Vendredi 10 février 2012

Gaza : un avant et un après

Un seul défi. Et il n’est pas du côté palestinien. Les Israéliens peuvent-ils s’abstraire de leur mentalité dominatrice et voir dans le Palestinien un égal à qui on demande pardon ? Tous les pays qui soutiennent inconditionnellement Israël ont un passé colonial lourd (extermination et esclavage). L’histoire de la décolonisation a démontré que l’équation occupant-occupé a toujours été une lutte à mort. Les Israéliens peuvent t–ils relever ce défi ? En être l’exception ? Toute la question est là.

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La poursuite de la contestation condamnant l’agression
israélienne dans plusieurs capitales du monde ce week-end, plus d’une semaine
après l’arrêt des bombardements, est la révélation qu’un séisme d’une dimension
planétaire a ébranlé la conscience du monde. Gaza est un moment historique qui
nous convoque à réinterroger notre être au monde, notre rapport à l’Histoire, à
la philosophie de l’Histoire, notre rapport à l’Autre, notre vivre
ensemble : en somme à repenser notre rapport au monde et notre vision de
celui-ci.

Les événements historiques de
cette première décennie de ce troisième millénaire (11 septembre 2001,
l’invasion de l’Irak, la chute de Kaboul, la guerre du Liban ...) n’ont pas la
résonnance et l’ampleur de cette tragédie : des décombres de Gaza, de ces
corps ensevelis, s’élève le grand cri de l’injustice lancé à la face du monde.

La justice est la colonne
vertébrale de la paix. Le chaos qui plane dans cette région et ces guerres à
répétition déstabilisent notre présence au monde. Une idée manifeste traverse
la contestation mondiale : la volonté de laver la face de l’humanité de
cette souillure qui la marque depuis soixante ans - l’injustice faite au peuple
palestinien.

Gaza est l’événement
philosophique par excellence de cette décennie et, de ce fait, elle est et
demeure la tâche de la pensée. C’est pour cette raison que nous sommes dans
l’urgence d’y répondre et de dénoncer cette mise au pas éditoriale de l’espace
médiatique lorsqu’il s’agit de traiter la question proche-orientale. Il y va de
l’honneur du pluralisme médiatique, de notre honneur en tant qu’homme, et aussi
de l’honneur de l’histoire de la France, qui a fait de la critique le synonyme
même des Lumières.

Gaza marque une césure dans
la lecture philosophique de l’Histoire qui prédomine depuis l’Age Moderne. La
fin de l’Histoire vulgarisée par le texte de Fukuyama sur fond de lecture de
pensée hégélienne place les valeurs libérales de l’Occident comme le sens
ultime de l’histoire. Cette histoire, après la fin du communisme, signe le
triomphe du libéralisme et avec elle de l’occidentalisation du monde. Sous
cette orientation philosophique, tout ce qui arrive dans le monde est extérieur
à celui-ci car rien ne peut venir affecter la vérité de l’histoire
qu’incarne l’Etat moderne, occidental.

Gaza est le théâtre de
l’Histoire car elle oppose le représentant de l’âme occidentale et l’Etat qui
revendique l’excellence de « la Morale et de la Justice » à une organisation orientale qualifiée par l’Occident de
« terroriste » alors qu’elle lutte pour sa reconnaissance. Gaza est
la mise à nue de la face cachée qu’est la terreur dans l’Etat démocratique et
elle révèle le nihilisme de la logique coloniale dans toute sa plénitude.

La lutte pour la
reconnaissance des droits nationaux des Palestiniens face à un Etat créé par
décision de l’ONU - l’Occident à l’époque, pour payer sa dette de la barbarie
orchestrée par l’Europe envers les Juifs, ouvre de nouveau la question du sens.
Il ne s’agit pas de la fin de l’Histoire mais de la fin d’une histoire :
celle du devenir monde de l’Occident.

Sans omettre d’ajouter que
l’armée la plus morale du monde moderne, la justice des hommes attend de juger
ses généraux pour crimes de guerre et le tribunal de l’Histoire intégrera
l’idéologie sioniste au même titre que le nazisme et le fascisme. Gaza n’est
qu’une station de la problématique Orient-Occident qui a marqué l’histoire du
monde depuis les premières confrontations des guerres médiques et puniques.

