la
civilisation de fer de l’occident »
qui faisait de lui un barbare
parce qu’il était faible et mal armé.

style=';'>Malgré ce plaidoyer, les autorités
françaises déportèrent le chef des Rifains à la Réunion. De plus le chef de l’insurrection rifaine demanda que les civils soient épargnés. Il
n’en fut rien puisque, du côté des civils rifains, le nombre victimes fut
estimé à cent cinquante milles durant les années 1925-1926.

style=';'>La lutte anti-coloniale au Caire

style=';'>Le 31 mai 1947, après plus de vingt
ans d’exil forcé à la Réunion, l’ Emir Abd el-Krim trouva refuge en Egypte
alors qu’il venait de s’évader du bateau que les autorités françaises avaient
affrété pour le ramener au Maroc. Le gouvernement français voulait utiliser Abd
el-Krim comme moyen de pression contre le Sultan Mohammed V jugé, par les
autorités coloniales, trop complaisant avec les nationalistes de l’Istiqlal. En
Egypte, « le champion de l’Islam » title=""> class=MsoFootnoteReference>[3]
demanda asile et protection au roi Farouk.

style=';'> Ce dernier la lui accorda sous la
pression des Frères Musulmans qui réclamaient, alors, la rupture des
relations diplomatiques avec Paris. Pour le Parti du Peuple Algérien, l’évasion
de l’Emir Abd el-Krim était un évènement d’importance dans la lutte
anti-colonialiste au Maghreb : « l’évènement d’une haute portée
politique, a eu pour effet immédiat de mettre la question nord-africaine au
premier plan de l’actualité » class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[4].
 

Au Caire, l’Emir Abd el-Krim reprit son activité
politique et se posa en chef de la résistance maghrébine face aux puissances
coloniales françaises et espagnoles. Dans la capitale égyptienne, où il avait
rencontré Allal el-Fassi, arrivé le 25 mai de la même année, il proclama sa
fidélité au sultan Chérifien dans sa lutte pour la reconquête de l’indépendance
du Maroc. Lui qui s’était dressé contre la soumission du père de Mohammed V,
soutenait le jeune sultan afin de créer une véritable unité nationale pour la
libération totale de son pays.

style=';'>Dans la capitale égyptienne, l’Emir
Abd el-Krim ne s’intéressait pas uniquement à l’avenir du Maroc mais à
l’ensemble du Maghreb. Ainsi, il fonda, avec l’aide d’étudiants maghrébins, les
commandos nord-africains qui avaient pour but de former des cadres militaires
dans la perspective d’une insurrection généralisée des trois pays du Maghreb href="#_ftn5" name="_ftnref5" title=""> style=''> style=';'>[5].

style=';'>A côté de cet activisme militariste,
l’Emir Abd el-Krim cherchait à fédérer les différents mouvements nationalistes
maghrébins en vue de coordonner la lutte anti-colonialiste dans les trois pays.
C’est dans ces conditions qu’il fonda, le 9 décembre 1947, le « Comité
de Libération du Maghreb Arabe »
au Caire. Abd el-Krim, « le
Héros National du Maghreb Arabe » class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[6]
,
fut élu président du Comité dont il avait été le principal architecte alors que
la Vice-Présidence revenait à son frère M’hamed el-Khattabi. Autour de lui, le « Comité
de Libération du Maghreb Arabe »
 regroupait Habib Bourguiba et
le Docteur Habib Thameur pour la Tunisie, Allal el-Fassi, Abd el-Khalek Torres
et Mekki Naciri pour le Maroc et Chadly el-Mekki pour l’Algérie. Seul le PPA
représentait l’Algérie au sein du Comité. Le 5 janvier 1948, l’Emir lança un manifeste, contresigné par les représentants des principaux partis
nationalistes maghrébins, afin de coordonner la lutte pour l’indépendance de
l’ensemble de l’Afrique du Nord.

