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Articles
Islam-Occident : guerre des mots et distorsions terminologiques
mercredi 28 octobre 2009 - par Jamel Khermimoun
Le champ lexical du rejet et de la confrontation, prisme à travers lequel est perçu l’Islam en Occident, ne reflète aucunement la réalité des fondements et de la substance d’une « religion »[1] qui ne s’apparentent ni à une doctrine, ni à une idéologie, ni à un quelconque courant philosophique ou politique. L’association de l’Islam et du Coran, dans l’esprit du non musulman, à une terminologie de l’extrême, de la violence, de l’intolérance, du repli, du recul, en opposition au progrès, à la modernité, au développement, consolide une image de l’Islam prête à consommer, imposée, sans alternative aucune. L’affaire des caricatures réalisées à l’encontre du Prophète de l’Islam, naît en Europe dans un contexte déjà tendu, du fait notamment du déclenchement d’une véritable croisade médiatique contre le port du voile à l’Ecole et dans les lieux publics. Les auteurs de ces caricatures, volontairement promoteurs d’une surenchère de la haine et de tensions entre les communautés se targuent d’être les vaillants défenseurs d’une liberté d’expression qui s’interdit toute limite. L’atteinte délibérée du respect des convictions de l‘autre est présentée par le pouvoir médiatique et une classe politique s’exprimant d’une seule voix pour « la bonne cause », comme la condition sine qua non de la sauvegarde du droit reconnu à chaque citoyen d’exprimer librement et publiquement son opinion. Cette construction subjective portée par un courant de pensée qui prône fièrement l’universalité du modèle occidental, d’une laïcité définitivement libérée du carcan de la religion, comprend et présente l’Islam comme le mal absolu, la source de tous les périls pour la pérennité des Etats-Nations, de moins en moins assurée par un idéal démocratique se voulant universel, mais visiblement contesté, même de l’intérieur, et dont le devenir fait aujourd’hui l’objet de toutes les interrogations. La conception dominante de la laïcité occulte de l’idéal humain la dimension spirituelle de l’être. Marcel Gauchet consacre l’un de ses ouvrages à la question de l’avenir des démocraties modernes[2]. Il s’interroge sur le profond malaise d’un système seul garant du bon fonctionnement des Etats Républicains : celui d’une démocratie laïque infaillible et inévitablement applicable à tout peuple aspirant à la civilisation moderne. Sa légitimité incontestée, qui prend source dans l’antiquité gréco-romaine et la philosophie des lumières, est quelque peu ébréchée par un constat simple : les démocraties modernes au summum du progrès matériel n’arrivent pas à offrir au sein en leur sein et au monde un modèle d’équité et de justice sociale et économique comme en témoigne l’accroissement de la pauvreté, des phénomènes de ségrégation, dans un contexte mondial où le fléau de la faim ravage des pays tout entiers. Les démocraties postmodernes, qui font désormais face à une crise existentielle, ne trouvent pas en leur sein les remèdes à des maux qui, au départ, matérialisaient la suprématie et l’infaillibilité de leurs idéaux. Charia Le terme français qui se rapproche le plus des significations du terme arabe Charia est « voie ». L’attitude volontaire de certains « penseurs » et de médias, unis pour la « bonne cause », qui consiste à définir l’Islam à partir d’interprétations erronées des termes coraniques, compose l’ossature du discours de la croisade de dénigrement contre l’Islam et de conditionnement de l’opinion publique. Même dans l’esprit des musulmans, c’est l’aspect légal qui est le plus fortement rattaché à ce terme coranique. Si l’aspect juridique intègre les multiples significations de ce terme, il désigne d’abord la finalité de l’homme et la voie qui lui est tracée par Dieu. Cette voie représente un idéal d’équilibre entre la relation