Sur le plan historique,
rappelons aux Français un épisode sanglant de leur histoire : les
massacres du 8 mai 1945. Ils furent le point de non retour en radicalisant
toutes les forces politiques en présence, qui a donné naissance à
l’insurrection nationale en 1954 où l’auteur de la fameuse
citation « La France c’est moi » en 1936, Ferhat Abbas, ne
parlait plus qu’au nom de la République algérienne après ces massacres.
L’intransigeance coloniale a fait du défenseur de l’assimilation un
nationaliste convaincu. L’Algérie et la France n’ont pas fini, à ce jour, de vivre les séquelles de cette fin tragique de la colonisation.

Pour ce qui concerne la Palestine, commençons par rappeler qu’en 1947, les Arabes avaient refusé la décision de l’ONU
du partage de la Palestine. Un partage jugé inique puisqu’il donnait à Israël
55% des territoires pour un peuple qui ne comptait que le tiers de la
population. Et la voix de l’ONU traduisait la volonté
occidentale. Pourquoi un peuple qualifié de bédouins, frustre, inculte et
impropre à s’élever à l’ordre des Nations avait-il dit non au partage ? A
quelle logique répondait cette décision ? A une logique de droit et de
justice ? Ou répondait-elle seulement à la logique des rapports de
force ? La force n’est pas le droit.

Rousseau nous rappelle, avec
raison, l’inconsistance de la force car celle-ci change sans cesse de maître.
Signalons aussi que ce plan de partage, qui prévoyait 45% des territoires aux
Palestiniens, est mort pour donner vie à la résolution 242 de 1967 qui ne leur
laisse que 22% des territoires. Et les dits 22% se partagent entre une bande de
Gaza ravagée et une Cisjordanie occupée et divisée en enclaves dans laquelle
les colonies et le mur de séparation empiètent sur les 40% de sa superficie.
L’ensemble des chefs d’état israéliens n’ont jamais négocié pour l’équation
paix contre territoires.

Ils s’inscrivent tous dans la
logique de Ben Gourion que résume sa devise « La paix contre la
paix », reprise ensuite par l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne,
Moshe Dayan dans une conférence de presse à Tel-Aviv :« La question n’est
pas quelle est la solution ? », mais « comment pouvons-nous
vivre sans solution ?* ».

Le summum de cette logique
qui réduit la paix à une coquille vide, a été atteint par Barak et Sharon
lorsqu’ils ont propagé le grand mensonge relayé par la presse
occidentale : « Israël n’a pas de partenaire pour la Paix ».

Sharon, après le 11
septembre, a qualifié l’homme qui a reconnu l’Etat d’Israël en 1988 à Alger
sans rien obtenir en retour que l’espoir d’un hypothétique Etat Palestinien
différé à l’infini en ces termes : « Arafat, c’est notre Ben
Laden. » La sanction est tombée. La mise à mort politique d’Arafat est
proclamée, sa mort physique ne fera que suivre. La simple protestation qu’osait
émettre Arafat est refusée aux Palestiniens. L’autorité palestinienne, de
concession en concession, s’achemine vers l’affaissement total.

C’est pour cette raison que
le processus de paix entamé depuis Oslo est une véritable mascarade. Le visage
machiavélique de ce processus s’est dévoilé lorsque l’autorité palestinienne a
révélé sa mission d’anéantir le Hamas, et graver par le fer sur le front des
Palestiniens la sentence de l’ancien chef d’état- major de l’armée Moshe
Ya’alon : « Faire rentrer profondément dans la conscience des
Palestiniens qu’ils sont un peuple vaincu* ».

Le Monde, dans un
sursaut tardif, même en voulant retrouver le sens de la déontologie, dans son
éditorial du 22 janvier Après Gaza, utilise le terme « La victoire
militaire d’Israël » pour une agression et des actes qualifiés par des
organisations des droits de l’homme de crimes de guerre. Une façon implicite de
donner une légitimité à l’agression. L’article du Monde se termine par
une requête qui sonne comme un aveu : « Plutôt que de pousser
les Palestiniens les uns contre les autres, le temps est venu de travailler à
leur réconciliation ».

Pourquoi avoir misé depuis
la première intifadha de 1987 sur la carte de la division qui s’est
terminée par un bain de sang en 2007 ? Pourquoi avoir encouragé la logique
de l’affrontement entre l’autorité palestinienne et le Hamas depuis la victoire
électorale de ce dernier en 2006 ? Comment peut-on interpréter le fait de
l’avoir sollicité pour participer aux élections pour le diaboliser ensuite et
le transformer ainsi en cible potentielle ? La mise à mort politique de
celui-ci s’inscrivait dans la même logique que celle d’Arafat.

