Georges Frêche, candidat socialiste de la « diversité ». Négrophobie : réprimée dans les stades, encouragée en politique ?

Alors que la Fédération française de football vient de demander des sanctions exemplaires à l’encontre d

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jeudi 21 février 2008

Alors que la Fédération française de football vient de demander des sanctions exemplaires à l’encontre d’un supporter raciste qui avait traité Abdeslam Ouaddou[1], l’international marocain de Valenciennes, de « négro » et de « sale nègre  », la Fédération socialiste de l’Hérault vient d’investir en grandes pompes Georges Frêche pour les prochaines élections sénatoriales. La direction nationale du PS préfère rester silencieuse. G. Frêche bien connu pour sa xénophobie, sa négrophobie, son islamophobie, son sexisme, son mépris à l’égard des enfants de Harkis[2], sans parler de son antisémitisme inversé (le fantasme de la « puissance juive »)[3], serait-il le nouvel espoir socialiste de la « Diversité » ? Tout pousse à le croire.

Une gauche en crise de repères : adieu Jaurès, revoilà Guy Mollet !

Au-delà du ridicule de la situation, c’est le symptôme d’une crise profonde de valeurs de la gauche française, en général, et du Parti socialiste, en particulier. Les socialistes vont remporter très probablement haut la main les prochaines élections municipales de mars. Mais la candidature Frêche sera à jamais une tâche honteuse sur l’héritage de Jaurès, comme le fut le vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain par des députés de la SFIO[4] ou, plus près de nous, le soutien d’une partie des barons socialistes à la politique répressive de Guy Mollet en Algérie[5].

Certes, d’aucun nous rétorqueront que Georges Frêche n’appartient plus officiellement au PS depuis son exclusion en janvier 2007[6]. Or, il reste toujours le président d’une région à majorité socialiste (Languedoc-Roussillon) et d’une communauté d’agglomération dominée aussi par le PS (Montpellier Agglomération), garde le soutien de la Fédération socialiste de l’Hérault et apparaît toujours comme l’homme fort du parti sur le plan local.

En deux mots : Georges Frêche n’est plus officiellement membre du PS mais, en coulisses, il continue à tirer les ficelles, soutenu par la grande majorité des notables locaux du parti. Il figure d’ailleurs en 6ème position sur une liste d’union de la gauche pour les prochaines municipales de Montpellier.

Il est vrai, que la fédération PS de l’Hérault est l’une des plus importantes de France (la 5ème ou 6ème en nombre de cartes d’adhérents) et la direction nationale du parti entend bien la ménager, à l’instar de l’attitude ambivalente de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, qui a longtemps protégé le délinquant Frêche, malgré ses multiples récidives en matière de racisme, d’apologie des crimes coloniaux et de sexisme.

Comble de l’hypocrisie, le premier secrétaire du PS, François Hollande, s’est déchargé de l’investiture de Georges Frêche sur les militants locaux, en déclarant : « Frêche est exclu, mais c’est aux élus et aux militants locaux de désigner leur candidat pour les sénatoriales  »[7]. Manière pour le PS national de soutenir le négrophobe et le xénophobe Georges Frêche, sans avoir à en assumer la décision.

Cela tend à prouver que certains hommes et femmes politiques français pratiquent aisément une forme d’indignation sélective : s’ils sont prêts à s’émouvoir et à réagir médiatiquement à certaines expressions d’intolérance (cf. l’affaire de la venue en France d’Ayaan Hirsi Ali)[8], ils en méprisent d’autres royalement. Il est vrai que, dans la France de ce début de XXIe siècle, traiter un citoyen français de « nègre », de « bicot », de « bougnoule » ou encore d’« islamo-terroriste », ne pèse pas très lourd dans la balance républicaine.

Il est sans doute plus rentable en terme de communication politique d’aller sauver les « pauvres petits Noirs » du Darfour » des griffes des « méchants Arabes » de Khartoum ou les « nouvelles martyres musulmanes » de la pieuvre islamiste mondiale. Georges Frêche peut donc continuer à se livrer à ses actes de délinquance verbale, avec le silence complice des éléphants et des éléphanteaux socialistes.

Preuves à l’appui…

Georges Frêche, sélectionneur racial de l’équipe de France de football : vous avez dit « trop de joueurs noirs » ?

