Intégrismes et racismes se nourrissent les uns des autres

La Suisse va devoir vivre, désormais, avec cette tâche sur son manteau démocratique. Il va certainement en

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jeudi 3 décembre 2009

Dès que les résultats ont été connus, dimanche soir, un cortège de jeunes a défilé dans les rues de Berne derrière une banderole où il était écrit : « Ce n’est pas ma Suisse ! ». Pourtant, plus de 57% d’électeurs helvétiques venaient de voter pour l’interdiction de la construction de minarets dans leur pays. Une interdiction qui sera inscrite, désormais, dans la Constitution du pays !

La « votation citoyenne », comme on dit dans la Confédération suisse, avait été impulsée par le parti populiste de droite UDC. Les sondages ne lui donnaient aucune chance d’aboutir. Le gouvernement et la plupart des autres partis politiques avaient exprimé leur opposition à cette proposition d’interdiction. Les autorités religieuses chrétiennes et juives avaient fait entendre leur mécontentement en face de cette initiative, considérant qu’il s’agissait d’une manœuvre portant atteinte à la liberté religieuse. Cela n’a pas empêché les citoyens suisses d’exprimer leur rejet de laisser se dresser dans le ciel de leur pays ces tours qui sont perçues comme le symbole de la présence musulmane.

Comble d’ironie, la Constitution helvétique proclame en son préambule : « Au nom de Dieu Tout-puissant ! ». Il est vrai, cependant, que circule dans tous les pays à prétention démocratique cet adage : « Vox populi, vox Dei », citation en latin généralement traduite par « La voix du peuple est la voix de Dieu ». Mais ce que beaucoup ignorent, c’est que cette expression est apparue pour la première fois en 798, dans une lettre écrite par le savant anglais Alcuin à son ami le futur empereur Charlemagne. Et voici ce qu’on lit : « Et ces gens qui continuent à dire que la voix du peuple est la voix de Dieu ne devraient pas être écoutés, car la nature turbulente de la foule est toujours proche de la folie ».

La Suisse va devoir vivre, désormais, avec cette tache sur son manteau démocratique. Il va certainement en résulter des mesures de rétorsion de la part de gouvernements arabes. Coffre-fort de grosses fortunes du Golfe, l’économie helvétique est susceptible de « payer » au sens propre les conséquences de cette votation. Cependant, certains parmi les musulmans qui s’indignent devraient faire, en même temps, un « examen de conscience ». Qu’en est-il réellement, en effet, dans de nombreux pays arabes et majoritairement musulmans, de la liberté religieuse ? Ces quarante dernières années, la situation des chrétiens arabes n’a cessé de se dégrader.

Dans un pays comme l’Egypte, les coptes, la communauté la plus ancienne du pays, ne peuvent plus construire d’églises depuis des années. En Arabie Saoudite, l’exercice du culte chrétien est interdit, quand bien même vivent dans ce pays des millions d’immigrés chrétiens, et quand bien même la tradition rapporte que le Prophète Muhammad lui-même autorisa les chrétiens de Najran à prier dans sa mosquée. Le racisme ou l’intolérance des uns n’excuse pas le racisme ou l’intolérance des autres. Mais tous les intégrismes et tous les racismes se nourrissent les uns des autres et sont objectivement complices.

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Auteur : Rachid Benzine

Enseigne à l’IEP Aix en Provence,  auteur de plusieurs ouvrages dont  "Le Coran expliqué aux jeunes"

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