Démission de Dounia Bouzar du CFCM

La date des élections approchant, je me permets de vous remettre ma démission sachant que cela vous laissera

dimanche 2 janvier 2005

A Monsieur le Président du CFCM,

Madame et Messieurs les membres du Bureau,

Chère sœur et chers frères,

La date des élections approchant, je me permets de vous remettre ma démission sachant que cela vous laissera le temps nécessaire pour me remplacer le cas échéant. Après mûre réflexion, je pense en effet que rester au sein de cette instance n’a aucun sens pour moi ni aucun intérêt pour le CFCM lui-même : la compétence que je pouvais partager avec vous provient en effet de mes études sur les jeunes musulmans nés en France.

Dans mes récents travaux de recherche qui font le point sur ce sujet, Monsieur Islam n’existe pas, pour une désislamisation des débats, récemment publié, la spécificité de la situation française est démontrée : l’histoire de la laïcité en France crée des conditions d’émergence d’une nouvelle religiosité musulmane puisque les musulmans de France ne trouvent plus les réponses à leurs questions en se tournant vers les pays étrangers. Qu’est-ce que c’est, être musulman dans une société laïque ? Où et comment faire la séparation entre le profane et le sacré ? Comment faire la différence entre les principes religieux et les formes historiques que ces derniers ont pris au fil des siècles dans les différentes sociétés musulmanes ? Le contexte de pluralisme démocratique laïque français oblige ainsi les musulmans, comme cela a été jadis le cas pour les autres croyants, à réorganiser leur manière d’exister et de croire, à partir de cette nouvelle expérience.

Or au CFCM, il n’a jamais été question d’échanger sur ce sujet. J’ai attendu patiemment de nombreux mois, sachant que le « débat » sur le foulard mobilisait toute notre énergie et qu’il fallait laisser du temps au temps. Au bout d’un an et demi, je constate une fois de plus que les seules discussions qui vont mobiliser le CFCM jusqu’aux élections concernent les places des uns et des autres, sans qu’aucun débat de fond ne soit possible.

Vous comprendrez, j’en suis sûre, que je n’ai aucune raison de rester dans cette instance de « l’islam de France », où il n’est jamais question de musulmans nés en France, dans la mesure où c’est pour mes compétences précises sur ce sujet que vous m’aviez cooptée.

Je vous souhaite une bonne continuation et reste à votre entière disposition si vous avez besoin de ma contribution, en toute fraternité et sincère amitié, pour partager les quelques éléments de réflexion ou d’interrogation issus de mes recherches.

Que Dieu vous aide à trouver la meilleure voie.

Fraternellement,

Dounia Bouzar

Paris, le 4 janvier 2005

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