G. Frêche n’a pas seulement des ambitions politiques mais aussi sportives : devenir sélectionneur en titre de l’équipe de France. Son projet footballistique ? Blanchir au karcher l’équipe de France de football qu’il trouve trop « noire » à son goût et pas assez « gauloise », oubliant au passage que la totalité des joueurs de l’équipe de France sont des citoyens français et que la très grande majorité d’entre eux sont même « Français de naissance ». Il déclarait ainsi, en novembre 2006, au quotidien régional Le Midi Libre  :

« Dans cette équipe, il y a neuf blacks sur onze. La normalité serait qu’il y en ait trois ou quatre. Ce serait le reflet de la société. Mais là, s’il y en a autant, c’est parce que les blancs sont nuls […] J’ai honte pour ce pays. Bientôt, il y aura onze blacks. Quand je vois certaines équipes de foot, ça me fait de la peine ». (Le Midi Libre, 14 novembre 2006).

L’on aurait presque envie de consoler Georges Frêche, tout triste de constater impuissant que nos équipes de football sont envahies par les « Blacks », les « Noirs », les « Renois », les « Nègres », les « Négros »… Mais on peut aussi lui poser légitimement la question suivante : ne trouve-t-il pas l’Assemblée nationale et le Sénat trop « blancs », lieux de pouvoir dans lesquels les petits hommes blancs bedonnants et grisonnants représentent plus de 75 % des membres élus ? Apparemment, l’extrême blancheur et machisme des institutions françaises ne paraissent pas le gêner du moins du monde. Au contraire, pour le président socialiste de la Région Languedoc-Roussillon, cette « blancheur masculine » des institutions constitue la « normalité raciale » du pouvoir politique en France : CQFD.

Georges Frêche, démographe et sociologue de la diversité : des « Maghrébins » trop nombreux et inintégrables dans les villes françaises ?

Georges Frêche ne veut pas simplement réformer la composition démographique de l’équipe de France de football (trop noire !), il veut aussi s’attaquer à l’ensemble du pays (trop arabe !), car selon lui, la Gaulle romaine serait aujourd’hui menacée par les nouvelles hordes arabo-maghrébines incapables de s’intégrer à la société française :

« Le plus grand échec politique français des quatre dernières années est certainement l’incapacité de notre pays à intégrer convenablement les millions de citoyens nés sur notre sol, de parents d’origine étrangère. C’est à la fois un échec et la plus grande menace intérieure pour notre avenir ». (Georges Frêche, Les éléphants se trompent énormément, Paris, éditions Balland, 2003, p. 109).

Et pour ceux qui n’auraient pas bien compris qu’il vise explicitement les citoyens français issus de l’immigration postcoloniale (africaine et maghrébine) et non l’ensemble des enfants issus de l’immigration, Georges Frêche précise :

« Par exemple, cet élément nouveau, inconnu dans le passé : la communauté française d’origine maghrébine devient si nombreuse qu’une partie d’entre-elle ne souhaite plus s’intégrer, tout simplement ! Dans certains quartiers, ces fils de l’immigration ont même tendance à refouler les Français d’origine qui y vivent, pour délimiter ce qu’ils appellent leur territoire ». (Georges Frêche, « Osons changer les règles de l’immigration », entretien dans La Gazette de Montpellier, 2 mai 2003).

Leader politique, sélectionneur de football, Georges Frêche se veut aussi fin sociologue et démographe, expliquant la formation des « ghettos urbains » par la pulsion quasi génétique des « Maghrébins » de France à vivre entre eux. C’est bien connu, Fadéla Amara nous l’a aussi expliqué, les mâles arabo-berbères aiment la loi de la tribu :

« Dans certains quartiers, ces fils de l’immigration ont même tendance à refouler les Français d’origine qui y vivent, pour délimiter ce qu’ils appellent leur territoire. C’est donc un problème nouveau et très important que d’avoir à intégrer des personnes souvent de nationalité française qui ne souhaitent pas véritablement appartenir à la communauté nationale ». (Georges Frêche, Les éléphants se trompent énormément, Paris, Balland, 2003, p. 111-112.).

L’amour inné du ghetto : un argument qui était brandi à l’égard des Juifs d’Europe dans l’entre deux guerres et qui a justifié la politique raciale. C’est bien dans cette perspective de « gestion tribale » des territoires urbains que Georges Frêche entend traiter et maintenir les filles et les fils de Harkis, transformés malgré eux en « supplétifs à vie ».

Georges Frêche, officier aux affaires indigènes : les enfants de harkis, des supplétifs à vie ?

