Hassan Al-Tourabi : « Il faut donner l’autonomie au Darfour »

Hassan Al-Tourabi, 76 ans, l’ancienne éminence grise du régime soudanais, avait reçu « Oumma » en jui

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dimanche 27 juillet 2008

Hassan Al-Tourabi : « Il faut donner l’autonomie au Darfour »

Hassan Al-Tourabi, 76 ans, l’ancienne éminence grise du régime soudanais, avait reçu « Oumma » en juin 2007. Il nous a de nouveau accordé un entretien d’une heure et demie en juillet 2008, ainsi qu’à un journaliste soudanais et à un journaliste argentin, tous deux accrédités auprès des Nations Unies à Genève. Depuis 1999, Hassan Al-Tourabi est devenu le principal opposant au régime militaire du maréchal Omar Hassan Al-Bachir. Il a d’ailleurs été, une nouvelle fois, brièvement arrêté en mai dernier, après le raid des rebelles du Mouvement pour la Justice et l’Egalité (JEM) sur Khartoum. Certains des dirigeants de son parti, le Congrès Populaire Soudanais, sont encore en prison.

L’année dernière, Hassan Al-Tourabi ne nous avait pas caché qu’il était proche des rebelles du Darfour. Le docteur Khalil Ibrahim, leader du Mouvement pour la Justice et l’Egalité, a été l’un de ses lieutenants. Dénonçant la « dictature militaire » qui gouverne le Soudan, Tourabi demande que le Darfour bénéficie d’une véritable autonomie, avec un gouvernement, un budget propre.

Grand, mince, tout de blanc vêtu, Hassan Al-Tourabi a répondu à nos questions en français. Dans un excellent français. Il a passé une thèse à la Sorbonne en 1964. Oussama Ben Laden, qui a vécu quatre années au Soudan, de 1992 à 1996, habitait à moins d’un kilomètre de la villa de Tourabi, à Riyadh, près de l’aéroport, Un quartier bourgeois de Khartoum.

- Vous ne semblez pas accorder une haute estime à Oussama Ben Laden.

- Au Soudan, Oussama Ben Laden était un entrepreneur, comme le reste de sa famille. Il construisait des routes. Il possédait des exploitations agricoles. Ce n’était pas quelqu’un de très important. La presse n’en parlait jamais. J’ai le souvenir d’un homme gentil, mais assez limité. Je reste persuadé qu’il n’a pas les compétences pour diriger une organisation comme Al-Qaïda.

- Le 10 mai dernier, les rebelles du JEM ont attaqué la capitale. Vous avez été arrêté peu après par le pouvoir, puis relâché. Quels sont vos liens avec le JEM ?

- Les rebelles du JEM sont des combattants. Nous, nous sommes des politiciens. Le régime soudanais n’a pas réussi à trouver des liens entre nous. Il m’a relâché, mais il maintient toujours en détention une vingtaine de mes amis. Le Soudan est une dictature, qui arrête, torture des gens. Pour ma part, je soutiens tous les Darfouriens qui combattent le pouvoir.

- Que souhaitez-vous pour le Darfour ?

- Après deux décennies de guerre civile, le Sud Soudan a obtenu son autonomie en 2005. Il faut traiter le Darfour comme le Sud. Qu’il ait son propre gouvernement, son propre budget, et qu’un Darfourien devienne vice-président de la fédération du Soudan. Le Darfour a toujours été négligé par Khartoum. Où sont les routes, les hôpitaux, les écoles ? Je demande que Khartoum, devenue riche grâce au pétrole, accorde une aide économique massive au Darfour, pour sortir cette province du sous-développement.

- Il y a des élections l’année prochaine au Soudan, notamment présidentielles. Serez-vous candidat contre le maréchal Omar Al-Bachir, au pouvoir depuis 1989 ?

- Nous sommes prêts, mais cela dépend des conditions de l’élection. Il faut un minimum de justice et de liberté. N’oubliez pas que le Soudan est dominé par une dictature militaire, qui peut arrêter qui elle veut, quand elle veut. Quelle assurance ai-je que le scrutin sera démocratique, que l’on ne va pas s’en prendre à mon entourage ? En 2009, j’aurai tout de même 77 ans. J’ai déjà passé 11 ans de ma vie en prison.

- Le régime soudanais est tout de même fragilisé, avec le mandat d’arrêt international qui menace Omar Al-Bachir pour génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre au Darfour ?

- Les Occidentaux considèrent que la démocratie n’est valable que pour les pays développés. Pas pour nous. Pour les Arabes, les Africains, ils préfèrent que nous soyons sous le joug de dictatures. Quand des élections démocratiques sont gagnées par les islamistes du Hamas, l’Occident n’en tient pas compte.

- L’Occident n’est tout de même pas systématiquement responsable de l’existence de dictatures dans le monde musulman…

- Dans l’islam, il n’y a pas de dictature. L’islam, c’est la liberté, la démocratie. Un pays comme le Soudan se prétend islamique, mais c’est faux, c’est une dictature laïque. Mais pour répondre à la question, je déplore bien évidemment que dans les pays musulmans, les chefs d’Etat puissent rester vingt ans et plus au pouvoir.

- Comment analysez-vous la lutte mondiale contre le terrorisme ?

- Les Américains ne combattent pas le terrorisme, ils combattent l’islam. N’ont-ils pas attaqué l’Irak en prétendant qu’il y avait des armes de destruction massive ? Des liens avec Al-Qaïda ? A présent, les Américains s’en prennent à l’Iran, sous prétexte que ce pays fait de la recherche nucléaire. De quels droits peut-on l’en empêcher ? Les Américains, les Britanniques, les Français, les Israéliens ne possèdent-ils pas la bombe atomique ?

Propos recueillis par Ian Hamel

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Journaliste,  a publié “L’énigme Oussama Ben Laden” aux Editions Payot le 5 novembre 2008, auteur également du livre « La vérité sur Tariq Ramadan, sa famille, ses réseaux, sa stratégie » aux éditions Favre, préface de Vincent Geisser.

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