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Articles
Depuis 2001, un binational suisse-tunisien est incarcéré sans jugement
jeudi 19 mars 2009 - par Ian Hamel
En juillet 2008 Skander Vogt est transféré en urgence dans le quartier de haute sécurité (QHS) de la prison de Lenzburg, dans le canton d’Argovie. Son crime ? Incarcéré précédemment à Bochuz, déjà dans un quartier de haute sécurité, ce solide gaillard de 1,83 mètre et de près de 100 kilos échappe à l’attention des gardiens et grimpe un matin sur le toit de la prison. Il y reste trente heures, menaçant de se jeter dans le vide si les autorités ne lui permettent pas de parler aux médias. Par solidarité, une centaine de détenus refusent de regagner leurs cellules, et s’éternisent dans la cour de l’établissement. Skander Vogt n’est pas un prisonnier comme les autres. Il aurait dû quitter sa cellule en juin 2001, après 20 mois de détention pour des faits graves, mais pas criminels. En janvier 2001, cet adolescent, né en 1980 d’un père ingénieur originaire du canton de Bâle, en Suisse alémanique, et d’une mère cadre supérieur tunisienne, est condamné par le tribunal correctionnel de Lausanne pour « voie de fait, dommages à la propriété, injures, menaces, vol, lésions corporelles simples, violences ». Il a déjà effectué 14 mois en détention préventive. Il est presque au bout de sa peine. Une vie en prison Seulement voilà, l’article 43 du code pénal suisse permet de priver le condamné du droit à la liberté à l’expiration de la peine prononcée, et ce, pour une durée illimitée, si « en raison de son état mental, le délinquant compromet gravement la sécurité publique ». Sept ans plus tard, Skander Vogt est toujours derrière les barreaux. La justice estime que cette mesure est plus que jamais « nécessaire pour prévenir la mise en danger de la vie d’autrui ». Skander Vogt, en revanche, ne se considère ni dangereux, ni fou. Il refuse donc de suivre le moindre traitement psychiatrique. Et risque donc - du moins en théorie - de passer le reste de sa vie en prison… « Je ne peux nier avoir commis certaines choses méprisables dans ma jeunesse… mais je ne peux ni ne veux regretter d’avoir remis à leurs places des membres du personnel carcéral, pénitencier, qui, par ivresse de pouvoir… tentent de m’écraser et de se servir de ma dignité comme paillasson », dénonce Skander Vogt dans un courrier qu’il nous a adressé le 6 décembre 2008. Un régime inhumain Pour Isabelle Coutant Peyre, son avocate parisienne, « Cet homme n’est absolument pas fou. Il n’a commis ni assassinat, ni meurtre, ni lésion corporelle grave. Il ne souffre d’aucun trouble mental grave chronique. Malgré cela, la Suisse lui fait subir depuis des années un régime totalement inhumain », s’indigne-t-elle. En Suisse, l’avocat Nicolas Mattenberger, de Vevey, tente également de débloquer cette situation invraisemblable. En effet, jamais un petit délinquant ne reste incarcéré autant d’années. Et si Skander Vogt est véritablement fou à lier, sa place n’est-elle pas davantage dans un asile psychiatrique plutôt que dans un quartier de haute sécurité ? « On veut le faire passer pour l’ennemi public numéro 1, ce qu’il n’est absolument pas. J’espère obtenir une expertise médicale démontrant que Skander Vogt n’est pas dangereux », déclare Me Nicolas Mattenberger. « Vive Hitler » Depuis une année, Skander Vogt nous adresse très régulièrement de longs textes, atteignant parfois une soixantaine de pages. Il hurle son désespoir, raconte dans un style très particulier ses petites misères quotidiennes, les injustices qu’il dit subir. Ainsi, il affirme que certains gardiens crachent dans son verre d’eau, d’autres hurlent « Vive Hitler », en s’adressant à lui. « J’ai une énorme envie de dénoncer le racisme et la xénophobie que j’ai rencontré ici », écrit-il. Alors que Skander est suisse par son père, il affirme avoir été expulsé vers la Tunisie, la patrie de sa mère, à l’âge de 16 ans. Parfois, le détenu parvient à nous téléphoner. Il est toujours très poli. D’une voix enjouée, Skander raconte la vie quotidienne de la prison. « Je regarde la télé. Deux jours par semaine, on m’autorise à travailler. Ce n’est pas un boulot très excitant, mais il faut bien s’occuper. Et puis à Lenzburg, les gardiens sont plutôt sympas », assure-t-il.
