Samedi 26 mai 2012
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Des « barbares » bombardés à Gaza. Construire l’ennemi

Ainsi, le sort fait aujourd’hui aux Gazaouis a été permis par une longue et obstinée construction de l’ennemi. Depuis le mensonge fondateur d’Ehud Barak sur la prétendue « offre généreuse » qu’il aurait faite en 2000 à Camp David, et que les Palestiniens auraient refusée, les politiciens et les communicants israéliens s’y emploient avec zèle ; et, ces jours-ci, ils intensifient leurs efforts (lire par exemple « Internet, l’autre zone de guerre d’Israël », Le Figaro, 31 décembre 2008).

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Qu’elle était naïve, décidément, cette idée selon laquelle, avec l’expansion des moyens de communication, il ne serait plus possible de commettre une exaction sans que l’opinion internationale, aussitôt alertée, réagisse par une protestation unanime... Alors que, pour compenser ce rétrécissement spectaculaire de la planète, il suffisait d’intensifier en proportion les efforts de propagande.

Les bombardements israéliens sur Gaza en offrent la démonstration la plus achevée. Vous croyez voir une population prise au piège, privée de tout par un blocus inhumain, se faire massacrer par un Etat qui, soutenu par la première puissance mondiale et assuré, quels que soient ses forfaits, de ne jamais être inquiété, occupe illégalement des territoires et opprime un peuple depuis quarante ans, en violant sans cesse ses engagements ? Abracadabra ! Mais non : vous voyez un pauvre petit Etat merveilleusement démocratique se défendre contre les méchants islamistes qui veulent sa perte. Et le pauvre petit Etat est vraiment désolé de devoir au passage réduire en charpie quelques gamins - les seuls Palestiniens que l’on daigne considérer comme « innocents », ce sont les enfants ; et encore... - pour parvenir à atteindre les fourbes activistes méritant mille fois la mort qui se cachent lâchement parmi eux.

« A partir du moment où l’autre est l’ennemi, il n’y a plus de problème. » On avait déjà eu l’occasion de citer ici cette phrase par laquelle, dans le roman de Stéphanie Benson Cavalier seul, un personnage explique comment on peut justifier les pires crimes. Croit-on vraiment qu’un seul massacre ait pu se commettre sans que ses auteurs se persuadent et persuadent les autres qu’ils y étaient obligés par le danger que représentaient leurs victimes ? Dans son livre La peur des barbares (Robert Laffont, 2008), Tzvetan Todorov rappelle : « Quand on demande aux policiers et aux militaires sud-africains pourquoi, au temps de l’apartheid, ils ont tué ou infligé des souffrances indicibles, ils répondent : pour nous protéger de la menace que les Noirs (et les communistes) faisaient peser sur notre communauté. "Nous n’avons pris aucun plaisir à faire cela, nous n’en avions aucune envie, mais il fallait les empêcher de tuer des femmes et des enfants innocents (1)." »

Transformer le faible en fort
et le fort en faible

Ainsi, le sort fait aujourd’hui aux Gazaouis a été permis par une longue et obstinée construction de l’ennemi. Depuis le mensonge fondateur d’Ehud Barak sur la prétendue « offre généreuse » qu’il aurait faite en 2000 à Camp David, et que les Palestiniens auraient refusée, les politiciens et les communicants israéliens s’y emploient avec zèle ; et, ces jours-ci, ils intensifient leurs efforts (lire par exemple « Internet, l’autre zone de guerre d’Israël », Le Figaro, 31 décembre 2008).

Mais le 11 septembre 2001, en poussant l’Occident à la frilosité grégaire et au repli identitaire, leur a offert un terrain favorable en leur permettant de jouer sur la nécessaire solidarité des « civilisés » face aux « barbares » : innocence inconditionnelle pour les premiers, culpabilité tout aussi inconditionnelle pour les seconds. Dans son éditorial de Libération du 29 décembre, Laurent Joffrin met ingénument en garde Israël contre le risque de perdre sa « supériorité morale » : en effet, on frémit à cette hypothèse. Quant à Gilad Shalit, il n’est pas le soldat d’une armée d’occupation capturé par l’ennemi, ce qui fait quand même partie des risques du métier, mais un « otage » (2).