Simplement, cette fois-ci, la
mort physique n’a pas suivie. Il y avait un écueil, et il était de
taille : la volonté de vivre debout des Gazaouis. L’agression sur Gaza -
une guerre planifiée par Israël - n’est que la mise en œuvre du rêve
sioniste : l’asservissement de la volonté palestinienne. Ce que l’autorité
palestinienne, le bras supplétif du Tsahal dans la logique des accords d’Oslo,
n’a pas pu réaliser, l’armée israélienne devait l’accomplir : la chute du
Hamas. Ce dessein n’est pas seulement un objectif stratégique pour Israël, mais
il l’est aussi pour l’autorité palestinienne et le Quartette.

Si Israël était l’ennemi
historique du Fatah d’Arafat, en se fourvoyant dans l’impasse des négociations
et en faisant de la paix un choix stratégique, le Fatah et Israël sont devenus
des alliés objectifs. Des alliés où il n’y a place que pour le maître et son vassal.
Leur seul accord des négociations reposait sur la chute du Hamas. Pourquoi
l’autorité palestinienne a-t-elle fait sienne la stratégie
israélo-américano-européenne ? C’est l’existence même du Hamas qui pose
problème car celui-ci revendique le retrait total, sans aucune condition, des
territoires occupés après 1967.

Un retrait sans condition
signifie que le retrait n’équivaut pas à une reconnaissance de l’existence
d’Israël. Le Monde ne nous dit pas sur quel programme politique
la réconciliation à laquelle il appelle se fera. Sur le postulat tacite des
accords d’Oslo ou sur celui de la résistance ? C’est pour cette raison que
toutes les voix qui appellent à une reprise des négociations dans l’esprit des
accords d’Oslo nous préparent une huitième guerre plus meurtrière encore.

La seule question qu’une
personne sensée doit se poser est celle-ci : que faire avec l’Etat
d’Israël ? Si vraiment celui-ci est préoccupé par la paix qu’il applique
alors la résolution 242 de 1967. Le processus de Paix « formolisé* »depuis
Oslo n’a pour finalité que l’imposition à une autorité palestinienne les
thèses israéliennes afin que l’accord conclu se substitue à la résolution de
l’ONU. Si Israël se considère comme un partenaire de paix, la résolution 242 de
L’ONU qui n’offre que 22% des 45% des territoires qu’elle a octroyés aux
Palestiniens est plus que généreuse pour les Israéliens. C’est pour cette
raison aussi que les conditions réitérées par l’Europe envers le Hamas sont un
non sens politique.

Le Hamas ne remet pas en
cause la réalité d’Israël. Mais le passage de la reconnaissance de la réalité
d’Israël à la légitimation de son existence n’est pas une simple vue de
l’esprit : des centaines de roses blanches saccagées par l’armée
israélienne à Gaza se dressent sur la route qui y mène.

Pour paraphraser Shakespeare,
ce qui a été fait ne saurait se défaire. La paix a été brisée à Gaza. Le mot
approprié pour la circonstance est la trêve. La légalité de l’Etat d’Israël est
doublement problématique : sur le plan historique comme sur le plan
théologique. Sur le plan historique, le projet sioniste s’inscrit pleinement
dans la logique occidentale du XIXème siècle : Israël est une entreprise
coloniale.

Sur le plan théologique, le
projet sioniste, de guerre en guerre, et la dernière encore plus, ne fait que
renforcer la thèse de ceux qui considèrent le sionisme comme une
« Hérésie » par rapport aux enseignements de la « Sainte
Thora » et ne fait que vivifier le débat sur « la difficile
conciliation entre Alliance et Etat dans la tradition politique juive. href="#_edn1" name="_ednref1" title=""> class=MsoEndnoteReference>[1]
 »

Si la question « On ne
discute pas avec les terroristes » allait de soi pour la conscience
occidentale, que dire alors pour ceux qui disent aujourd’hui : peut-on
parler de Paix « avec des assassins ? » Et les assassins
d’aujourd’hui ont par le passé exproprié, chassé, tué, occupé et humilié la
population palestinienne !

