Géopolitique du Qatar : la construction d’une image flatteuse entachée de paradoxes !!

Le Qatar… Si le nom de ce minuscule pays avait été cité il y a une dizaine d’années, très peu de pers

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mercredi 26 novembre 2008

Le Qatar… Si le nom de ce minuscule pays avait été cité il y a une dizaine d’années, très peu de personnes auraient pu le situer sur une carte. Aujourd’hui, pas un jour ne passe sans que cet émirat ne fasse parler de lui dans la presse occidentale. La raison est simple : ses dirigeants veulent en faire un élément incontournable dans la gestion des affaires du monde et faire ainsi de leur pays un modèle pour le monde arabe. Au risque de contradictions et de paradoxes multiples.

Le Qatar, l’un des plus petits pays de la planète et figurant parmi les moins peuplés du monde arabe, fait aujourd’hui figure de trublion et d’enfant terrible du Golfe arabo-persique. En effet, depuis quelques années, cet émirat, dont les faiblesses intrinsèques sont éclatantes, laisse entrevoir des ambitions démesurées. D’une très faible superficie (11 437 km2) et très peu peuplé, ce pays dispose cependant de réserves en hydrocarbures impressionnantes... Le contraste est donc saisissant entre la taille de l’émirat et l’ampleur de ses richesses en pétrole mais surtout en gaz naturel.

Avec une population estimée en 2008 à 1,1 million d’habitants dont seulement à peine 250 000 nationaux, et une superficie du même ordre que la Corse, le Qatar est le deuxième producteur mondial de pétrole par habitant. On estime ses réserves de gaz naturel à 5% du total mondial ce qui place l’émirat au troisième rang mondial derrière la Russie et l’Iran[1]. Le pays a connu ces dernières années, à l’instar de ses voisins, une augmentation substantielle de ses revenus à la faveur de l’explosion du prix du baril de pétrole.

Le produit intérieur brut (PIB) par habitant, 70 754 dollars en 2007, est l’un des plus élevés du monde et le pays a pu ces dernières années amasser des masses considérables de liquidités. Dotée de cette puissance financière et à l’heure de la crise du système capitaliste, le Qatar joue désormais, tout comme les autres pétromonarchies du Golfe, un rôle grandissant dans la gestion des affaires du monde[2].

Etat neuf[3] et faible selon les critères « réalistes » de la puissance, le Qatar mène néanmoins depuis une dizaine d’années une politique originale destinée à se doter d’une visibilité internationale. L’émirat jouit depuis quelques temps d’une aura et d’une image assez flatteuse, ce qui ne manque pas d’irriter ses voisins.

Cette politique a été pensée et voulue par l’Emir du Qatar, Cheikh Hamad bin Khalifa al Thani, qui avait destitué son père en juin 1995, et qui déploie depuis une énergie importante à différents niveaux pour faire de sons pays un modèle pour le Golfe. Cette activité se déploie dans différents domaines : diplomatique, médiatique, religieuse, sportive et culturel. Cependant, les contradictions de cette politique ne manquent pas faisant ainsi du Qatar un pays aux multiples paradoxes.

I – Une activité diplomatique intense, originale et contradictoire

La diplomatie qatarienne est certainement, à l’heure actuelle, la plus active du monde arabe. Du dénouement de la crise libanaise en passant par le retour en force de la diplomatie française au Proche-Orient (par le biais du rapprochement opéré avec la Syrie ces derniers mois[4]) sans oublier le règlement heureux de “l’affaire“ des infirmières bulgares etc., le Qatar a toujours joué un rôle décisif dans les récentes crises qui ont secoué le monde arabe. Distribuant ses pétrodollars ou invitant les différents protagonistes à Doha pour amorcer un dialogue, les dirigeants du Qatar veulent ainsi faire de leur pays un élément moteur pour la résolution des conflits dans le monde, et particulièrement ceux du monde arabe. Néanmoins, cette politique frénétique révèle également un certain nombre de contradictions qui font partie intégrante de la singularité de l’émirat.

Siège du Centcom (Commandement central américain basé à Doha et d’où les guerres d’Afghanistan et d’Irak ont été coordonnées) le Qatar abrite aussi la très célèbre chaîne d’information en continu Al Jazira. Or, cette chaîne s’est d’abord illustrée pour sa liberté de ton (fait longtemps rare pour un média arabe) mais aussi pour une ligne éditoriale souvent décrite comme foncièrement anti-américaine. Comment donc expliquer que le Qatar puisse offrir aux Etats-Unis une plateforme militaire et de grandes facilités matérielles pour leurs différentes aventures guerrières dans le monde musulman et, dans le même temps, abriter la chaîne d’information la plus populaire du monde arabe mais qui a longtemps adopté un ton anti-américain ? Cette importante contradiction trouve sa source dans plusieurs raisons.

