Irak. Retrait immédiat !

On ne peut exclure la possibilité que les États-Unis écrasent l’Irak et occupent le pays pour des années

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jeudi 11 octobre 2007

Irak. Retrait immédiat !

Anthony Arnove, « Irak. Retrait immédiat ! » Préface de Howard Zinn, éditions Démopolis, octobre, 2007

POURQUOI CE LIVRE ?

La couverture médiatique des violences quotidiennes masque la réalité du conflit. Où en est l’Irak aujourd’hui ? Anthony Arnove décrit comment l’occupation a précipité l’Irak dans le chaos : taux de chômage proche de 60%, disparition du système de santé, plusieurs millions de réfugiés… Les tortures d’Abou Ghraïb ne sont que la partie visible d’une relation catastrophique entre les troupes américaines et une population hostile à l’occupation de son pays.

Les Américains ont décidé de s’appuyer sur la majorité chiite en lui confiant les principaux ministères et une place prépondérante dans la police et l’armée irakiennes. Les troupes étrangères et ceux qui participent aux opérations de maintien de l’ordre sont la cible de tous ceux– sunnites ou chiites – qui veulent libérer l’Irak de l’occupation.

Au lieu de calmer les conflits internes, l’occupation les envenime. Les médias occidentaux polarisent l’attention du monde sur l’existence d’une guerre civile entre chiites et sunnites. Pourtant, 65 % des Irakiens interrogés déclarent que leur pays n’est pas en guerre civile. Il s’agit d’abord et avant tout d’une guerre de libération.

La seule solution au conflit réside dans le retrait immédiat des armées d’occupation. Anthony Arnove s’appuie sur l’exemple du Vietnam pour nous appeler à une mobilisation internationale de protestation et d’opposition à la guerre en Irak.

AVANT-PROPOS

Dans ce livre, j’appelle au retrait immédiat de toutes les troupes américaines et internationales d’Irak. J’insiste sur le retrait immédiat, par opposition aux diverses propositions d’un calendrier de retrait, d’un retrait progressif, ou d’un retrait lorsque la situation en Irak se sera « stabilisée », dans un avenir indéterminé. Ces « propositions » ne sont, en fait, que des recettes pour prolonger occupation et bain de sang. La raison en est simple : les gens qui décideront quand les États-Unis et leurs alliés seront prêts à partir sont ceux-là même qui ont commencé la guerre et ont à présent tant intérêt à la gagner. Le titre de cet ouvrage est emprunté au livre prémonitoire d’Howard Zinn, Vietnam : The Logic of Withdrawal,sorti en 1967.Zinn y développait un plaidoyer clair et convaincant pour le retrait immédiat des troupes américaines du Vietnam.

Nous voyons aujourd’hui, rétrospectivement, les terribles souffrances causées par la prolongation de la guerre. Alors qu’il devenait évident que les États-Unis étaient en train de perdre au Vietnam, Washington, dans un premier temps, loin de se replier, étendit le conflit au Laos et au Cambodge. Des dizaines de milliers de soldats et des millions de gens allaient encore mourir en Indochine avant que le gouvernement ne soit finalement forcé de retirer toutes ses troupes.

Les analogies historiques ne sont jamais exactes, mais le parallèle entre Irak et Vietnam est significatif. Dans les deux cas, le plus grand pouvoir militaire de tous les temps a rencontré les limites de sa capacité à imposer sa volonté à des peuples qui ne désirent pas son intervention.

En Irak comme au Vietnam, les soldats eux-mêmes ont commencé à remettre en question la raison de cette guerre donnée par les politiciens et reprise chaque jour en écho par les grands médias. Ils voient sur le terrain les énormes contradictions dans le fait de prétendre que les États-Unis apportent la démocratie à un peuple qu’ils oppriment et brutalisent.

Dans les deux cas, la guerre a eu un coût intérieur élevé, en termes de coupes dans les dépenses sociales, de familles et communautés déchirées par la guerre, et de vétérans abandonnés par un gouvernement qui cherche à faire taire toute dissension avec ses slogans vides martelant que nous devons « soutenir nos troupes », par quoi ils veulent dire que l’on doit soutenir sans réserve la guerre qui les tue et les blesse inutilement.

Aujourd’hui, les États-Unis essaient aussi de couvrir leurs échecs en poursuivant une « irakisation » du conflit, comme ils avaient auparavant poursuivi une « vietnamisation ».