Dans sa fameuse déclaration du 11 février 2006 qui, depuis, a fait couler beaucoup d’encre, l’on a souvent retenu uniquement le terme de « sous-hommes », oubliant au passage le paternalisme condescendant du président socialiste de la région Languedoc-Roussillon, qui exigeait des enfants de harkis qu’ils ferment leur gueule (sic), parce qu’il (lui Georges Frêche) les avait nourris, logés et employés. En deux mots : les filles et les fils de Harkis n’ont pas le droit à la parole, car ils constituent des « assistés de la République », des « sous-hommes » qui doivent obéissance aveugle à leur maître nourricier :

« Vous êtes vraiment d’une incurie incroyable. Vous ne connaissez pas l’histoire. Moi qui vous ai donné votre boulot de pompier, gardez-le et fermez votre gueule ! Je vous ai trouvé un toit et je suis bien remercié. Arrêtez-vous ! Arrêtez-vous ! Allez avec les gaullistes ! Allez avec les gaullistes à Palavas. Vous y serez très bien ! Ils ont massacré les vôtres en Algérie et vous allez leur lécher les bottes ! Mais vous n’avez rien du tout ! Vous êtes des sous-hommes ! Rien du tout ! Il faut que quelqu’un vous le dise ! Vous êtes sans honneur. Vous n’êtes pas capables de défendre les vôtres ! Voilà, voilà...Allez, dégagez ! ». (Déclaration de Georges Frêche le samedi 11 février 2006 à Montpellier lors de la cérémonie en l’hommage de Jacques Roseau).

Cette haine viscérale de Georges Frêche à l’égard des filles et des fils de France (ou du moins, d’une partie d’entre eux), s’explique d’autant plus que le leader socialiste du Sud la rattache à une matrice religieuse : l’islam. Attendons-nous un jour à ce que Georges Frêche déclare, qu’il y a trop de joueurs musulmans dans l’équipe de France de football et que dans les vestiaires du Stade de France se cachent, en réalité, des « mosquées clandestines » : ça ne saurait tarder !

Georges Frêche, islamologue généticien : les musulmans porteurs du gène du terrorisme ?

Dans une lettre-réponse à l’association des Etudiants musulmans de France (EMF-section de Montpellier) qui, comme son nom l’indique, est animée majoritairement par des étudiants français de culture musulmane, Georges Frêche écrivait ainsi : « Vous connaissez le vieux proverbe paysan qui résume la sagesse universelle : ‘dans un pays il faut suivre la mode ou quitter le pays’ »[9]. De même, lors de la campagne pour les élections législatives de 2002, le leader socialiste déclarait : « Ils [les musulmans] ne vont pas vouloir maintenant nous imposer leur religion ! Ceux qui ne veulent pas respecter nos valeurs, qu’ils rentrent chez eux !  ». Par ailleurs, il avait traité certains jeunes responsables musulmans locaux de « disciples d’Al Qaïda », sous prétexte qu’ils critiquaient sa politique anti-laïque de gestion de l’islam montpelliérain. En somme, selon le professeur Frêche, les citoyens français de culture musulmane doivent se taire ou faire leurs valises. Sa gestion autoritaire de l’islam sur le plan local (contrôle direct des lieux de culte) n’est pas en soi séparable de sa conception révisionniste de l’histoire coloniale : les populations d’origine maghrébine et africaine, issus des anciennes colonies françaises, sont perçues comme inintégrables, sinon difficilement intégrables, parce que « musulmanes » comme si se rejouaient sans cesse les débats contradictoires sur la compatibilité entre la « citoyenneté française » et le « statut personnel ».

Désir d’avenir ou désespérance du futur ?

Certes, on pourrait se consoler en se disant que Georges Frêche est un « cas isolé », une espèce socialiste en voie de disparition, laissant la place à une nouvelle génération d’éléphanteaux ou de lionceaux, plus « ouverte » et surtout plus « humaniste ». Mais les dernières échéances électorales (législatives et présidentielles 2007) et la campagne actuelle pour les Municipales tendent à prouver que les « petits Frêche locaux » sont légion dans le Nord, le Centre et le Sud de la France : l’engouement médiatique pour la « diversité » ne doit pas masquer les nombreuses résistances à voir émerger une « nouvelle génération politique » de femmes et d’hommes qui veulent faire la politique autrement. L’exotisme des listes de candidats (une Fatima par-là, un Karim par-ci, un Mamadou en 45ème position !) ne doit pas faire oublier la gestion profondément raciale et sexiste des modes de sélection et de cooptation politiques, comme le soulignait très justement les animateurs du club « Prairial 21 » qui ont été quasiment les seuls, dès le départ, à réclamer l’exclusion de Georges Frêche :