La principale est l’accession au pouvoir du nouvel émir en 1995 qui marque le début d’une importante transformation dans la politique qatarienne et notamment dans la conduite des affaires étrangères du pays. Très vite, le nouveau souverain va s’entourer d’une nouvelle équipe de jeunes formés aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Son projet est de faire de l’émirat un pays moderne, résolument tourné vers l’avenir en lui forgeant une image attractive sur la sphère internationale. Pour ce faire, l’émir va mener une politique d’alliance étroite avec les Etats-Unis qui va quasiment faire du Qatar un Etat “satellite“ de Washington tellement cette alliance sera fusionnelle.

 La justification de cette politique sera double ; d’abord, une prise en compte réaliste de la faiblesse des éléments de puissance du pays mais également, une compréhension très pragmatique des enjeux géostratégiques qui traversent la région. En clair, les élites dirigeantes à Doha percevant leur pays comme un Etat très petit, richissime et hautement vulnérable se sont résolument orientées vers l’assurance américaine pour assurer leur sécurité dans une région à grands risques. Coincé dans un triangle “très chaud“ (frontalier avec l’Arabie Saoudite, le Qatar fait également face à l’Iran dans une région qui comprend l’Irak) le rapprochement stratégique très net avec Washington n’est donc pas le choix du cœur mais plutôt celui de la raison.

Ainsi, depuis 2002, le Qatar a joué un rôle grandissant dans le dispositif militaire régional américain. A la veille de l’invasion anglo-américaine de l’Irak, l’émirat avait été choisi par le Pentagone pour installer le Centcom dans une période où les relations entre l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis traversaient une période de tensions. L’administration Bush avait alors réduit sa présence militaire dans le royaume saoudien pour concentrer sa présence au Qatar pour le plus grand bénéfice de l’émir qui voyait ainsi son pays sécurisé par le parapluie américain. A titre d’exemple, les Etats-Unis ont achevé de construire au début des années 2000 deux énormes bases militaires au sud de Doha, Al-Odeïd et Al Sayliyah, qui ont servi de plate-forme pour la conduite des opérations militaires en Afghanistan puis en Irak[5].

Cette relation de quasi-dépendance à l’égard des Etats-Unis et de coopération assumée n’est pas le seul volet qui fait du Qatar un pays à part dans la région du Golfe. Comme la majorité des régimes arabes, le Qatar est favorable à un règlement négocié de la question palestinienne. Il est toutefois plus offensif dans sa recherche d’un rapprochement avec l’Etat hébreu. La poursuite d’une normalisation avec Israël représente une constante de la diplomatie qatarie. Celle-ci commence dès janvier 1994 lorsque le régime se lance dans la normalisation économique avec Israël et négocie un contrat de ravitaillement en gaz naturel (critiqué par les pays voisins, notamment l’Arabie saoudite, le projet sera finalement abandonné, officiellement à cause d’une rentabilité insuffisante). Ainsi, depuis les accords d’Oslo de 1993, des dirigeants qatariens rencontrent régulièrement des responsables israéliens et ce, même en période de crise.

En septembre 1996, Doha accueille la première représentation commerciale israélienne dans le Golfe. En novembre 1997, le Qatar est le siège de la quatrième Conférence économique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (plus connue sous son sigle anglo-saxon MENA)[6]. En juillet 2002, cheikh Hamad ben Jassim ben Jaber al Thani, alors puissant ministre des Affaires étrangères rencontre son homologue Shimon Pérès alors que les Etats arabes avaient décidé de boycotter publiquement Israël en raison de la répression de l’Intifada. Cette relation particulière a même poussé le Qatar à chercher, en avril 2005, le soutien d’Israël pour l’attribution d’un siège de membre temporaire au Conseil de sécurité des Nations Unies[7]… Shimon Pérès, vice-Premier ministre israélien, s’est rendu en visite officielle au Qatar les 30 et 31 janvier 2007 (où il s’était déjà rendu en 1996 en qualité de Premier ministre) et a été reçu par l’émir. La dernière rencontre, hautement symbolique, a eu lieu en avril 2008 lorsque la ministre des Affaires étrangères israélienne Tzipi Livni, a rencontré l’émir du Qatar et d’autres hauts dirigeants qatariens à Doha, en marge du Forum sur la Démocratie de Doha[8].

