Mercredi 23 April 2014
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Entretien exclusif avec Farah Pandith, membre de l’Administration Obama

Entretien exclusif avec Farah Pandith, membre de l’Administration Obama
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A l’occasion de son passage-éclair à Paris, la représentante spéciale du Département d’Etat pour les communautés musulmanes dans le monde, Farah Pandith, a accordé un entretien exceptionnel à Oumma au sein de l’ambassade américaine. Farah Anwar Pandith nous accueille chaleureusement dans un salon feutré au cœur d’un bâtiment ultra-protégé. Après avoir obtenu le feu vert de Washington (...)

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A l’occasion de son passage-éclair à Paris,
la représentante spéciale du Département d’Etat pour les communautés musulmanes
dans le monde, Farah Pandith, a accordé un entretien exceptionnel à Oumma au
sein de l’ambassade américaine.

Mercredi 6 octobre, avenue Gabriel, Paris. Rendez-vous
est pris à l’ambassade américaine, située aux abords de l’Obélisque de la
Concorde, pour une interview exclusive. href="http://www.state.gov/r/pa/ei/biog/125492.htm">Nommée en juin 2009 par
Hillary Clinton pour être l’émissaire spéciale du Président Obama auprès des
communautés musulmanes à travers le monde, Farah Anwar Pandith nous accueille
chaleureusement dans un salon feutré au cœur d’un bâtiment ultra-protégé. Après
avoir obtenu le feu vert de Washington- où votre identité est contrôlée en
amont, franchi les diverses barrières de sécurité, et croisé quantité de gendarmes
français et autres militaires américains, nous parvenons enfin à
rencontrer une dame de fer, enjouée, volubile et prête à répondre aux questions
d’Oumma. Un personnage atypique et intriguant, déjà en activité dans un
Département d’Etat dirigé auparavant par Condoleezza Rice et dont le parcours
politique, à 42 ans, est jalonné par des passages dans des structures
discrètement influentes, notamment le href="http://www.whitehouse.gov/administration/eop/nsc/">Conseil de sécurité nationale
et le Council on Foreign Relations. C’est le « paradoxe
Pandith » : un contact simple et spontané, typique de la
communication politique américaine, mais qui recouvre une expérience forgée
dans de puissants et austères organes de décision.

Les menaces terroristes censées peser sur Paris se font
ressentir, évidemment, jusqu’au cœur de l’ambassade. Pour des questions de
sécurité, aucune photo ne pourra être prise. Seule la responsable de la presse
est autorisée à capturer des images de la rencontre afin de les envoyer à
Washington pour archivage. Un dictaphone est enclenché pour enregistrer
l’interview. Quant au porte-parole de l’ambassade, il nous fait poliment savoir
que nous avons exactement une demi-heure avant que madame Pandith ne doive
repartir pour un autre rendez-vous. Finalement, en raison de son intérêt pour
les thèmes abordés, la diplomate signalera vers la conclusion de l’échange,
d’un simple geste de la main à l’attention du porte-parole, qu’elle préfère prolonger
de quelques minutes supplémentaires la discussion. Un échange sur le vif.



Oumma : Quel est le sens de votre fonction ?


Farah Pandith : C’est la première fois dans l’histoire des
Etats-Unis que nous avons cette fonction. Celle-ci fut mise en place deux semaines
après le
href="http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/document/300353123-le-discours-de-barack-obama-au-caire-texte-et-video-.htm">discours
du Président au
Caire
en 2009. Le but consiste à travailler directement avec les communautés locales,
au niveau individuel et à travers le monde. Il s’agit de faciliter le partenariat
et le dialogue.

Qu’est ce qui explique la création d’un tel poste sous l’Administration Obama ?

Vous connaissez l’engagement du Président Obama sur la question du rapport
des Etats-Unis avec l’islam. Deux mois après son discours inaugural, il a
réaffirmé cela devant le Parlement turc.

