« Islam et pouvoir : les finalités de la Charia et la légitimité du pouvoir »

De nos jours, le pouvoir en Islam est l’objet de toutes les controverses, les ambiguïtés, voire les fantas

mercredi 14 juin 2006

« Islam et pouvoir : les finalités de la Charia et la légitimité du pouvoir »

*Abderraouf Boulaabi, « Islam et pouvoir : les finalités de la Charia et la légitimité du pouvoir », aux éditions l’Harmattan

De nos jours, le pouvoir en Islam est l’objet de toutes les controverses, les ambiguïtés, voire les fantasmes. Il demeure entouré de mille tabous, mais connaît paradoxalement un excès d’analyse. Ainsi, la nature et la forme de l’Etat islamique offrent une multiplicité d’interprétations allant de la séparation totale entre religion et Etat, revendication laïque, jusqu’à la fusion totale de la religion et de l’Etat, l’assimilant à une théocratie totalitaire, passant par les appels à la réinstauration du système califal classique.

L’auteur adopte dans cet ouvrage un nouvel angle d’approche, en abordant le pouvoir à travers la problématique de la légitimité, question centrale de tout pouvoir politique.

En effet, l’analyse du déroulement de l’histoire politique islamique confirme le caractère central du problème de la légitimité, c’est le pivot autour duquel se sont organisés tous les grands évènements qui ont marqué cette histoire. L’intérêt de cette approche c’est qu’elle permet d’appréhender le pouvoir en islam en tant que relation sociale et politique, loin de toute sacralisation des acteurs, des institutions ou des concepts. Elle permet également de réinterpréter l’histoire politique aussi bien sur le plan pratique que sur le plan théorique, en repérant les dysfonctionnements et en examinant leurs véritables causes.

A l’intérieur de cette recherche sur la légitimité du pouvoir politique en Islam, l’auteur s’est imposé une lecture vigilante de l’histoire politique islamique, des textes révélés et des productions idéologiques des penseurs appartenant à différentes écoles. Il s’est employé à restituer et utiliser les concepts opératoires générés par les docteurs de l’Islam classique, dans la mesure où, tout en créant une atmosphère et restituant un monde, ces concepts gardent leur vitalité objective et opératoire. Simultanément, il ne s’est pas détourné de l’apport des sciences sociales modernes ; bien au contraire c’est à la lumière des apports théoriques et méthodologiques de la sociologie, de la science politique et de l’histoire actuelle qu’il a pu procéder à cette analyse.

Seule cette démarche est susceptible, selon l’auteur, de mettre en place un noyau de valeurs communes, une somme de principes constitutionnels, indispensables à tout pouvoir légitime quant à son mode d’établissement, son mode d’exercice et son mode de transfert, défiant les disparités culturelles, idéologiques, et de langage, établissant une continuité de progrès, allant de l’antiquité grecque jusqu’à la modernité occidentale en passant par la civilisation islamique. C’est ainsi qu’on évitera au monde l’affrontement et le chaos, et qu’on réalisera des rapports de paix et de respect mutuels entre des peuples dirigés par des gouvernements légitimes.

L’effort de raisonnement indépendant doit donc intervenir pour établir l’accord entre les finalités de la charia et l’intérêt général de la « umma » à travers l’élaboration d’un ensemble de principes de base appelés dans cet ouvrage « les finalités politiques de la charia » tels que la liberté, la justice et l’égalité, qui doivent être au fondement de tout pouvoir légitime se réclamant de l’islam. Cet effort de raisonnement a l’avantage de disposer de tous les moyens déployés par les juristes finalistes pour la déduction rationnelle, notamment « l’Istislâh », la recherche de l’utilité commune, et « l’Istihsân », l’approbation personnelle et rationnelle.

*Abderraouf Boulaabi est docteur en sociologie politique et islamologie (Université de la Sorbonne). II est directeur de l’Institut Supérieur des Sciences Islamiques de Paris (ISSI).

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