Dans le monde arabe, la Paix comme choix stratégique prônée par les Etats depuis trois décennies a été battue en
brèche. Le mur s’est fissuré. Le fossé qui sépare les gouvernants de leurs
populations ne fait que se creuser. Des populations entières se sentent
blessées et révoltées. Un schisme s’est produit dans le monde arabe entre
l’option de la résistance et celle de la paix. La Nakba de 1948 a produit une grande mutation politique dans le monde arabe. Celui-ci n’est pas
à l’abri d’un bouleversement stratégique. Gaza, plus que le Liban, mobilise la
population arabe et musulmane.

Les populations arabes,
muselées politiquement, voient dans leurs Etats de simples régimes sécuritaires
préoccupés plus par leur survie que par la solution de leurs problèmes. En les
brimant et en leur refusant l’accès au politique, ces Etats se transforment en
force d’occupation empêchant l’émancipation des peuples.

La similitude avec la
population palestinienne n’est pas loin. La situation est explosive. Gaza a
démontré la caducité des armées arabes et de leurs Etats. La mort d’Arafat a
signé réellement la fin de l’idéologie nationale telle qu’elle a sévi depuis
les années 50. Ce ne sont plus les Etats qui résistent mais des organisations
sociales. La société ne peut plus supporter ni admettre indéfiniment que l’Etat
sensé incarner sa volonté se dresse constamment contre elle.

Il est difficile après les
massacres de Gaza, de lire Levinas et de regarder les documentaires sur les
camps de concentrations sans que l’image de Gaza ne vienne ternir le message.
Mais nous continuerons à jeter les ponts avec l’Autre car nous sommes
convaincus qu’exister c’est aller avant tout à sa rencontre. Seule cette
orientation est garante de notre humanisme. Le respect de l’Autre, c’est lui
permettre d’exprimer librement son être. Ce n’est ni la négation de celui-ci ni
son invitation dans la sphère publique pour lui demander de neutraliser son
identité, c’est savoir que l’Autre « a une bouche et pas seulement des
oreilles. class=MsoEndnoteReference> style=';'>[2]
 »

Les médias ont démontré
qu’ils ont tous interprété la même partition. Un seul compositeur les a
inspirés depuis le 27 décembre. Le « Big Brother » d’Orwell n’avait
pas pour seule résidence l’autre côté du mur de Berlin. Comment ne pas se
sentir blessé et révolté à la fois lorsqu’une grande manifestation comme celle
du 24 janvier 2009 à Paris n’a pas été relayée par aucune chaîne de télévision
publique ? Ceux qui étaient dans la rue ce jour là étaient –ils des
citoyens de seconde zone ? Qui définit l’intérêt et l’utilité
publics ? Et sur quels critères ? Cette voix qui battait le pavé à
Paris n’a aucun relais politique ! Une bonne partie de la population n’a pas
d’existence médiatique, donc de représentation politique.

L’esprit du « Code de
l’indigénat class=MsoEndnoteReference> style=';'>[3]
 »
est toujours présent dans la République.Gaza est le lieu de la fracture
médiatique. La manifestation de Paris a été transmise par Al Djazeera le soir
même. Même pour des évènements se déroulant sur le sol national, nous sommes
amenés à aller chercher l’information sur des chaînes satellitaires. Voilà à
quoi le Big Brother nous a réduits lorsqu’il s’agit de traiter de la politique
extérieure de la France au Proche-Orient.

Ceux qui dénonçaient les
images diffusées par des chaînes arabes, principalement El Djazeera, comme
étant des images brutes, donc non policées et aseptisées car ne s’inscrivant
pas dans la pensée médiatique unidimensionnelle, nous leur répondons que la vérité
n’est choquante que pour ceux qui veulent la cacher. Nous jetons des draps
blancs sur l’enfance assassinée et nous mettons un nom sur le visage lugubre de
la mort. Le contrat moral qui nous unissait à cet univers médiatique est
définitivement rompu. C’est pour cette raison qu’il est vital que cette
population, principalement la population musulmane, investisse l’espace
médiatique pour la sauvegarde et la défense de l’esprit public.

Il faut également noter que
le CRIF, parlant au nom des Juifs de France, se dit solidaire de l’Etat
d’Israël. Un attachement viscéral à celui-ci sans aucune distance critique.
Aucune capacité d’objectivation n’est faite pour distinguer entre la politique
du gouvernement et l’Etat d’Israël. Ceux qui manifestaient pour la Palestine défendaient une cause et non un Etat.