Trouble de la personnalité En clair, l’homme n’a l’air ni bien fou ni bien dangereux. Il formule même des appréciations apparemment très sensées sur son comportement : « Ma personnalité particulière n’a pas dû aider, je dois bien l’admettre. Au fil du temps, l’agressivité s’accentue », écrit-il, reconnaissant, par exemple, qu’il a déjà mis le feu à son matelas dans sa cellule en mai 2005. La justice, en revanche, ne porte pas les mêmes appréciations sur l’état mental de Skander Vogt. Le 19 décembre 2007, le Tribunal correctionnel de Lausanne a confirmé son internement. On peut lire que ce dernier « souffre d’un grave trouble de la personnalité (…) l’expression de ce trouble se traduit par une forme d’agressivité particulièrement dangereuse, à savoir l’agression physique de personnes ». Refaire sa vie « Je refuse d’utiliser mon enfance comme excuse … je ne veux pas susciter la pitié », écrit aussi Skander. Pourtant, la chance l’a abandonné très tôt. Il n’a que deux ans et demi lorsque sa mère tunisienne meurt. Lui et sa sœur aînée vivent en Tunisie. Ils sont recueillis par une tante. Pour une raison inconnue, leur père, originaire de Bâle, n’entre plus en contact avec ses deux enfants. L’homme est décédé en 2003 sans les avoir revus. « Cette tante a décidé un jour de ne plus s’occuper de nous. Elle nous a expédié en Suisse en 1993, où nous avons été recueillis dans la région de Lausanne par des familles d’accueil », raconte la sœur aînée de Skander, âgée de 32 ans, que nous avons rencontré à Lausanne. C’est sa seule famille. Elle va le voir le plus souvent possible. Deux heures et demie de trains et de taxi dans un sens, puis dans l’autre. « Skander est tombé dans la petite délinquance quand il était mineur. Il s’est drogué. Mais il a payé, chèrement. Il faut lui donner aujourd’hui une chance de refaire sa vie », supplie-t-elle. Mots clésIan HamelJournaliste, publie “L’énigme Oussama Ben Laden” aux Editions Payot le 5 novembre 2008, auteur également du livre « La vérité sur Tariq Ramadan, sa famille, ses réseaux, sa stratégie » aux éditions Favre, préface de Vincent Geisser. Du même auteur, à lire sur oumma.com :
Vos réactions et commentaires sur cet article27 mars 2009
jeanmoulin a dit :
Que savez de moi, pour être aussi affirmatif dans le fait de m’exclure du champs du "NOUS" pour m’inviter à rejoindre celui du "VOUS" ? Car vous faîtes une grande et grave erreur en avançant aussi sûr de vous. A moi, .... ?!?! Manifestement, peu vous importe l’état, la qualité, l’origine , ou la nationalité de ceux que vous exécrez plus que tout ; l’essentiel étant que, dès lors qu’étant musulmans, ils ne sont pas Français, car l’Autorité que vous représentez les a illégitimement déchu de leur statut. Elle est belle la démocratie que vous représenteriez... "Je suis musulman, donc je ne suis pas..." "Nous sommes sur oumma, donc nous ne sommes pas Français !" Cordialement, Votre compatriote et concitoyen Jeanmoulin qui vous met au défi de maintenir votre position devant une caméra PS : c’est de l’aplomb qu’il faut pour relever le défi. Pour le moment c’est du plomb que vous avez dans la tête 26 mars 2009
Reno a dit :
Cet homme allait être libéré. Il est considéré comme ayant un trouble de la personnalité. Ce n’est pas à lui d’en juger mais aux psychiatres. Même s’il affirme le contraire.(Le trouble de la personnalité n’est pas un trouble grave pour les autres, plutôt pour l’intéressé). Mais dans le cas de certains délis, on craint la récidive, notamment en cas de troubles mentaux. Donc cet homme aurait pu sortir sans problème. Encore aurait-il fallu qu’il donne l’impression d’être en bon état mental. Il aurait peut-être pu y penser avant de sortir de prison. L’article ne dit rien des faits qui lui sont reprochés et qui expliqueraient l’attitude de la justice suisse. Faut-il s’indigner sans connaître les faits ? 26 mars 2009
Reno a dit :
"Le pire à venir est en France" ! Je viens de lire cette phrase ! A quoi bon tenir tous ces débats si on n’est pas raisonnable. Si je comprends bien la liberté ici est menacée et la situation va encore s’aggraver... C’est curieux parce que dans des pays comme la Lybie, le Soudan, l’Algérie, l’Egypte, l’ineffable Arabie Saoudite... là, je m’arrête car il y a trop à écrire. Ne pourriez-vous pas faire le ménage dans le monde musulman au lieu de venir nous reprocher sans cesse ce que de toute façon on ne peut pas faire chez vous ? Soyez donc courageux (mais ici vous ne risquez pas grand chose...). Sortez de vos obsessions. 22 mars 2009
Ian Hamel a dit :
Si certaines personnes s’intéressent à la situation de Skander Vogt et souhaitent prendre contact avec lui, elles peuvent le joindre à l’adresse suivante : Skander Vogt Postfach 75 5600 Lenzburg Suisse 21 mars 2009
@Amazone
Croyez-vous que votre comparaison entre cette affaire suisse bizarre,en effet,et le Darfour soit judicieuse ?
