Mardi 22 mai 2012
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Hommage à Mohammed Arkoun

En cette année 2010, quatre grands penseurs du monde musulmans qui ont plaidé pour un maximum d’ouverture sur les apports des sciences humaines et sociales nous ont quittés : l’Egyptien Nasr Hamid Abou Zayd, le Marocain Mohammad ‘Âbid Al-Jâbirî, le Koweitien Ahmad al-Baghdadi et le Franco-algérien M. ARKOUN. J’ai eu la chance de connaître et de collaborer directement avec deux d’entre eux : Nasr Hâmid Abou Zayd qui était un très cher ami avec lequel j’ai participé à plusieurs rencontres internationales et animé des débats publics en Egypte, en France, au Maroc et en Syrie, et Mohamed Arkoun que j’ai connu d’abord comme professeur à l’Université de Lyon.

Partagez :

Que son esprit critique continue à inspirer
les études portant sur les faits islamiques.
name="_ftnref1" title="">[1]

La rencontre avec
les nouvelles sciences humaines et la découverte des approches historiques,
sociologiques, linguistiques, psychanalytiques, anthropologiques, etc., n’ont
pas laissé indifférente la pensée musulmane. Depuis quelque deux siècles, les
penseurs musulmans, ou de culture islamique, sont tiraillés entre deux
attitudes :

- l’hostilité à
l’égard de ces sciences, de “l’Occident matérialiste” qui “veut tout soumettre
à son hégémonie” ;

- et la volonté
d’intégrer les données et les méthodes de ces disciplines sans lesquelles la
culture des sociétés musulmanes restera dans une posture qui tourne le dos à
l’histoire.

En cette année
2010, quatre grands penseurs du monde musulmans qui ont plaidé pour un maximum
d’ouverture sur les apports des sciences humaines et sociales nous ont
quittés : l’Egyptien Nasr Hamid Abou Zayd, le Marocain Mohammad ‘Âbid
Al-Jâbirî, le Koweitien Ahmad al-Baghdadi et le Franco-algérien M. ARKOUN.

J’ai eu la chance
de connaître et de collaborer directement avec deux d’entre eux : Nasr
Hâmid Abou Zayd qui était un très cher ami avec lequel j’ai participé à
plusieurs rencontres internationales et animé des débats publics en Egypte, en
France, au Maroc et en Syrie, et Mohamed Arkoun que j’ai connu d’abord comme
professeur à l’Université de Lyon lorsque je venais d’y rentrer comme étudiant
en 1970, puis comme collègues et ami avec qui j’ai participé à plusieurs
manifestations scientifiques en France, en Tunisie et au Maroc, et dont les
travaux ont largement participé à ma formation dans le domaine des études
concernant les faits islamiques.

Je retiens de ces
cours et de ces nombreux écrits son appel incessant à la prise en compte “des
interrogations et des curiosités sans cesse renouvelées des sciences de l’homme
et de la société.
1 
Il a toujours cherché à intégrer les apports les plus novateurs de ces
sciences, non seulement à l’étude de la culture profane des sociétés
musulmanes, mais aussi, et surtout, aux travaux consacrés à la religion dont il
disait qu’elle était “totalement abandonnée à ses manipulateurs, aux
gestionnaires du sacré et à ses innombrables consommateurs
.” name="_ftnref3" title="">2 

La démarche de Mohammed ARKOUN prenait à
contre-pied aussi bien l’esprit apologétique qui a toujours dominé le discours
que la plupart des musulmans ont sur leur culture, et en particulier sur la
religion, que ce qu’il appelle l’islamologie classique dont il conteste
l’approche “descriptiviste” sacrifiant “l’analyse critique des
discours
” au “souci de transposer en langues européennes les idées et
les systèmes développés par les auteurs musulmans
name="_ftnref4" title="">3 . Il reproche aux
uns et aux autres leur parti pris privilégiant “l’implacable solidarité
entre l’État, l’écriture, la culture savante et la religion officielle
href="#_ftn5" name="_ftnref5" title="">4 aux dépens de la
prise en compte des faits religieux dans leur complexité et leur diversité.

