Frêche : « Osons changer les règles de l’immigration »

LES ENTRETIENS DE LA GAZETTE 02 /05/2003 Cette semaine La Gazette va plus loin avec Georges Frêche. Quinze

dimanche 2 mars 2003

LES ENTRETIENS DE LA GAZETTE

02 /05/2003

Cette semaine La Gazette va plus loin avec Georges Frêche. Quinze ans après avoir alerté la gauche sur les problèmes d’insécurité,le maire de Montpellier tire aujourd’hui la sonnette d’alarmesur les problèmes de l’immigration. « Notre incapacité à intégrer convenablement les millions de citoyens nés ici de parents d’origine étrangère, écrit-il dans son dernier livre (1), est la plus grande menace intérieurepour notre avenir. »

La gazette : Georges Frêche, vous n’y allez pas de main morte ! « A Montpellier comme ailleurs, écrivez-vous, l’intégration des citoyens d’origine maghrébine est de moins en moins réussie au fur et à mesure que les années passent : cet échec constitue la plus grande menace intérieure pour notre avenir, avec un risque majeur de « libanisation ». Mais vous parlez comme Le Pen !

Georges Frêche : il y’a quinze ans, quand j’alertais la gauche sur les problèmes de l’insécurité, quand je disais que le peuple avait droit à la sécurité, quand je faisais signer des pétitions pour demander plus de policiers à Pasqua, ou que je soutenais les efforts de Chevènement en matière de prévention et de police de proximité, la gauche angélique me montrait du doigt en stigmatisant « la gauche barbelée ». La gauche caviar, dans sa morgue et sa suffisance, n’a jamais su analyser ce développement du sentiment de peur chez les gens. On voit où cela nous a conduit. Alors, de même qu’il ne faut pas laisser le drapeau tricolore, "La Marseillaise", ou la sécurité, à Le Pen, il ne faut pas non plus lui laisser l’immigration.

Vous trouvez qu’il y a trop d’Arabes en France ?

Je dis que l’incapacité de notre pays, depuis quarante ans, à intégrer convenablement les millions de citoyens nés, sur notre sol, de parents d’origine étrangère, constitue le plus grand échec politique français des quarante dernière : ; années, et la plus grande menace intérieure pour notre avenir.

Mais la France a toujours parfaitement réussi à intégrer ses immigrés !

Cela a été vrai pendant près de 120 ans : depuis le milieu du XIXe siècle, notre pays a largement assuré sa croissance démographique par un apport massif de population étrangère. Cette arrivée d ’ étrangers, venus d’abord d’Italie, puis d’Espagne, du Portugal, ou encore de Pologne, ne s’est pas faite sans heurts. Mais en quelques années, une génération tout au plus, l’intégration a fait son oeuvre. Et les enfants d’immigrés n’ont jamais connu de difficultés à vivre durablement au sein de notre nation... sauf depuis les vingt ou trente dernières années. Je le constate. tous les jours à Montpellier, mais c’est vrai sur l’ensemble du territoire : l’intégration des fils d’immigrés, venus du Maghreb, est de moins en moins réussie au fur et à mesure que les années passent. C’est-à-dire qu’ au lieu de progresser vers une solution, nous régressons chaque année un peu plus.

Selon vous, cela tient à quoi ?

D’abord, je crois, au nombre. Dans les années 80 les Français d’origine maghrébine étaient beaucoup moins nombreux qu’ aujourd’hui, il y avait plus de travail, et l’intégration était relativement simple. Mais la loi Giscard/Chirac, de 1974, sur le regroupement familial, autorisant les familles de travailleurs étrangers à rejoindre en France un mari ou un père, a profondément changé la donne : aujourd’hui la communauté des Français d’origine maghrébine est forte d’environ cinq à six minions de personnes. C’est la troisième communauté "musulmane" au monde, hors pays musulmans. La première est en Inde, avec 150 millions de personnes sur 1,2 milliards d’habitants (12,5 % de la population) et cela se passe très mal : ça donne le parti ultra nationaliste indien au pouvoir, avec les mosquées qui brûlent, l’ abandon de la laïcité par les hindous, bref, un climat de guerre civile. La seconde est en Chine, avec 20 millions de musulmans qui sont noyés au sein de 1,4 milliards d’habitants (1,5 %) et ça se passe plutôt bien. La troisième est en France ( environ 5 à 6 millions sur 60, soit un peu moins de 10 %) et il y’a des signes inquiétants.