style=';'>C’est dans l’effervescence qui
entourait la question de l’unité de la lutte anti-colonialiste au Maghreb que
le Comité de Libération du Maghreb Arabe chercha à faire valoir cette unité
depuis le Caire. Pour le Comité, la libération des trois pays qui était son
objectif central, devrait aboutir à « l’évacuation des pays par les
troupes d’occupations et la réalisation de leur indépendance totale et leur
souveraineté nationale complète ».
Le CLMA affirmait clairement son
identité arabo-islamique. Selon lui : premièrement l’Afrique du Nord
existait « par l’Islam, a vécu pour l’Islam et se guidera par l’Islam
dans sa vie future »
 ; deuxièmement qu’elle était « une
partie intégrante du Monde Arabe ».
En cela, le Comité pouvait être
considéré comme l’héritier des idées de « fraternité islamique »
développées par Djamal ed-Din al-Afghani et du nationaliste arabo-islamique de
Chekib Arsalan.

style=';'> Pour le CLMA la lutte de libération
nationale devait aboutir à « une indépendance totale pour les trois
pays »
. Enfin, le Comité envisageait la possibilité de recours à la
« critique des armes » puisque le CLMA prévoyait d’employer « tous
les moyens possibles pour atteindre son but » name="_ftnref7" title=""> style=''> style=';'>[7].

style=';'>Le CLMA, malgré la personnalité de
l’Emir Abd el-Krim, succomba rapidement à des dissensions internes. Habib
Bourguiba, le plus « occidentalisé » des leaders nationalistes
maghrébins au Caire, supportait mal la prépondérance des éléments marocains au
sein du Bureau du Maghreb Arabe et du Comité de Libération du Maghreb Arabe. En
effet, Abd el-Krim el-Khattabi et Allal el-Fassi qui avaient tous deux
effectué leurs études à l’université Qaraouiyin de Fès, possédaient une vaste
culture arabo-islamique à même de favoriser leur contact et leur rapprochement
avec les milieux politiques et culturels machrekiens en général et égyptien en
particulier.

style=';'> Cinq ans après son arrivée au Caire,
Abd el-Krim déçu par l’échec du Comité de Libération du Maghreb Arabe et par
l’attitude des leaders nationalistes maghrébins qui, selon lui, n’étaient pas à
la hauteur de leur « mission historique », reprochait à ceux-ci « d’avoir
amassé de l’argent pour le Mouvement national et de l’avoir dépensé à leur
façon dans une lutte qui s’est limitée à la ville du Caire et l’impression de
luxueuses publications » class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[8].
 

style=';'>Malgré l’échec du Comité de
Libération du Maghreb Arabe dans sa tentative de coordonner la lutte
anti-colonialiste au Maghreb, l’idée d’une unification de cette lutte resta
vivace au sein des différents mouvements nationalistes maghrébins.

style=';'>Resté au Caire après la libération du
Maroc en 1956 par opposition à la monarchie marocaine, l’Emir Abd el-Krim
professait toujours les mêmes idées de solidarité intermaghrébine. Il n’était
pas le seul Marocain à professer de telles idées mais c’était lui qui le
faisait de la manière la plus radicale. Ainsi, le 4 mai 1956, il affirma
son refus de voir la question de la décolonisation des trois pays du Maghreb
être traitée séparément : « Nous n’acceptons pas de solution de
compromis en Algérie, au Maroc ou en Tunisie. Nous voulons l’indépendance
totale ».
L’Emir Abd el-Krim était partisan d’une solidarité active
avec la révolution algérienne qui devait être pour lui le prélude à une
révolution maghrébine permettant d’unifier les trois pays. Il déclara refuser
revenir au Maroc « avant que le dernier militaire étranger ait quitté le sol
maghrébin »
et dénonça avec violence la « trahison » des accords
d’Evian.

style=';'>A sa mort le 6 février 1963, le
président Gamal Abd en-Nasser lui organisa des funérailles nationales. Depuis
cette date, la dépouille de celui qui fut l’un des symboles de la résistance
maghrébine à la colonisation, repose en Egypte. Récemment l’Instance Equité et
Réconciliation a demandé son rapatriement au Maroc.

style=';'>Annexe I name="_ftnref9" title=""> style=''> style=';'>[9]

Le Manifeste d’Abd el-Krim du 5 janvier 1948

style=';'>Formation d’un Comité de Libération du Maghreb Arabe

style=';'>Depuis que Dieu nous a accordé la
libération et nous a permis de nous réfugier auprès du grand roi Farouk, nous
poursuivons nos efforts pour unir les opinions des dirigeants. Nous le faisons
en vue de réaliser la coalition entre tous les partis du Maroc, de l’Algérie et
de la Tunisie qui réclament l’indépendance et la constitution d’un seul front
afin de poursuivre la lutte pour libérer nos pays du joug colonialiste.