Il va sans dire qu’une telle démarche
n’était pas pour lui attirer la sympathie de tout le monde. Si du côté des
orientalistes et des “maîtres” de “l’islamologie classique” les réserves et les
critiques sont restées dans les limites de la controverse scientifique, avec
des procès d’intention plus ou moins voilés, il n’en est pas de même du côté de
la plupart de ces contradicteurs musulmans.

En effet, l’entreprise de M. ARKOUN et son
intention affichée d’entreprendre une œuvre de “déconstructions”, de
“démythologisation”, et de “démystification” de tout ce qui a été sacralisé
depuis des siècles afin de qu’il soit imposé comme le cadre infranchissable et
exclusif du savoir, de la pensée et de la conduite des musulmans, ne sont pas
du goût de tout le monde. Accepter une telle démarche implique des ruptures
traumatisantes pour des consciences encore engourdies par une longue nuit de
décadence qui n’en finit pas de finir. En effet, les réformes et les
révolutions entreprises depuis bientôt deux siècles n’ont pas réussi à dissiper
définitivement les ténèbres de cette nuit.

Chaque fois que les musulmans croient en
être sortis, de nouveaux développements viennent les y replonger. Le spectacle
qu’offrent aujourd’hui les sociétés musulmanes après les lueurs éphémères des
indépendances, des constructions nationales, montrent l’importance des
obstacles qui continuent à entraver les efforts du monde musulman pour sortir
de son “ancien régime”.

L’entreprise de M. ARKOUN, dans ce
contexte, prend les dimensions d’une subversion insupportable. Elle l’exposait
aux foudres des “gardiens des orthodoxies”, des anciens et des nouveaux
“barbus” et/ou “enturbannés”. L’interdiction de la plupart de ces livres
traduits en arabe par les autorités d’Al-Azhar montre à quel point sa démarche
gêne “l’ordre établi” dans le carcan duquel on cherche - par tous les moyens -
à maintenir la pensée et les sociétés musulmanes.

Ces autorités semblent vouloir rivaliser
avec les courants islamistes les plus intégristes ... sur le terrain de
l’inquisition ! Ceux-ci l’ont déjà condamné et l’un de leurs ténors, M.
Ghazali, est allé jusqu’à lui interdire de prendre la parole dans son propre
pays, l’Algérie, exigeant de lui qu’il prononce d’abord, devant “sa majesté”,
la profession de foi qui lui permettrait, peut-être !, de réintégrer la
“communauté” !

 Mais les “manipulateurs du sacré”, que
sont les “gardiens des orthodoxies” et les islamistes, ne sont pas les seuls,
dans le monde musulman, à s’inquiéter des effets d’une démarche comme celle de
M. ARKOUN. Les “politiques” et les “idéologues” populistes qui cherchent dans
le sacré un moyen de combler leur “déficit de légitimité”, sont eux aussi très
méfiants à l’égard d’une démarche dont l’un des objectifs déclaré est
précisément la désacralisation de l’idéologie et du politique.

L’objet de cet hommage est de montrer
l’apport de M. ARKOUN dans le domaine de l’étude des faits religieux. En
privilégiant cet aspect de son œuvre, je ne m’éloigne pas du champ central de
son entreprise qu’il justifie en ces termes : “dans la mesure où les
religions ont joué un rôle prépondérant dans le développement et le contrôle
épistémologique des cultures, il est inévitable qu’elles soient
particulièrement visées par l’enquête dé-constructive
name="_ftnref6" title="">4bis qui est au cœur
de sa recherche.

Pour aborder cette question, je partirai de
l’analyse des catégories et des concepts à l’aide desquels M. ARKOUN aborde les
faits islamiques et, par delà, les faits religieux d’une façon générale. Mais,
pour tenir compte d’un reproche que M. ARKOUN adresse aux études concernant les
réalités et la pensée musulmanes, cette approche ne sera pas “descriptiviste”.