de l’homme avec ses semblables, avec son environnement, et avec Dieu. Réhabiliter afin de comprendre les finalités et les sens de la terminologie céleste implique une double approche fondée sur l’écoute et la méditation du Message, sans préjugés aucuns, accompagnées par un effort de contextualisation de l’intellect à la lumière des évolutions sociales, politiques, économiques et culturelles du monde moderne. La porte restée longtemps fermée du dit « effort d’interprétation » ou Ijtihad, mis très tôt sous tutelle du pouvoir, doit être rouverte. Le défi consiste désormais à réconcilier la marche de la civilisation postmoderne, aspirituelle, avec la lumière de la révélation. Le renouveau de l’éthique, de l’éducation et de la pensée musulmane ne pourra s’accomplir que si l’effort personnel et collectif d’interprétation et de contextualisation des sources, enrichi par l’héritage existant en la matière, abouti au rassemblement des cœurs, des volontés, et à mobiliser toutes les forces en présence. Franchir le pas implique le courage de concevoir l’Ijtihad, non pas comme une fin en soi, mais comme la condition d’une compréhension rénovée et dynamique de l’Islam, consciente des enjeux présents. Réconcilier le spirituel et le temporel est la vocation de la « Loi » qui est réduite dans la perception de certains spécialistes de l’Islam, comme Dominique Sourdel, à des rudiments de « commandements » sur le plan de la vie morale et sociale : « La piété ne consiste point à tourner vos visages du côté du levant ou du couchant. Pieux est celui qui a foi en Dieu et au jour dernier, aux anges et aux livres, aux Prophètes ; qui pour l’amour de Dieu, donne de son avoir à ses proches, aux orphelins, aux pauvres, aux voyageurs et à ceux qui demandent ; qui rachètent les captifs ; qui observent la prière ; qui fait l’aumône ; qui remplit les engagements qu’il contracte ; qui est patient dans l’adversité, dans les temps durs et dans les temps de violences. Ceux-là sont justes et craignent le Seigneur »[3]. Penser alors comme Dominique Sourdel que « la notion de devoir moral est étrangère à l’Islam », qui ne connaîtrait « qu’une obligation juridique », serait méconnaître la raison d’être de la « Loi ». L’entraide, l’hospitalité, la générosité, la fidélité aux engagements, la sobriété, vertus universelles, prônée par l’Islam et que ne nie pas l’auteur, n’ont pas pour moteur un appareil juridique sans âme. Agir pour Dieu, par amour pour Lui, donc pour l’homme, est l’essence du Message, sa substance et son plus noble dessein. Jihad L’Islam place la vertu de l’effort personnel et collectif, continus, comme la concrétisation et l’aboutissement du cheminement vers Dieu. La notion de Jihad, polysémique, employée sciemment en rupture avec son contexte par les détracteurs de l’Islam en Occident, alimente tous les fantasmes, et fait l’objet de toutes les interprétations. Jihad, comme Ijtihad, a pour racine le verbe Jahada qui admet une multitude de sens que la langue française ne pourrait restituer en un seul mot. Effort, surpassement de soi, préparation, rassemblement des forces, détermination, persévérance, engagement, etc. : les dimensions de l’effort sur la voie de Dieu sont plurielles et s’appliquent dans les différentes sphères de la vie. L’intention et la volonté sincère de parfaire, de sans cesse aspirer à l’excellence, doit guider toute pensée et tout acte. De cette attitude de tous les instants, de vouloir résolument maîtriser l’ego, de le soumettre aux aspirations positive du cœur et de l’esprit, découlent les différentes dimensions du Jihad : le don de soi, de ses biens et ses vertus éducatives, sociales et économiques, la maîtrise de l’avoir, l’apprentissage et l’éducation, la participation politique, la construction et l’unification de la pensée, la lutte contre les injustices, le témoignage par la parole et les actes. L’héritage des croisades entretient inconsciemment en