Gazages expérimentaux à Gaza ?

Nous publions un reportage diffusé sur France Culture qui est passé complètement inaperçu. Ce reportage fa

dimanche 11 mars 2001

Polémique entre Israéliens et Palestiniens depuis que l’Intifada a démarré au sujet de l’utilisation ponctuelle par l’armée israélienne de gaz qui auraient des effets sur le système nerveux pour les personnes qui les inhalent, accusations sur lesquelles Raphaël Kraft (RK) a enquêté dans la bande de Gaza.

(une voix gémissante : au nom de Dieu le puissant…)

Raphaël Kraft :’Ce jeune homme de seize ans en pleine crise de convulsions est en observation depuis dix jours à l’Hôpital de Khan Younis au sud de la bande de Gaza. Il a inhalé un gaz encore inconnu des personnels médicaux palestiniens. Les symptômes qu’il présente sont communs à la plupart des deux cent quinze autres cas recensés par les différents hôpitaux de Khan Younis. Hélène, Docteur volontaire dans une ONG de Gaza a rendu visite à quelques unes des victimes :

Docteur Hélène « Tout au début, ils ont des troubles respiratoires et des troubles oculaires. Ce qui s’est rajouté à cela ce sont des xxx digestives et des brûlures et des douleurs au niveau de l’estomac et des crampes digestives et des coliques et des douleurs très importantes au… Tout cela s’est accompagné de vomissements et plusieurs jours après les gens continuaient à présenter des crises douloureuses abdominales d’avoir des nausées et d’avoir des vomissements. Cela c’est tout à fait nouveau et les autres manifestations importantes soit ces manifestations neuromusculaires ces spasmes ces crises, ces mouvements incoordonnés contrastant avec des périodes d’hypotonie importantes, qui font que les personnes très atteintes ne peuvent pas se lever et se tenir sur leurs jambes. C’est effectivement très dramatique et cela n’existe pas avec les gaz lacrymogènes qui étaient connus jusqu’à présent. »

Raphaël Kraft : Dans la journée du 12 février, l’armée israélienne pilonne plusieurs habitations du camp des réfugiés de Khan Younis à l’arme lourde. 85 blessés sont transportés à l’Hôpital Nasser de la ville. L’Armée utilise ce que son porte-parole affirme alors être un « écran de fumée noir ». Le lendemain, la télévision palestinienne diffuse les images des premières victimes lors de leurs crises les plus violentes. L’armée et les médias israéliennes accusent l’Autorité Palestiniennes de propagande contre Israël, et démentent avoir utilisé un nouveau type de gaz. Le 13 puis le 18 février un total de 130 autres personnes se rendent à l’Hôpital. Elles présentent les mêmes symptômes que les premières victimes. A nouveau, elles sont originaires de ce même quartier de Touffah dans le camp de réfugiés de Khan Younis. Parmi elles, Mohamed, qui a reçu un projectile contenant du gaz sur sa maison : « Le gaz était noir. Il avait un goût sucré comme du miel » dit-il. L’ogive qu’il tient dans la main mesure vingt-cinq centimètres de long et six centimètres de diamètre. Les projectiles contenant le gaz ont été envoyés au hasard sur les maisons, parfois de nuit. La fumée noire alors dégagée sur les habitations laisse croire à un début d’incendie : les habitants accourent et s’exposent aux gaz. Le Docteur Ismaïl de l’Hôpital européen de Gaza : « Ce gaz est peut-être utilisé pour la première fois (xxx) comme un gaz de combat. Les victimes viennent de Khan Younis et vous savez que c’est une zone tampon entre les colonies et notre population. Mon impression, c’est qu’il s’agit d’une expérience faite sur des êtres humains. Utiliser quelque chose de nouveau sur des êtres humains est difficilement acceptable. »

Raphaël Kraft :’’ Les habitants du quartier de Touffah disent avoir vu trois gaz différents durant les trois attaques. Un gaz noir, un autre jaune et blanc, et un gaz qu’ils appellent « arc-en-ciel » multicolore. En effet certaines des victimes présentent certains symptômes que d’autres n’ont pas. Certains ont par exemple des plaques rouges sur le corps alors que d’autres ont des boutons. Les docteurs sont confus’’ :

Dr Ismaïl : « Au regard des symptômes, il s’agirait de différents gaz. Ne connaissant pas la composition de ce gaz, nous ne savons pas quoi administrer aux patients. Nous aimerions qu’il soit analysé pour au moins savoir quels seront les effets à long terme. Les extraits sanguins envoyés à l’étranger pour analyse ne sont toujours disponibles. Seuls les symptômes des deux cent seize victimes recensées constituent une preuve. Les projectiles carbonisés n’ont pas été collectés par les Autorités. Ils passent de main en main dans les rues étroites du camp des réfugiés dans lequel vivent 56 000 personnes sur une superficie de 1,5 Km². Aujourd’hui, les patients ont quitté l’hôpital, mais les symptômes persistent.

Raphaël Kraft, envoyé spécial de France Culture à Gaza.

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