Des civils israéliens au secours de la Palestine

De nombreuses organisations israéliennes, aussi bien politiques que sociales s’engagent pour les droits du

par

lundi 6 mars 2006

La victoire du Hamas aux élections palestiniennes soulève à nouveau la question de la paix au Proche-Orient. Celle-ci serait-elle dans une nouvelle impasse ? Le discours à l’égard du Hamas témoigne de l’hypocrisie habituelle de la communauté internationale face au conflit au Proche-Orient.

Le gouvernement israélien refuse de coopérer avec des “terroristes”. Il serait plus juste de dire que le gouvernement israélien refuse de coopérer tout court. Celui qui a entamé les négociations avec les anciens membres du Fatah qu’il qualifiait lui même de terroristes, s’est repenti de son action en refusant de mener à terme ces négociations. Qu’avons-nous pas entendu à propos de Yasser Arafat ? Homme de paix ou terroriste, le qualificatif variait en fonction des intérêts israéliens. Ceux qui ont accepté de signer des accords avec les “terroristes” du Fatah, refuseront-ils d’engager des pourparlers avec les “terroristes” du Hamas ? Le gouvernement israélien a par ailleurs délibérément soutenu par le passé ce mouvement islamiste afin de miner l’OLP. Comment donc refuser sous l’approbation de la communauté internationale un mouvement que l’on a soi même encouragé ?

La réaction des Etats-Unis ne vaut même pas la peine d’être analysée tellement celle-ci se confond avec la politique israélienne. Les Etats-Unis et leur appui inconditionnel aux autorités israéliennes prolonge la rhétorique de la victoire des plus puissants.

Le droit international est quant à lui inexistant lorsqu’il s’agit d’Israël. Les résolutions du Conseil de Sécurité, nous dit la charte des Nations Unies, ont une portée obligatoire pour tous les Etats membres de l’ONU. Lorsque l’Irak ne s’est pas conformé aux résolutions du Conseil de Sécurité, de terribles sanctions ont frappé non seulement le gouvernement, mais aussi la population irakienne. Lorsque Israël ignore les résolutions du Conseil de Sécurité, aucune mesure n’est prise pour les faire appliquer. Il semblerait qu’il n’y aurait plus rien à attendre du droit international.

Les espoirs se sont alors longtemps portés sur l’Europe. Le nouveau poids politique de l’Union Européene pourra-t-il surmonter la politique de deux poids, deux mesures ? L’europe s’apprête à suspendre son aide aux autorités palestiniennes après la victoire du Hamas. Mais l’europe a collaboré sans souci majeur avec le gouvernement d’Ariel Sharon. Alors que le souvenir des massacres de Sabra et de Chatila sont encore vifs, la lutte d’un peuple pour sa liberté ne semble pas peser face à la guerre d’un gouvernement pour s’imposer. L’invasion terroriste se justifie, non la résistance.

En réalité la victoire du Hamas aux législatives palestiniennes n’est qu’un faux problème. La crise actluelle n’est qu’un révélateur de l’impasse politique dans laquelle se trouvait le conflit. Le vrai problème demeure celui de la paix. Une paix qui ne dépendrait ni des acteurs politiques en place, ni du contexte international. Une paix que ni le pouvoir israélien, ni les grandes puissances telles que les Etats-Unis ou l’Europe, ni même le droit international ne semblent en mesure d’assurer. Les gouvernements arabes ont, quant à eux, disparu depuis bien longtemps de la scène internationale. Le peuple palestinien paraît aujourd’hui, plus que jamais, isolé dans sa lutte.

Mais l’avenir n’est pas aussi pessimsite. Il existe des acteurs encore capables de peser à long terme sur le cours des évènements. Ces acteurs ce sont les citoyens israéliens qui, de plus en plus nombreux, se mobilisent pour la cause palestinienne. Juifs ou chrétiens, ils ont pris conscience de l’oppression exercée par leur pouvoir sur le peuple palestinien.

Avi Mograbi est un cinéaste israélien. Ses films-documentaires sont un témoignage de la violence de l’occupation. Son long métrage Août est un film sur la violence. Dans la rue, dans une salle d’attente chez le médecin, ou lors de tout évènement banal de la vie quotidienne, les palestiniens vivent dans une situation de violence permanente. Le film est une sincère critique du gouvernement israélien. Dans son dernier long métrage Pour un seul de mes yeux, on voit Avi Mograbi intervenir auprès des paysans palestiniens contre les soldats israéliens. Au delà du cinéma, Avi Mograbi est aussi connu pour son engagement quotidien en faveur de la cause palestinienne. Porte parole des soldats israéliens qui refusent de servir, il a été emprisonné pour ses propos jugés anti-sionistes.

Par ailleurs, le nombre des soldats qui refusent de servir, appelés aussi objecteurs de conscience ou refuzniks, est en augmentation constante. Fin juin 2002, ils étaient près de 500 officiers et soldats, réservistes de l’armée israélienne, refusant de servir dans les territoires occupés. En dépit des peines de prison encourues, ils persistent dans leur refus allant jusqu’à mener des grèves de la faim afin de protester contre leurs dirigeants.

En même temps, de nombreuses organisations israéliennes, aussi bien politiques que sociales s’engagent pour les droits du peuple palestinien. Dans une lutte commune avec les palestiniens, ces mouvements dénoncent le “mur de l’apartheid”. Gush Shalom ou Koutlat As-Salam est un mouvement qui n’a plus besoin de faire parler de lui. Ses prises de position contre la politique d’occupation du gouvernement israélien sont très virulentes. Avec les Anarchistes Israéliens Contre le Mur de Séparation et l’Icahd (Comité israélien contre les démolitions de maisons), les membres de Gush Shalom manifestent dans les villages touchés par le tracé du mur. Le 20 janvier 2005, ils étaient à peu près 1000 au village de Bil’in situé en Cisjordanie. Affrontant les coups et sévices de l’armée israélienne, ils ont réussi à rejoindre les paysans palestiniens qui protestaient contre la confiscation de leurs terres. Ces cas sont ensuite portés devant les tribunaux par un avocat israélien.

Un réseau associatif, bien qu’encore embryonnaire, semble ainsi se construire en lobby en faveur du peuple palestinien. Si certains membres de ce réseau défendent la création d’un Etat palestinien viable, d’autres rejoignent l’idéal prôné par Edward Said de rassembler sur un même territoire, palestiniens et israéliens, sans distinction raciale ou religieuse.

La paix au Proche Orient est conditionnée par la reconnaissance des droits palestiniens. Or sans la menace d’une contrainte, le gouvernement israélien continuera dans sa logique d’oppression. Dans un contexte d’absence de communauté internationale et d’impuissance d’un peuple isolé, cette contrainte émanera de la société civile israélienne, elle seule désormais capable de faire croire que la paix est encore possible.

Publicité

Auteur : Aya Suleimane

commentaires