Le Qatar est donc l’un des seuls pays arabes à entretenir des relations aussi directes et courtoises avec l’Etat d’Israël. Cette politique d’ouverture et de dialogue avec l’Etat hébreu caractérise donc le petit émirat ce qui ne manque pas d’irriter ses voisins et en premier lieu l’Arabie Saoudite. Mais, à la différence de ceux-ci, le Qatar a toutefois le mérite d’assumer totalement cette politique et de la conduire avec une totale franchise et de manière transparente.

Point n’est besoin ici de cacher une réalité que tout le monde connaît[9]. Le Premier ministre qatarien, également ministre des Affaires étrangères, n’a d’ailleurs cessé de le marteler ces dernières années : “La politique du Qatar est claire. Nous ne voulons rien cacher à notre peuple“[10]. De plus, la relation de dépendance entre le Qatar et les Etats-Unis en matière militaire et politique, ne concerne pas uniquement le Qatar. Dans la région du Golfe, comme de manière plus large au Moyen-Orient, elle est plus la règle que l’exception. Mais le Qatar a cette caractéristique de l’afficher sans équivoque ce qui contraste précisément avec le grand frère saoudien.

Cette intense activité diplomatique, l’implication assumée du Qatar aux côtés de son protecteur américain et la relation privilégiée que le pays noue avec l’Etat d’Israël ne peuvent cependant être comprises sans tenir compte de deux autres éléments importants dans le dispositif qatari : la chaîne satellitaire Al Jazira et le cheikh Youssef Al-Qaradawi. La première incarnant la légitimité démocratique et panarabe du Qatar, le second sa légitimité islamique. Tous deux constituent néanmoins des contrepoids et des forces qui s’opposent, de manière relative, à la ligne diplomatique des dirigeants du Qatar.

II – Une scène médiatique pionnière, florissante et paradoxale

La chaîne satellitaire d’information en continu Al Jazira est sans aucun doute l’élément qui a permis au Qatar de jouir d’une grande publicité à l’échelle internationale. Cette chaîne est probablement plus connue que le pays où elle a été créée. Alors qu’elle n’émettait que six heures lors de ses débuts (la chaîne a été lancée le 1er novembre 1996), Al Jazira va très vite se révéler être le media le plus populaire et le plus suivi du monde arabe. Car la chaîne satellitaire va ainsi offrir à ses téléspectateurs arabes une information non censurée et les commentaires les plus libres que ceux-ci n’aient jamais pu entendre dans leur langue. Al Jazira s’est donc d’abord fait connaître par sa liberté de ton mais aussi par sa manière de couvrir l’actualité du monde musulman.

Elle est devenue célèbre en décembre 1998 par sa couverture, depuis l’Irak, de l’opération « Renard du désert » ; puis, à partir de septembre 2000, par sa couverture de la deuxième Intifada palestinienne. Quant à sa consécration internationale, Al Jazira la doit à sa présence à l’automne 2001, à Kaboul et à Kandahar, comme seul témoin de la « première guerre du siècle » contre le terrorisme.

 Dans la foulée, les messages d’Oussama Ben Laden, dont elle détient la quasi-exclusivité, rendront la chaîne célèbre dans les foyers américains et européens et controversée sur la scène mondiale. Au printemps 2003, la guerre contre l’Irak va classer le site de la chaîne à la huitième place des mots-clés les plus recherchés sur le moteur de recherche AltaVista et en quatrième position sur Google. En avril 2004, la chaîne est le seul média à figurer parmi les cent « personnalités mondiales les plus influentes » publiée par l’hebdomadaire américain Time. Depuis, Al Jazira a pu se développer et élargir son offre. Elle dispose de filiales sportive, éducative et même d’une chaîne d’information en continu en anglais[11].

L’origine de ce phénomène est là encore à mettre à l’actif des élites dirigeantes à Doha. Car Al Jazira est née d’une double volonté : celle de l’émir voulant lancer un media novateur dans un espace médiatique largement occupé par l’offre saoudienne et celle de journalistes arabes souhaitant relancer l’expérience[12] d’une chaîne télévisée affranchie de la tutelle de l’Arabie Saoudite et des autres régimes autoritaires de la région. En prenant la décision tout à fait inédite de faire financer la nouvelle chaîne par son gouvernement tout en lui laissant une entière indépendance, l’émir du Qatar a ainsi permis à son minuscule pays de conquérir toute la région, par la plume plutôt que par l’épée[13].