La focalisation hypnotique, obsessionnelle, sur l’« intégrisme musulman », relayée avec zèle par d’innombrables éditorialistes et tâcherons médiatiques, tous ces « meilleurs spécialistes de l’islam de tout leur immeuble » qui, conformément au désormais bien connu « théorème de Finkielkraut » (moins tu en sais sur le sujet dont tu causes, plus on t’écoute), y ont trouvé un fonds de commerce providentiel et l’occasion d’une gloire facile, est parvenue à persuader l’opinion occidentale que celui-ci représentait aujourd’hui le plus grand danger menaçant le monde. «  Pour ma part, je soutiens Israël et les Etats-Unis. La menace islamiste est, à mes yeux, beaucoup plus terrifiante », ânonne ainsi un intervenant sur un forum - les forums constituant un témoignage accablant de l’ampleur et de la réussite du lavage de cerveau. Bassiner jour après jour des citoyens occidentaux désorientés par l’évolution du monde et peu sûrs d’eux-mêmes avec la « menace islamiste » a eu pour effet de faire disparaître tout le reste, et en particulier de gommer comme par magie tout rapport de forces objectif.

Le résultat, c’est qu’un type qui insulte une femme voilée dans le métro parisien n’a pas l’impression de s’en prendre à plus faible que lui, mais de poser un acte de résistance héroïque (« M’agresser est quasiment vécu par l’agresseur comme de la légitime défense », observe Malika Latrèche dans Les filles voilées parlent). Et qu’Israël passe non pas pour l’agresseur, mais pour la victime : « Les Israéliens ont toute ma sympathie dans cette épreuve », lit-on sur les forums du Nouvel Observateur, alors que les Gazaouis pataugent dans le sang et les gravats.


Massacrer les Palestiniens pour libérer leurs femmes

Le matraquage sur l’« islamisme » a été si efficace que l’occupation israélienne, qui constitue pourtant la donnée première de la situation au Proche-Orient, a tout simplement disparu des radars. Au mieux, quand on reste un peu sensible au malheur palestinien, on fait comme s’il était symétrique au malheur israélien - toujours cette « fausse symétrie » que pointaient Denis Sieffert et Joss Dray dans La guerre israélienne de l’information. Si d’aventure l’opinion occidentale est quand même prise d’un doute passager, « euh, vous êtes sûrs que vous n’y allez pas un peu fort, là, quand même ? », elle est aussitôt invitée à se rappeler que, de toute façon, ces gens-là ne sont que des bêtes malfaisantes qui détestent les juifs par pure méchanceté d’âme (eh bien oui, pour quelle autre raison cela pourrait-il bien être ?) et qui oppriment leurs femmes - on espère que les femmes palestiniennes seront au moins reconnaissantes à Israël de les débarrasser de tels monstres en tuant leurs maris, leurs pères, leurs frères, leurs fils.

Faut-il en déduire que le machisme mérite la peine de mort ? Dans ce cas, suggérons que la sanction soit aussi appliquée en Occident : je sens qu’on va rigoler. Oh, mais pardon, bien sûr, j’oubliais : il n’y a pas de machos en Occident, où règne une égalité parfaite entre les sexes. Et il n’y a pas d’antisémitisme non plus. Six millions de morts, c’était avant le déluge, d’ailleurs nos grands-parents étaient tous résistants, et de plus ces salauds d’Arabes étaient pronazis, ce qui prouve quand même leur malfaisance foncière. Avoir été pronazi, c’est vachement plus grave que d’avoir été nazi ou collabo, non ?