Occident une appréhension de l’Islam et de ce qui s’y réfère. La focalisation de la perception de l’Islam à travers la seule exégèse, réductrice et périlleuse, du Jihad porte grandement préjudice à l’âme cette conception autre de l’homme, aux valeurs réelles qu’il prône et à tous ceux qui y adhèrent. Cette stigmatisation à outrance, accompagnée d’une méconnaissance avérée de l’Islam, fait naître les peurs et les préjugés dans des sociétés déjà lourdement atteintes par les maux que sont l’individualisme, la discrimination, les luttes partisanes, le déficit de dialogue, d’échange et de partage entre les habitants d’un même immeuble ou d’une même rue. Tout musulman serait ainsi forcément hanté par les démons de la haine, ce qui fait potentiellement de lui un dangereux terroriste mettant en péril la pérennité et l’équilibre de la Nation. Cette vision défendue par l’incontestable « voie de la raison », relayée par un front médiatique dévoué à la cause, ne trouve face à elle qu’une faible résistance qui peine à rassembler ses forces et à manifester avec détermination une identité musulmane, spirituelle et de présence au monde, commune. Les traductions restrictives de Jihad, que ce soit dans les ouvrages d’histoire, les manuels scolaires, les travaux scientifiques, ou dans le discours médiatique, tentent très souvent de confiner et d’inscrire l’Islam dans un registre de la haine et du rejet de l’autre. « Guerre sainte », « Guerre légale », constituent des attributs à travers lesquels est perçu l’Islam par l’opinion publique occidentale. Le droit de se défendre, de résister à tout ce qui porte atteinte au droit d’exister, loin de tout esprit vindicatif, de mépris de la différence, de violence infondée, est le sens réel de l’interprétation d’une des dimensions du Jihad, à l’origine des attaques et des polémiques. Historiquement, les vertus civilisatrices de l’Islam en Occident, sont admises même par les plus farouches opposants du dernier des monothéismes et contrastent avec une représentation de cette religion, construite au fil des siècles et des antagonismes. Celle-ci contribue à entretenir l’esprit de croisade et à voiler au monde le vrai visage d’une conception de l’être et de l’existence qui s’inscrit dans la continuité historique du mouvement d’émancipation et de civilisation humaine. Les peuples entrés en contact avec l’Islam n’ont pas été contraints à adhérer à ce message par l’épée, comme l’affirme la thèse soutenue et forgée insidieusement par nombre d’historiens et d’intellectuels Occidentaux qui prédisent un brutal « choc des civilisations ». Ce message a conquis et apaisé les cœurs par son originalité et les valeurs d’amour, de paix et de progrès pour l’homme qu’il prône intrinsèquement. L’expansion singulière de l’Islam, sans précédent dans l’histoire, s’explique avant tout par le rayonnement d’hommes et de femmes dévoués à Dieu, animés par l’espoir de voir l’autre, indépendamment de sa culture, de ses origines ethniques, de ses traditions, vivre et partager l’expérience du cheminement spirituel. Porter en soi, à chaque instant, l’intention d’œuvrer pour la justice, la dignité et la libération de la personne humaine, constitue l’essence de l’effort pour Dieu en Islam. Le combat social, politique, économique, intellectuel, nécessite un sacrifice de soi et un dépassement des petits calculs terre à terre, dans le but de défendre la cause commune qui est celle de Dieu et celle des hommes. Substrat jurisprudentiel Etymologiquement, le Fiqh a pour sens « comprendre » et « assimiler ». D’un point de vue terminologique, ce terme signifie en arabe la connaissance des règles juridiques pratiques tirées des sources. La vocation première de la jurisprudence en Islam est de rendre aisée et limpide la compréhension et la pratique de la foi. La science des fondements de la jurisprudence ou Ussul el Fiqh, cherche elle à fixer les principes sur lesquels reposent la