300.000 morts et 2.000.000 de personnes déplacées au Darfour !
20 mars 2009
jeanmoulin a dit :
Chère Amazone Moi qui vous lis souvent, et connais l’état de votre perspicacité et apprécie la qualité de vos intervention, croyez-vous que chez nous, en France "à O km" de chez vous, de chez moi, il n’existe pas de mesures inhumaines et arbitraires ? Je l’ai écrit lors d’une précédente intervention, le pire est à venir EN FRANCE ! En théorie, le système pénal d’une démocratie va dans le sens de l’abolition de l’arbitraire. Aujourd’hui, dans n’importe quelle démocratie occidentale, la réforme de leur procédure pénale respective, prend malheureusement le contrepied de l’esprit initial insufflé par ceux qui sont morts pour défendre les valeurs universelles qui placent l’homme (victime, comme auteur - ce dernier dans le sens d’une "rédemption", d’une réhabilitation au sein de la société !) au centre de TOUT ! Malheureusement, c’est la dictature du "tout sécuritaire" qui est érigée en dogme. C’est à une justice décidée par des politiques dogmatiques que nous avons à faire aujourd’hui ! Je crains malheureusement que le pire soit à venir... Respectueusement 20 mars 2009
amazone a dit :
Cela se passe à quelques kilomêtres de chez nous et aprés nous irons donner des leçons des droits de l’homme et le respect de la dignité humaines aux dirigeants du Darfour...
20 mars 2009
moi je dirais plus tôt que la Tunisie essaie de rendre la monnaies a la suisse parce qu’elle accuse souvent le gouvernement tunisien de non respect des droits de l’homme je crois pas vraiment ce qu’il raconte
19 mars 2009
Lola a dit :
"Casser la gu..." à quelqu’un, piquer une colère, proférer des insultes, peut se payer très très cher. Ce sont ce que j’appelle des "violences chaudes". Mais les violences froides, silencieuses, sans éclat spectaculaire, exécutées avec morgue, cynisme, cruauté, passent inaperçues, sont ignorées et donc impunies. On est mal barrés avec notre légendaire "sang chaud". On fait des coupables de choix. Et les mesures répressives se multiplient. Jusqu’au jour où nous serons tous devenus des larves que les tyrans pourront écraser sous leur pied. Libérez Skander Vogt !. 19 mars 2009
ALI a dit :
C’est honteux et scandaleux de s’acharner sur ce jeune.Le destin ne l’a pas épargné.que fait la LDH.
Abdelali.
19 mars 2009
jeanmoulin a dit :
Ce témoignage est extrêmement intéressant dans le sens où il nous donne un aperçu des futures dérives de la nouvelle disposition législative, relative à la "rétention de sûreté", susceptible d’être ajoutée à l’arsenal répressif français. Je sais que les situations ne sont pas les mêmes, que l’état de certains individus nécessitent effectivement qu’ils soient "retenus" même après avoir purgé leurs peines principales. Néanmoins, je reste fidèle au principe fondamental de la légalité des infractions et des peines actuellement inscrit dans l’article VIII de la DDHC de 1789. En résumé, "nul ne peut être puni pour un crime ou un délit dont les éléments ne sont pas définis par la loi". Autrement dit, pas de peine sans infraction... |
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