Déconfiture de la culture à l’Unesco

Les fonctionnaires internationaux de la place Fontenoy - préposés à la culture - ont une nouvelle patronne

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mardi 6 octobre 2009

Les fonctionnaires internationaux de la place Fontenoy - préposés à la culture - ont une nouvelle patronne : la Bulgare Irina Bokova ,qui doit son élection moins à ses qualités personnelles qu’à la volonté politique d’empêcher le candidat égyptien, Hosni Farouk, d’accéder à la présidence de l’Unesco.

Ce dernier, qui était pourtant parti favori, avait commencé à faire l’objet d’attaques médiatiques intenses. Des organisations juives ainsi que des intellectuels bouffons de l’espèce de Bernard-Henri Lévy avaient antérieurement dénoncé l’antisémitisme du candidat éconduit - et avec raison, hélas - lui permettant de s’afficher, dans les journaux arabesnotamment, comme une malheureuse victime d’Israël.

Personne n’a rafraîchi la mémoire de cet hypocrite en lui rappelant, par exemple, que la république de Moubarak - dont il est un serviteur au zèle exemplaire - n’a jamais cessé d’entériner une politique insensée de normalisation avec l’Etat d’Israël. Qu’en outre, les représentants de cette entité coloniale - au nom, *précisément*, de l’amitié avec l’Egypte - s’étaient officiellement engagés à ne pas exprimer d’opposition au cas où Farouk serait élu.

Monsieur Farouk voudrait qu’on le plaigne.

Il n’est pourtant en rien la victime de rien, sinon de sa propre bêtise raciste et du souci de s’assurer un train de vie confortable assorti du prestige considérable conféré par le mandat qu’il briguait.

A tort présenté comme une défaite de la culture arabe, l’échec de Farouk est plutôt un symptôme de la défaite résultant de la normalisation avec l’Etat d’Israël - un partenaire qui ne respecte ni le droit international, ni ses propres engagements vis-à-vis des Palestiniens. Les ministres égyptiens ont donc été pris à leur propre piège.

Mais ce sont d’autres, plus pauvres, qui paient pour ces inconséquences et ces trahisons le prix de leur vie.

A l’inverse des Palestiniens de Gaza, Monsieur Farouk ne manquera en effet ni de nourriture, ni d’électricité. Ses enfants ne prendront pas le risque de mourir étouffés dans des tunnels, ni celui d’exploser sous les fragmentations d’une bombe interdite par les conventions de Genève. La femme de Monsieur Farouk ne sera pas obligée d’accoucher dans des conditions médicales déplorables qui lui feront perdre le nouveau-né. Les fils de Monsieur Farouk ne seront pas des martyrs à l’âge où d’autres achèvent tranquillement un doctorat en pensant que la vie est dure parce qu’ils peuvent s’offrir le luxe de la gâcher.

Monsieur Farouk ne sera jamais refoulé aux frontières, ni déplacé, ni humilié sur sa propre terre par des soldats étrangers aux check-points qu’il faudra traverser chaque matin pour se rendre à un travail aussi harassant que mal payé.

Enfin, ni la maison, ni les arbres, ni la mémoire de Monsieur Farouk ne seront détruits par les bulldozers ou les tanks d’une armée d’occupation - avec la complicité d’Etats comme l’Egypte de Monsieur Moubarak.

La référence - plus ou moins implicite - à la solidarité arabe, dans le cadre de l’affaire Hosni, est donc à la fois risible et pathétique. Car enfin, qui ose ici parler de solidarité ? Qui ose pleurnicher et crier au complot ? Un ministre dont les privilèges de classe le rapprochent plus de ceux qui l’attaquent que de ceux qu’il prétend défendre.

Un politicien qui se délecte d’énoncés antisémites détestables, pensant que ce genre d’intervention suffit à renforcer la culture arabe et à se solidariser avec la résistance palestinienne. Pareille intention (souvent attribuée aux Arabes et aux Musulmans) est une insulte à leur intelligence et à leur sens de la justice. On peut être victime d’une injustice en effet, et répondre à la force par la force sans à son tour commettre une nouvelle injustice.

S’il était vraiment solidaire de la cause palestinienne, Farouk, pour commencer, quitterait son gouvernement de collabos – et rejoindrait, par exemple, les initiateurs de la campagne Boycott Désinvestissements Sanctions.

Mais revenons à la place Fontenoy, d’où nous nous sommes un peu éloignés - la déconfiture de la culture à l’Unesco ne s’arrêtant, malheureusement pas, en si bon chemin.

Hosni Farouk ainsi écarté, l’honneur démocratique était sauf. Comme l’a déclaré avec enthousiasme Elie Wiesel à l’antenne de France Inter : “l’Unesco vient d’échapper à un scandale, à un désastre moral”. Désastre moral auquel il n’a pas su lui-même échapper en restant muet lors des massacres de civils à Gaza.

Mais enfin, selon ces optimistes, la réputation de la vénérable institution onusienne - qui fait, comme les jeux de la francophonie, le bonheur des pacifistes cultivés à travers le monde - semble préservée.

C’est prêter à la candidate bulgare - désormais présidente - une intégrité qu’elle a bizarrement mise en veille dans son propre pays. Le Courrier International (24/09) a traduit l’article d’un journal bulgare, dont voici un extrait très signifiant : "Bokova s’en va vers le plus haut poste international jamais occupé par un Bulgare", écrit Svetoslav Terziev, le correspondant diplomatique du quotidienSega

"Mais il est difficile d’imaginer qu’elle a été élue en raison de sa nationalité", poursuit-il, rappelant la conjecture internationale très particulière de cette élection dans laquelle elle apparaissait, il y a encore quelques semaines, comme le grand outsider. Selon Svetoslav Terzivev, ce n’est certainement pas le soutien diplomatique bulgare qui a joué ici un rôle décisif. "Etre soutenu pour le gouvernement d’un pays vu comme ‘le plus corrompu de l’Union européenne’ n’est certainement pas un avantage", ironise-t-il.

A ce stade de corruption, en effet, seule "la conjecture internationale" pouvait départager les deux redoutables candidats à la présidence de l’Unesco - cette organisation qui a fixé pour le monde un objectif qu’elle peine à tenir elle-même : "construire la paix dans l’esprit des hommes à travers l’éducation, la science, la culture et la communication".

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