jurisprudence (droit pratique). Les sources de Coran sont principalement le Coran et la Sunna[4], unanimement reconnus car de natures célestes et très tôt consignées méticuleusement par écrit. D’autres sources de droit viennent s’ajouter aux deux références de base, en concordance et en continuité avec elles. Ces sources inspirent elles aussi les principes de sagesse, de souplesse et d’ouverture. L’Ijma ou consens des savants en accord sur des questions divers en matière jurisprudentielle, le raisonnement par analogie, Qiyas, l’Istihsân ou recherche de la meilleure solution, l’Istiçlah, ou recherche du bien commun. Cette approche compartimentée de l’Islam en disciplines scientifiques est la conséquence d’un éclatement du modèle solidaire d’éducation, de gouvernement, de gestion de la société, de l’économie. Les abus et les dérives d’un pouvoir très tôt corrompu, marquent la fin d’une période prospère, car centrée sur l’homme et sur l’édifice d’une société fraternelle garantissant à chacun la possibilité de s’épanouir spirituellement au sein d’un projet de cheminement collectif vers un idéal de justice. Les instances dirigeantes se sont défaites du « joug » et de la supervision du spirituel et de la morale, jusque-là garants de l’intégrité et de l’équilibre du système. Le modèle d’un leadership dévoué à la cause, désintéressé, capable de rassembler les cœurs, de subjuguer les masses, de penser et de structurer la marche du cheminement des sociétés et des hommes dans leur diversité, d’organiser l’effort pour la construction d’un idéal de justice et de société fraternelle, en mobilisant les hautes aspirations, dotées de compétences certaines, se désagrège quelques décennies après la mort du Prophète. Des hommes, aux convictions profondes, n’ont cessé d’œuvrer pour restaurer le modèle intégralement dans son esprit originel, parfois au péril de leur vie. Le pouvoir régalien pourvu de l’autorité absolu, réduisit la place des « hommes de religion » aux considérations spirituelles et rituelles, tout en exerçant sur eux une pression continue et un contrôle strict de la pensée et de l’action. La rupture avec le modèle de pouvoir et d’action qui repose sur la concertation et le consensus coupe court aux espoirs de renouveau de l’Islam dans son intégrité. Pour que l’action de l’homme de science soit efficiente, celui-ci doit acquérir une vision globale sur la création et son Auteur, sur l’homme et sa destinée, sur l’histoire et sur Celui qui l’a tracé, sur la situation des musulmans et les causes de leurs dissensions, sur la nécessité de rénover l’Islam, sur les obstacles internes et externes liés à l’ego, de nature économique et sociale, se dressant devant la marche vers le changement. Cette perspective, pour rassembler et unifier, doit émaner de cœurs voués à Dieu, sièges des volontés supérieures, et d’intellects guidés par la Sagesse, animés par l’effort de compréhension, de contextualisation et de mise en perspective des sources. Seule une contextualisation des sources, à la lumière des réalités du terrain, permettra d’envisager l’émergence d’une intelligence et d’une application globales de l’Islam. Si le pas n’est pas franchi, le devoir de témoignage des musulmans en Occident, que doit traduire une présence responsable, laissera place aux divisions, aux tentations communautaristes et à l’enracinement dans une posture minoritaire. Question de méthode Le terme coranique Minhaj, englobe à la fois les idées de « voie » et de « méthode » à suivre pour réussir à emprunter avec succès cet itinéraire. Les musulmans, citoyens occidentaux, doivent relever collectivement les défis qui s’érigent face à une réelle prise de conscience dynamique des enjeux propres à leur contexte, à l’adoption d’une attitude responsable face au devoir de témoignage qui leur incombe, et à un engagement collectif, réfléchi et résolu. La marche ardue vers une réforme en profondeur et pour