Indigence politique ou indigence du débat ?

La publication de l’appel pour les Assises de l’anti-colonialisme post-colonial a suscité des réactions

samedi 5 février 2005

La publication de l’appel pour les Assises de l’anti-colonialisme post-colonial a suscité des réactions de la part de la « gauche républicaine ». Abdelmajid Guelmami démontre dans cet article que ces « républicains » n’hésitent pas à recourir aux mensonges et aux calomnies pour disqualifier notamment les nombreux signataires.

Le débat politique tourne de plus en plus à l’inquisition. Faire taire l’adversaire est un procédé recherché chez des « intellectuels » et « politiques » se réclamant de la République qui veulent dominer des débats sans jamais prendre la peine de les mener.

Jean-François Chalot est de ceux-là. En lisant son texte, publié lundi dernier par Respublica, une question me vient à l’esprit : est-ce républicain de disqualifier des adversaires politiques par le mensonge, les insultes, les calomnies ?

L’auteur s’associe à ce « journal en ligne » qui a pris de mauvaises habitudes en choisissant des cibles, auxquelles les médias ont donné la chasse à courre jusqu’à l’épuisement, privées de parole, fragilisées, fortement marginalisées.

Pour l’auteur, comme pour son journal, les temps sont devenus plus durs. La cible visée est beaucoup plus complexe qu’ils ne l’espéraient. Cette dernière regroupe des Français, des non Français, des démocrates, des humanistes, des féministes, des militants antiracistes, des républicains, des réformistes, des sans, des révolutionnaires, des militants des droits de l’homme, des associatifs, des élus, des syndicalistes, de toutes les origines, les cultures, les religions, les continents, les familles de pensée, les professions.

Pour illustrer la démagogie, le mensonge, la haine, référons-nous aux propos de J.-F. Chalot qui tient lieu de cas d’école en la matière.

Une démagogie de « surdoués »

Ce dernier affirme solennellement que « Derrière une dénonciation de l’exclusion (...) se profile un seul objectif : dénoncer la loi d’interdiction du port des signes religieux (... ) ». Il explique par ailleurs que « Cette offensive (...) vise à mettre à bas la loi de 1905 et à faire abroger la loi du 15 mars 2004 ».

Alors que l’objectif de l’appel est écrit en toutes lettres. Dans l’immédiat, il est de « se réunir en Assises de l’anti-colonialisme  ». L’objectif de plus ou moins long terme est de « contribuer à l’émergence d’une dynamique autonome qui interpelle le système politique et ses acteurs, et, au-delà, l’ensemble de la société française, dans la perspective d’un combat commun de tous les opprimés et exploités pour une démocratie sociale véritablement égalitaire et universelle. »

Quant au passage incriminé, il constitue un élément de diagnostic sur la situation actuelle où des jeunes femmes sont exclues des services publics de l’Education et du droit à l’instruction.

Remarquons que J.-F. Chalot ne se pose même pas la question de savoir si la loi de 2004 respecte l’esprit et la lettre de la législation Française en la matière qui assure la liberté de culte et n’édicte des obligations que pour les enseignants, les lieux d’exercice et les contenus de l’enseignement.

La demande de démocratie égalitaire et universelle exprimée par les signataires n’empêche pas notre « républicain » de considérer que, pour ces derniers, « les jeunes des cités ne sont (...) pas des français devant jouir de tous les droits sociaux et politiques ». Quelle inversion des rôles ? Que des habitués de la dénonciation des sauvageons se métamorphosent en défenseurs de leurs cibles habituelles est un aveu patent de l’impasse politique et intellectuelle dans laquelle vivotent des « pleureurs » de la République. Cette brusque conversion montre que l’appel met en difficulté le discours excluant et stigmatisant qui s’essouffle dans la honte.

Par ailleurs, l’on s’interroge avec stupéfaction : comment peut-on conférer autant de puissance à un appel signé par « des indigents politiques » (propos de l’auteur) ? La République, protégée par ses vaillants surdoués de la politique, est-elle si fragile ? Si on veut encourager d’éventuels ennemis de la laïcité et de la démocratie, on ne s’y prendrait pas autrement.

Le mensonge d’un communautariste

Le texte de l’auteur est un tissu de mensonges qui dénote un mépris pour le débat politique.

