Khalid IDA-ALI OU LAHSEN : « Il est essentiel de se mobiliser le samedi 14 février »

Khalid Ida Ali Ou Lahsen est secrétaire général de l’EMF ( Etudiants musulmans de France), membre du coll

mardi 10 février 2004

Khalid Ida Ali Ou Lahsen est secrétaire général de l’EMF (Etudiants musulmans de France), membre du collectif « Une école pour tous-tes » qui appelle à une manifestation nationale le 14 février.

Que représente véritablement EMF ( Etudiants musulmans de France) dans le paysage syndical étudiant en France ?

Tout d’abord, il est important de préciser que l’EMF n’est pas un syndicat à proprement parlé. En effet, c’est avant tout une association culturelle qui tente de participer au débat universitaire. C’est la réalité du terrain et ses principes qui l’ont amené à investir deux autres sphères d’activités non moins moins considérables que sont le social et le syndical. En effet, face à la précarité du public étudiant, il lui était difficile d’ignorer une dure réalité sans mettre tout en œuvre pour améliorer la situation. Ne dit-on pas « le meilleur des hommes est le plus utile pour eux » ! notre association a donc investi le champ social du mieux qu’elle a pu en renforçant le dispositif actuel d’aide et en innovant. L’EMF est la seule association sur le campus à proposer l’aide alimentaire. C’est ainsi que chaque année des milliers d’étudiants, sans distinction, peuvent venir bénéficier d’un colis alimentaire à l’euro symbolique de façon hebdomadaire. Les difficultés aidant, le système français ne reconnaissant que les associations élues, nous avons choisi de nous engager dans la voie syndicale, un volet de plus sans primauté aucune. C’était pour nous le moyen de faire entendre notre voix au niveau de l’administration et de rompre avec le syndicalisme étudiant traditionnel, trop politisé et souvent loin des revendications du terrain. En l’espace de quelques années, l’EMF a su faire sa place et s’imposer en tant qu’organisation incontournable. En effet, nous avons obtenu au moins un élu dans chaque ville où nous nous sommes présentés, passant de 3 à 11 le nombre de nos élus au niveau national et faisant de notre organisation la 4ème tout de suite après l’UNI qui a obtenu 15 sièges.

Quelles sont concrètement les actions que vous menez en faveur des étudiants ?

Nos actions sont diverses et variées. Nous avons pour habitudes de les diviser en trois volets.

  • le culturel :

  • Colloques, conférences, cercles de réflexion, festivals culturels, séminaires, voyages etc.

  • le social :

  • L’aide alimentaire, les ruptures du jeûne pendant le mois de Ramadan, le fond d’aide mutuel, l’accueil des étudiants, les tournois sportifs etc.

  • le syndical

  • Défense de l’intérêt de tous les étudiants au niveau des administrations en participant aux différentes instances décisionnelles du milieu universitaire (Conseils d’administrations des Universités et des CROUS).

    Pourquoi l’association EMF a décidé d’intégrer le collectif « Une école pour tous-tes » qui appelle à une manifestation nationale le 14 février ?

    Il était impensable pour nous de rester les bras croisés face à une injustice flagrante qui allait frappé la communauté musulmane. De plus, il était évident pour nous que nous n’allions pas nous engager seul dans ce combat. Un engagement comme celui-ci doit se faire en multipliant les partenaires. Une multitude de collectif s’est créée au même moment sans trop que l’on sache de qui ils émanaient et cela a donné lieu à une sorte de caccophonie d’initiatives au vu de l’émotion qui était portée par nombre de citoyens. Nous avons décidé d’intégrer ce collectif « une école pour tous » car pour nous cet engagement ne doit pas être celui de la communauté musulmane, mais doit s’inscrire dans une démarche cityenne globale, de toute la société, contre la discrimination ou la restriction des libertés. C’est pourquoi il est essentiel pour les citoyens attachés aux libertés, musulmans ou non, de se mobiliser le samedi 14 février pour rappeler à l’ensemble du pays qu’il s’agit d’une loi inique, injuste qui vient entacher notre République.

    EMF est liée historiquement à l’UOIF qui est particulièrement hostile à la manifestation du 14 février. Quelles sont vos rapports actuels avec l ’UOIF ?

    L’avis de l’UOIF est tout à fait respectable ! En effet, une manifestation après le vote de la loi n’a pas de sens si elle a pour objectif d’empêcher le vote de cette loi. Nous pensons cependant que cette loi a été votée bien avant le dix février et qu’en tant que citoyens, il semble primordial pour nous de faire savoir notre mécontentement. Il est de notre droit le plus évident de contester une loi si elle n’est pas juste.

    En ce qui concerne nos rapports avec l’UOIF, ils sont très bons. Le fait de ne pas être d’accord sur ce point montre la bonne santé de nos relations qui acceptent le débat. L’UOIF est notre référence théologique et notre partenaire, notre structure n’en restent pas moins indépendantes.

    La protestation contre le projet de loi anti- voile a provoqué des divergences au sein de la communauté. Ne risque-t-on pas d’ assister à une recomposition du paysage islamique en France ?

    Cette divergence est à mes yeux la preuve même de la maturité de la communauté musulmane que l’on pense souvent unanime, homogène, sans esprit critique. Le paysage islamique français est déjà très varié, une recomposition passerait inaperçue. Ma seule crainte est que le sentiment d’injustice que va créer cette loi se transforme en radicalisation de la part d’une partie de la communauté qui serait séduite par un discours plus dur, satisfaisant pour l’esprit et l’émotion, déstructeur pour la communauté à long terme.

    Propos recueillis par la rédaction

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