Hani Ramadan gagne contre l’Etat de Genève

A la fin de l’année 2002, Hani Ramadan, professeur de français dans un collège de Genève, est suspendu,

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mardi 24 mai 2005

A la fin de l’année 2002, Hani Ramadan, professeur de français dans un collège de Genève, est suspendu, puis licencié, pour avoir publié dans le journal " Le Monde " une tribune libre intitulée " La charia incomprise ". L’Etat de Genève déclare que le frère aîné de Tariq Ramadan a violé son devoir de réserve. Pour la deuxième fois, la Commission de recours de l’instruction publique (CRIP), composée de cinq juges, a annulé ce licenciement, et exigé sa réintégration, considérant qu’Hani Ramadan n’avait jamais cessé d’être fonctionnaire et enseignant. Que va-t-il se passer ? Le gouvernement genevois a aussitôt annoncé qu’il ne voulait plus voir ce professeur " dans les classes d’école ".

Si Tariq Ramadan est le diable pour certains médias, son frère Hani est carrément l’émanation de Lucifer. Directeur du Centre islamique de Genève (créé par son père, Saïd Ramadan), il est présenté par des " spécialistes " autoproclamés du terrorisme, comme proche des mouvements islamistes les plus extrémistes. Il a même été accusé d’être complice des attentats du 11 septembre 2001 ! Le 10 septembre 2002, Hani Ramadan publie dans " Le Monde " une tribune libre intitulée " La charia incomprise ". Il affirme que la lapidation " constitue une punition, mais aussi une forme de purification ". Le professeur de français ajoute : " la lapidation prévue en cas d’adultère n’est envisageable que si quatre personnes ont été des témoins oculaires du délit. Ce qui est pratiquement irréalisable ". Hani Ramadan souligne qu’il est " exclu de couper la main du voleur dans un Etat qui ne donne pas à ce dernier les moyens de vivre dignement ". Ce texte a choqué. Tariq Ramadan a tenu à préciser qu’il était en désaccord avec son frère.

Cette tribune libre mérite-t-elle pour autant un licenciement ? Hani Ramadan, né en 1959 à Genève, d’origine égyptienne et de nationalité suisse, est docteur ès lettres en philiosphie. Professeur de français au Cycle d’orientation de la Golette, dans le canton de Genève, il a la réputation d’être un excellent pédagogue. L’enquête menée par le Département de l’instruction publique relève qu’Hani Ramadan " s’abstient de faire état de ses convictions religieuses directement devant ses élèves " et que " Ni son comportement en classe, ni la qualité de son enseignement n’ont jamais donné lieu à quelque critique ou reproche de la part de sa hiérarchie ou de ses collègues ". 

Hani Ramadan est malgré tout suspendu, puis licencié, après plus de vingt ans d’ancienneté. En avril 2004, la Commission de recours de l’instruction publique (CRIP) annule cette décision. Elle reconnaît que l’enseignant méritait peut-être un avertissement, ou un blâme, éventuellement le transfert vers un autre emploi, mais certainement pas une mise à la porte. Le gouvernement genevois n’a pas tenu compte de la décision du Tribunal administratif. La semaine dernière, il a été de nouveau condamné par la justice, et cette fois définitivement. Hani Ramadan doit être réintégré, et il doit percevoir ses salaires d’enseignant depuis son licenciement.

Philippe Chervet, de la Fédération des associations des maîtres du Cycle d’orientation, a défendu Hani Ramadan sur la forme, pas sur le fond. " Les procédures n’ont pas été respectées, on aurait pu lui infliger un blâme. Rappelons qu’il n’a jamais fait de prosélytisme en classe. Or, il est très important de défendre l’idée qu’un enseignant est un citoyen comme un autre ", a-t-il confié à " La Tribune de Genève ". Que va-t-il se passer maintenant ? Le gouvernement genevois n’a cessé de répéter qu’il ne voulait pas réintégrer Hani Ramadan ni comme enseignant, ni même au sein de l’Etat comme fonctionnaire. " Nous allons lui verser une forme d’indemnité mensuelle ", a annoncé Martine Brunschwig Graf, la présidente du gouvernement de Genève.

Eric Hess, l’avocat d’Hani Ramadan, a aussitôt répondu qu’il n’y aurait pas de marchandage. Le professeur de français doit recevoir son traitement à la fin du mois. " Si l’Etat ne respecte pas cette décision, je saisirai le procureur général ", prévient-il. " J’ai vécu des moments éprouvants, avec mes trois filles et une femme au foyer ", commente pour sa part Hani Ramadan. 

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Auteur : Ian Hamel

Journaliste,  a publié “L’énigme Oussama Ben Laden” aux Editions Payot le 5 novembre 2008, auteur également du livre « La vérité sur Tariq Ramadan, sa famille, ses réseaux, sa stratégie » aux éditions Favre, préface de Vincent Geisser.

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