Par-ci et par-là, les contre-vérités pullulent. La plus grotesque : « Qui s’étonnera de voir les islamistes les plus radicaux s’enthousiasmer et signer des deux mains un texte qui implicitement considère qu’il peut y avoir des lois communautaires spécifiques. Pourquoi pas des lois particulières dictées par la charia comme au Canada ? Les hérauts de la différence des droits ne vont pas jusque-là. De dérives en dérive. Jusqu’où iront-ils ? ».

Comment peut-on accuser de la sorte un appel qui dénonce la création, sous l’égide du Ministère de l’Intérieur, du Conseil français du Culte Musulman et l’application par la République elle-même du statut personnel aux femmes d’origine maghrébine, sub-saharienne ? Hystérique est cette méthode qui permet de qualifier de communautariste un appel qui déclare haut et fort son attachement indéfectible à la liberté, à l’égalité et à la fraternité et combat les logiques d’oppression, de discrimination et d’exploitation sociales.

Mais, en réalité ce que dévoile ce discours c’est l’existence chez certains d’un sentiment exacerbé de communautarisme majoritaire construit politiquement pour exclure certaines minorités au nom de valeurs de la République qu’ils considèrent inaccessibles aux Français de culture arabe, musulmane ou autres. Pour cause de tare culturelle, n’est-ce pas ?

Notre républicain ne s’arrête pas là. Il n’en a cure. Il n’hésite pas à attribuer aux signataires la volonté de « maintenir toute une population sous l’emprise politico-religieuse des islamistes » et « tant pis pour les jeunes filles qui affirment leur féminité, leurs droits et refusent la loi des mollahs » ajoute-t-il. On voit bien qu’il ne recule devant rien : il s’autoproclame plus féministe que les femmes signataires parmi lesquelles de grandes figures des combats des femmes pour l’égalité. Mais, le ridicule ne tue pas des « républicains » qui oublient ostensiblement que la République a longtemps écarté les femmes du suffrage universel, maintenu les Droits de l’Homme hors de portée des femmes, mis ces dernières sous tutelle de leurs maris, sans l’autorisation desquels, elles ne pouvaient - jusqu’aux débuts des années soixante-dix - ouvrir un simple compte courant.

On aurait bien voulu voir nos pourfendeurs participer massivement, à l’instar d’un grand nombre de signataires de l’appel, à la manifestation pour le droit à l’avortement.

Mais, République et féminisme n’ont jamais fait bon ménage.

Que des partisans d’hommes politiques de droite ou de gauche qui ont institutionnalisé la représentation communautaire et l’existence de « mollahs à la Française » attribuent les torts de leurs champions politiques à leurs adversaires confirme bien que le mensonge devient un procédé banal qui régit désormais le débat politique dans notre pays !

Tandis que se développent dans le pays des régressions sur le féminisme, le colonialisme, les droits sociaux, les libertés syndicales, les libertés individuelles, les services publics, l’assurance maladie.

Si, maintenant, on supprime du texte les passages démagogiques et mensongers, il ne restera alors que les insultes.

L’insulte inquisitoire

Notre républicain croit pouvoir disqualifier des militants politiques ou associatifs - qui inscrivent leurs combats dans une finalité de libération humaine et sociale - en usant du fameux sobriquet insultant d’ islamo-gauchiste. Il le décline à souhait : islamo-écolo est attribué ainsi à Alima Boumedienne-Thierry (seule parlementaire de culture française, arabe et musulmane). On refuse de voir en elle une militante tout simplement écolo.

On admet à juste titre que des catholiques, protestants ou juifs puissent se proclamer démocrates, républicains, féministes, laïques ou révolutionnaires. Mais, on dénie ce simple droit aux personnes de culture arabe et musulmane. Ils sont assignés, malgré eux, à la catégorie d’islamistes et marqués au fer rouge par une nouvelle inquisition.

Pourtant, rien ne les empêche d’être comme les autres ! Rien, dis-je, sauf la bêtise raciste honteuse qui se cache derrière une laïcité dévoyée et un féminisme malmené.

 

Texte de l’appel pour les Assises de l’anti-colonialisme post-colonial :

http://oumma.com/article.php3 ?id_article=1356

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