voir émerger un jour une alternative au modèle prédominant de société matérialiste sans Dieu, implique une compréhension et une vision globale qui intègre à la fois de porter un regard critique sur les legs de l’histoire et sur la situation présente, éclairé par les sources, et une projection dans l’avenir permettant d’appréhender et d’anticiper les défis futurs. Seul un esprit critique, conscient des legs du passé et de la lourde tâche qui incombe aux candidats au changement, sera capable d’innover sans complexe pour rénover en profondeur. La foi musulmane est comparable à un édifice complexe se composant de multiples ramures que tout musulman est amené à connaître et à pratiquer afin de donner sens à son cheminement terrestre et concrétiser progressivement les hautes significations de la spiritualité et de l’effort. Ces affluents peuvent être regroupés en vertus cardinales interdépendantes qui matérialisent, lorsqu’il y a confrontation dynamique de l’étude des sources avec l’intelligence du contexte, la méthode pour un renouveau de l’Islam dans son ensemble. Les vertus de compagnonnage, inhérentes à une atmosphère fraternelle qui a perdu au fil des siècles de sa teneur, de présence à Dieu et de véracité, forment les piliers et les garants d’une éducation modèle. Les autres vertus, subsidiaires, procèdent de l’assimilation des trois premières vertus fondamentales et parachèvent leur vocation essentielle qui est de se préparer à la rencontre de Dieu. Les vertus de la foi se déclinent toutes sur le triple plan de la spiritualité, de la pensée et de l’effort déployé sur le terrain. Et l’accomplissement de celles-ci représente le projet d’une vie à l’échelle d’un individu, et l’affaire de plusieurs générations, à l’échelle de l’humanité. [1] La définition de l’Islam, dans sa compréhension globale, intègre au-delà de la dimension centrale de l’être spirituel, du rapport de l’homme au sacré, revendiquée par chaque culte, une Voie de la raison, une vision singulière du monde, de la société, de la politique, de l’économie, etc. Cette définition pose évidemment problème a une pensée laïque qui interdit toute implication du sacré dans la res-publica, la « chose publique », et qui ne conçoit de rayonnement spirituel qu’à l’intérieur de la sphère privée. [2] M. GAUCHET, 2002, La démocratie contre elle-même, Gallimard, Paris. [3] Coran, sourate II, verset 172. [4] La Sunna est la voie que trace au musulman l’ensemble des sagesses prophétiques et des enseignements pratiques transcris par écrit dans le hadith (paroles, actes, approbations, dires rapportées par ses compagnons), transmis selon des règles strictes de génération en génération. Mots clésJamel KhermimounChercheur en sciences humaines et sociales, Docteur de l’université Paris-Sorbonne, membre des comités de recherche de l’IPSA "Religion et politiques" et "études comparative sur les politiques et la gouvernance locale". riche d’une longue expérience en milieu associatif, Jamel KHERMIMOUN, est spécialiste des questions de gouvernance, de politiques urbaines et de développement durable. Il est auteur de plusieurs articles scientifiques et de Politiques urbaines et image du territoire (308 p.), publié chez l’Harmattan (2008). Du même auteur, à lire sur oumma.com :
Vos réactions et commentaires sur cet article4 novembre 2009
sinne a dit :
Un jour viendra où les hommes seront assez instruits pour réfléchir plutôt que croire car un homme instruit analyse réfléchit étudie les faits avant de croire alors que le non-instruit répète le discours qui lui a été dicté.
La religion est un voile d’obscurantisme jeté sur les moins instruits d’entre nous afin de les asservir et de les manipuler.L’instruction est la seule porte de sortie.
On a bien observé chez les chrétiens une baisse de la pratique religieuse (aujourd’hui 5% en France contre 90% au 18ème siècle) conjointement à l’évolution de l’instruction de la population.
