Décès de l’imam Chafik Benrékia

Nous publions un hommage rendu par la presse régionale à l’imam Chafik Benrékia qui était apprécié pou

jeudi 17 octobre 2002

Décès de l’imam Chafik Benrékia

Nous publions un hommage rendu par la presse régionale à l’imam Chafik Benrékia qui était apprécié pour sa sagesse et sa grande érudition. La rédaction d’Oumma.com présente à la famille ses sincères condoléances. Que Dieu le Tout Puissant accorde au défunt Sa Grâce et Sa Miséricorde et l’accueille en son vaste Paradis.

Un émouvant hommage rendu à l’imam Chafik Benrékia

Un millier de personnes est venu hier rendre un dernier hommage à l’imam Chafik Benrékia, domicilié à Borny, décédé vendredi 27 septembre 2002 à la suite d’un accident de la route, alors même qu’il se rendait au prêche.. Communautés musulmane et chrétienne se sont unies dans la peine pour saluer cet homme de 43 ans, symbole d’ouverture et de tolérance.

La voix de l’imam guidait vers la tolérance

UCKANGE. - Une poignée de main, une accolade, une bise. Devant la mosquée d’Uckange en ce début d’après-midi, l’atmosphère est aussi chaude que chargée de tristesse. Celui qui guidait les prêches du vendredi est mort, et toute la communauté musulmane de la ville et ses environs est abattue par la nouvelle : un accident de la route a coûté la vie à l’imam, Chafik Benrékia. Le costume noir, les yeux encore embués de larmes, Lantré avance à pas lourds vers la mosquée. « On ne trouvera plus jamais un homme comme celui-là », se contente-t-il de dire. Trop d’émotions et pas assez de mots pour exprimer autant la douleur que l’admiration. "Il savait nous entraîner vers le bien, dans la vie comme dans notre religion", poursuit le pratiquant avant de retirer ses chaussures.

A l’intérieur de la mosquée, l’assistance habituelle a doublé, triplé, quadruplé. On arrive de toute la région pour saluer, à l’heure de la prière du Dohr, la famille du défunt. A la hâte, des fidèles se chargent d’ajouter des tapis de prière en dehors de l’édifice qui, si souvent, a résonné des paroles de l’imam de 43 ans. Ici comme à Borny d’ailleurs.

Face aux fidèles, l’imam de la mosquée de Dunkerque parle lui aussi avec émotion de son « frère disparu ». Les deux hommes se sont croisés alors que Chafik Benrékia entamait ses premiers sermons, "il était déjà un parfait connaisseur de l’Islam mais était toujours ouvert, sur les autres hommes et femmes qui l’entouraient", se souvient le président de la Ligue des associations musulmanes de la région Nord Pas-de-Calais. Assis en tailleur, près de trois cents fidèles, hommes et femmes, l’écoutent psalmodier et prier.

Comme un signe d’amitié

Parmi la foule qui se presse pour cette prière, Chafik Benrékia aurait été heureux d’apprendre que l’on croise des pratiquants de toute foi, des citoyens de tous horizons. L’élu côtoie le déshérité, le juif partage sa peine avec le catholique, le protestant s’inclinant sur la mémoire de l’imam arrivé en France au début des années 70 pour entamer des études à l’Institut de Sciences politiques de Bordeaux. De confession israélite, le Thionvillois Henri Najman ("ou Shahim") a tenu à être présent à la mosquée. "Par respect pour ce grand monsieur", assure-t-il. Gorge nouée, il laisse parler son cœur : "J’ai croisé l’imam Benrékia à des rencontres oecuméniques et j’y ai découvert un homme bon, profondément ouvert aux questions de rapprochements entre les religions monothéistes (...) Je peux même dire que j’étais surpris que jeunesse et sagesse se marient aussi bien chez cet être profondément tolérant et religieux". Et de saluer la mémoire de celui qui prêchait "d’abord l’éducation" et "luttait contre la violence".

Archiprêtre de Cattenom, tout juste sorti d’une cérémonie de baptême, Denis Volfert a lui aussi tenu à se rendre à Uckange en ce triste et si beau dimanche. Le 24 janvier dernier, le catholique et le musulman s’étaient retrouvés à la même table pour une soirée inter-religieuse. "Aux quatre cents personnes présentes, au rabbin de Thionville, au pasteur de Hagondange ou à moi-même, il a su présenter le Coran et sa communauté avec l’angle juste de la tolérance. Ma présence ici doit être entendue comme un signe d’amitié entre nos églises."

Déjà, la foule se disperse au dehors. Il est temps de rejoindre Metz où "Salat Génaza" (la prière au défunt) doit être dite devant un parterre de fidèles encore plus vaste. Un proche de Chafik Benrékia s’approche et se laisse aller à la confidence : "au nom des musulmans d’ici, d’Uckange et ailleurs, j’espère qu’on va trouver un remplaçant à notre imam qui communique aussi bien avec les gens. Lui savait comprendre les vieux, mais calmait aussi les jeunes qui faisaient la misère. Le prochain imam devra être à sa hauteur". Inch Allah...

Octobre 2002

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