Ils n’étaient pas dans la rue
en tant qu’Arabes ou Musulmans mais en tant que Français dénonçant l’injustice
et condamnant un Etat qui se dit ami de l’Europe.

Que les Français Juifs
sachent que l’honneur de la France durant la guerre d’Algérie a été sauvé par
Sartre dans sa préface du livre de Fanon Les Damnés de la terre 
en 1961, Henri Aleg dans La Question en 1958 et l’Affaire Audin 1957-1958
de Vidal-Naquet. Ils représentaient une minorité à l’époque, mais en se
rangeant du côté de la Justice, ils ont apporté à la France la même charge symbolique que la Résistance face au Gouvernement de Vichy.

Gaza ouvre une nouvelle
histoire dans notre rapport au monde. Si l’ère néoconservatrice de Bush a été
dominée par la « guerre contre le terrorisme », « l’axe du bien
contre le mal », le Hamas, par sa résistance à partir d’un ancrage
national, nous libère définitivement de l’épouvantail d’El Qaïda. C’est la
première fois dans un conflit où toutes les thèses chères à El Qaïda sont
présentes, qu’elle en était quasiment absente. Les déclarations de ses deux
dirigeants survenues quelque temps après l’agression n’ont eu aucune prise sur
le cours des évènements.

Même l’intervention de Ben
Laden est restée lettre morte. C’était une voix désincarnée, la voix d’un
revenant, que la gravité de l’heure et la grandeur de la résistance reléguaient
dans les méandres de l’Histoire. Hamas signe définitivement la mort de
l’idéologie d’El Qaïda. La contestation et la résistance n’ont sens et valeur
que lorsqu’elles reposent sur une réalité nationale. Le sol est le socle à
partir duquel la résistance puise sa légitimité et fait entendre sa voix.

El Qaïda, cette nébuleuse
organisation créée par l’Amérique et l’Arabie Saoudite, n’est que l’image
agrandie d’une autre nébuleuse téléguidée elle-aussi par les services de
sécurité algériens, le GIA (Groupe Islamique Armé). Ils ont le même mode
opératoire, obéissent à la même logique idéologique et produisent la même
finalité : la mise en spectacle baroque des victimes dans leurs opérations
meurtrières, la guerre à toute organisation islamique s’engageant dans un
processus politique et ont pour finalité le renforcement de la dictature et du
népotisme dans le cas de l’Algérie, et l’avènement d’une Amérique impérialiste
sur la scène mondiale dans le cas d’El Qaïda. Du GIA à El Qaïda, du terrorisme
local au terrorisme international, la même logique est en œuvre. Ben Laden
n’est que l’autre nom de Djamel Zitouni (chef du GIA en 1994).

Il est très utile à tout
observateur que veut comprendre le terrorisme dans sa version planétaire et
l’attitude prônée par la communauté européenne, l’Amérique, Israël et
l’autorité palestinienne envers le Hamas de bien méditer le cas de l’Algérie.

Il suffit de regarder
l’Algérie actuelle pour saisir l’ampleur de la catastrophe. Toutes les peurs
invoquées pour légitimer l’arrêt du processus électoral sont plus que présentes
dans l’Algérie d’aujourd’hui : une économie du bazar, une présidence à
vie, une opposition inexistante, une jeunesse désenchantée car aucune ouverture
politique ni économique ne se dessine à l’horizon. Il a fallu plus d’une
semaine après l’agression pour qu’une marche spontanée ait lieu et qui se
termine par des interpellations… L’Algérie n’est plus que l’ombre d’elle-même,
à l’image de son président agonisant. Un nom plus qu’une réalité name="_ednref4" title=""> class=MsoEndnoteReference>[4]
.

Le Hamas libère à jamais les
Musulmans de la charge de plomb que représente El Qaïda. Les Musulmans, dans
toute leur histoire, n’ont jamais suivi des chefs virtuels, ni obéi à une
logique suicidaire et meurtrière. L’esprit de sacrifice n’a de valeur que dans
la grandeur de la cause qu’il sert.

Enfin, peut-on dire que
l’idée d’une Paix au Proche-Orient est envisageable ? De l’ordre du
possible ? Comment procéder ?

Commencer par maintenir la
mobilisation de soutien à la Palestine pour continuer à dénoncer les actes
criminels de l’entité sioniste et être une voix dissonante dans le discours de
pensée médiatique unidimensionnelle.