Cependant, les ambigüités, voire les paradoxes qui traversent la chaîne ne manquent pas. En effet, si la politique étrangère de l’émirat est très souvent alignée sur celle de Washington, elle a souvent été occultée par la chaîne. Pendant de nombreuses années, et notamment dans les mois précédant l’invasion anglo-américaine en Irak, Al Jazira a concentré ses critiques sur le positionnement de l’Arabie Saoudite ou d’autres pays tels que le Koweït[14] invitant même des opposants saoudiens à venir s’exprimer sur la chaîne ce qui a courroucé de manière durable les dirigeants saoudiens. Cette situation a ainsi largement contribué à la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays à l’automne 2002.

La ligne éditoriale de la chaîne, surtout lors de ses premières années, s’est surtout attachée à critiquer les régimes autoritaires du monde arabe et à dénoncer de manière virulente la diplomatie de la canonnière des Etats-Unis et la politique israélienne à l’égard des Palestiniens. Cette ligne a causé bien des soucis à la chaîne et lui a causé de nombreux ennemis, un célèbre journaliste américain la qualifiant de « petite chaîne qui a une grande gueule »[15]. Des centaines de plaintes en provenance des régimes de la région ont été déposées et les Etats-Unis ont, à plusieurs reprises, demandé de manière insistante à l’émir des changements radicaux au sein de la chaîne[16]. Néanmoins, il a rarement été question dans les célèbres talk-shows de la chaîne ou dans les nombreux reportages d’investigation du positionnement du Qatar face à l’agression américaine en Irak ou du dialogue avec Israël[17].

En tout état de cause, Al Jazira a incontestablement permis au Qatar de jouir d’un certain prestige à l’échelle mondiale. Devenue la référence médiatique dans le monde arabe et un producteur d’images et d’informations majeur dans l’espace médiatique global, la chaîne constitue donc un pari gagné pour cette élite dont la volonté est également d’engager un processus (réel mais timide) de modernisation et de démocratisation. D’ailleurs, le modèle d’Al Jazira a permis de remodeler l’espace médiatique arabe et de nombreuses autres chaînes d’information en continu ont vu le jour dans son sillage[18].



[1] Pour ces informations et ces chiffres, voir le site du ministère français des Affaires étrangères, www.diplomatie.gouv.fr.

[2] « Dubaï, le Qatar et Abu Dhabi investissent la finance occidentale », Le Monde, 22 septembre 2007.

[3] Proclamation d’indépendance le 1er septembre 1971 avec abrogation du traité de 1916 qui liait le Qatar au Royaume-Uni pour sa défense et ses affaires étrangères.

[4] « Le parrainage actif du Qatar derrière le rapprochement avec Damas », Le Monde, du 3 septembre 2008.

[5] Pour une analyse détaillée de cette alliance et des ses enjeux, on pourra se référer au mémoire en vue de l’obtention du Master II – Recherche « Politique comparée » rédigé par l’auteur de ces lignes. Cf. Nabil Ennasri, « Le champ politico-religieux du Qatar : une vision estudiantine », Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, 2006. Mémoire rédigé sous la direction du professeur François Burgat. La première partie du mémoire est ainsi consacrée à une analyse fine de la politique menée par les dirigeants du Qatar. Ce mémoire avait été rédigé après une enquête de terrain de six semaines dans l’émirat elle-même précédée d’un stage de langue, quelques mois plus tôt, de deux mois au Qatar.

[6] Cette conférence avait été à l’origine d’une violente polémique, la plupart des Etats arabes fustigeant la participation israélienne qui avait été officiellement annoncée. Sur les enjeux de cette conférence et sur la stratégie adoptée par le Qatar, voir notamment Françoise Sellier « Le Qatar dans la cour des grands », Le Monde diplomatique, Novembre 1997.

[7] Cité in Nabil Ennasri, « Le champ politico-religieux du Qatar : une vision estudiantine », op.cit. Information relatée dans un article du Jerusalem Post (édition française). L’article en question est disponible en annexe du mémoire.

