Justifier l’injustifiable deviendra-t-il le but ultime de la philosophie ?

Chaque fois qu’Israël se lance dans une de ces sanglantes opérations punitives destinées à « restaurer

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mardi 13 janvier 2009

Chaque fois qu’Israël se lance dans une de ces sanglantes opérations punitives destinées à « restaurer sa capacité de dissuasion », qui sont devenues au fil des décennies sa marque de fabrique, il se trouve toujours un philosophe français prêt à mobiliser toutes les ressources de la dialectique pour justifier l’injustifiable. Le dernier exemple en date nous a été donné par la tribune d’André Glucksmann que Le Monde a publié dans son édition du 7 janvier.

A ce jour, Glucksmann est le seul« philosophe » - étymologiquement « amoureux de la sagesse » - à s’être exprimé sur le sujet dans les pages Débats du quotidien de référence de la presse française.

S’étant aperçu que l’évidente disproportion des moyens militaires employés par Tsahal dans son offensive contre Gaza avait frappé jusqu’aux observateurs les mieux disposés à l’égard de l’Etat d’Israël, Glucksmann s’attache à justifier cette « disproportion », en tournant en ridicule l’idée même d’une « réponse proportionnée » : « Voudrait-on qu’Israël imite tant de radicalité et procède à une gigantesque purification ethnique ? Désire-t-on vraiment qu’Israël en miroir se "proportionne" aux désirs exterminateurs du Hamas ? » s’interroge ironiquement le philosophe. En effet, voilà bien un questionnement de nature à susciter la réflexion ...

Le jour (peut-être pas si éloigné) où, ayant échoué à « démanteler l’infrastructure terroriste » qui menace l’existence de l’Etat d’Israël (comprenez à briser la résistance armée) par des moyens « classiques » (blocus, bombardements, attentats ciblés, etc.), les dirigeants israéliens se résoudront, en désespoir de cause, à déclencher le feu nucléaire, on peut d’ores et déjà parier qu’un philosophe français de renom trouvera encore le moyen de justifier, dans les colonnes du Monde, l’anéantissement du « Hamastan » ou du « Hezbollastan » en convoquant Pascal ou Spinoza, tout en fustigeant la « bien-pensance » de commentateurs qui auraient l’audace de trouver « disproportionnés » les moyens mis en oeuvre.

Effrayant ? Assurément. Improbable ? Pas si sûr ! Car comme le déclare André Taguieff dans une interview à un journal polonais (1), c’est bien d’une guerre mondiale dont il s’agit dans laquelle tous les moyens doivent être employés : « Car les Israéliens sont aux avants-postes du combat contre le vrai fascisme de notre temps : l’islamisme radical, ou jihadiste. Les nouveaux ennemis des Juifs sont aussi les ennemis de la liberté et du régime qui l’incarne, la démocratie libérale/pluraliste, cette précieuse invention de l’Occident. Ceux que Norman Podhoretz appelle les « islamofascistes » n’en veulent pas. Responsables de la Quatrième Guerre mondiale, ils ont lancé le Jihad mondial contre les partisans de la liberté en même temps que contre les « judéo-croisés ». Défendre la liberté, c’est aujourd’hui combattre par tous les moyens le camp islamo-révolutionnaire, au Proche-Orient comme en Europe, en Asie comme en Afrique. Contre les talibans et Al-Qaida en Afghanistan, contre la dictature islamiste à l’iranienne et le Hezbollah libanais, ou contre le Hamas et le Jihad islamique dans la bande de Gaza, le combat est le même. »

N’est-ce pas la preuve que lorsque « l’ennemi » est désigné, diabolisé, transformé en barbare, alors tout est permis, y compris d’assigner comme but ultime à la philosophie la justification de l’injustifiable ?

Note :

(1)Rzeczpospolita ("La République"), Varsovie, 10-11 janvier 2009.

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Universitaire (Nice), co-auteur de La Manipulation à la française, éditions Economica, 2003 (cliquez ici pour vous procurer ce livre sur Amazon).

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