Cette analyse faisant de l’intégrisme musulman le plus grand péril menaçant la planète est parfois posée au détriment du plus élémentaire bon sens, comme le montrait par exemple en 2004 Sadri Khiari dans sa lecture du livre de Caroline Fourest et Fiammetta Venner Tirs croisés. Il relevait la contradiction entre le tableau que peignaient les auteures de la puissance respective des différents intégrismes monothéistes et les conclusions qu’elles en tiraient, à savoir que l’islamisme était le plus redoutable : « Malgré ses bombes humaines, son argent sale, ses foules arabo-musulmanes fanatisées et impuissantes, l’islamisme semble bien inoffensif par rapport à la puissance des intégrismes chrétien et juifs, du moins tels qu’elles nous les présentent, influençant la politique des Etats les plus puissants du monde. Or, c’est à l’idée inverse qu’elles aboutissent : "A côté de l’intégrisme musulman, les intégrismes juifs et chrétien donnent l’impression de phénomènes marginaux plutôt folkloriques, en tous cas sans conséquences." »

Israël fera la paix... « quand les Palestiniens seront finlandais »

Mais surtout, cette focalisation sur l’« islamisme » est désastreuse parce qu’elle s’en prend à un phénomène de nature essentiellement réactive et défensive, qu’elle ne fait qu’alimenter encore davantage. La prise de pouvoir du Hamas est présentée comme une preuve de l’arriération et du caractère belliqueux des Palestiniens, alors qu’elle résulte de l’exaspération d’une population qui a vu l’occupant poursuivre inexorablement sa politique de terreur et de spoliation. « On nettoie, et ensuite, peut-être qu’on verra enfin émerger un partenaire palestinien raisonnable », disent en substance les autorités israéliennes aujourd’hui - comme si elles ne s’étaient pas acharnées auparavant à discréditer, à diaboliser, à éradiquer les partenaires raisonnables qu’elles avaient en face d’elles, assiégeant le quartier général de Yasser Arafat tandis que les infrastructures du Hamas et du Djihad islamique restaient debout. Selon toute vraisemblance, c’est plutôt les Palestiniens qu’il s’agit de « nettoyer ». « Sharon fera la paix... quand les Palestiniens seront finlandais », prédisait à juste titre Charles Enderlin (Libération, 20 octobre 2004). C’est tout aussi vrai d’Ehud Olmert. Et cela risque malheureusement d’être encore plus vrai de celui ou celle qui lui succédera en février.

Comment pourrait-il en être autrement ? C’est l’existence même des Palestiniens qui gêne. Dans un texte publié le 30 décembre, « On Gaza », l’activiste altermondialiste américaine Starhawk écrit : « Je suis juive, de naissance et d’éducation, née six ans après la fin de l’Holocauste, élevée dans le mythe et l’espoir d’Israël. Le mythe dit ceci : "Pendant deux mille ans nous avons erré en exil, nulle part chez nous, persécutés, presque détruits jusqu’au dernier par les nazis. Mais de toute cette souffrance est sortie au moins une bonne chose : la patrie à laquelle nous sommes revenus, enfin notre propre pays, où nous pouvons être en sécurité, et fiers, et forts." C’est une histoire puissante, émouvante. Elle ne présente qu’un seul défaut : elle oublie les Palestiniens. Elle doit les oublier, parce que, si nous devions admettre que notre patrie appartenait à un autre peuple, elle en serait gâchée. Le résultat est une sorte d’aveuglement psychique dès qu’il s’agit des Palestiniens.

Si vous investissez réellement Israël comme la patrie des juifs, l’Etat juif, alors, vous ne pouvez pas laisser les Palestiniens avoir une réalité à vos yeux. Golda Meir disait : "Les Palestiniens, qui sont-ils ? Ils n’existent pas." Nous entendons aujourd’hui : "Il n’y a pas de partenaire pour la paix. Il n’y a personne à qui parler." » Face à cet aveuglement, une seule alternative s’offre à la communauté internationale, au sein de laquelle les leviers de décision sont encore occidentaux : soit obliger les Israéliens à voir les Palestiniens ; soit approuver cet aveuglement - « mais non, bien sûr, vous avez raison, ces gens n’existent pas, mais larguez donc encore quelques bombes pour vous en assurer, si cela peut vous soulager » - et cautionner, voire encourager, un sociocide. Il semble qu’elle ait fait son choix.

