Samedi 11 février 2012

En hommage à Marwa Sherbini, et aux autres

Les faits sont violents, leur énoncé, bouleversant. Y revenir est pourtant une obligation : 32 coups de couteaux, équitablement partagés, pour Marwa, l’enfant de trois mois qu’elle portait et son époux, chercheur en génétique, qui en réchappera. Le tout sous le regard perdu, et à tout jamais brisé, de leur enfant, petit môme juste assez grand pour en conserver les séquelles toute sa vie.

Partagez :

A peine l’aura-t-on entre-aperçu dans quelques maigres espaces carrés de nos feuilles d’informations quotidiennes ! Comme s’il s’agissait d’un secret gênant honteusement glissé à la hâte dans un murmure. Comme une parole étouffée par le froid glacial de nos illusions. Ou comme une vérité brûlante, vitriol d’un cri trop lourd à pousser. On l’aura appris par d’autres bouches, la terrible histoire. Des bouches, par centaines et par milliers, mais pas ici. Des bouches d’ailleurs pour dénoncer la boucherie qui venait de se dérouler chez nous. Des bouches plus éprises de Justice que tous les yeux crevés de ceux qui se font encore appeler les « Chiens de garde des Démocraties » et qui se sont accordés, dans un aboiement commun, pour mieux taire le drame. Comment ne pas les voir ? Cerbères dédiés à notre enfer.

Retenons ce nom, Marwa Sherbini. Retenons-le bien. Il fera date. Il fera l’Histoire. Pour que l’histoire, celle qui justement s’écrit de la main des hommes, par sa répétition, ne commette plus de redondance meurtrière. Et au nom de cet enfant de trois ans qui levaient les yeux sur le corps ensanglanté de sa mère, gisant sur le sol glacial d’un austère Palais de Justice allemand, je ferais en sorte de l’enseigner à tous les enfants du monde. Marwa Sherbini.

Les faits sont violents, leur énoncé, bouleversant. Y revenir est pourtant une obligation : 32 coups de couteaux, équitablement partagés, pour Marwa, l’enfant de trois mois qu’elle portait et son époux, chercheur en génétique, qui en réchappera. Le tout sous le regard perdu, et à tout jamais brisé, de leur enfant, petit môme juste assez grand pour en conserver les séquelles toute sa vie.

Mais les reprendre ainsi littéralement, en faisant abstraction du climat qui les a vus naître, comme le firent froidement nombre d’organes de presse, c’est, d’une certaine manière, porter une atteinte à la mémoire de la défunte aussi raide et aussi froide que la main du criminel. C’est, tout autant, violenter la vérité que Marwa entendait défendre, en portant son cas dans un prétoire et en le soumettant au juge.

Quelque part, par une sorte de perpétuation de la dynamique du crime générée par la manière dont on le relate, c’est fortifier le système dans lequel est née la haine qui fit, à la vue de tous, d’un simple homme désœuvré, un criminel des plus barbares. D’ailleurs, les milliers de manifestants qui, dans les rues du Caire, entendaient marquer leur émotion, ne s’y sont pas trompés. Ils ne crurent pas un seul instant à un simple fait divers. Qu’il me soit permis d’écrire que pour notre part, nous qui, ici, sur le sol de la même Europe, ne sommes pas sortis de nos demeures pour le dénoncer, nous n’y croirons jamais.

Ainsi, il était écrit que le crime aurait pour décor cette partie de l’enceinte des Palais de Justice que, de ce côté du Rhin, nous appelons généralement la « salle des pas perdus ». Je m’interroge : qui peut raisonnablement croire que les pas de l’assassin le furent ? Toute l’actualité de nos quotidiens, les regards pesants sur notre passage, les insultes jetés dans notre dos, les dénis de droit et de justice, les exclusions, les étiquettes, les violences, l’augmentation constante des agressions islamophobes, la suspicion entretenue sur nos intimités, la prolifération des discours publics plus prompts à distiller la haine de l’islam et des musulmans qu’à appeler toutes les consciences à dépasser leurs peurs et à travailler intelligemment à la construction du bonheur commun…tous, sans exception, nous disent d’une même voix qu’ils furent, bien au contraire, conduits, orientés et dirigés.