Des signes inquiétants ?

Par exemple, cet élément nouveau, inconnu dans le passé : la communauté française d’origine maghrébine devient si nombreuse qu’une partie d’entre-elle ne souhaite plus s’intégrer, tout simplement ! Dans certains quartiers, ces fils de l’immigration ont même tendance à refouler les Français d’origine qui y vivent, pour délimiter ce qu’ils appellent leur territoire. Ce n’est pas un problème particulier à la France : après avoir en 200 ans, intégré des millions d’étrangers, les USA se heurtent aujourd’hui à un refus , d’assimilation de la part des "latinos", qui ne se mélangent plus aux populations locales, conservent leur langue d’origine, leurs habitudes,... Le problème majeur n’est donc pas la religion mais le nombre, et le fait qu’ils cherchent à se constituer en communautés distinctes avec leurs commerces, leurs quartiers... comme les hispanophones à Miami ou à San Antonio.

La religion ne jouerait selon vous aucun rôle ?

La renaissance de l’intégrisme ne facilite pas les choses : elle accélère le processus. L’arrivée en Europe de propagandistes de l’Islam radical, la multiplication des mosquées où l’on entend parfois des discours très violents, les télévisions par satellite, les cassettes d’inspiration fondamentaliste, tout cela fait, qu’une partie de la communauté musulmane, de plus en plus « encadrée », marche à reculons dans l’intégration.

L’emprise des « purs et durs » reste marginale.

Elle progresse. Et ce qui complique le problème, c’est que l’islam, contrairement au christianisme, mélange le religieux, le politique (le calife était chef d’état) et le militaire (les califes étaient chefs militaires). Quand Jésus dit : "mon royaume n’est pas de ce monde", les responsables de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) ; ceux qui ont sifflé Sarkozy, répètent que "le Coran est notre constitution." Face à cette dérive, la République française n’a pas su, ou n’a pas voulu, définir les conditions de l’intégration dans notre pays : c’est une faute historique, dont les dégâts sont encore à venir. Notre République hésite : l’affaire du "voile islamique" est particulièrement révélatrice à ce sujet.

Le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkosy, a été clair là-dessus, non ? C’est même pour cela qu’il a été sifflé l’autre dimanche au Bourget...

C’est tout à fait vrai, même si je considère comme une grave erreur que l’Etat intervienne dans le religieux et organise des élections au sein des communautés religieuses. Sur cette affaire du foulard, Sarkosy pourrait bien être lâché par une partie de l’UMP. Nous sommes bien placés à Montpellier pour savoir que les gens qui ont fait élire le député UMP Jacques Domergue, constituent l’aile dure des Frères Musulmans, en liaison avec les fondamentalistes du CRI ? C’est très dangereux. Car ces islamistes, souvent diplômés et éduqués dans nos universités, propagandistes redoutables car habiles, participent activement à la mise en œuvre de pratiques intégristes. En Angleterre, dans l’espoir d’une illusoire paix à court terme, on a joué le communautarisme. Résultats : l’émergence de quartiers entiers de non-droit, où ont été préparés les attentats contre les USA...

En quoi le foulard "islamique" vous semble-t-il si révélateur ?

Si la République cède sur le voile, elle devra céder sur bien d’autres choses. Je m’explique : les plus grands connaisseurs de l’islam sont tous d’accord sur le fait que le Coran n’oblige pas les femmes à porter le voile, Tout au plus, il indique qu’elles doivent se couvrir les cheveux dans les lieux de prière, comme c’est le cas dans les religions juive et catholique. En vérité, le port du voile est un problème de coutume : je pense à ma grand- mère ariégeoise qui portait un foulard noir dans les années cinquante, et elle servait encore les hommes, debout au coin du feu, sans avoir le droit de s’asseoir à table avec eux.

Ceci n’a rien à voir avec l’islamisme...