 Il s’agira d’une analyse critique de ces
catégories et de l’usage que M. ARKOUN en fait. Mon souci est d’éviter que
l’hommage, que ce penseur mérite amplement, ne tourne à une sorte de vénération
aux antipodes de l’esprit qui a toujours inspiré sa démarche. Ce genre
d’hommage, me semble-t-il, serait une insulte à la mémoire d’un esprit qui se
voulait fondateur et qui s’est toujours efforcé de “quitter les voies
familières, trop longtemps suivies, pour dire autre chose  et non plus
la même chose autrement”5 

M. ARKOUN déplorait les confusions
engendrées par l’utilisation du “terme islam et de ses dérivés (islamique,
musulman)
” “dans des expressions aussi diverses que monde, État, pays
islamique (ou musulman) ; pensée, théologie, philosophie, droit, art musulman,
etc.
6 Dans
le même sens, il s’élève contre “les arbitraires, les confusions, les
amalgames qu’entraîne la désignation par un même vocable, l’islam, de réalités
massives et extrêmement différenciées
title="">7. Il attirait l’attention sur “l’inadéquation
de ce terme (islam) pour désigner des transformations historiques, des
pratiques politiques, économiques, culturelles non seulement séculières, mais
empruntées à l’Occident capitaliste et libéral
”. name="_ftnref10" title="">8 

Pour lui, “ce laxisme, générateur de
confusions, est le signe d’un retard affligeant de la discipline pratiquée sous
le nom d’islamologie
”.9 Ce
qui était plus grave à ses yeux, c’est que cette confusion n’est pas seulement
le fait de “l’islamologie”, mais aussi et avant tout des musulmans eux-mêmes.
Depuis des siècles, sous l’effet de l’ignorance et de l’instrumentalisation de
la religion pour en faire un moyen de légitimation de toute prise de position
sur n’importe quel problème, de toute pratique dans quelque domaine que ce
soit, on a assisté à une extension du champ du sacré au point qu’on en est venu
à accoler le qualificatif islamique (ou musulman) à des objets matériels autant
qu’à la pensée, l’art, les techniques, la connaissance, la morale, la loi, l’organisation
politique, la manière d’agir, de penser et de se comporter, individuellement et
collectivement, dans toute situation, dans la vie privée comme dans la vie
publique.

Pour imposer n’importe quoi, pour faire
admettre n’importe quel point de vue sur n’importe quelle question, on n’a qu’à
l’affubler du qualificatif “islamique”. On est dans cette dérive jusqu’à
parler, aujourd’hui, d’habits, de foulards, de « managment », de
médecine, etc., islamiques ! On peut se demander jusqu’où le ridicule sera poussé
 ; mais y’a-t-il une limite aux rêves totalitaires de ceux pour qui la religion
n’est qu’un moyen, parmi d’autres, pour rendre le monde conforme à leur
“projet” ?

Cette extension du
champ du sacré a engendré inévitablement des querelles : chacun revendique
l’exclusivité du “label islamique” et jette l’anathème sur ceux qui veulent le
lui disputer. L’observateur non averti ne sait plus “à quel saint se vouer”
pour savoir où est l’islam dans tout cela ; comment et au nom de quoi attribuer
ou refuser le qualificatif islamique aux différentes réalités, attitudes, façon
de penser et de faire qu’on désigne comme telles ?

C’est pour dépasser cette confusion que M.
ARKOUN a introduit la distinction entre “des niveaux de significations
qu’il désigne par les notions de “fait islamique” et de “fait
coranique
” comme “homologue(s) arabe(s) (transposable(s) et
d’ailleurs transposés dans d’autres langues)
name="_ftnref12" title="">9bis de “fait juif
et “fait biblique”, “fait chrétien” et “fait évangélique”.
De même, il distingue les notions de “religion-forces”, “religion-formes
et “religion individuelle”.

Quelle est la signification de ces
distinctions ? Quelles correspondances peut-on établir entre la première
distinction - “fait coranique” (biblique ou évangélique) et “fait islamique” (juif
ou chrétien) - et la seconde : “religion-forces”, “religion-formes” et
“religion individuelle” ? Dans quelle mesure ces catégories peuvent-elles aider
à l’approche d’autres faits religieux que les monothéismes sémitiques référant
à la Bible, aux Évangiles et au Coran ? title="">10 

Ce sont là les questions auxquelles se
limitera cet hommage critique pour mesurer l’apport de M. ARKOUN à la
compréhension et à l’étude scientifique des faits religieux.