Se mettre à la place des dominés, c’est trop fatigant

Ce choix a été largement facilité par la résurgence du mépris colonial le plus cru - élément que Starhawk néglige quelque peu. Pouvoir déchaîner son inconscient colonial à l’abri du noble combat pour ceux que l’on a autrefois si allègrement génocidés, avouons que c’est quand même une formidable aubaine. La propagande pro-israélienne compte sur l’imprégnation persistante des cerveaux par les vieux clichés coloniaux, qui empêche toute appréhension réelle du malheur des Palestiniens. Ensevelis sous les représentations racistes, parlant une langue dont les accents ont été moqués par des générations de comiques troupiers, ceux-ci inspirent toujours la méfiance et le soupçon : quand Arafat avait reconnu Israël, on était persuadé qu’il s’agissait d’une ruse.

Leur douleur est toujours suspectée d’être une mise en scène, une fourberie destinée à abuser l’Occidental trop naïf (une militante féministe, citée dans Les filles voilées parlent, à une femme voilée qu’elle vient d’agresser : « Arrêtez avec vos larmes de crocodile »). La propagande pro-israélienne parie sur l’impossibilité d’une identification du pékin occidental avec les Palestiniens, comme en témoigne le succès de l’argument que l’on voit copié-collé ad nauseam sur tous les forums : «  D’accord, mais mettez-vous à la place des malheureux Israéliens qui vivent sous les tirs de roquettes, quel Etat au monde accepterait cela », etc. Ce n’est jamais à la place des Palestiniens qu’on est invité à se mettre. Le fait de vivre sous la menace d’une mort violente, menace qui se concrétise rarement, est considéré comme plus intolérable que celui de vivre avec l’omniprésence de la mort effective, qui plus est dans des conditions matérielles et morales infernales, et de subir une occupation depuis des décennies.

L’obsession de l’islamisme et l’effacement du rapport de forces réel - son inversion, même - ont été d’autant plus faciles à installer qu’ils permettent de faire l’économie de toute identification aux dominés. Et cela tombe bien, parce que justement, de toute façon, en France ou ailleurs, on ne meurt pas d’envie de se mettre à la place des dominés, d’essayer de comprendre ce qu’ils vivent ou comment ils voient les choses. On laisse désormais cet exercice pénible à ceux qui ont, dit-on, la « haine de soi ». A propos d’Amira Hass, rare journaliste israélienne à travailler dans les territoires palestiniens, un intervenant ricane sur un forum : «  Plutôt qu’Amira Hass, c’est Amira Selbsthass [« haine de soi » en allemand] qu’elle devrait se nommer ! » L’opinion majoritaire, c’est que les victimes nous emmerdent avec leurs pleurnicheries, qu’elles font un drame de tout - à preuve, les dénonciations très en vogue de la « victimisation ».

Cette profonde réticence, le refus de fournir cet effort d’identification - car cela demande bien un effort -, cet enfermement dans le confort de ses certitudes et de sa position dominante, produisent une sous-estimation permanente des souffrances de l’autre. On reste sans voix, par exemple, en entendant certains, en France, affirmer leur incrédulité quant au fait que l’histoire coloniale continuerait de produire des effets dans notre réalité présente : « C’était il y a longtemps », arguent-ils... Sous-estimation, aussi, dans tous ces discours qui affirment que l’ancien tiers-monde ne doit sa piètre situation qu’à lui-même, et non à l’héritage colonial. Pire : la possibilité même de l’existence d’un point de vue sur le monde autre que le point de vue blanc et occidental suscite le scepticisme. C’est peut-être bien cela que signifient les accusations de « relativisme culturel », si fréquentes ces dernières années à l’égard de tous ceux qui défendent encore la nécessité d’un décentrage : il n’y a au monde qu’un seul point de vue valide et respectable, c’est le point de vue occidental ; et la seule alternative offerte aux autres est soit de l’embrasser, soit de rester dans les ténèbres de leur sauvagerie.

« Les commentateurs occidentaux, qui évoquent les "sanglants attentats-suicides", ne parlent jamais de la "sanglante occupation" »

Cette sous-estimation du préjudice causé à l’autre, le journaliste néerlandais Joris Luyendijk la pointait en 2007 dans un article du Monde diplomatique intitulé « Les mots biaisés du Proche-Orient » : « Le mot "occupation" peut-il être, lui aussi, vide de sens pour les lecteurs et les téléspectateurs occidentaux ? Un tel vide expliquerait pourquoi on multiplie les pressions sur l’Autorité palestinienne pour qu’elle prouve qu’elle "en fait assez contre la violence" alors qu’on ne demande presque jamais aux porte-parole du gouvernement israélien s’ils "en font assez contre l’occupation".