style=';'>Au moment où les peuples travaillent
pour assurer leur avenir, les pays du Maghreb arabe étudient attentivement les
moyens de recouvrer l’indépendance dont ils ont été spoliés et leur liberté
perdue. Il est donc du devoir de tous les dirigeants maghrébins de s’unir. Tous
les partis de l’indépendance doivent également se coaliser et s’aider. Seule
cette méthode nous permettra d’atteindre la réalisation de nos buts et de nos
aspirations. Les Etats colonialistes, malgré toute leur vanité, ont besoin
d’appui et de coopération pour maintenir leur domination impérialiste.

style=';'>A plus forte raison, nous autres
avons besoin d’union. Nous méritons plus encore que justice soit faite et que
les bases du colonialisme aveugle s’effondrent. Le colonialisme a été pour nous
une calamité. Il a divisé nos opinions et a morcelé notre pays. Il a épuisé nos
ressources et nous a entièrement subjugués. Il a dressé des obstacles pour nous
écarter de la voie qui mène au progrès, et a tenté, par tous les moyens, de
détruire l’ensemble de nos institutions sur lesquelles s’édifient la communauté
arabo-islamique.

style=';'>Je suis heureux d’annoncer que tous
les partis maghrébins, dont j’ai consulté les chefs ou les représentants au
Caire, ont marqué leur satisfaction à cet appel. J’ai obtenu leur assentiment
pour la réalisation et l’expression de leur foi en son utilité pour
l’accroissement de nos efforts et l’obtention de l’indépendance que nous
souhaitons.

style=';'>La période que nous avons employée à
faire entendre cet appel a été pleine de fécondité et de bénédiction pour nos
pays. Je me suis entendu avec les chefs et les représentants des partis, avec
lesquels j’ai eu des contacts, pour former un Comité de libération du Maghreb
arabe, groupant tous les partis de l’indépendance de la Tunisie, de l’Algérie
et du Maroc. Son action s’inspirera des principes du pacte suivant :

style=';'>1- Le Maghreb arabe doit son
existence à l’islam. Il a vécu par l’islam et c’est selon l’islam qu’il
continuera à se diriger au cours de son avenir.

style=';'>2- Le Maghreb arabe fait
indissolublement partie des pays arabes et sa collaboration avec la Ligue arabe
est chose naturelle et nécessaire.

style=';'>3- L’indépendance espérée pour le
Maghreb arabe est une indépendance complète pour l’ensemble des trois pays qui
le composent : la Tunisie, l’Algérie et le Maroc.

style=';'>4- Aucun autre but ne sera poursuivi préalablement à l’indépendance.

style=';'>5- Aucune négociation sur des points
particuliers avec l’occupant colonialiste, tant que durera le régime actuel.

style=';'>6- Pas de négociation avant l’indépendance.

style=';'>7- Il appartient aux partis membres
du Comité de libération du Maghreb arabe d’ouvrir des pourparlers avec les
représentants des gouvernements français et espagnol, à la condition de tenir
le Comité au courant, point par point, de l’évolution de ces pourparlers.

style=';'>8- L’obtention, par l’un des trois
pays de l’indépendance complète, ne dispensera pas le Comité du devoir de
poursuivre la lutte pour la libération des autres.

style=';'>Tel est le pacte que nous avons noué,
qui inspirera notre conduite et dont les principes guideront notre action. Je
lui ai donné mon agrément, avec mon frère M’hamed, de même qu’ont fait tous les
chefs et tous les représentants des partis maghrébins dont les noms
suivent :

style=';'>- Le Vieux Destour (Tunisie)

style=';'>- Le Néo-Destour (Tunisie)

style=';'>- Le Parti du Peuple Algérien

style=';'>- Parti Wahda (Maroc)

style=';'>- Parti de la Réforme Nationale (Islah, Maroc)

style=';'>- Parti Démocratique marocain (Choura)

style=';'>- Istiqlal (Maroc)

style=';'>Nous avons écrit à tous les autres
partis pour leur demander leur accord définitif sur la constitution d’un
Comité. Nous leur avons également demandé de ratifier le Pacte et de désigner
officiellement leurs représentants.