Par bien des côtés cependant, l’analogie avec le Vietnam estompe ce qui est en jeu pour le gouvernement américain en Irak. En termes stratégiques, l’Irak, qui possède la deuxième réserve pétrolière au monde et occupe une région regroupant les deux tiersdes réserves totales, est bien plus important pour les États-Unis aujourd’hui que ne l’était le Vietnam en 1967.Comme l’a écrit l’éditorialiste Richard Cohen,du Washington Post, « là où l’Irak est très différent du Vietnam », c’est qu’« il ne peut y avoir de retrait prématuré, chaotique et honteux. En fin de compte, le Vietnam importait peu. L’Irak, si. »

En novembre 2005, John McCain l’influent sénateur de l’Arizona, réclamant l’envoi de dix mille soldats supplémentaires en Irak, arguait en écho que les « enjeux sont plus élevés » en Irak « qu’ils ne l’étaient au Vietnam. » Les partisans d’un « changement de régime » en Irak ont prétendu à des changements aussi bien en Irak que dans tout le Moyen-Orient.

Ce qui attend les États-Unis à présent est non seulement un recul par rapport à ces objectifs, mais un sérieux revers. Les conséquences d’une défaite sont donc beaucoup plus significatives. Les politiciens et planificateurs de Washington savent que leur capacité d’intervention dans d’autres pays sera sévèrement obérée si les États-Unis sont obligés de quitter l’Irak sans avoir réalisé au moins leurs principaux objectifs impérialistes.

On ne peut exclure la possibilité que les États-Unis écrasent l’Irak et occupent le pays pour des années à venir, afin d’atteindre au moins une apparence de victoire. La guerre en Irak cependant se terminera probablement, comme la guerre du Vietnam, par une défaite des États-Unis. En tout cas, comme pour la guerre du Vietnam, le prix le plus élevé sera payé par la population occupée, le peuple irakien, qui a déjà enduré des années d’une dictature soutenue par les États-Unis et des années de guerre et de sanctions.

Le Vietnam subit encore les conséquences tragiques de l’intervention américaine, pour laquelle aucun politicien à Washington n’a jamais assumé une pleine et entière responsabilité. Aujourd’hui même, les gens souffrent de l’assaut chimique toxique dont a été victime leur pays. Les États-Unis ont largué plus de

40000 tonnes d’Agent Orange et autres défoliants contenant des toxines mortelles. Mais Washington a longtemps nié toute responsabilité pour ces crimes de guerre. Comme le note Andrew Metz, de Newsday, « Les autorités américaines ont longtemps dit que les allégations vietnamiennes de problèmes de santé aigus étaient exagérées et sans fondement.

Le gouvernement s’est opposé à une action en nom collectif, regroupant non moins de quatre millions de victimes supposées, insistant qu’il inviterait les anciens ennemis dans les cours américaines ».

En mars 2005, un juge fédéral de Brooklyn a rejeté les accusations selon lesquelles les compagnies qui produisaient les armes chimiques utilisées au Vietnam « violaient les conventions internationales sur la guerre chimique et jugea que les sociétés étaient déchargées de toute responsabilité car elles étaient des contractants aux ordres de l’armée. »

Les compagnies américaines responsables de la dévastation ont également refusé d’accepter toute responsabilité. Scot Wheeler,un porte-parole de Dow,le principal fabriquant de dioxine,a succinctement résumé l’affaire : « La guerre détruit des gens, des vies, et l’environnement » ; Dow ne peut donc être tenu responsable parce qu’il pro- duit des armes de guerre.

Du point de vue de beaucoup,dans l’administration Bush, le président et le gouvernement sont au-dessus de toutes les lois internationales, et peuvent mener des guerres avec seulement le plus sommaire contrôle parlementaire, judiciaire ou international. Évidemment, en février 2002, l’administration Bush a conclu formellement que les Conventions de Genève ne s’appliquaient pas aux actions américaines dans la « guerre contre la terreur ».

Les horreurs du Camp X-Ray et du Camp Delta à Guantanamo, ou d’Abou Ghraïb et des autres camps de prisonniers en Irak et en Afghanistan, et la délocalisation de la torture dans des États connus pour leur traitement abusif des détenus sont le résultat logique de cette doctrine de l’impunité.

D’autres pays, un peu partout dans le monde, adoptent à leur tour cette rhétorique. Des politiciens accusés de violation des droits de l’homme protestent ouvertement qu’ils ne font que se protéger contre le terrorisme, comme les États-Unis, quand ils assassinent Palestiniens, Tchétchènes ou dissidents domestiques. Faisant ami-ami avec Washington, plusieurs gouvernements ont signé pour être membres de la « coalition des volontaires » fournissant un soutien aux États-Unis et espérant des récompenses économiques et politiques, dont de potentielles concessions pétrolières en Irak.