[8] Cette rencontre au sommet est notamment intervenue quelques semaines après l’offensive israélienne sur Gaza de mars 2008 qui s’était soldée par la mort de plus de 120 Palestiniens soulevant une vague d’indignation dans le monde arabe. Enfin, rappelons aussi que l’émir s’est entretenu avec le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, à la faveur de leur participation au sommet de l’Union de la Méditerranée, à Paris, le 13 juillet 2008

[9] Cette stratégie est encore ici à mettre en parallèle avec l’hypocrisie qui caractérise la politique de nombreux Etats arabes. Concernant la guerre en Irak, le choix du Qatar avait été pleinement assumé ce qui ne fut pas le cas de l’Arabie Saoudite par exemple. Sur ce cas, voir notamment l’article éclairant d’Alain Gresh, « Les grands écarts de l’Arabie Saoudite », Le Monde diplomatique, Juillet 2003 où il est écrit : « Preuve de la connivence entre les deux pays, l’aide silencieuse mais efficace apportée par Riyad aux Etats-Unis durant la guerre contre l’Irak, en dépit des démentis officiels. Dans les semaines qui ont précédé l’intervention militaire, le nombre de soldats américains sur le territoire du royaume est passé à près de 10 000 [ce chiffre a donc doublé car le volume habituel des militaires américains présents sur le sol saoudien est de l’ordre de 5 000], la base Prince Sultan servant de centre de commandement de toutes les opérations aériennes. (…) « Jamais nous n’aurions pu mener la guerre contre l’Irak comme nous l’avons fait sans l’aide de l’Arabie », résume un diplomate américain ».

[10] Cité in Nabil Ennasri, « Le champ politico-religieux du Qatar : une vision estudiantine », op. cit.

[11] Olfa Lamloum, Al Jazira, miroir rebelle et ambigu du monde arabe, La Découverte, Paris, 2004.

[12] De nombreux journalistes d’Al Jazira travaillaient jusqu’en 1996 auprès des services arabes de la BBC à Londres.

[13] « Nous ne possédons ni armée, ni char, rappelle un jeune diplomate qatarien, rien qu’Al-Jazira », cité in David Hirst, « La télévision arabe qui dérange », Le Monde diplomatique, Août 2000. Ce propos peut bien résumer à lui seul les raisons qui ont poussé les dirigeants du Qatar a lancé cette initiative médiatique retentissante et la  satisfaction, voire l’orgueil que peut désormais en tirer l’élite au pouvoir à Doha.

[14] Dans ces deux pays, comme dans d’autres du monde arabe, les bureaux d’Al Jazira ont régulièrement été fermés et ses journalistes expulsés.

[15] Ed Bradley, animateur de la célèbre émission américaine « Sixty minutes » sur CBS. Voir notamment, « La “CNN“ arabe dérange toujours », Le Monde, 10 février 2006.

[16] Olfa Lamloum, Al Jazira, miroir rebelle et ambigu du monde arabe, op. cit. Preuve de sa grande capacité de nuisance, les Etats-Unis ont même envisagé de bombarder la chaîne ! Voir notamment, « Selon le “Daily Mirror“, M. Bush a envisagé de bombarder Al Jazira », Le Monde, 22 novembre 2005.

[17] De manière éclairante, Al Jazira a ainsi quasiment occulté l’entrevue entre l’émir du Qatar et la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni. Preuve comme quoi, Al Jazira a, malgré sa liberté de ton certaine, certaines limites à ne pas dépasser.

[18] Parmi elles, il faut évoquer le cas de la chaîne Al Arabiya qui est la principale concurrente d’Al Jazira. Financée par le groupe Middle East News (MEN) qui détient également MBC (Middle East Broadcasting Center), et par d’autres investisseurs arabes (du Koweït, d’Arabie Saoudite et du Liban notamment), la nouvelle chaîne fut initialement dotée d’un capital de 300 millions de dollars sur cinq ans, ce qui représente le double des frais de fonctionnement alloués à Al Jazira. Lancé le 5 mars 2003 à Dubaï par cheikh Mohamed ben Rached Al Maktoum, prince héritier de Dubaï, l’objectif de son lancement était clairement de contrer Al Jazira en offrant une lecture et une analyse de l’actualité qui, bien sûr, allait épargner toute critique à l’endroit des familles régnantes de la péninsule arabique. Par contre, dans un jeu de miroir plutôt mordant, Al Arabiya a longuement couvert l’entrevue entre les dirigeants qatariens et Tzipi Livni en avril dernier…

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Auteur : Nabil Ennasri

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, est actuellement doctorant à l'Université de Strasbourg et étudiant en théologie musulmane.

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