Demander le retrait immédiat
et sans condition des territoires occupées par Israël depuis 1967 comme preuve
réelle et tangible de son désir de paix.

L’Occident et l’Etat d’Israël
admettent que le projet sioniste est le prolongement de la logique de conquête
coloniale qui a jalonné leur histoire tout au long du XIXème siècle. Et ainsi
se sentir responsable du malheur qu’ils ont causé aux Palestiniens depuis
soixante ans.

Les sionistes d’Israël, dans
un élan plein de ferveur, à l’image de leur prière devant le temple de Lamentations,
demanderont pardon aux Palestiniens.Face à un repentir sincère, le futur
président palestinien soumettra par voie référendaire la question de la paix à
la population qui l’acceptera.

Un seul défi. Et il n’est pas
du côté palestinien. Les Israéliens peuvent-ils s’abstraire de leur mentalité
dominatrice et voir dans le Palestinien un égal à qui on demande pardon ?
Tous les pays qui soutiennent inconditionnellement Israël ont un passé colonial
lourd (extermination et esclavage). L’histoire de la décolonisation a démontré
que l’équation occupant-occupé a toujours été une lutte à mort. Les Israéliens
peuvent t–ils relever ce défi ? En être l’exception ? Toute la
question est là.

La présence musulmane doit
saisir l’enjeu philosophique qu’ouvre après Gaza. Une nouvelle histoire
s’écrira avec elle ou sans elle. Sans elle, qu’elle sache que l’histoire se
fera à ses dépends et encensera les défenseurs du choc de civilisation dont la
loi sur le voile n’était que le premier tempo. Avec elle, par sa sensibilité,
elle fera de la diversité qui caractérise le paysage et l’histoire de la France un véritable levier dont la France sortira encore plus grande. Et de cette grandeur,
un grand pas pour la justice dans le monde.



class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[1]
Voir l’article de Pierre BIRNBAUN « La question du politique, de
l’Alliance à l’Etat », dans Philosophie et judaïsme,
Critique
, Janvier-Février 2008, pp 68-79.

class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[2]
Franz ROSENSWEIG, Foi et Savoir, p.159, cité par Gérard BENSUSSAN, « Franz
ROSENZWEIG, une pensée toujours nouvelle », in Critique, op, cit.

class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[3]
Le code de l’indigénat a été adopté en 1881 et appliqué aux colonies en 1887.
Il distinguait entre deux catégories de citoyens : les citoyens français
et les sujets français. Les sujets français, les indigènes, sont un ensemble
impropre qu’il faut séparer de la nation véritable parce qu’il menace son
authenticité. Même s’il a été aboli officiellement en 1947, dans la pratique,
ce code a perduré en Algérie jusqu’à l’Indépendance en 1962.

class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[4]
Le traitement médiatique de la guerre sur Gaza est identique à celui qui a été
fait lors de la décennie rouge en Algérie. Le même climat d’intoxication des
années 1992-1998 a été reproduit durant la guerre sur Gaza. Les thèses des
Eradicateurs algériens comme celles de l’Etat d’Israël ont été repris par la France officielle et les médias. Les mêmes plumes qui sont au service d’Israël l’ont été pour
les généraux. L’assassinat de Hachani, la personne qui aurait pu changer la donne politique
en Algérie, le 22 novembre 1999, prouve qu’en ce pays sévit réellement un
intégrisme éradicateur, un véritable terrorisme stratégique. Par cet
assassinat, les Eradicateurs ont signé la mort du FIS (Front Islamique du
Salut) mais pas celle du GIA. Celui-ci, à l’image d’EL Qaïda, à l’éternité
devant lui. D’où l’importance capital du sens que prend la résistance du Hamas.
Un grand oui est donc accordé au djihadisme international avec tous les
mystères qui entourent les commanditaires pour continuer à voir dans l’Islam
même, la source du terrorisme. Un combat acharné est mené contre toute
organisation islamo-nationaliste car elle incarne une véritable dynamique
citoyenne qui remet en cause les intérêts de ceux qui asservissent leurs
peuples.

 

* les citations en
astérisques sont à consulter sur le site internet : href="http://www.republique-des-lettres.fr/10326-conflit-israelo-palestineins.php" target="_blank">http://www.republique-des-lettres.fr/10326-conflit-israelo-palestineins.php

« Formoliser le
processus de paix » est une expression de Dov Weizglass, chef de cabinet
d’Ariel Sharon, dans une interview accordé au quotidien israélien Ha’aretz en
2004  : le formol a pour principal intérêt d’empêcher les corps
morts de se détériorer allant jusqu’à créer, parfois, l’illusion qu’ils sont
encore en vie. Cette citation est à l’adresse web indiquée.