A s’y pencher de plus près, il y avait quelque chose d’inévitable, presque d’attendu dans la mort de Marwa. Et, même si tous ses coreligionnaires en furent choqués, je n’en ai pas trouvé un seul qui fut véritablement surpris. Car, ils vivent tous en permanence, sans plus s’en étonner, sous le règne oppressant de l’opprobre et de l’anathème. Et que dans une régularité que le meurtre de Marwa n’a pas ébranlé, chaque jour apporte avec lui son surplus de haine et d’animosité qu’ils ont pris pour malheureuse habitude de côtoyer silencieusement, espérant en secret qu’elles s’étoufferont toutes seules avant d’avoir eu le temps de se transformer en ce que personne ne peut vouloir.

Mais, alors que s’ouvre ce lundi le procès de son assassin, la mort tragique de Marwa Sherbini nous appelle tous à dépasser la fragilité de nos émotions pour mieux transcender l’horizon perdu de l’islamophobie ambiante. En ce sens, n’en déplaise aux médias qui ne voulaient pas en parler, elle est un cri. Dans ce qu’elle a de plus beau, elle est un appel. Un appel fort et généralisé pour que chacun s’engage, personnellement et en conscience, à ce que les germes de la folie qui a causé sa mort soient fermement déracinés des nombreuses terres où ils sont enterrés. Dans les palais de Justice, sur les lieux de travail, dans les espaces médiatiques, dans les conciliabules politiques, les rues, les manuels scolaires et les places publiques. Dans les cœurs en colère ou les esprits égarés. Partout.

Il n’y qu’ainsi que nous ferons de notre belle terre d’Europe, une terre saine et fertile. Une terre qui aurait pu servir de dernière demeure à Marwa et à ses descendants si elle n’avait pas été à ce point polluée par la mise à l’index d’une religion et de ses fidèles.

Qu’on se le dise, aucune salle d’audience au monde ne serait assez spacieuse pour accueillir toutes celles et tous ceux qui, dès demain, s’attèleront à suivre les débats. En ce qui nous concerne, nous les suivrons passionnément, parce que la quête de la Justice ne peut être que passionnée, mais de toute notre intelligence. Avec sagesse et endurance, nous exigerons, au nom de Marwa et des autres, que Justice soit rendue, en Allemagne et partout ailleurs, à tous ces musulmans niés dans leur être, au nom de leur foi.

J’ai beau chercher de quoi le consoler, je ne vois pas d’autre promesse digne d’être faite à un orphelin de trois ans, qui gardera toujours au fond des yeux, le spectre du martyr de sa mère.

Publicité Oumma Media

Commentaires

X
0 points

Puisse Allah te récompenser au décuple pour cet article qui nous rappelle l’essentiel : nous ne cessons d’oublier, malheureusement, des faits tragiques nous concernant. Puisse Allah faire miséricorde à notre soeur Marwa et l’élever parmi les vertueuses en l’accueillant dans son vaste paradis, Al-Firdaws al-A’la ! Amîn à l’infini !

X
0 points

je prends connaissance de cette affaire sur votre site aujourd’hui même et je suis choqué de voir qu’aucuns médias n’en a parlé. Cette affaire est terrible pour qu’on se taise encore, il y a 2 semaines de cela, j’apprends en écoutant la radio beurre fm qu’une jeune fille voilé s’est fait agrésser dans la banlieue de bordeaux,et cela sans qu’on en parle nul part. On voit trés bien aujourd’hui la volonté des médias à faire monter l’islamophobie en france ou en europe, et zaper les conséquences que cela peux avoir sur l’ensemble de la communauté musulmane, qui avouons le n’a persponne pour la représenter dignement et dénoncer de façon radicale cette islamophobie montante. Certe on en parle mais personne agis ! il faut absollument tirer la sonnette d’alarme car ce sont des crimes.