Ceci, c’est la coutume. Autre chose est le port du voile revendiqué comme un étendard : la nouveauté, c’ est que ce voile, dit islamique, est devenu le drapeau d’une fraction ultra-traditionaliste de l’islam, qui entend en priorité, empêcher l’émancipation des femmes, soumises aux hommes depuis des siècles. En France, le développement du port du voile chez les jeunes filles d’origine musulmane, représente pour les islamistes extrémistes le signe et la preuve de 1eur puissance grandissante. En Algérie, les jeunes filles qui, il y a quelques années, refusaient le port du voile à l’université se faisaient jeter de la peinture au visage : aujourd’hui elles risquent d’être vitriolées. L’obligation du port du voile, c’est l’application la plus rigoureuse de la chari’a (2), c’est-à-dire de la soumission totale de la femme à l’homme. Ceci est inadmissible en France.

Que préconisez-vous : de fermer les mosquées ?

Mais pas du tout. Chacun doit pouvoir de disposer d’un lieu de culte : synagogue, mosquée, temple ou église. Mais l’Etat laïque doit exiger en retour que personne n’ affiche de façon provocatrice son appartenance religieuse. Pendant des années la IIIe République (3) a livré une guerre sans merci au clergé catholique : il faut exiger des musulmans la même stricte application des principes de laïcité. La République ne reconnaît pas les communautés, elle ne reconnaît que les individus ; or, depuis trente ans, aucun responsable politique important n’a osé rappeler la doctrine et la volonté de notre nation en ce domaine. En l’absence de volonté politique, les tribunaux administratifs rendent des jugements contradictoires : ici on interdit le voile à l’école, mais là on l’accepte, comme le Conseil d’Etat. C’est au législateur de dire le droit, non au juge, aussi éminent soit-il.

Que proposez-vous ?

Premièrement, il faut d’urgence rétablir les lois de la laïcité républicaine sur l’ ensemble du territoire national etfaire de l’intégration une priorité absolue. Les Français d’origine étrangère doivent clairement choisir : il faut qu’ils cessent d’accepter les lois de la République lorsqu’elles leur rendent service, et de les refuser lorsqu’elles les gênent. La paix civile demain est à ce prix.Je reste raisonnablement optimiste : il y a tellement de gens merveilleux chez nos concitoyens d’origine maghrébine. Mais je crois qu’il faut agir sans tarder, et sans faiblesse...

Deuxièmement ?

Deuxièmement, il faut être beaucoup plus vigilant sur les critères d’ immigration. Par exemple en introduisant la méthode des quotas, comme les Etats-Unis l’ont fait dans les années 1929-1931 sous l’impulsion du parti démocrate : on autoriserait ainsi l’entrée sur le territoire des seules personnes dont l’économie française a besoin

Vous comptez ainsi arrêter l’immigration ?

L’arrêter, non ; la réglementer, oui. Il faut également changer la loi sur le regroupement familial.

Et la remplacer par quoi ?

Par l’instauration des quotas, par métiers. Ces personnes bénéficieraient des contrats de travail de cinq ans, renouvelables une fois, prévoyant des conditions financières correctes et deux allers-retours par an dans le pays d’origine pour revoir la famille. Au terme du contrat, les travailleurs auraient le choix : soit de retrouver leur pays natal, fournissant ainsi à leur pays la main d’ oeuvre qualifiée, les enseignants et les ingénieurs dont les pays émergents ont impérativement besoin ; soit demander la nationalité française. Leurs familles les rejoindraient alors pour s’intégrer, dans des conditions à définir. Cela permettrait de réguler le flux d’immigration et de mettre fin à l’un des scandales qui nuit gravement aux pays en voie de développements : la fuite des cerveaux. Des pays désargentés se privent pour financer des formations très onéreuses à des étudiants qui vont ensuite travailler dans des pays riches !

Mais cela ne permettrait pas de stopper l’immigration clandestine, peut-être même au contraire ?

Je ne dis pas que c’est un problème facile à régler. Je dis qu’il faut arrêter de faire l’autruche.

Propos recueillis par Pierre Serre

(1) "Les éléphants se trompent énormément", par Georges Prêche, éditions Balland, 206 pages, 17 euros. (2) La chari’a, ou chari’ah, ou shari’ah, est la loi de l’islam touchant les domaines de la vie privée, sociale et politique. (3) Les Républiques : Ière : 1792-1804. IIe : 1848-1852. IIIe République : 1870-1940. IVe : 1946-1958. Ve : de 1958 à nos jours.

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