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Commentaires

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Brillante analyse, du grand art !

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La question de l’Etat d’Israël est posée dans cet article avec sérieux et intégrité. Bravo à l’auteur de ce papier documenté.

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Note 4 : "Un grand oui est donc accordé au djihadisme international avec tous les mystères qui entourent les commanditaires pour continuer à voir dans l’Islam même la source du terrorisme". D’accord.

et vous poursuivez : "le combat acharné qui est mené contre toute organisation islamo-nationaliste car elle incarne une véritable dynamique citoyenne , etc ... ".

Une dynamique citoyenne ?. Faites-nous connaître les positions de ces courants à ce sujet et de quelles traditions elles s’inspirent.

Je n’y crois pas une seconde.

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des nombreuses aberrations ds ce massacre..il ya une qui enfonce plus ma peine : c’est que contrairement aux autres conflits ...ILS N’AVAIENT PAS OU FUIRE..

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Très beau texte, qui remet parfaitement à sa place, centrale, la Résistance et sa victoire. Mais centrale, en effet, et rendue plus fondamentale encore.

Vous êtes le premier que je lis, à mettre en évidence le changement radical que cette résistance a introduit dans le rapport des forces et l’effet qu’elle a eu de rendre inopérants les vieux épouvantails (Ben Laden, le Terrorisme, toute cette rhétorique). Du même coup, c’est l’Israël qui est devenu l’épouvantail : voilà un état voyou, qui revendique même de l’être, et qui est capable de frappes nucléaires sur l’ensemble de l’Europe !

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Salam aleykoum frères, soeurs

Merci Mr Senhadji pour ce texte magnifique.

Effectivement, Gaza marque un tournant qui a bien des égards se révèlera dans le long terme peut-être aussi sinon plus important que l’élection d’Obama pour le devenir de la civilisation européenne et ses rapports avec l’Autre.

Les camps sont démarqués : ce n’est pas Israel contre Palestiniens, Juifs contre Musulmans, Europe contre monde arabe mais c’est plutôt le vol, l’oppression, la négation d’autrui, la haine et l’injustice contre le droit à l’existence, à la liberté, à la dignité, à l’égalité et à la justice, conditions fondamentale pour une véritable paix, celle qui ne soit pas celle des cimetières.

Le conflit israélo-palestinien est donc un marqueur moral : il y a le colonialisme, le fascisme, l’apartheid Et le sionisme et ceux qui s’y opposent.

Et Dieu -Exalté Soit-Il- Est le plus Savant, Il Est l’Omniscient, le Sage. Il Connait le contenu des coeurs.

Wa salam.

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Baraka Allahou fiik ya Mahmoud !
Quel beau texte d’intelligence !
ElhamdouliiLLah il y a encore des sentinelles en Algérie !
Oui : Ghaza symbôlise ce qui se passe dans tous les pays arabes et même au delà comme le suggérent les prises de position du Vénézuela et de la Bolivie.

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Un beau texte, certes. Mais surtout une analyse fine, pertinente, intelligente... Qui pourrait déboucher sur une prise de conscience des principaux protagonistes ? Je rêve ? Peut-être pas.

Il n’a d’avenir radieux envisageable que si les adversaires - si proches pourtant - baissent les bras et laissent tomber armes et anathèmes.

C’est en tout cas l’espoir du vieux Juif que je suis. Je n’aimerais pas mourir avant la Paix.

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l’ écrivain a bel et bien réussi ses approches du confli israelo-arabe , que ce soit l’approche historique, politique,humaniste, mais ausi politique . c’est ce qu’on appelle tout simplement une vue d’ensemble , de toutes les facettes du problemes...ou aussi objectivité..bravo !!

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Voici un article époustouflant, à la
fois très profond et plein "d’espoir" (le réveil des consciences serait-il enfin en marche ?).

Un grand merci à l’auteur d’avoir si justement décrit, avec une très grande justesse et un profond humanisme, ce que notre coeur et notre cerveau ont tant de mal à exprimer.

Merci pour cette leçon de clarté et d’humanisme. Prions pour que le jour
du -repentir sincère- d’Israël n’arrive pas trop tard...