X
0 points

Merci Monsieur Abd al Hakim Chergui pour cet article émouvant et poignant par son contenu qui a fait couler mes larmes ! Qu’Allah accepte notre soeur Marwa dans un des ses paradis ; et qu’il veille sur le petit orphelin et d’armer son époux de patience ! Amine ya rabba al alamine .

X
0 points

" J’ai beau chercher de quoi le consoler, je ne vois pas d’autre promesse digne d’être faite à un orphelin de trois ans, qui gardera toujours au fond des yeux, le spectre du martyr de sa mère. "

... en manifestant dans les rues de Paris, Londres, Rôme, Bruxelles, Berlin, etc. pour que les mass-medias parlent de cette islamophobie.

X
0 points

Salam
merci à notre ami Abdelhakim Chergui qui est président de l’école musulmane d’AL KINDI à LYon mais qui porte une contradiction énorme, en tant que promoteur des écoles privées musulmanes qui vont aller à l’encontre de ce qui est attendu pour nos enfants dan,s cette terre d’Europe. Comment pouvons nous lutter contre les préjugés et l’islamophobie lorsqu’on choisit sciemment que nos enfants auront leurs mosquées, leurs clubs de foot (qui comme le Bébel Club refuse de jouer contre les homosexuels) , leurs commerces communautaires leurs salles de sports leurs écoles etc leurs quartiers ghettoisés etc . Je pense que lka lutte contre l’ignorance de notre noble religion et nos cultures passe par l’ouverture à l’autre et par l’entre-connaissance recommnandée par le Coran. Et la lutte contre l’islamophobie passe aussi par des combats politiques indispensables pour changer le rapport de force, mais c’est vrai que lorsqu’on choisit l’enfermement communautaire c’est difficile de parler de bien commun

X
0 points

Cette haine qui pointe son nez un peu partout en Europe envers les musulmans et leur foi, trouve l’essentiel de ses racines dans le traitement des médias à tout ce qui touche à l’islam et aux musulmans. Articles, livres, émissions , déclarations...dignent de la propagande vichiste.

X
0 points

Samsoume

Lorsque les écoles publiques ne correspondent pas a nos valeurs religieuses, il n’y a pas d’autres solutions que de s’organiser et de nous trouver des solutions adaptées.
Les écoles musulamnes, sont ouvertes à tous, si des nons muslims veulent s’y inscrire, il n’y a pas de pb.
A l’instar, des écoles privées catho, juives, nos écoles répondent a une demande, qui attendait depuis bien trop longtemps....

X
0 points

@ samsoume. Les ecoles Musulmanes ne participent pas au comunautarisme puisqu’elles sont ouvertes a tous, y compris les Non-Musulmans.

Les prejuges que subissent les enfants franco-Musulmans dans l’Ecole Publique sont, en partie, responsables des resultats scolaires mediocres de ceux-ci.

Les causes : un deficit d’ambition, une estime personnelle faible, manque de confiance en ses capacites a reussir, manque d’attitude positive par rapport a l’enseignement et des aspirations peu elevees.

Contrairement a l’ecole publique, les ecoles Musulmanes acceptent de relever le defit et ainsi representent une alternative pour les parents soucieux de la reussite scolaire de leurs enfants. Le succes socio-professionel des Franco-Musulmans leur permettra une meilleur insertion dans la societe francaise.

X
0 points

Allah yarhemek ya Marwa, qu’Allah t’accepte dans son infinie miséricorde et t’accorde son paradis au même titre que les martyrs qui son tombés, pour l’amour d’Allah.

Amine ya Rabi el Alamine.

X
0 points

Cher UK : " Les écoles Musulmanes ne participent pas au communautarisme puisqu’elles sont ouvertes a tous, y compris aux Non-Musulmans". Mais les écoles laïques sont ouvertes à tous. Vous êtes en train d’affirmer l’inverse de la réalité. On demande simplement une neutralité à l’intérieur de l’Ecole.

Je ne doute pas un seul instant que dans les écoles des pays musulmans la neutralité confessionnelle soit respectée. Qu’il n’y a pas de cours de religion obligatoire. Mais voyez-vous, parfois j’ai des doutes.