Bien qu’on eût pu aisément se moquer de la liste des membres de la coalition, Royaume-Uni, Australie, Espagne, Italie, pour ne citer qu’eux, envoyèrent des troupes en nombre suffisant pour permettre à l’administration Bush d’utiliser le prétexte qu’il « faisait respecter la volonté internationale » et agissait en accord avec les résolutions des Nations Unies dans son invasion de l’Irak.

Fin 2005, parmi les plus de 175000 soldats en Irak, quelque 25000 venaient d’ailleurs que des États-Unis. Bien que les chiffres aient été largement gardés secrets, environ 20000 agents de sécurité privés – des mercenaires – étaient aussi en Irak, le double du second contingent national, celui du Royaume-Uni. Ces mercenaires, parmi lesquels des personnes impliquées dans la torture à Abou Ghraïb, ont opéré dans une zone floue, largement en dehors du droit international.

Les pays qui ont soutenu l’aventure américaine en Irak portent une part de responsabilité dans cette guerre. L’invasion de l’Irak en mars 2003 et l’occupation consécutive du pays ont déjà eu de profondes conséquences pour la politique mondiale, et cela durera des années.Les États-Unis ont fait du monde un endroit plus dangereux.

Contrairement à ce que prétend le Président Bush, ils ont alimenté les courants politiques réactionnaires en Irak, accru la probabilité d’attaques terroristes sur le sol américain et dans les pays alliés des États-Unis,et sapé le potentiel de développement démo- cratique au Moyen-Orient. En Irak, les États-Unis et leurs alliés se sont heurtés aux limites de l’empire.

Les responsables de cette guerre chercheront peut-être un jour à limiter leurs pertes, mais il appartient aux forces populaires des États-Unis, aux soldats et aux gradés de l’armée américaine, et à la communauté internationale d’amener le gouvernement américain à quitter l’Irak, le plus vite possible, avant que les conséquences ne deviennent bien pires.

Anthony Arnove, « Irak. Retrait immédiat ! » Préface de Howard Zinn, éditions Démopolis, octobre, 2007

Anthony Arnove, essayiste, éditeur et agent littéraire de Noam Chomsky et d’Arundhati Roy. Il a édité avec Howard Zinn Voices of a People’s History of the United States, en écho à son ouvrage Une histoire populaire des États-Unis. Ils ont aussi publié une série d’entretiens sur l’après 11 Septembre. Pionnier de l’opposition à l’intervention en Irak, il est partie prenante du mouvement anti-guerre. Ses articles ont paru dans Le Nouvel Observateur, L’Humanité, The Financial Times, The Nation.

Howard Zinn est historien et professeur de sciences politiques à l’université de Boston. Il est une figure majeure des mouvements américains pacifistes et de défense des droits civiques. Après s’être opposé à la guerre du Vietnam, il s’est élevé contre l’invasion de l’Irak par les troupes américaines. Son best-seller, Une histoire populaire des États-Unis, retrace les combats qui ont façonné l’histoire américaine.

Anthony Arnove sera à la Fnac des Ternes le lundi 22 octobre à 17 h 30 en compagnie d’Eric Laurent (Métro Ternes). Il sera également à Toulouse le 24 octobre pour plusieurs débats dont un à la librairie Ombres Blanches, le 25 octobre à Montpellier (débat à la fac à 16 h et à la salle Pétraque à 20 h 30, en compagnie d’Ibrahim Warde) et le 26 octobre à Aix et à Marseille.

"Anthony Arnove présentera et dédicacera son livre à la librairie Résistances le samedi 27 octobre prochain à 17 H. Librairie Résistances : 4 Villa Compoint. 75017 Paris. (Angle du 40 rue Guy Môquet). M° Guy Môquet ou Brochant. Ligne 13. http://www.librairie-resistances.com

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Auteur : Anthony Arnove

Essayiste, éditeur et agent littéraire de Noam Chomsky et d’Arundhati Roy. Il a édité avec Howard Zinn Voices of a People’s History of the United States, en écho à son ouvrage Une histoire populaire des États-Unis. Ils ont aussi publié une série d’entretiens sur l’après 11 Septembre. Pionnier de l’opposition à l’intervention en Irak, il est partie prenante du mouvement anti-guerre. Ses articles ont paru dans Le Nouvel Observateur, L’Humanité, The Financial Times, The Nation.

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