Ecrasons l’informe

Il n’est pas un jour qui se passe sans qu’on entende une nouvelle provocation dans le champ médiatique. N

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mardi 11 novembre 2003

Il n’est pas un jour qui se passe sans qu’on entende une nouvelle provocation dans le champ médiatique. Nous savions que la république des médias fonctionnait au scandale. L’intelligentsia en France, depuis son troisième âge, aime à ce qu’on parle d’elle. Le plus souvent est le mieux. C’est pour elle plus qu’une question d’honneur, ce point revêt pour elle un caractère existentiel. Il en va de sa peau. Mais aujourd’hui nos matamores de papier glacé semblent avoir pour cible unique, pour seul faire-valoir : l’Islam (c’est leur obsession ce n’est pas la nôtre !). Ironie du sort, l’Islam est devenu l’opium des intellectuels médiatiques français. Atteindre le firmament du PAF, n’est-ce pas goûté au délice des paradis artificiels, atteindre à la félicité par les houris cathodiques. Pourtant que n’y a-t-il de choses à faire au royaume de France. Royaume dont le souverain d’aujourd’hui n’est-il pas le MEDEF ? Ainsi a-t-on pu voir les plus médiocres représentants de la corporation des « scribes » se lancer dans la carrière. Tant le combat contre l’infâme islamique apparaissait comme une aubaine.

Pour les écrivains sans talent, et qui le savent, force est de compenser leur peu de génie par les ruses et la tactique d’épicier. Le dérapage verbal devient une stratégie de « communication ». Force est donc au tâcheron d’échapper à son insignifiance, littéraire tout au moins, en chevauchant les licornes du moment, en l’occurrence ici, l’islamophobie. Thème aux relents de soufre, mais infiniment porteur aujourd’hui ; en en faisant usage, on est donc sûr de faire mouche à chaque coup, de ces mouches qui aiment le vinaigre bien sûr... La stratégie de transgression calculée est une activité qui rapporte. Voyez Salman Rushdie, voyez Michel Houellebecq, voyez aussi la très subtile Fallaci. La malédiction divine est une bénédiction éditoriale. Ces voltaire de pacotille, jamais ne prennent de risque, car tirer sur l’Islam, c’est tout à la fois tirer sur une ambulance et trouver la poule aux œufs d’or. C’est facile et ça peut rapporter gros. On n’embastille pas les faussaires, sinon ces Pangloss se tairaient… Ces vers luisants auraient-ils le monopole des Lumières d’aujourd’hui ? Tout ce qui brille n’est pas de l’or, même si ces lucioles ont un strapontin médiatique… « Il faut toujours, disait l’auteur de Candide, que ce qui est grand soit attaqué par les petits esprits. » Ainsi si ces Diafoirus de la tribune entendent guérir la fille aînée de l’Eglise de son virus islamique, voici leur méthode : « une bonne saignée et tout rentrera dans l’ordre » ; méthode qui a fait ses preuves tout le long du XXème siècle. Et ils s’en donnent à cœur joie. Pourtant si Uzbek, le héros Des lettres persanes, venait à se promener dans la rédaction du point, que ne serait pas son étonnement devant tant de prétention pour si peu de talent, car la banalité, l’insignifiant et le trivial sont le quotidien du magazine, dans lequel casser du muslim c’est trendy. Que le grotesque Imbert promène sa « barbarie raisonnante » sur d’autre objet. Le « malade imaginaire » n’est pas celui qu’on croit… Ecrasons l’informe.

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Auteur : Jamal Es samri

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