Kosovo, Serbie et Montenegro

Quel avenir après les guerres et les massacres ? Après plusieurs décennies de pauvreté, de guerre et de d

jeudi 19 mai 2005

Quel avenir après les guerres et les massacres ? Après plusieurs décennies de pauvreté, de guerre et de destruction, et deux ans d’union nationale, qu’en est-il de l’interculturalité de la Serbie et du Monténégro ? Le Kosovo sera-t-il indépendant en 2005 ?

Les Balkans, théâtre de tant de malheurs ces dernières années, sont à la croisée des chemins. Vont-ils être multiconfessionnels, multiethniques et rejoindre l’Europe ou constituer un ghetto de sa banlieue ?

2005 pourra-t-elle être l’année de la paix et de l’unification de la Serbie-Monténégro et du Kosovo ? C’est le souhait de nombre de démocrates à Belgrade et à Pristina qui souffrent encore de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie. Pourtant à la dernière élection présidentielle (Juin 2004) le candidat démocrate Boris Tadic a été élu avec seulement 53,2% des voix, face à l’ultranationaliste Tomislas Nikolic avec 45,5 %. Ainsi le combat démocratique n’est pas encore gagné.... En outre, la Serbie-Montenegro a son regard tourné vers l’Europe. Lors de son passage à Bruxelles le 21 mars dernier, le Président serbe, Boris Tadic, a rencontré le Commissaire européen à l’Élargissement, Oli Rehn pour discuter de l’intégration de la Serbie et du Monténégro dans l’Union Européenne. Les études de faisabilité ont été soumises à la Commission Européenne le 12 avril 2005[1].  Pour ce qui est du Kosovo, il est encore sous administration des Nations Unies, la MINUK[2] jusqu’à sa pacification totale. L’Europe comptait substituer son administration à celle des Nations Unies, mais des craintes locales ont retentit : Hashim Thaci, chef du Parti démocratique du Kosovo (PDK) affirmait dans un journal serbe traduit par le ‘Courrier des Balkans’ : « que les Nations Unies doivent jouer le premier rôle et non pas l’Europe. Tant qu’il n’y aura pas de décision sur le statut final, il ne doit pas y avoir de changement dans la structure de l’administration internationale. »  Si les violences ne reprennent pas, la décision sur le statut final (indépendance ou rattachement à la Serbie) est programmé pour Juin 2005.  

Que va devenir le Kosovo, région à dominante musulmane ?

Le 13 février dernier, le Président Serbe Boris Tadic, a effectué une visite de deux jours à Pristina au siège du commandement de la MINUK et de la KFOR. Ce fut un événement car c’est la première visite d’un Président Serbe au Kosovo depuis 1999. En Mars dernier, le Premier Ministre, Ramush Haradinaj s’est rendu au TPIY après avoir été inculpé pour crimes de guerrres. Le 23 mars, son successeur Bajram Kosumi fut élu avec un souçi de continuité de l’action d’apaisement entamée par Haradinaj. Si tous ces évènements ne déclenchent pas de violences ethniques, un pas significatif aura été franchi vers la pacification. En effet, en dépit des efforts des organisations de maintien de la Paix, le Kosovo reste une zone de forte tensions entre groupes communautaires : les Albanais « ethniques » (appartenance culturelle et non nationale, musulmans) largement majoritaires et les Serbes (orthodoxes). Il y a également des Bosniaques (serbes musulmans) et des minorités Roma (diverses religions, dont musulmans), Goranci (musulmans) etc... sur une population totale de 1.8 millions d’habitants.

