« Deux poids, deux mesures » : Faut-il interdire le bandana, la barbe, ou les ligues fascistes ?

A l’heure où le débat public sur les notions dites de « laïcité » et « République » vire à la

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mardi 27 janvier 2004

A l’heure où le débat public sur les notions dites de « laïcité » et « République » vire à la confusion complète autour de projets aussi absurdes que l’interdiction de la barbe voire du bandana dans les établissements d’enseignement, une véritable conspiration du silence continue de masquer des faits autrement dangereux pour la démocratie : je parle ici des agissements violents, et sanglants, d’une bande se réclamant de l’extrême droite juive, la soi-disant « Ligue de Défense Juive », dont l’impunité ne connaît pas de bornes.

Le 30 décembre dernier, un commando de la « Ligue de Défense Juive », fort d’une quinzaine d’individus, a ainsi attaqué, dans l’enceinte même du tribunal administratif de Paris, une délégation d’étudiants de l’Association Générale des Etudiants de Nanterre (AGEN). Cette dernière était venue plaider un contentieux opposant ce syndicat à l’administration de l’Université de Paris X (Nanterre). Quatre étudiants de l’AGEN ont été blessés, dont l’un, d’origine palestinienne, ne sait pas s’il conservera l’usage d’un œil, du fait des coups sauvagement reçus, aux cris de « Sale Arabe, on vous aura tous ! »

Des plaintes ont été déposées, qui ont permis à la police de retrouver l’un des agresseurs présumés, dénommé Anthony Attal. Une confrontation entre Attal et les étudiants de l’AGEN a eu lieu mercredi 21 janvier, dans les locaux de la police judiciaire Boulevard Bessières, à Paris XVIIème. Les étudiants agressés ont formellement reconnu Attal.

Mais à la sortie des locaux de la police, les étudiants de l’AGEN ont eu la désagréable surprise de trouver une douzaine d’individus de la LDJ, à bord de trois voitures, qui les ont pris en chasse, en proférant à nouveau des menaces et injures racistes !

Alors, que faut-il penser de la situation qui prévaut actuellement dans notre pays ?

Toute une partie de la population française subit les affres d’une posture discriminatoire et ségrégationniste. Cette population a le tort originel d’être issue d’une immigration considérée comme culturellement allogène et structurellement marginale. Dès lors, sa stigmatisation et sa disqualification ne provoquent plus que des cas de conscience mineur. La France des droits de l’homme se mue en un territoire dans lequel s’acclimatent et se cultivent les préjudices. La communauté française d’origine arabe est constamment pointée du doigt. Un doigt accusateur qui génère l’exclusion et qui provoque la marginalisation. Désormais une césure morale et psychologique fait office de frontière entre deux catégories de citoyens, ceux à part entière et ceux entièrement à part. On ne se donne plus la peine de s’encombrer de précautions oratoires pour aller droit au but, frapper plus et fort.

L’affaire du foulard qui suscite des interrogations légitimes s’est transformée, comme par enchantement, en une plaidoirie anti-musulmans. Une hystérie politicienne, raciste et médiatique a fait du foulard et -comble de l’hérésie- de la barbe, un problème d’Etat. Sont alors entrés en scène, à l’instar des acteurs de tragédie, les mots spectres, encore chargés de frissons, d’angoisse et de haine d’un autre âge : intégrisme, islam et immigration. La lepénisation des esprits est en marche accélérée.

Une autre forfaiture pour étayer l’argumentaire, si naguère on n’était pas suffisamment convaincu de l’étendue du mal dont cette population est coupable, sa responsabilité avérée dans la recrudescence des actes antisémites. N’est ce pas que les écoles ZEP, à forte concentration d’élèves « maghrébins », sont devenues des « territoires perdus de la République ». N’est-ce pas que la critique d’Israël, en sa qualité de pays colonisateur, est un indice révélateur de la profondeur de la pensée judéophobe ?

Il ne faut plus se leurrer. Aujourd’hui, la victime n’est plus celle qu’on pensait. Aujourd’hui des citoyens français se font maltraiter, invectiver, menacer de mort pour leur simple prise de position humaniste et humanitariste en faveur d’une solution juste et durable au Proche Orient. Aujourd’hui, des hommes et des femmes, qui ont le courage de leurs opinions, sont sauvagement agressés par une horde de jeunes zélateurs du sionisme drapés dans l’impunité républicaine. Aujourd’hui, la police qui écume les quartiers difficiles pour instaurer la paix civile, ignore, curieusement, ces voyous notoires adeptes de la violence pour que perdure l’ignominie du comportement d’un Etat tiers.

Aujourd’hui une chape de silence médiatique et politique se fait complice des multiples exactions commises par l’innommable Ligue de Défense Juive, comme cela vient encore d’être le cas, contre des étudiants de Nanterre, français « de souche » et « basanés » confondus, coupables de défendre, entre autres, les droits du peuple palestinien.

Si nos dirigeants veulent retrouver un minimum de crédibilité auprès de l’opinion de ce pays, et singulièrement de ses millions de laissés pour compte, il est plus que temps de cesser la politique du « deux poids, deux mesures », et de mettre un terme aux agissements de cette bande fasciste qu’est la Ligue de Défense Juive, interdite y compris aux Etats-Unis et en Israël, mais qui a jusqu’à présent bénéficié d’une mansuétude stupéfiante en France.

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Auteur : Hassan Aoummis

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