Nul doute qu’en Occident le citoyen sait ce qu’est la menace terroriste, ne serait-ce que parce que les responsables politiques le lui rappellent régulièrement. Mais qui explique aux publics occidentaux la terreur qui se cache derrière le mot "occupation" ? Quelle que soit l’année à laquelle on se réfère, le nombre de civils palestiniens tués en raison de l’occupation israélienne est au moins trois fois supérieur à celui des civils israéliens morts à la suite d’attentats. Mais les correspondants et les commentateurs occidentaux, qui évoquent les "sanglants attentats-suicides", ne parlent jamais de la "sanglante occupation". » Et pourtant, imaginons un seul instant l’impact qu’aurait, par exemple, l’instauration d’un check-point tenu par des soldats hostiles dans les rues de Paris ou de New York...

Non seulement l’occupation reste une abstraction, mais on sent aussi percer l’idée qu’après tout, des métèques, semblables à ces colonisés et à ces immigrés que l’on tutoie avec mépris, ne devraient pas être aussi chatouilleux sur leur dignité ou sur les conditions de vie qu’on leur impose. N’est-ce pas leur destin naturel, après tout ? On détruit leur société ? Oui, bon, pour ce qu’elle vaut, leur société... De là à estimer que leur oppression par un peuple « civilisé » représente pour eux une chance, il n’y a qu’un pas - que Bernard-Henri Lévy, dialoguant en mars 2008 avec l’écrivain arabe israélien Sayed Kashua à l’occasion du Salon du livre de Paris, franchissait joyeusement : « Vous ne parleriez pas l’hébreu, et vous ne le parleriez pas si bien et avec tant de grâce et de talent, si l’Etat d’Israël n’existait pas », avait-il le culot prodigieux de lui dire (3)...

Non seulement la majorité des gens, biberonnés à la propagande télévisuelle, cramponnés à leurs « principes » comme à des bouées de sauvetage, ne veulent même plus essayer de comprendre ce que vivent et ressentent des non-Blancs ou des non-Occidentaux, ne veulent plus essayer de se mettre à leur place ne serait-ce qu’un instant, mais ceux qui en ont encore le désir deviennent suspects, comme si, ce faisant, ils choisissaient leur camp, ou posaient un acte criminel. Déplacer un tant soit peu la perspective revient à trahir sa communauté, à se ranger du côté des barbares, des terroristes.

Lorsqu’on a rendu compte, sur ce site, du livre Les filles voilées parlent, les quelques mails scandalisés qu’on a reçus en retour ne disaient pas simplement, comme c’était encore le cas en 2003, quand le « débat » sur le sujet a été lancé : « Je ne suis pas d’accord avec vous. » Cette fois, ils disaient : « Je suis atterré, je suis abasourdi, moi qui aimais tant vos livres... » Autrement dit : « Je vous croyais du côté de la culture, et vous étiez du côté de la barbarie. »

La divergence des points de vue, s’agissant du Proche-Orient, est particulièrement exacerbée. D’un côté, des Occidentaux, profondément marqués par le génocide des juifs d’Europe, et que le double ressort d’une mauvaise conscience mal placée et d’un vieux complexe de supériorité raciste conduit à accorder à Israël un chèque en blanc moral. De l’autre, des pays, des communautés, des individus épars, marqués par une tout autre histoire — ou pas, d’ailleurs —, qui ne comprennent pas pourquoi c’est aux Palestiniens de payer les crimes commis par des Européens ; qui sentent bien, pour certains d’entre eux, que, à travers l’abandon et l’écrasement de ce peuple, c’est leur vie à eux aussi que l’on insulte, que l’on traite pour rien ; et qui, voyant l’étau de la propagande se refermer sur eux, perdent peu à peu tout espoir de voir une issue à l’injustice. On leur souhaite de ne pas se laisser défigurer par la haine, de résister à ce que l’on veut faire d’eux. Mais il faut avouer qu’on a vu des années commencer sous des augures moins sinistres.