Il semble, d’après l’étude des écrits de M.
ARKOUN, que la distinction entre “fait coranique” et “fait islamique” - et son
équivalent pour les deux autres monothéismes sémitiques - est antérieure à la
distinction “religion-forces”, “religion-formes” et “religion individuelle”.
Elle est, par ailleurs, plus simple et plus facile à saisir puisqu’elle oppose
le fait-livre (Coran, Évangile, Bible) aux réalités multiples et diverses
(pratiques, institutions, doctrines, etc.) qui se sont constituées à travers
l’histoire par référence à l’esprit, à la lettre, ou aux deux à la fois, des
Livres en question. Nous avons d’un côté les “Livres”, les “Écritures Saintes”,
à l’état « brut » si l’on peut dire, non interprétés ; et, de
l’autre, les interprétations, les lectures que leurs adeptes en font, les
réalités sociales, politiques, culturelles, etc., qui s’y réfèrent ou qui s’en
réclament.

La deuxième distinction est plus complexe.
D’une part c’est une distinction en trois termes, alors que la première est
binaire ; d’autre part, elle se pose en termes “universaux”. Il s’agit de religion
en général, et non de faits spécifiques aux trois monothéismes sémitiques. Par
ailleurs, parce qu’elle est plus complexe, elle semble moins précise que la
première.

Ainsi, pour la “religion-forces”, M. ARKOUN
semblait confondre deux niveaux de signification :

- le premier niveau
l’a fait correspondre à ce qu’il appelait - pour les monothéismes sémitiques -
le “fait biblique”, “évangélique” et “coranique” en tant qu’ils sont porteurs
d’une “visée dynamique incitant l’homme à prendre conscience de ses situations
limites, en tant qu’être vivant, mortel, parlant, intelligent, politique,
historique”
11 ;
en tant qu’ils sont porteurs d’une “Intention (...) essentiellement
dynamisante “
qui “n’impose pas de solution définitive aux problèmes
pratiques de l’existence humaine”
, qui “vise à susciter un type de 
REGARD de l’homme sur soi-même, le monde, les signes (’âyât) qui constituent
pour tous les hommes (...) un horizon métaphysique”
. M. ARKOUN précisait
que “c’est à ce niveau de signification que se perpétue l’action de la
religion-forces ; mais pour y accéder, il faut traverser les couches
sédimentées de l’histoire exégétique, des usages mythologiques et idéologiques
dans les milieux sociaux les plus divers”.
title="">12 

- Le second renvoie à un niveau
existentiel, celui des “pulsions fondamentales comme la crainte, l’angoisse,
l’insatisfaction, la révolte, l’agressivité ... corrélatives du désir
d’éternité, de perfection, d’harmonie, de connaissance, de puissance ... (qui)
sont maîtrisées, canalisées par les FORMES du langage religieux, du rituel, de
l’iconographie, de la musique, des institutions, de l’éthique, etc.” 
M.
ARKOUN ajoutait : “Voilà pourquoi, dans toute tradition enracinée dans des
Écritures Saintes (sic !), les formes tendent à faire oublier les forces qui
sont refoulées, déviées ou utilisées à des fins contraires à l’intention
religieuse initiale (sic !)
13 .

Si la première signification parait
judicieuse et importante pour la compréhension des faits religieux, la seconde
me semble à la fois inutile et source de confusion entre deux niveaux : (a) la
religion comme fait objectif interpellant la conscience des hommes, et
proposant “des réponses théoriques CRÉDIBLES à des questions ultimes comme
le signifié dernier, l’origine et la destinée de l’homme, l’autorité et
l’obéissance, la justice et l’amour, etc.”
name="_ftnref17" title="">14 pour
reprendre ses propres termes ; (b) ce qui constitue une condition essentielle
de l’humanité de l’être humain, à savoir son besoin de sens dont la
satisfaction ne passe pas forcément par la religion, même si ce besoin peut
être à l’origine du « pressentiment du sacré et du surnaturel »,
selon l’expression d’ A. Anwander, dans son livre Les religions de
l’humanité.[2]
 

A la rigueur, le second niveau, quand la
quête de sens emprunte les voies de la religion, peut être rattaché à ce qu’il
appelle la “religion individuelle” en ce sens où il renvoie à la manière dont
les croyants vivent leur religiosité tiraillés entre la “religion-forces”, qui
stimule chez eux la quête du sens, et la “religion-formes” au nom de laquelle
on cherche à leur imposer un sens.