30 octobre 2009
Didier a dit :
A Elwahraanii, C’est bien pour cela que je suis allé sur ce site, pour avoir une vision de l’Islam par les musulmans afin de parfaire mon savoir et comparer les positions. Je témoigne par la même occasion de l’image reçue à tort ou à raison par ceux qui ne sont pas musulmans. Apparemment vous n’aimez pas l’explication que je donne, c’est votre droit le plus strict. Mais imaginez (avec un gros effort) que je ne soir pas de mauvaise foi, supposez (avec un autre gros effort) que je n’aie pas un esprit retors, alors peut-être admettrez-vous que je n’ai peut-être pas tort en reprochant à l’auteur de voir de l’islamophobie là où il n’y a qu’une dérive linguistique classique et non pas une manipulation idéologique (ce qui serait invraisemblable) Par ailleurs, visitez les dictionnaires les plus courants en France, et voyez la définition des mots évoqués, et la différence avec celle de l’auteur et avec l’acception usuelle. 30 octobre 2009
Elwahraanii a dit :
@Didier : Il écrit : " Si ces mots véhiculent une image négative dans les pays non arabophones, c’est peut-être parce qu’ils ont été sur-utilisés négativement par des personnages négatifs pour justifier des actions négatives, personnages qui s’autoproclamaient, improprement mais très médiatiquement, représentants de l’Islam. " Il se doit dans cet espace public de réagir à cet argument fallacieux maintes et maintes fois entendu dans les mass-média pour rejeter la méconnaissance de l’Islam par nombres d’intellectuels occidentaux sur les musulmans eux-mêmes. Je reprends mot-à-mot cet argument en prenant le contra-posé : "Si ces mots véhiculent une image négative dans les pays non francophones, c’est peut-être parce qu’ils ont été sur-utilisés négativement par des personnages négatifs pour justifier des actions négatives, personnages qui s’autoproclamaient, improprement mais très médiatiquement, représentants de la Démocratie Française et des Droits de l’Homme, j’ai nommé le ci-devant Jean-Marie Lepen, son parti et une bonne frange de la population française." Cet argument ne tient pas : les algériens qui avaient subi le racisme et l’oppression du colonialisme de l’état français n’ont pas confondu entre l’humanisme de la révolution française et le fascisme de Jean-Marie Lepen et des généraux français Salan, Jouhaud, Lagaillarde, etc ... Sont-ils les représentants de la République française et de ses valeurs ? En oûtre et c’est cela le plus affligeant, c’est que parmi tous ceux qui se proclament de l’Islam vous ne retenez que ceux qui le défigurent. Avouez quand même qu’il faut pour soutenir cet argument une bonne dose de mauvaise foi doublée d’un esprit retors. C’est justement ce que cet article dénonce !!! 29 octobre 2009
ada a dit :
A Didier : je suis d’accord avec vous, certes, il s’agissait d’une publicité bassement commerciale, mais la condamnation de cette affiche par le Tribunal de Paris reste un acte de censure basé sur des recommandations religieuses. Le message était quand même qu’il fallait respecter le Christ et la religion chrétienne. Je ne remets pas en cause ce principe de respect. Je constate simplement, une fois de plus, que la même mesure n’est pas appliquée à la religion musulmane, puisque sous couvert de liberté d’expression, les tribunaux dans la même ville, dans le même pays, ont statué dans le sens contraire. Mais passons. Pour prendre le mot le plus utilisé, "jihad", la première signification de ce mot est "effort". Le mot "guerre" se traduit généralement par "harb", le mot "combat" ou "lutte" par "sira’" ou "moukafaha", "kifah", "ma’raka". Comme toute autre langue, l’arabe comporte des nuances, et l’emploi d’un mot plutôt qu’un autre n’est pas anodin. Un locuteur, qu’il soit arabophone ou non, s’approprie les mots qu’il utilise. Il les utilise librement, dans un sens ou dans un autre. Il est donc responsable de la manière dont il les emploie. Il est également responsable de ses connaissances, ou de son ignorance, dans ce domaine. Pourquoi, si l’on est honnête, utiliser, et surtout répéter à longueur de pages des mots dont on ignore la juste signification ? L’ignorance n’est pas nécessairement malveillante, et il ne s’agit pas forcément d’islamophobie, ne soyons pas paranoïaques. Mais il ne faut pas négliger l’impact du verbe, son utilisation, en particulier par les médias de masse, n’est jamais innocente. 29 octobre 2009
