Ingérence, démocratie et complexe de Robinson

L’attitude logique des gouvernements face aux révolutions en Tunisie, Égypte et aussi en Libye a ainsi ét

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mardi 22 février 2011

Cette période de bouleversements au sein du monde arabe a permis de révéler un peu plus clairement l’attitude de l’occident vis-à-vis de la dictature, de la démocratie et de son indécrottable complexe de supériorité sur le reste du monde.

Des tyrans fréquentables

La fréquentation des tyrans au pouvoir ne gênait absolument personne, que les droits de l’homme soient bafoués, que l’emprisonnement et la torture soient le lot quotidien des opposants à ces régimes n’empêchaient en rien les bonnes relations avec ces dictateurs. Affaires obligent, surtout quand ceux-là sont à la tête de pays producteurs de gaz et de pétrole. D’une certaine manière de “bons dictateurs“ sont toujours contrôlables, grâce à la fascination des honneurs qui leurs sont rendus et surtout par le biais de l’argent dont ils sont avides, alors qu’une démocratie nationale pourrait être plus délicate à contrôler, à manipuler, à corrompre ou à séduire. (On le voit par exemple avec l’épisode du passage des bateaux de guerre iranien dans le canal de Suez. Impensable sous Moubarak alliés indéfectible des États unis et d’Israël- et, plus sérieusement autrefois, avec les mouvement des pays dit non alignés).

L’attitude logique des gouvernements face aux révolutions en Tunisie, Égypte et aussi en Libye a ainsi été caractérisée par l’attentisme : une simple condamnation verbale vis-à-vis des horreurs, un petit appel discret à la démocratie avec beaucoup de prudence. En effet, la question cruciale qui se pose est : qui sera au pouvoir demain, et avec qui va-t-on discuter de l’avenir de l’approvisionnement en énergie, des marchés juteux d’armement, des accords de paix internationaux ?

Si l’on peut comprendre la logique de chefs d’états occidentaux dont la real politique est uniquement guidée par les impératifs économiques, on comprend nettement moins le comportement des médias qui n’ont jamais souligné le caractère répressif des états tunisien, égyptien, libyen, encore s’agit-il d’une démonstration de leur servilité intellectuelle.

Aussi comme on peut en être certain l’appel à la démocratie n’est qu’un leurre jeté à la face de l’opinion publique. Un leurre et un mirage. Une phrase de Khadafi dans son discours du 23 février à fait tilt dans ma tête, lorsqu’il a dit “ ici en Libye, nous ne sommes pas dans une démocratie avec des partis mais dans un pays où il existe des tribus, des conseils populaires..“. Sans croire une minute au bon fonctionnement des conseils populaires en Libye, cela m’a fait réfléchir sur le modèle démocratique.

La démocratie : un leurre et un mirage

En effet qu’est ce que la démocratie occidentale et plus particulièrement celle de la France : une démocratie de partis. Les uns représentent la classe dominante au pouvoir, celle qui détient les moyens de production, les richesses, pour les partis de droite, d’autres représentent le parti de la peur de la xénophobie, cherchant dans la désignation de boucs émissaires des responsables à la crise et au mal être qu’ils vivent, comme l’extrême droite, d’autres, encore restent crispés sur des idées de justice sociale de fin des inégalités de fin de l’exploitation, mais leurs idées ont été détournées en capitalisme d’état et en dictature bureaucratique, comme pour le PC et l’extrême gauche, d’autres, derrière la façade d’un discours socialiste n’aspirent qu’à succéder au pouvoir, comme le PS, enfin d’autres aspirent, souvent par mauvaise conscience, au respect de l’environnement et de la planète, mais savent aussi se déchirer pour le leadership de leur mouvement. Intérêts plus ou moins cachés, intolérance de pensé, ego démesuré, certitude d’avoir raison sur les autres, voilà les moteurs de la politique .

La démocratie à l’occidentale est présentée comme le pouvoir de l’individu, maître absolu grâce à son bulletin de vote, pouvant faire et défaire les gouvernements à sa guise. Alors qu’il n’est en réalité que le jouet, ou la masse de manoeuvre de partis, et de factions qui pour la plupart ne représentent aucunement ses intérêts. Pour preuve, chaque élection voit un taux d’abstention énorme frôlant souvent les 60%. Ainsi une majorité parlementaire ou présidentielle qualifiée d’un pourcentage de plus de 50% correspond seulement et sans compter les bulletins nuls et les non-inscrits a, à peine 20% de la population. Belle exemple de démocratie.

Dans ce système des partis, il n’est pas question d’intérêt collectif, construit ensemble pour le bien-être de la communauté, afin que chaque composante de la société, malgré des intérêts différents (économiques, sociaux, culturels, religieux) puisse coexister dans un respect et une complémentarité mutuelle, facteur de solidarité et de dynamisme. Au contraire ce système attise les divisions, les séparations et les haines.

Cette parenthèse sur la démocratie pour montrer le modèle vicié d’un concept que l’occident brandit pourtant sans cesse à la face des peuples du monde et de son propre peuple comme le seul modèle parfait et indépassable d’organisation sociale.

Le Complexe de Robinson

L’occident est en fait victime du complexe de Robinson, c’est à dire de son complexe de supériorité.Riche de sa tradition et de son passé colonial mal digéré, voir indigérable, il est toujours prêt à s’ingérer dans les affaires des pays qu’il juge sûrement en retard sur le plan économique, politique et peut-être même, culturel.On a entendu des ténors de la politique, de quelque bord qu’ils soient, vouloir donner des conseils, tantôt de maintient de l’ordre, tantôt de démocratie (Alliot-Marie), voir même suggérer, pour certain, au peuple iranien (pourquoi lui et pas un autre) d’en faire autant et d’en finir avec Ahmadinedjad. On entend régulièrement des hommes politiques et des intellectuels juger des traditions ou de la politique de pays dont ils ne connaissent ni la culture, ni leur conception du monde, au nom de la seule conception du monde avancée et valable dont ils sont issus : l’occidentale.

La plupart de leur attitude est dictée de leur observatoire conceptuel jetant un regard supérieur et intelligent sur le reste des peuples. Seuls apte à délivrer bons et mauvais points. Seuls apte à transformer le sauvage en bon sauvage, c’est-à-dire éduqué à leur image.

Conclusion

L’occident veut en maître du monde exporter son savoir gouverner et s’imposer au monde, sous le couvert du mot magique de démocratie. Mais quel système de gouvernement pourrait exister, s’inventer et se construire en dehors de cette caricature de démocratie ?

Il serait salutaire de revisiter l’histoire des peuples et des Nations en ayant pour critères les périodes ou, des peuples et des pays ont vécu dans une certaine stabilité sur le plan social, économique, culturel, et regarder leur type de gouvernement en ces périodes. On pense bien sur en tant que musulman à la période du Khalifa, (difficile à reproduire), et aussi de l’Andalousie, du roi Roger de Sicile.

Il y aurait aussi à creuser dans l’histoire d’autres civilisations celle des amérindiens, certainement ailleurs aussi, et de regarder à chaque fois dans quelle période les populations ont pu jouir de bien être sur cette terre afin d’inventer, en cette période et selon le développement et les enjeux actuels, de nouvelles formes possibles d’organisations sociales et politiques conformes aux aspirations des peuples enfin libérés du joug normalisateur de l’occident. Dans le respect des peuples de leurs traditions de leur culture, de leur différence, de leur capacité à créer, de leur intelligence.

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