Mona Chollet

(1) Phrase citée par Desmond Tutu dans son livre Il n’y a pas d’avenir sans pardon, Albin Michel, 2000.

(2) Lire aussi, dans Le Monde diplomatique de janvier 2009, « La mémoire refoulée de l’Occident », par Alain Gresh.

(3) « L’appel au boycott du Salon du livre est une prise d’otages », Libération, 13 mars 2008.

http://peripheries.net/article321.html

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Commentaires

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Merci Mona pour votre texte. Si on revenait 20 ans en arrière on constaterai des intellectuels comme vous, dénonçant la cruauté de l’armé israëlienne et le partie pris des médias occidentaux pour l’état d’Israel. Si on revenait 20 ans en arrière on constaterai toujours le même scénario à Ghaza ou en Cisjordanie : Une armée moderne, un pays technologiquement développé, face à un peuple du moyen age(pardon pour les palestiniens), criant leur frustration face aux crimes, et à la passivité des pays arabes moyen-ageux. Hélas, c’est ce qui ce passe aujourd’hui. Hélas, dans 20 ans il y a de grande chance que ce scénario se reproduise. C’est toujours le même disque...toujours les mêmes rapports de forces...Toujours la même arithmétique:300 arabes tués pour 1 israéliens tués...L’Arabie Saoudite (le meilleur allié arabe des etasuniens) envoie sournoisement son aide humanitaire aux palestiniens, l’Iran qui est l’unique pays qui réellement combat diplomatiquement au coté des palestiniens, n’a pas une bonne opinion dans le monde arabe, à cause de la propagande Saoudo-Sioniste fait contres eux. Je rappel à qui veux bien l’entendre que la France à, dans les années 70, aidé l’état d’Israel à ce doter de l’arme nucléaire, et donc à sanctuariser militairement ce pays (et il y a encore des arabes qui croient en la proximité de la france pour les pays arabes....c’est pathétique...). En gros ça veux dire qu’aucun pays arabes ne peux venir délivrer militairement les palestiniens de leurs malheurs. Mais au faite, les médias ont souvent montré Mr Mahmoud Abbas, faire l’accolade avec beaucoup de chaleur aux dirigeant Israéliens, et ce même Mahmoud Abbas, n’a jamais eu cette affection pour les dirigeant du Hamas...En faite, seule le pouvoir l’interresse, au détriment de l’interêt superieure de son peuple. Mahmoud Abbas est un vrai dirigeant arabe...C’est triste....Les Israeliens veulent détruire le Hamas, non pas parce-que ce sont des terroristes, mais parce-que le Hamas est le seul mouvement qui rappel que la dignité et l’honneur des palestiniens existe encore. Je rappel qu’aucun pays arabes ne soutients le Hamas, et qu’en locurrence l’Iran le soutient. Je suis arabe, et il y a un Mahmoud que j’aime et un autre que je n’aime pas ! Salam à Tous. Samir

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EXIGEONS QUE LES DIRIGEANTS ISRAELIENS SOIENT INTRODUITS DEVANT LE TPI : TRIBUNAL PENAL INTERNATIONAL POUR CRIMES CONTRE L’HUMANITE , CRIMES DE GUERRE ET GENOCIDE.

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@Samir : Je ne suis pas d’accord avec vous sur un point : Certes, la situation dans laquelle les Palestiniens vivent a peu changé en 20 ans, mais vous le savez, beaucoup de choses ont tout de même changé en vingt ans. Et avec la rapidité des changements actuels, je doute que l’on puisse savoir ce qui se passera dans 20 ans. Une chose est sûre, cependant.. Les jours de la "civilisation" et de la "culture" dans l’angle de vue Occidental (qui n’est en réalité qu’une succession de clichés et d’images d’Epinal pour le français moyen, et souvent une religion de la démocratie (à savoir, tous les moyens sont bons pour imposer la démocratie, même corrompue, tout ira mieux des que le germe sera installé) pour ceux qui s’interessent à la politique), ces jours-ci sont comptés. En centaines, en milliers, mais ils le sont. Pour la simple raison que cette culture est vide, elle n’existe pas. Les idées des Lumières, dont toute personne sensée doit cesser de déifier, je suis personellement agacé d’entendre des gens en parler comme s’il s’agissait d’une révélation divine alors qu’il s’agit d’un travail humain et imparfait que peu d’entre nous ont lu. Les reglages de compte dans l’Encyclopédie, c’est mature, c’est mature. Ces idées sont mortes depuis longtemps avec la culture française. La culture populaire française est à présent vide et accablante.