Mais c’est au Caire qu’il a déployé sa vision pour ouvrir une nouvelle ère de
collaboration et développer des actions concertées quant à l’éducation et aux
nouvelles technologies. Quand vous avez un Président qui en a fait une
priorité, une Secrétaire d’Etat qui demande à chaque ambassade dans le monde de
faire preuve d’ingéniosité pour savoir comment nous pouvons devenir le vecteur,
le facilitateur et le partenaire intellectuel, tout cela sous-entend que les
diplomates doivent élargir et approfondir leurs contacts auprès des musulmans.
Pas seulement les dirigeants d’organisations mais aussi les entrepreneurs, les
bloggeurs, les directeurs associatifs, les activistes qui agissent dans le bien
de leur communauté. Nous apprenons à connaitre de plus en plus la forme et
l’envergure de ces communautés à travers le monde. Pourquoi maintenant ? Parce
que nous avons un Président qui s’est engagé sur ce sujet, qui comprend le
poids démographique d’une population qui correspond à 1/4 de l’humanité. Nous devons
apprendre à collaborer tous ensemble.

Vous avez évoqué votre intérêt pour les
"petites voix" dans le monde musulman ? Que voulez-dire de la sorte ?


Je pense qu’il est important d’écouter ces personnalités qui ne sont pas
souvent entendues. C’est ce que je voulais dire quand je parle d’élargir nos
contacts. Pendant très longtemps, nous avons écouté les soi-disant
porte-paroles de ces communautés .Bien sûr, ils sont importants et respectés
mais il y a beaucoup d’individus, dans les jeunes générations, qui ont des
choses intéressantes à exprimer. Une des missions que m’a confiées la Secrétaire
d’Etat consiste justement à me concentrer sur les moins de 30 ans. Un milliard
et six cents millions de musulmans sur la planète dont la majorité est âgée de
moins de 30 ans. Vous le savez. Entre 60 et 80% des communautés selon leur
localisation géographique. Je veux connaitre leurs histoires, leurs
innovations, je veux développer les moyens qu’aura le gouvernement américain
pour les mettre en avant et, plus important encore, les relier. Les personnes
formidables que j’ai rencontrées hier à Lyon pourront être mis en contact avec
d’autres à Lahore, au Pakistan, non pas parce qu’elles sont issues de la même
culture mais en raison de leurs idées innovantes en commun. Je voyage
énormément depuis ma prise de fonction, voilà un an ; dans le dernier mois, j’ai
visité environ trente pays dans cette perspective.

L’Administration Obama semble vouloir
redéfinir les rapports des Etats-Unis avec le monde musulman. Vous avez déjà été
en exercice dans le département d’Etat sous l’Administration Bush. Quelles sont
les différences d’approche selon votre expérience ?


Elles sont nombreuses. Tout d’abord, je tiens à préciser que c’est un honneur
pour tout Américain de servir au sein du gouvernement à des postes à
responsabilité. En tant qu’Américaine et musulmane, j’ai eu cette chance. Quant
à la nouvelle Administration, elle se distingue dans la mesure où elle a changé
le ton, le rythme, la passion et l’énergie sur cet engagement. Le Président en
a fait une priorité et en demandé qu’il en soit de même pour tous les secteurs
du gouvernement.

Les derniers débats autour de l’islam
américain, notamment à propos de la question d’un Centre communautaire en cours
d’édification près de Ground Zero, semblent attester d’une
href="http://www.salon.com/news/islam/?story=/politics/war_room/2010/09/29/american_muslim_terrorism_report">recrudescence
de
href="http://onfaith.washingtonpost.com/onfaith/undergod/2010/10/major_muslim_group_launches_islamophobia_department.html">l’islamophobie
dans votre pays. Est-ce le cas d’après vous ?


Ce qu’il faut d’abord rappeler sur ce point, c’est que notre Constitution
accorde la liberté religieuse à tout citoyen. C’est sur ce principe inaliénable
que notre pays s’est fondé au travers d’une grande diversité ethnique et
religieuse. Entre 5 et 8 millions de personnes, venues du monde entier,
composent la population américaine et musulmane. C’est le sens de l’Amérique.
Depuis neuf ans, des incidents ont effectivement redéfini la manière dont nous
parlons de l’islam et des musulmans. Tout le monde en est conscient. Voilà
pourquoi le Président en appelle au respect mutuel. Ce qui s’est passé constitue
un défi mais la liberté religieuse n’est pas une question négociable. Il y a
des minorités, de part et d’autre, qui s’expriment mais qui ne représentent pas
l’Amérique.