ada a dit :
A Reno : les Bush père et fils, qui ont déclenché les deux guerres d’Irak et la guerre en Afghanistan, qui ont ouvert le camp de Guantanamo, et d’autres centres de torture secrets en Europe sont-ils musulmans ? Leurs principaux alliés européens, qui participent largement aux bombardements, qui font de nombreuses victimes civiles, sont-ils musulmans ? A moins que vous ne considériez que ces bombardements, ainsi que tous les actes de guerre qui ont lieu, ne soient pas des horreurs... Merci de votre réponse. 29 octobre 2009
Didier a dit :
A Ada, Je me souviens de cette affaire d’affiche de la Cène. Personnellement, j’avais trouvé à l’époque qu’on faisait beaucoup de bruit pour rien : une des armes de le publicité est d’attirer l’attention des gens, et parfois en étant provocatrice. On fait le jeu du publiciste et de la marque en réagissant. Mais mon propos n’était pas dans ce domaine. Je faisais remarquer à l’auteur qu’il était abusif d’attribuer à une volonté de stigmatiser l’islam la mauvaise compréhension de mots arabes passés dans dans le langage courant des non arabophones . Et je lui rappelais que les mots auxquels il faisait référence avaient été largement utilisés et diffusés sciemment par les mouvements islamistes. Et sous l’acception utilisée par ces mouvements ou dirigeants qu’ils sont passés dans les langues non arabes. S’il faut chercher une responsabilité à cette dérive, il ne faut pas la chercher chez ceux qui ont écouté ces messages, mais chez ceux qui l’ont émis. L’auteur, dont l’analyse linguistique doit être exacte (je le présume, n’ayant pas la chance d’être arabophone), aurait dû saisir l’occasion pour encourager les visiteurs de ce site à corriger autour d’eux cette dérive linguistique spécieuse et dommageable à l’Islam, liée à une expression radicale trop présente. En toute objectivité, j’ai moi-même appris ici la signification de ces mots arabes. Je ne me prends pas pour un grand lettré, ni pour un intellectuel, mais j’ai accumulé une solide culture générale, ce qui n’est pas étonnant à bientôt 74 ans. Et bien, si on m’avait demandé ce que signifiaient jihad, charia ou fatwa, j’aurais certainement répondu dans le sens que dénonce l’auteur, sans que cela ne représente en quoi que ce soit un à-priori islamophobe, ni un manque de connaissances de ma part. L’Islam doit être didactique, et ne pas laisser l’espace médiatique être cannibalisé par de prétendus représentants de cette grande religion à qui ils font un tort considérable. 29 octobre 2009
Reno a dit :
Ada, les horreurs dont vous parlez se déroulent surtout entre Musulmans.
29 octobre 2009
ada a dit :
En 2005, le Tribunal de grande instance de PARIS a interdit l’affiche publicitaire pour les vêtements de la marque Marithé et François Girbaud, au motif que cette affiche "parodiait" la Cène, le dernier repas de Jésus Christ, de manière blasphématoire : on pouvait y voir un groupe de jeunes femmes assises autour d’un jeune homme, habillées très légèrement, avec des attitudes physiquement assez ambigües. Qui d’entre vous a entendu parler, ou se souvient, de cette affaire ? A l’époque, qui s’était élevé contre cette condamnation, au nom de la liberté d’expression ? A ma connaissance, aucun de nos éminents intellectuels français. L’affaire n’a pas fait grand bruit. A votre avis, Didier, pourquoi ? Problème de communication, de diffusion ? Je crois qu’il s’agit, plus que de défendre la laïcité, de justifier coûte que coûte la politique américano-européenne dans le monde, ces guerres sans fin dans une zone vitale pour l’approvisionnement des Occidentaux en énergie, et donc il faut diaboliser l’islam par tous les moyens. Sinon, comment, en tant que partisan des droits humains, peut-on accepter Guantanamo, les horreurs quotidiennes en Irak, en Afghanistan et au Pakistan ? 28 octobre 2009
Mouhib a dit :
