Elle court, elle court la déchéance de la nationalité…

Elle court, elle court la mesure qui fait froid dans le dos, fracassante et entêtante, passant d’un présid

mercredi 18 août 2010

Elle court, elle court la mesure qui fait froid dans le dos, fracassante et entêtante, passant d’un président à ses ministres, galvanisés par leur nouvelle trouvaille estivale, et repassant par l’incontournable case constitutionnelle, qui calme les ardeurs sécuritaires…

La mesure exceptionnelle ne deviendrait-elle qu’une mesurette d’exception, se dégonflant comme une baudruche après avoir fait planer le spectre du régime de Vichy sous lequel elle était en vigueur ?

Les jours se suivent, et le tintamarre présidentiel du 30 juillet à Grenoble, qui appelait de ses vœux la déchéance de la nationalité de "toute personne d’origine étrangère" coupable d’agression sur un policier ou un gendarme, se fait moins criard, couvert par une clameur de protestations hors et dans nos frontières.

Le Monsieur Immigration du gouvernement, Eric Besson, échaudé par un débat sur l’identité nationale qui a tourné court, a fait entendre hier la voix de la raison au micro de RTL, nuançant la portée d’une procédure qui se heurtera, tôt au tard, au réalisme juridique : La déchéance de la nationalité doit désormais "rester absolument une procédure exceptionnelle", soulignant : "Ça ne peut porter que sur des cas d’acquisition par le mariage", a-t-il insisté, au grand dam du clan d’irréductibles de l’UMP sourd au tollé qui ne cesse de s’amplifier en interne, et à l’étranger.

Nicolas Sarkozy croyait tenir là sa nouvelle formule magique de l’été, rassembleuse parce que discriminante, mais c’était sans compter la rafale de critiques, à droite comme à gauche, dans l’Hexagone comme à l’étranger, intestines, d’Alain Juppé aux villepinistes, et médiatiques, de l’Allemagne aux Etats-Unis en passant par la Grande-Bretagne, sans omettre l’ONU, qui s’émeuvent du virage ultrasécuritaire du pays des droits de l’Homme.

Les villepinistes ont tiré à boulets rouges, telle la députée Marie-Anne Montchamp qui a parlé de "surenchère" et de "position démagogique de l’Elysée", tandis qu’Alain Juppé mettait en garde : "Attention aux exagérations peu compatibles avec nos valeurs fondamentales", Christine Boutin condamnant le démantèlement de camps illégaux de gens du voyage.

Si la formule coup de massue devient un jour la norme, la loi aura vocation à régler le cas de Français qui ont acquis la nationalité par mariage, qui auraient tué ou blessé un policier, un gendarme ou un autre dépositaire de l’autorité publique, et qui possèdent également une autre nationalité.

Un profil qui ne court pas les rues. Autant dire que les personnes visées se compteront sur les doigts d’une main. Tout ce foin, pour une nouvelle esbroufe politicienne très préjudiciable, qui se réduit sous nos yeux comme une peau de chagrin.

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