Excellent article, qui pour moi détient la réponse au pourquoi de tout cela : le désir d’etre un héros, dont un moyen est de protéger les droits de l’homme. Celui qui protege a besoin d’un ennemi. Et lorsqu’il en a pas, il en fabrique un. Je ne vois que des entreprises interessées dans les actions non seulement occidentales, mais aussi arabes. Non pas le désir de proteger la Justice, mais plutôt celui de passer pour un protecteur de la Justice. Et si le premier se sacrifierait pour cette derniere, le second sacrifie la Justice pour son égo. Le comportement d’Israël n’est pas la source, il est la conséquence de cette attitude arrogante et hypocrite.

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Les Palestiniens ont supporté de nombreuses difficultés, et ils continueront à en supporter malheureusement, à cause de la lâcheté des régimes dictatoriaux arabes (régimes modérés) tellement modérés qu’ils défendent toujours l’agresseur israélien pour dominer les Palestiniens par la force massive . J’espère qu’ils échoueront avec leurs amis occidentaux et israelien, et Gaza sera un piège pour eux et pour l’occupant, un fardeau qu’ils ne pourront porter sans dégradation morale et honte incha allah. Si le peuple arabe veut survivre un jour à une guerre contre lui , il doit s’unir pour ne plus en faire qu’un seul pays avec un drapeau à 22 étoiles , et virer les dictateurs du pouvoir et aussi les juger pour leurs lâchetés et complicités avec les criminels de guerre américains et israéliens. Qui sont les barbares ?

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Très bon article, avec des mots bien choisis.
Enfin, quelques vérités.

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Il y a 10 ans je défilais dans les rues de Paris sous les banderoles "50 ans dans les camps ça suffit !" et 10 ans après la situation est pire.
Nous pourrons nous plaindre à l’infini des européens, des américains mais quand comprendra t on enfin que l’aide ne peut venir que des pays arabes. C’est de leur responsabilité. Croyez vous réellement que l’Occident lâchera Israel alors même qu’Obama vient de nommer un fils de sioniste au sommet de son État

Demandons à tous les musulmans du monde entier de cesser de se rendre en Arabie Saoudite pour le pèlerinage tant que ce pays ne pèsera pas de tout son poids stratégique en faveur des frères palestiens.

Imaginez l’Arabie Saoudite sans pèlerin, ce serait intenable pour le régime en place !

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Merci pour cette excellente analyse très lucide et pertinente. Malheureusement, on ne peut trouver de telles analyses dans les grands médias populaires et se voient donc malheureusement reléguées dans un médias communautaire et donc à audience lilmitée alors les lobyistes tels que Fikenkraut, Adler et compagnie eux diffusent leurs propagandes sur les grands médias avec le soutien des pouvoirs publics. Mais sont donc les esprits libres et les consciences de ce pays qui a inventé les droits de l’homme comme cela nous été enseigné à l’école !!

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Article lu sur lemonde.fr :