 

« L’islam fait partie de
l’Amérique »

 

L’engagement du Président Obama sur ce
point a semblé clair jusqu’à sa déclaration impromptue, face à une
href="http://edition.cnn.com/2010/POLITICS/08/14/obama.islamic.center/index.html?eref=rss_latest&utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+rss%2Fcnn_latest+%28RSS%3A+Most+Recent%29&utm_content=Google+International">
caméra
de href="http://articles.cnn.com/2010-08-14/politics/obama.islamic.center_1_islamic-center-ground-zero-center-and-mosque?_s=PM:POLITICS">CNN,
où il indiqua qu’il ne ferait pas de commentaire personnel sur la "sagesse
de la décision" relative à la construction du Centre. Qu’a-t-il voulu dire
par là ?


Le Président a été très clair des qu’il est entré dans le débat : l’islam
fait partie de l’Amérique. Si vous observez l’histoire de notre pays, l’islam
est présent dès le début, avec l’arrivée des esclaves. Les musulmans américains
sont présents dans toutes les couches sociales du pays. La plupart figurent notamment
parmi les classes supérieures. Le
href="http://www.america.gov/st/democracyhr-french/2010/August/20100816143448x0.1307032.html">discours
du Président, lors de la rupture du jeûne, est significatif. Il a rappelé la
rencontre de Thomas Jefferson durant un Iftar avec l’ambassadeur
tunisien. Notre histoire est celle la coexistence de plusieurs croyances. Mais
il a aussi parlé du droit qui revient aux municipalités d’autoriser ou non la
construction d’un lieu de culte. Dans sa remarque, il a distingué le droit de
construire un lieu de culte et la pertinence de toute construction. Cet aspect
revient précisément aux citoyens de New-York qui doivent en décider.

Son commentaire a tout de même href="http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/northamerica/usa/barackobama/7946770/Barack-Obama-backtracks-over-Ground-Zero-mosque-support.html">paru
plus
href="http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/08/14/AR2010081401796.html">ambigu,
comme s’il s’agissait d’une rétractation.

Ce que le Président a dit, c’est que la décision d’autoriser la
construction ne lui revient pas. Il a été très clair en s’inscrivant dans
l’esprit de la Constitution et du Premier Amendement.

L’image de Barack Obama, plutôt bonne au
départ, a été particulièrement ternie, notamment aux yeux des Français
musulmans, par l’intensification de l’intervention militaire en Afghanistan et
au Pakistan. Comment pourriez-vous corriger une réputation aussi endommagée ?


Tout d’abord, je tiens à rappeler son engagement, inédit pour le commandant-en-chef
des forces américaines, de respect envers l’islam. Ensuite, les décisions en
politique étrangère ne sont pas fondées sur la religion mais sur des motifs géostratégiques.
Ils sont délicats et représentent un défi car ils concernent, de par les circonstances,
des pays musulmans.

Justement, à propos de politique étrangère,
la gestion du dossier israélo-palestinien semble toujours relever d’un deux
poids deux mesures de la part des Etats-Unis. Comment espérez-vous convaincre
l’opinion publique, dans le monde musulman mais aussi au-delà, qu’il ne s’agit
pas là d’un traitement inéquitable ?


Permettez-moi d’être clair à ce sujet : je ne crois pas qu’il existe un
"monde musulman". Je pense plutôt qu’il s’agit de communautés
musulmanes à travers le monde, y compris en Occident. La question israélo-palestinienne
est d’abord un problème humain et tout le monde veut une solution. Le Président
a été très clair : il veut une solution à deux Etats et l’instauration d’une
paix à long terme dans la région. Il a nommé un envoyé spécial dès le second
jour de son mandat car il est résolu à trouver une solution à ce problème. Dans
ce but, tout le monde peut se réjouir de la reprise des pourparlers.
 

Personnellement, êtes-vous vraiment optimiste
sur ce dossier ?