En effet, la “religion individuelle”, telle
que M. ARKOUN la définit, semble renvoyer à cette manière dont les individus
vivent leur rapport au sacré selon la capacité et les possibilités qu’ils ont -
ou non - de se libérer de la tutelle des gardiens-bricoleurs du sacré, de
sortir du carcan des traditions consacrée, pour faire évoluer les “formes 
nécessairement contingentes de la vie et de la pensée religieuses
”, pour
réactualiser la “religion-forces” à laquelle ils adhèrent. Selon cette capacité
et ces possibilités, la religion individuelle peut n’être qu’une reproduction
mimétique des formes instituées, comme elle peut être vécue, individuellement
ou collectivement, sous une forme libérée de toute tutelle, de toute contrainte
imposée de l’extérieur, à la manière de ce qui peut se passer dans les sociétés
les plus avancées sur la voie de la sécularisation.

Pour ce qui est de la “religion-formes”, M.
ARKOUN la faisait correspondre à ce qu’il appelait “le fait juif”, “le fait
chrétien”, ou “le fait islamique” qui renvoient aux “formes historiques
arbitrairement sacralisées et transcendantalisées”
name="_ftnref19" title="">15 de la
“religion-forces”. Ces “formes nécessairement contingentes de la vie et de
la pensée religieuses
” sont constituées, pour ce qui est de l’islam, par “l’exégèse
traditionnelle et la pratique éthico-juridico-politique (qui) ont très vite
réduit le Coran et l’expérience religieuse du Prophète à un ensemble de
définitions, de normes dogmatiques, de conduites contraignantes
”. href="#_ftn20" name="_ftnref20" title="">16 

Après avoir lié ce phénomène aux “traditions
enracinées dans des Écritures Saintes
”, M. ARKOUN réajustait son point de
vue en précisant que “cette notion de passage des forces aux formes
est “manifeste dans toutes les religions”, pour déplorer le fait qu’elle
n’ait “guère retenu l’attention des penseurs musulmans contemporains”. href="#_ftn21" name="_ftnref21" title="">17 

De ce point de vue, les catégories avec
lesquelles M. ARKOUN approchait les faits islamiques sont de nature à avancer
la réflexion sur les faits religieux, d’une façon générale, et ouvrent la voie
vers le dépassement de l’ethnocentrisme qui a longtemps dominé - et domine
encore - la recherche dans ce domaine.

Ces catégories peuvent faire l’objet d’un
bilan critique qui fut amorcé de son vivant et en sa présence, par d’autres
comme par moi-même. Cependant, par-delà la nécessité d’un tel bilan, l’œuvre de
Mohamed Arkoun, comme celle d’autres grands maîtres des études islamologiques
qui nous ont quitté cette année 2010 - Nasr Hamid Abou Zayd, Mohammad ‘Âbid
Al-Jabirî et le koweitien Ahmad al-Baghdadi -, mérite d’être saluée et
poursuivie par celles et ceux qui sont habités par les mêmes soucis de faire
naître les mondes de l’islam et les études islamiques aux exigences d’une
culture scientifique ouverte sur l’évolution du monde et des idées.



[1] Cet
hommage reprend en l’actualisant un travail réalisé à l’occasion du départ de
Mohamed Arkoun à la retraite au début des années 1990.