" Le Programme alimentaire mondial (PAM) a dénoncé, vendredi 2 janvier, une situation alimentaire "épouvantable" à Gaza, indiquant qu’il avait démarré jeudi "un programme de distribution urgente de pain à Beit Hanoun pour 3 000 familles, soit 15 000 personnes". "De nombreux produits alimentaires de base ne sont plus disponibles", a expliqué Christine Van Nieuwenhuyse, la représentante du PAM dans les territoires palestiniens. Elle a estimé que 9 millions de dollars (6,4 millions d’euros) étaient nécessaires "pour répondre aux besoins supplémentaires de nourriture en raison du redoublement d’intensité des combats".
L’organisation humanitaire Oxfam France a, de son côté, affirmé que "la crise humanitaire s’aggrave chaque jour" à Gaza. "Les hôpitaux sont débordés par les blessés, les eaux usées non traitées s’écoulent dans les rues et les réserves d’eau diminuent, tandis que les stocks de chlore pour traiter l’eau sont en voie d’épuisement", explique-t-elle."La nourriture et le carburant se font également de plus en plus rares", a ajouté l’association.
Oxfam a "récusé les affirmations de la ministre des affaires étrangères israélienne selon lesquelles il n’y aurait pas de crise humanitaire à Gaza". A l’issue d’un entretien avec le président Nicolas Sarkozy à l’Elysée jeudi, Tzipi Livni avait déclaré qu’Israël maintenait "la situation humanitaire à Gaza exactement comme elle doit être". Selon Israël, quelque 6 500 tonnes d’aide humanitaire, consistant en aliments et médicaments, sont parvenues dans la bande de Gaza depuis le déclenchement de l’offensive le 27 décembre.
L’ONG a demandé à la France, qui préside le Conseil de sécurité de l’ONU pour un mois depuis le 1er janvier, "de faire approuver une nouvelle résolution exigeant un arrêt immédiat de la violence à Gaza et en Israël par toutes les parties au conflit". Cette résolution, selon Oxfam France, doit demander "qu’Israël autorise, et que le Hamas ou d’autres parties ne bloquent pas l’accès immédiat de et vers Gaza pour les personnes, les biens humanitaires et commerciaux, mettant ainsi un terme au blocus de Gaza".

" Tzipi Livni avait déclaré qu’Israël maintenait "la situation humanitaire à Gaza exactement comme elle doit être" :
En fait, Mme Livni n’a pas menti... C’est juste qu’il fallait replacer le point de vue à partir duquel on comprend qu’une "situation doit être"...

Jeanmoulin

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Bonjour à tous,

Malheureusement cet article comme bien d’autres ne nous rendront pas plus lucides car nous savons tous la façon dont il faut s’y prendre pour diaboliser l’adversaire.

Rien de nouveau alors je propose une alanayse que je pense plus pertinente , elle est de l’historien marocain Laroui Abdella dans la crise des intellesctuels arabes , Maspero 1974 :

Pourquoi les raisons de nos adversaires qui nous paraissent si peu sérieuses, ont malgré tout été acceptées par tout le monde. Faire appel au rôle des cinquièmes colonnes ne serviraient à rien.En réalité , entre les deux thèses en présence se profile la contradiction de deux visions historiques.

  •  Quand nous disons qu’en Palestine deux droits historiques sont en opposition, et qu’en bonne logique le plus récent et le moins discontinu devrait l’emporter, cette assertion n’est absolument pas vraie, car les juifs de Palestine investissaient le droit passé par un droit présent qui est le travail de la terre et l’action politique, tandis que les arabes s’appuyaient essentiellement sur le droit théorique que donne la possession continue (....) Entre les deux politiques , on devine l’opposition entre une vision de l’histoire qui considère le droit comme un absolu donné pour toujours et inaliénable, et une autre qui voit le droit comme la consécration toujours révocable d’un travail de tous les instants. Vingts années de misère( on est en 74) dans les camps n’ont en rien fortifié la position des arabes et nullement poussé les autres à reconnaître ce droit, historique , qui se perd chaque jour d’avantage dans l’histoire(..)
    Bref plus que de l’expérience des différentes luttes nationales,le problème palestinien, à cause de ses complexités , de ses contradictions objectives,permet aux arabes, tout en exigeants d’eux , de naître réellement à l’histoire. Chacun doit applaudir à cette naissance et faire en sorte qu’elle n’avorte pas, car il y va de l’avenir des arabes, bien sûr, mais aussi de l’intérêt des autres peuples. (p.44)
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    Merci pour votre texte, j’ai beaucoup de peine de constater tous les jours cette propagande anti-musulman anti être humain. Les médias français ont bien formaté le peuple depuis déjà des années. Qui est derrière toute cette manipulation ce lavage de cerveau ? Qui tire les ficelles de l’Europe des États unis ? Nous le savons que trop bien....

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    Excellente analyse qui a tout dit avec une lucidité implacable.