Salamo’alaykoum wa rahmatollah wa barakatoh, Tout d’abord je tiens a souligner l’importance des initiatives comme celle-ci, visant a clarifier l’usage de concepts, lesquels s’ils ne sont pas compris finissent par corrompre la vie sur terre. Inutile de se pencher davantage sur les theories relatives a la capacite des mots a structurer la realite. A cet egard, les medias excellent dans ce domaine. Bref, voila pour cette noble initiative qu’il faut encourager. D’ailleurs, je verrais bien un dictionnaire de l’Islam qui irait a l’encontre des idees recues jusqu’a present, et sans emphase, en plusieurs volumes. S’agissant du contenu, par dela quelques regles methodologiques (in Ussul alfiqh) que je ne partage pas, je pense qu’il faut aussi preciser que la "reforme" n’est egalement pas une fin en soi (dans le sens ou l’Ijtihad n’est pas la "reforme", car l’Ijtihad est pratique dans le quotidien, alors que la "reforme", telle qu’elle definie aujourd’hui, releverait plutot d’une rupture radicale par rapport a un oubli de l’essence de la religion, ou du moins ce qu’ils pretendent). C’est en ce sens que la "reforme" ne se decrete pas, elle devrait etre le fruit d’efforts permanents. Voila pour la "reforme" et la "reforme de l’Islam", expression qui est m’est totalement etrangere en tant que musulman. S’agissant du concept de "tolerance", il faut aussi souligner que la tolerance n’est pas une fin en soi, c’est a dire pas a tout prix. Je dois peut etre vous choquer, mais c’est une question de bon sens : avez vous tolere la caricature agressive a l’egard de notre illustre maitre, notre modele, notre bien aime, le messager d’Allah (c) ? Donc je tolere le tolerable et non l’intolerable. C’est une question de principe vrai. Un noble projet de societe ne peut etre edifie sur la tolerance du blamable. Enfin je voudrais souligner une petite erreur d’inatention, peut etre etait-ce une erreur : "Les sources de Coran sont principalement le Coran et la Sunna[4]". Je crois que vouliez dire, les sources de droit. Ou sinon, les sources de la comprehension du coran sont le coran et la sunna, peut etre. Salam Mouhib 28 octobre 2009
Didier a dit :
Il est intéressant de connaître le sens originel de mots qui passant dans le vocabulaire courant d’une autre langue, perdent ce sens originel au bénéfice d’un sens tronqué ou différent. Ce phénomène n’a pas en général de conséquences, sauf dans certains quiproquos entre pays. Mais dans le cas où ces mots sont considérés comme représentatifs, voire ambassadeurs d’un culte ou d’une culture, là ce ne sont plus des quiproquos mais des embryons d’incompréhensions. Je mettrais toutefois un bémol dans les commentaires de l’auteur sur ce qu’il décrit comme une sorte de volonté sourde ou induite de "l’Occident" à garder la signification la plus réduite, la plus déformée, et ce à des fins de rejet. Je pense que lorsqu’un message n’est pas compris, c’est peut-être parce que le récepteur s’est bouché les oreilles, mais c’est parfois aussi l’émetteur qui s’exprime mal, ou la communication qui est mauvaise. En se limitant à la surdité sélective du récepteur, l’auteur néglige les deux autres sources de mauvaise compréhension. Prenons les deux mots particulièrement bien détaillés par l’auteur : charia et jihad, et j’y ajouterai fatwa qui semble aussi entrer dans le langage courant. Qui a utilisé et qui utilise le plus ces mots dans un contexte ou dans une signification qui entraîne la confusion de sens chez le récepteur non initié ? N’y a-t-il pas un effort didactique des émetteurs, et surtout des exemples pratiques et visibles où ces mots illustrent un peu mieux le sens originel ici décrit ? Si ces mots véhiculent une image négative dans les pays non arabophones, c’est peut-être parce qu’ils ont été sur-utilisés négativement par des personnages négatifs pour justifier des actions négatives, personnages qui s’autoproclamaient, improprement mais très médiatiquement, représentants de l’Islam. Donc ces rectifications s’imposent mais en remettant en cause en premier lieu le message envoyé et pas l’oreille sensée l’écouter. |
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