1 M. ARKOUN : Ouverture sur l’islam, J.
Grancher, Éditeur, 1989, p.8

2 M. ARKOUN : Pour une critique de la
raison islamique
, Maisonneuve-Larose, Paris 1984, p.244

3 Ibid.,
p.7

4 Ibid.,
p.44

4bis Ibid.,
p.244

5 p. 117.M. ARKOUN : l’Islam, hier-demain,
Buchet/Chastel, Paris, 1978,

6 Ibid., p. 138.

7 M. ARKOUN : Islam, morale et politique,
Desclee de Brouwer, Paris, 1985, p. 61.

8 Ibid. p. 62.

9 M. ARKOUN : L’islam, hier -demain,
op. cit. p.138

9bis Ibid., p. 141

10 Contrairement à un préjugé dominant, ces
religions ne sont pas les seules à être monothéistes et n’ont pas l’exclusivité
d’être des religions de Livre, c’est pourquoi, je préfère parler de
monothéismes sémitiques référant à des « écritures saintes » plutôt
que des “religions DU Livre” ou de monothéismes sans précision.

11 M. ARKOUN : L’islam, hier-demain, op.
cit.
p. 141

12 Ibid.

13 Ibid., p. 140

14 Ibid.

[2]A.
Anwander, Les religions de l’humanité, Paris, Payot 1955

15 Ibid.,
p. 146

16 Ibid.
,
pp. 140 et 146.

17 Ibid., p. 140.

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Commentaires

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0 points

Un texte qui fait du bien et laisse espérer et dont serait bien venu de s’inspirer les intervenants pontifiants de ce site.
A eux de voir de quel côté ils se situent.
Du côté des réformistes ou des empailleurs ?

En effet, l’entreprise de M. ARKOUN et son intention affichée d’entreprendre une œuvre de “déconstructions”, de “démythologisation”, et de “démystification” de tout ce qui a été sacralisé depuis des siècles afin de qu’il soit imposé comme le cadre infranchissable et exclusif du savoir, de la pensée et de la conduite des musulmans, ne sont pas du goût de tout le monde. Accepter une telle démarche implique des ruptures traumatisantes pour des consciences encore engourdies par une longue nuit de décadence qui n’en finit pas de finir. En effet, les réformes et les révolutions entreprises depuis bientôt deux siècles n’ont pas réussi à dissiper définitivement les ténèbres de cette nuit.

L’entreprise de M. ARKOUN, dans ce contexte, prend les dimensions d’une subversion insupportable. Elle l’exposait aux foudres des “gardiens des orthodoxies”, des anciens et des nouveaux “barbus” et/ou “enturbannés”. L’interdiction de la plupart de ces livres traduits en arabe par les autorités d’Al-Azhar montre à quel point sa démarche gêne “l’ordre établi” dans le carcan duquel on cherche - par tous les moyens - à maintenir la pensée et les sociétés musulmanes.

Pour imposer n’importe quoi, pour faire admettre n’importe quel point de vue sur n’importe quelle question, on n’a qu’à l’affubler du qualificatif “islamique”. On est dans cette dérive jusqu’à parler, aujourd’hui, d’habits, de foulards, de « managment », de médecine, etc., islamiques ! On peut se demander jusqu’où le ridicule sera poussé ; mais y’a-t-il une limite aux rêves totalitaires de ceux pour qui la religion n’est qu’un moyen, parmi d’autres, pour rendre le monde conforme à leur “projet” ?

Une vaie bouffée d’air pur. On aimerait tellement voir se développer sur Oumma.com la pensée lumineuse de Monsieur Arkoun pour la poursuivre après sa disparation.
Monsieur Arkoun est de ces passerelles dont la société à grandement besoin.

X
0 points

Bravo pour cet article.

Le meilleur hommage que l’on puisse faire au grand penseur qu’était Mohammed Arkoun est d’encourager chacun d’entre nous à porter un regard critique sur ses travaux, tout en poursuivant sa voie de recherches.

Nasr Hamid Abou Zayd dans "Critique du discours religieux" partie VI reconnaît en Mohammed Arkoun le caractère brillant et novateur de ses recherches. En même temps, il questionne Mohammed Arkoun sur ses "concessions", volontaires ou non, faites sur un certain nombre de postulats.
Au final, ce regard critique que porte Abou Zayd sur Arkoun, est aussi une formidable façon de lui rendre hommage.

Fouad

X
0 points

J’aimerais faire passer un message urgent ,à propos d’alqods qui est en danger de disparaitre

Il y a une action à faire c’est de prévenir l’UNESCO Site internet http://whc.unesco.org/fr/158/ UNESCO

Adresse 7, place de Fontenoy 75352 Paris 07 SP France

Téléphone Tél. : 33 (01) 45 68 18 71 Fax : 33 (01) 45 68 55 70

Email courriel : wh-info@unesco.org

Si plusieur se mobilise il y aura une action concréte.