Lente reconstruction des liens

En mars 2004, sous les yeux de la MINUK, les violences avaient repris à Mitrovica entre les deux communautés, albanaise et serbe, malgré des avancées politiques notoires. Alex Wisnioski, ancien Coordinateur du projet de la Galerie d’Art de Mitrovica et alors résident de cette ville en 2004, avait soutenu une initiative réconciliatrice « The Bridge Festival » de jeunes kosovars sous la forme d’un Festival interculturel d’été sur le pont de Mitrovica. Les échauffourées de mars 2004 entre Albanais et Serbes ont sonné le glas de ce Festival qui avait été rêvé comme un trait d’Union entre les communautés. Suite à ces violences, le pont a été fermé à la circulation bloquant les Serbes au Nord et les Albanais au Sud. Ce pont de Mitrovica, comme le pont sur la rivière Drina, raconté par le prix Nobel Ivo Andric, sont symboles des liens qui se sont établis entre les peuples de part et d’autres des rivières au gré de l’édification et la destruction des alliances et que les nationalistes et ethnicistes ont, de tous temps, tenté de briser. Le journal ‘Dana’ du 12 mars dernier relate une autre tentative de paix menée par la société civile, le « ‘Bureau pour les initiatives des jeunes pour les droits de la personne humaine’, une ONG de Pristina, qui essaie de reconstruire les bases d’un dialogue direct. De jeunes Serbes choisissent de se rendre à Pristina, et des jeunes Albanais du Kosovo viennent à Belgrade » pour vaincre les mythes qui tiennent les deux communautés en méfiance. Les Albanais musulmans vivent le rattachement à la Serbie comme une nouvelle vague d’oppression et ils sont majoritairement pour l’indépendance du Kosovo. Certains Serbes gardent encore rancune de la défaite de 1389, face à l’armée Ottomane, et considèrent le Kosovo-Métochie comme le cœur de la Serbie. Ce fut un des thèmes clefs exploités par la propagande de l’ancien Président Milosevic pour rallier les nationalistes Serbes et les engager dans les pogroms anti-musulmans. Les Albanais avaient résisté avec des milices d’autodéfense ultra nationalistes. Depuis lors les efforts de paix et réconciliation n’ont pas réussi à unifier le Kosovo. Son parlement reflète une mosaïque de tendances éclatées en dix- sept (17) groupes politiques, dont plusieurs n’ont qu’un seul siège au parlement : les plus importants étant : la ligue démocratique du Kosovo (47), d’Ibrahim Rugova, actuel Président du Parlement, le PDK, Parti Démocratique du Kosovo (30), l’ AKK, Alliance pour le futur du Kosovo (9)[3], et les partis Roma (2), etc[4]. En plus du manque de cohésion au Parlement, les Albanais et Serbes sont également divisés par la langue. Une situation politique qui a du mal à se décanter autrement qu’autour des appartenances ethniques.

Remise en question serbe

Après les politiques de « purification ethnique » débattues en ce moment au TPIY à la Haye à l’occasion du procès de l’ancien Président Serbe Slobodan Milosevic, on peut imaginer que les musulmans de Serbie ont tous rejoint la Bosnie Herzégovine, République majoritairement musulmane où le terme « Bosniaque » veut dire musulman. Cependant, c’est avant tout le peuple serbe qui a renversé Milosevic et donc une majorité des serbes étaient contre les visées nationalistes de purification ethnique menées sous Milosevic. Lors d’une visite à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine) en novembre 2003, le Président Serbe a présenté des excuses pour "le mal" commis lors de la guerre en Bosnie (1992-1995) qui fit plus de 200 000 morts. La phase autocritique est maintenant ouverte sur divers fronts. Dans les rues de Belgrade de grands panneaux publicitaires affichent un livre très en vogue qui vient de paraître : « Serbia Ubjia » (la Serbie Tue) avec une photo très « pin-up » de l’auteur, une jolie jeune femme brune avec un beau décolleté en dentelle. Nombre de livres en vente à bas prix dans les kiosques font aussi, d’une façon ou d’une autre le compte des méfaits du nationalisme Serbe. M. Muhammad Jusufpahic, vice président de l’Organisation caritative Merhammet[5] et responsable du Centre d’Etudes Islamiques de la mosquée Bayrakly est d’origine Bosniaque mais contrairement aux conseils d’amis, il tient à continuer à vivre à Belgrade avec sa famille installée depuis plusieurs générations dans cette ville : « Maintenant comme lors du communisme les identités culturelles et religieuses des musulmans sont menacées. Les efforts faits par la Communauté musulmane de Serbie se résument donc au rassemblement des fidèles, aux conférences théologiques et à la récolte des offrandes pour les plus pauvres, ainsi qu’à certaines apparences en public pour faire changer les préjugés sur les musulmans, cela étant devenu un impératif encore plus pressant après les évènements tragiques du 11 sept.Tous nos enfants suivent l’enseignement public serbe. Des enseignements religieux sont organisés dans les mosquées et les ’masjeed’. L’instruction religieuse vient d’être introduite dans les écoles publiques primaires et secondaires. Notre communauté a mis en place des mahadras pour que nos enfants puissent passer leurs diplômes pour devenir Imam. Mais notre travail est loin d’avoir abouti parce qu’en plus du manque de moyen nous manquons d’un cadre adéquat. »