« La bataille politique se pose aujourd’hui à ce niveau et le combat doit être mené. Désormais, il ne doit plus être possible de cautionner l’hypocrisie pour préserver des bontés particulières sous couvert de l’intérêt général du Parti. Trop de bassesses, trop d’indignités, trop de vilenies ont accompagnées les candidats ‘issus de la diversité’ tout au long de la campagne interne. La primauté faite aux intérêts personnels et claniques, au-delà de tout sens politique, ne peut être avalisée. […] Les citoyens de France exigent de nous un souffle d’air frais pour revigorer notre démocratie et cette exigence nous impose de réussir l’émergence d’une nouvelle génération de cadres politiques à l’image de la société française du 21ème siècle. […] Et que dire de notre incapacité à acter que la société française n’est ni figée, ni réduite à sa simple expression gauloise ? » (Chafia Mentalecheta, « Le hold-up des Bidochons », 22 juin 2006 : http://www.chafia.net/article-3081367.html.).

Ne nous y trompons pas : les enfants légitimes de Jaurès, ce sont bien eux et non des Georges Frêche ou des Michel Charasse : les Chafia Mentalecheta, Akli Mellouli, Fayçal Douhane, Bariza Khiari, Janine Maurice-Bellay, James Balogog[10], Didier Hacquart[11] ou encore Jean-Luc Mélanchon[12], qui ont compris que l’investiture de Georges Frêche ne constituait pas simplement un « incident de parcours », une « initiative isolée », une « simple concession électorale » faite à une fédération socialiste du Sud majoritairement raciste mais une question d’avenir pour la gauche et au-delà pour l’ensemble du système politique français dans sa relation aux citoyens et aux électeurs de ce pays.

Morale de l’histoire : dire « sale nègre » est passible d’une condamnation pénale dans les stades de football mais pas encore dans l’arène politique, où les xénophobes et négrophobes en tout genre peuvent continuer à agir tranquillement.

Une belle leçon de diversité à la française, n’est-ce pas ?



* Vincent Geisser et El Yamine Soum sont les auteurs de l’ouvrage Diversité ou Diversion ? Une enquête inédite sur les discriminations dans les partis politiques français, Paris, éditions de L’Atelier, à paraître avril 2008.

[1] « Affaire Ouaddou - La FFF s’associe à la plainte déposée par la LFP », www.tsr.ch, 18 février 2008.

[2] Vincent GEISSER, « Georges Frêche, un ‘sous-élu’ récidiviste de la haine verbale  », oumma.com, 20 février 2006 : http://oumma.com/Georges-Freche-un-sous-elu,1930.

[3] Alain GRESH, « Georges Frêche, Israël, les Juifs et l’antisémitisme », Le Monde diplomatique, juillet 2007.

[4] 170 parlementaires socialistes de la SFIO avaient voté les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, le 10 juillet 1940 contre 36 à peine qui voteront « contre ».

[5] Le 12 mars 1956, la quasi-totalité des députés socialistes votent des « pouvoirs spéciaux », au gouvernement Guy Mollet, vote qui donnera carte blanche à l’Armée française pour arrêter arbitrairement, « interroger » et torturer les résistants algériens.

[6] Communique de Presse de la Commission Nationale des Conflits du Parti socialiste du 27 janvier 2007 : http://presse.parti-socialiste.fr/2007/01/27/exclusion-definitive-de-georges-freche.

[7] Propos de François Hollande rapportés par le journal L’Humanité : http://www.humanite.fr/2008-02-18_Tribune-libre_ils-ont-ose-le-dire.

[8] Annick Cojean, « Ayaan Hirsi Ali en quête d’une protection et d’une nationalité », Le Monde, 11 février 2008.

[9] Georges FRECHE, Lettre adressée à EMF (section de Montpellier), datée du 25 avril 2002.

[10] Ces militants socialistes sont membres du Club « Prairial 21 ». Pour lire les documents et les analyses pertinentes de ce club : www.chafia.net

[11] Didier HACQUART est adjoint au Maire de Vitrolles, initiateur d’une pétition pour l’exclusion définitive de Georges Frêche : http://didier-hacquart.over-blog.com/article-4693818.html

[12] Jean-Luc MELANCHON est l’un des rares leaders nationaux à se battre contre l’hypocrie des barons socialistes sur l’affaire Frêche, « Les complices de Frêche à la tête de la Fédération socialiste de l’Hérault se vengent de son exclusion », 28 janvier 2008 : http://www.jean-luc-melenchon.fr/ ?p=373.

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Auteur : Vincent Geisser

Sociologue et politologue, dernier ouvrage paru : Renaissances arabes. 7 questions clés sur des révolutions en marche, Paris, éditions de L’Atelier, 2011 (co-auteur Michaël Béchir Ayari)

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