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0 points

Le fait que républicain fasse l’éloge d’Arkoune est assez révélateur de la pensée de cet intellectuel.

à méditer...

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salam alaikoum,
Je perdu la confiance dans cet intellectuel depuis sa vision critique non constructive. Le Coran est la parole d’Allah et les sunna est préservée et compacte elle forme un tout valide et complet. Pourquoi ne s’est il pas attaché à critiquer les idées reçues des orientalistes ou de nous même les musulmans. J’ai peur pour lui devant le Juge suprême le jour du jugement

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Le fait que républicain fasse l’éloge d’Arkoune est assez révélateur de la pensée de cet intellectuel

Cet individu ne fait qu’utiliser un passage qui par sa généralité met d’accord bien des gens aux pensées très divergentes et ne fait que se prévaloir d’un nom bien respectable pour nous rejouer sa vieille rengaine réactionnaire.

Ce passage qui est une critique musulmane de Musulmans destinés à des Musulmans et à des sympathisants est bien entendu, facilement détournable et réutilisable par les réactionnaires en son genre.

D’ailleurs, à chaque fois qu’un texte critique d’un frère ou d’une soeur est publié sur ce site, c’est exactement ce que à quoi s’affaire tous les « Républicains », « Dhimmis », « Athées » et autres « Laics » qui se pointent avec la régularité d’une horloge sur les forums pour sommer les Musulmans de faire ceci et de penser celà, d’arrêter de croire comme-ci et de commencer à agir comme ça.

Monsieur ne comprend rien à la pensée du professeur Arkoun (Allah Rahmo), il y a juste trouvé par ce passage une pierre d’assise pour diviser les Musulmans entre bons et mauvais : ceux qui pensent comme lui et ceux qui sont les ennemis désignés de la France, la lie de la République, les ennemis du monde libre et tout le bla, bla, bla.

« Pontifiants » dit-il ?

Pure projection de la tonalité de son propre discours sur celui de ses détracteurs.

Le fait même qu’il appelle Oumma.com a faire paraitre d’autres discours critiques comme celui du professeur algérien, illustre bien qu’en plus de ne rien comprendre à l’Islam (et j’ajouterai à son propre pays et sa propre civilisation), il comprend encore moins la pensée d’Arkoun et la ligne éditoriale d’Oumma.com.

Non, Arkoun n’est pas salie par le fait que le « Républicain » l’ait cité.

Une fleur n’est pas moins belle et ne sent pas moins bon parce qu’elle est entre les mains d’un...

Et Dieu -Exalté Soit-Il- Est le plus Savant, Il Est l’Omniscient, le Guide, le Premier et le Dernier.

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0 points

Le fait que républicain fasse l’éloge d’Arkoune est assez révélateur de la pensée de cet intellectuel.

à méditer...

On voit là toute la puissance de l’argumentaire. C’est un peu du même ordre que de juger du temps qu’il fait en fonction de celui qui en parle.

X
0 points

salam alaikoum

J’aurai aimé qu ’Oumma verifie les cours de ce soi disant professeur M.Ferjani qui enseigne sa perception de l’islam dans differents instituts et universités lyonnaises...à savoir que le voile ne fait pas partie des recommandations du Coran, qui décrit les musulmans comme de "vulgaires barbares assoifés de sang et de sexe ( surtout les enfantes vierges )" . Il fait un ravage dans ses cours aupres des anti-foulards et islamophobes de tout bord.
Et là je suis surpris de voir qu’ Oumma lui a réservé une jolie tribune !!

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0 points

Quelle différence y-a-t’il entre un musulman qui fait l’éloge ouvertement du foulard et de la burqa et celui qui les critique ?
L’un est-il un bon musulman prosélyte et l’autre un mauvais musulman à la solde des impies ?

Décidemment aujourd’hui c’est "bas les masques". La critique de l’Islam ritualiste serait-elle un péché ?