style=';'>Désormais, notre cause entre dans une
phase décisive. Nous affronterons dorénavant les usurpateurs comme un seul
bloc, se composant de vingt-cinq millions d’hommes rassemblés autour d’un
programme et déployant leurs efforts vers un objectif unique :
l’indépendance complète pour l’ensemble des pays du Maghreb arabe.

style=';'>Nous nous emploierons à atteindre cet
objectif, par tous les moyens, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de nos
pays, chaque fois que nous en trouverons la possibilité. Désormais, l’occupant colonialiste ne trouvera plus l’opportunité de
contrecarrer notre résolution. Il ne sèmera plus de discorde entre nous, en
exploitant la multiplicité des partis et les divergences d’opinion pour nous
asservir et consolider ses positions dans nos pays.

style=';'>Nous considérons que, dans nos trois pays,
notre cause est une seule et même cause. Nous affronterons le colonialisme,
solidement unis. Nous n’accepterons aucune solution ne réalisant pas notre
indépendance complète et notre souveraineté totale.

style=';'>Nous espérons cependant que les
Français et les Espagnols feront droit à nos revendications, sans effusion de
sang. Sans doute auront-ils compris, grâce à leurs expériences passées, que
l’emploi de la force et de la violence pour continuer à asservir nos patries et
imposer le silence à la voix que nous élevons pour réclamer la liberté et
l’indépendance est maintenant inopérante, et qu’il vaut mieux, dans leur
propre intérêt, se hâter de dénoncer les chaînes du colonialisme, grâce à une
compréhension mutuelle, qui permettrait de prendre en considération les
intérêts respectifs de chacune des deux parties.

style=';'>Mais s’ils s’écartent de cette voie,
ils seront, certes responsables des modifications que nous apporterons à notre
ligne de conduite ; car nous ne serons pas longs, si nous désespérons
d’obtenir notre liberté par la compréhension et la persuasion, à l’obtenir
grâce au sacrifice de vies humaines.

style=';'>En proclamant la constitution du
Comité de libération du Maghreb arabe, j’adresse aux peuples du Maghreb mes
félicitations, espérant que Dieu, le Très-Haut et le Tout-Puissant, les aidera
dans leur lutte, affermira leur résolution et rendra durable leur union.

style=';'>En adressant également mes
félicitations et mes remerciements aux Etats et aux peuples arabes, pour l’aide
qu’ils ont apporté à la cause de Maghreb arabe, je ne doute pas un instant
qu’ils n’accueillent favorablement la constitution de ce Comité et qu’ils ne
l’aident dans sa tâche.

style=';'>Je me réjouis, pour terminer, de
pouvoir féliciter nos frères, qui mènent le Djihad pour la Palestine-sœur, leur
souhaitant la libération et les assurant de la collaboration de tous les pays
maghrébins et de leur résolution de prendre toutes les dispositions pour
participer à la délivrance de leur pays et pour la conservation de son unité et
de son caractère arabe.

style=';'>Le Caire, 5 janvier1948

style=';'>Abd el-Krim



class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[1] style='font-size:10.0pt'> Julien Charles-André, L’Afrique du Nord en marche,
Omnibus, Paris, 2002, page 130

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[2] style='font-size:10.0pt'> Les conséquences de l’utilisation de ces gaz se fait
encore sentir dans la région.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[3] style='font-size:10.0pt'> Julien Charles-André, L’Afrique du Nord en marche,
op. cit., page 318

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[4] style='font-size:10.0pt'> Bulletin intérieur du PPA-MTLD n°9, août 1947, CAOM
4I 9

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[5] style='font-size:10.0pt'> Un certain Mohammed Boukharouba, plus tard connu sous
le nom de Houari Boumédienne, fut membre des commandos nord-africains de l’Emir
Abd el-Krim.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[6] lang=EN-GB style='font-size:10.0pt'> Cf. annexe I

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[7] lang=EN-GB style='font-size:10.0pt'> Cf. annexe I

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[8] style='font-size:10.0pt'> Julien Charles-André, L’Afrique du Nord en marche,
op. cit., page 319

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[9] style='font-size:10.0pt'> Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme
algérien, tome II
, , op. cit., page 914-916

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