"Les préjugés que subissent les enfants franco-Musulmans dans l’Ecole Publique sont, en partie, responsables des résultats scolaires médiocres de ceux-ci." Là, cher Uk, je vous arrête : j’ai toujours été enseignant dans des zones "sensibles". Votre discours est destiné à émouvoir, mais séchez vos yeux : personne n’a encore trouvé de solution pour faire travailler certains élèves quelque peu turbulants, habitués à l’autorité brutale et ne respectant pas en face d’eux ce qu’ils considérent comme de la faiblesse. Et pourtant on a cherché ! Vos "enfants franco-musulmans" s’en sortiront s’ils le veulent. Sinon, ils resteront des Français récents assistés.

X
0 points

@ANONYME. Certains Franco-Musulmans sont en partie responsable de leur echec scolaire mais ne reproduisez vous pas un rapport Dominé-Dominant en niant l’influence néfaste du systeme educatif republicain sur cette population ?

« l’école républicaine n’est pas isolée des idées qui travaillent l’opinion publique française à propos de l’immigration maghrébine. Nourries par l’héritage colonial et post-colonial, les exclusions qui se développent à l’école et en dehors de cette institution poussent les jeunes d’origine maghrébine sur le chemin d’une marginalisation sociale durable. Sans des signaux clairs leur accordant une place légitime au sein de la société française, ces jeunes risquent d’exprimer des identités oppositionnelles. »* Des solutions pour ameliorer la situation de cette population sont envisageables car nous connaissons les facteurs agissants sur cette population. Malheureusement, « critiquer l’école dans sa capacité à intégrer, à produire une citoyenneté véritable, à construire la nation, c’est porter atteinte à la République, à la nation française. »*

Eléments déterminants dans le comportement scolaires des jeunes maghrébins en France.* (selon Abdeljalil Akkari)

(a) Croyances instrumentales

  •  avec ou sans formation, les perspectives d’avenir sont compromises
  •  il est possible de s’en sortir avec la débrouille, la magouille et les petits trafics dans le quartier
  •  les modèles auxquels les jeunes veulent s’identifier sont situés du coté de la musique (rai, rap, techno) et du sport (football, boxe)

    (b) Croyances relationnelles

    - combat pour l’école : pas d’implication forte pour réclamer la déségrégation des zones d’éducation prioritaire ZEP ou la nomination de membres originaires de la communauté maghrébine dans le corps enseignant ou à la direction des écoles

  •  les décideurs à l’intérieur de l’école n’ont pas beaucoup d’expérience avec la culture d’origine, ils véhiculent à son égard une attitude de mépris teintée de paternalisme

    c) Croyances symboliques

    - la langue et la culture d’origine sont peu valorisées par l’école (par exemple : absence totale d’une discussion sur l’opportunité d’une éducation bilingue français-arabe)

  •  le curriculum scolaire n’est pas neutre ou négatif par rapport à la culture maghrébine
  •  étiquetage fort en termes de mauvais élèves potentiels
  •  ceux qui réussissent s’éloignent du groupe culturel notamment au niveau du logement

    *Les jeunes d’origine maghrébine en France : Les limites de l’intégration par l’école, par Abdeljalil Akkari, Université de Fribourg, Suisse

    Il n’est pas interdit de penser que le developement d’ecoles Musulmanes permetra un meilleur epanouissement des eleves Franco-Musulmans.

  • X
    0 points

    Ce meurtre qui vous choque est horrible. Je vous conseille donc de vous renseigner sur les crimes d’honneur de Jordanie, d’Irak, etc hélas, qui ne suscitent pas votre indignation.

    X
    0 points

    Allah Akbar,
    Allah est maître de notre destin, n’oublions pas c’est lui qui nous donne et reprend la vie.
    L’histoire de Marwa est poignante mais si Allah l’a fait partir aussi jeune c’est qu’elle compte parmi les meilleurs de notre communauté musulmane.
    Qu’Allah l’accepte au paradis et qu’il protège et donne patience aux siens ( son fils, son mari, ses parents, sa famille...).
    INCHALLAH