La grand Karim B se fend même d’une intervention. Y aurait-il danger de dispersion dans les troupes ! Je ne perçois dans les réactions rien qui puisse l’inquiéter.

Contrairement à ce que croit ce Monsieur j’ai perçu dans les textes de Monsieur Arkoun ; malgré mes piètres capacités intellectuelles, une double responsabilité, celle des réactionnaires laïques et celles des réactionnaires musulmans.

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0 points

Avec Fouad c’est l’inquisition.

Pour répondre à Karim B, venu du Canada pour nous servir ses sentences magistrales, j’aimerais qu’il me dise en quoi l’islam n’a pas à entrer dans mon champ d’intérêt, rendant ainsi mes remarques nulles et non avenues ? Dans la mesure où cette religion entend prendre toute sa place dans l’espace public Français, quelquefois au delà de ce qu’il conviendrait dans une République laïque composée de 40% d’athées, elle s’expose à la critique au delà de ses seuls adeptes ?

Je perçois là un certain manque de culture démocratique.

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Républicain vous dites :

Manque de culture démocratique ?

Encore une fois vous êtes dans la projection de vos tréfonds autoritaires sur autrui, cette fois-ci sur ma personne.

Vos injonctions envers les Musulmans sont révélatrices de votre incapacité de souffrir le principe de la liberté de religion et de votre peur angoissée de la religion des ex-colonisés de la République.

L’inanité du passage suivant, tout comme votre accusation d’esprit non-démocratique de ma part, est révélateur du fait que vous êtes complètement hors de munitions et que vous continuez à ajouter des lettres sur votre clavier juste pour apparaître comme étant encore capable de répondre quelque chose :

Y aurait-il danger de dispersion dans les troupes ! Je ne perçois dans les réactions rien qui puisse l’inquiéter.

Contrairement à ce que vous avancez -la dernière balle qui vous reste puisque je vous ai désarmé depuis le début- ce n’est pas la critique des Musulmans que je vous reproche : c’est le contenu caricaturale et la tonalité coloniale (paternaliste et agressive, dans le genre : « bon maintenant ça va suffir les Musulmans avec vos conneries ») de votre « critique » -bouillabaise islamophobe, positiviste et réactionnaire- que je lis sur ce site depuis les dernières semaines.

Redescendez sur Terre : les Musulmans n’ont rien à apprendre de vos posts réactionnaires et vous n’obtiendrez aucun résultat avec vos sommations et vos reproches.

Aucun rapprochement, aucun dialogue constructif et aucun liens noués.

Rien.

Nombres de non-musulmans viennent sur ce site.

Certains sont curieux, sympas et ouverts.

Ils tirent de la lecture des articles et des échanges différentes choses.

Les autres, les miliciens intellectuels de la République et de la civilisation occidentale en votre genre, sommez les Musulmans de ceci et celà en vous basant sur toute la gamme des fantasmes phobiques et paranoiaques de l’islamophobie européenne séculière millénaire.

Les critiques les plus pertinentes de certaines interprétations de l’islam et la compréhension la plus profonde de l’islam par des non-musulmans vient des gens de la première catégorie.

Les clichés nauséabonds et les bassesses porteuses des germes de la guerre et de l’incompréhension viennent des gens de la deuxième.

Quant à vous, un indice : vous ne faites pas partie du premier groupe...

Et Dieu -Exalté Soit-Il- Est le plus Savant, Il Est l’Omniscient, le Sage.

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Je voudrais poser une question à l’auteur du commentaire qui parle de mes cours dans les universtés et les instituts de Lyon : A-t-il assisté à ces cours ou se base-t-il sur des rumeurs ? S’il n’a jamais assisté à mes cours, je l’informe que je fais partie de ces enseignants qui écrivent leur cours, les publient et les assument publiquement. Ma perception de l’islam, ce que je pense des usages et de la gestion du port du voile, des musulmans par le passé et de nos jours, en France, dans les mondes de l’islam et ailleurs, est largement développé dans des livres et des articles dont certains sont repris sur OUMMA.COM et sur d’autres sites dont celui de l’université où j’enseigne. Le mieux serait de partir de ces écrits et de répondre à ce que j’y dis plutôt que de colporter des rumeurs.