Le Monténegro peut-il vivre sans la Serbie ?

Cette mosquée Bayrakly de Belgrade a été brûlée plusieurs fois. Elle est actuellement en reconstruction. Le ministère des Religions Serbe a vivement condamné les attaques. Les dernières violences datent de mars 2004 en réponse aux évènements du Kosovo[6], mais les menaces quotidiennes à la mosquée entretiennent un climat d’incertitude pour les musulmans. Nermina, professeur d’histoire dans une école serbe, a été renvoyée parce qu’en tant que serbe musulmane il semblait impossible à un grand nombre de parents serbes qu’elle puisse enseigner l’histoire objectivement. La communauté musulmane, d’environ 200 000 âmes à Belgrade, vit un Islam relativement libéral. Les jeunes se sentent européens avant tout. Les jeunes femmes témoignent du fait que le port du foulard n’est pas une préoccupation, elle ne le mettent pas au travail, mais à la maison ou lors des cérémonies religieuse. Le sentiment prédominant à Belgrade, même si des individualités s’y opposent, est celui d’une volonté politique d’ouverture vis à vis des musulmans.

En dehors de Belgrade, il existe en Serbie et Monténégro, des enclaves régionales à majorité musulmane (60%) comme celle de Sandjak (frontalière du Kosovo, 600 000 habitants) au Sud Est du pays. Le jeune Mirsad de la communauté musulmane de Belgrade s’oppose au détachement du Monténégro car il craint alors l’isolement du reste des musulmans de Serbie. En février, le Directeur de la Télévision régionale de Novi Pazar, capitale du Sandjak a essayé de s’imposer en censurant les images non conformes aux préceptes de l’Islam (comme des scènes d’amour dans les films) mais il été relevé de ses fonctions par Belgrade au bout d’une semaine d’application de la censure suite aux plaintes des téléspectateurs. La région du Montenégro, bien que moins démunie que le Kosovo, où par exemple les pannes d’électricité sont quotidiennes, est quand même le parent pauvre de la Serbie et les voix pour l’indépendance de cette région se font entendre de plus en plus fort. Bien qu’il n’y ait aucun lien entre le Kosovo et le Montenegro, leur avenir tous deux, tient aujourd’hui sur un fil. Alors l’Europe doit elle se préparer à recevoir un état multiculturel pacifié ou va-t-elle voir se décomposer cette bande du Sud Est en émirats rivaux ? 2005 sera l’année du verdict.

 



[1] Si la réponse de l’Europe est positive, la Serbie et le Monténégro pourraient commencer à négocier leur adhésion au Pacte de Stabilisation et d’Association (PSA), ce qui constitue le premier pas vers une intégration comme effective.

[2] Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo

[3] De Ramush Haradinaj qui vient d’être entendu au TPIY à la Haye.

[4] Voir le site de l’assemblée du Kosovo /www.assembly-kosova.org/

[5] Cette organisation a son siège en Bosnie mais M. Jusufpahic dirige la branche de Belgrade qui s’occupe principalement de charité auprès des musulmans

[6]Après les premiers jours de violences autour du pont il y a eu des saccages contre les églises, lesquels ont entraîné le saccage de la Mosqué Bayrakly en représailles. 

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