J’ai beaucoup d’enthousiasme quant à la vision du Président Obama et je suis
encouragée par les dernières avancées développées par la Secrétaire d’Etat et
l’émissaire spécial George Mitchell. J‘aime l’idée que les gens reprennent le
dialogue.

Dans un autre domaine de la politique
étrangère, il semble que les autorités américaines, notamment à travers l’Ambassade
de Paris, s’intéressent
href="http://gestion-des-risques-interculturels.com/pays/europe/france/les-banlieues-francaises-cibles-de-linfluence-culturelle-americaine/">
particulièrement
aux href="http://www.nytimes.com/2010/09/23/world/europe/23france.html?_r=1">futurs
leaders d’opinion issus de la communauté musulmane
href="http://www.rue89.com/justin-blog/cia-et-banlieues-francaises-decryptage-dune-info-choc">française.
Pourquoi une telle attention à leur égard ?


Nous sommes toujours vigilants à l’émergence de nouveaux leaders, pas
seulement musulmans, pour développer nos partenariats dans l’avenir. Il ne faut
pas seulement s’intéresser d’ailleurs à l’élite mais aussi aux autres franges
de la société dans lesquelles de nouvelles figures peuvent surgir : les artistes,
les associatifs, entre autres. Globalement, il s’agit de mettre en lumière, et
en rapport les uns aux autres, les talents de la prochaine génération. A
l’époque de Facebook et de Twitter, c’est devenu une nécessité.

Comment envisagez-vous le désamour de
nombreux talents issus de l’immigration vis-à-vis de la France, au point que
certains choisissent de s’exiler au Canada, à Londres ou aux Etats-Unis ?


Ce n’est pas au gouvernement américain de conseiller la France sur la
politique à mener dans ce domaine. D’autant que vous avez un modèle d’intégration
particulier. Je ne pourrai donc pas de faire de commentaire sur ce sujet.

Dernière question, au sujet du monde
islamique et de sa vision des Etats-Unis : samedi dernier, un article du
href="http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/10/02/AR2010100200663.html">Washington
Post
a évoqué le rejet de plus en plus croissant des musulmans, en
résonance sur ce point avec la récente
href="http://www.youtube.com/watch?v=k4phNuwx8Hs">déclaration du
président iranien à l’ONU, de la version officielle du 11-Septembre. Comment l’expliquez-vous ?


Vous savez quoi ? Il a y a énormément de théories du complot. Ma préférée- si
je puis dire- concerne le tsunami de 2004 : selon certains, il s’agirait
là d’une manœuvre américaine ! Nous pourrions passer des heures à débattre
de cette question mais je préfère ne pas perdre mon temps là-dessus. Tout ce
que je souhaite, c’est que tout le monde redevienne rationnel. Al
-Qaïda s’est attribué
le 11-Septembre. Ils l’ont revendiqué !

Mais pourquoi alors un tel href="http://fr.danielpipes.org/3708/sondage-pew-sur-les-opinions-des-musulmans">scepticisme,
une telle défiance, notamment de la part des musulmans, sur ce point précis,
selon vous ?


Je crois que cela dépend de votre localisation dans le monde et comment vous
avez accès à l’information. C’est une horrible tragédie qui s’est produite mais
il y a tellement d’éléments qui soutiennent ce qui s’est passé. A mes yeux, la
controverse n’a pas de sens. C’est à vous, les journalistes, d’être précis sur
les faits afin de pouvoir poser les bonnes questions, y compris à l’attention
de vos communautés respectives.

Vous voulez dire que c’est de la faute des
médias, en l’occurrence
href="http://www.voltairenet.org/article7709.html">ceux des pays
musulmans, si la version officielle est contestée ?

C’est à tout journaliste à travers le monde d’être le plus scrupuleux à
ce sujet.

Merci de nous avoir accordé cet entretien,
madame Pandith.

C’est moi qui vous remercie d’être venu
jusqu’ici en ce jour pluvieux. J’ai un tel respect pour Oumma et j’espère que
nous pourrons reprendre cet échange lors de ma prochaine venue en France.

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