De silences en abandons

Samedi 12 mai, la mosquée strasbourgeoise Eyyub Sultan a été la cible d’une attaque de manifestants du PK

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mercredi 16 mai 2007

Samedi 12 mai, la mosquée strasbourgeoise Eyyub Sultan a été la cible d’une attaque de manifestants du PKK. Que s’est-il passé ?

Après une première manifestation en février, pour protester contre l’arrestation d’Abdullah Öcalan, comme tous les ans depuis 1999, le PKK avait décidé d’organiser une nouvelle manifestation en vue de soutenir les grévistes de la faim qui demandent l’envoi d’une délégation de médecins indépendants pour examiner l’état de santé de leur ex leader. Samedi 12 mai, 15.000 manifestants selon la police, le double selon les organisateurs, se sont rassemblés à Strasbourg. Les bus de retour les attendaient sur le parking situé devant la principale mosquée turque de la ville.

Déjà échaudés par des incidents qui avaient eu lieu en février, les responsables de la mosquée, dès qu’ils ont eu connaissance du projet de manifestation, se sont retournés vers la Ville, en lui demandant de prévoir un autre lieu de rassemblement, compte tenu du risque passé qui rendait prévisible un risque futur. Le responsable du service des cultes, à qui ils se sont adressés, leur aurait simplement répondu qu’il ne s’occupait pas de cela, et les aurait renvoyés sur l’un de ses collègues. Les demandeurs semblent n’avoir trouvé aucun écho auprès des autorités municipales, leur suggestion de mettre un autre parking à disposition des manifestants n’ayant apparemment pas été retenue.

Inquiet, le responsable de la mosquée, a pris alors la décision de fermer celle-ci pour la journée, à l’exception des invités à un mariage qui devait s’y tenir.

En fin d’après-midi, une première voiture de la noce est passée, arborant un drapeau turc : elle sera prise pour cible par les manifestants, qui vont la cribler de pavés, la suivront, pénétrant avec violence dans la cour de la mosquée brisant des vitres à la maison de l’imam, à la cafétéria, à la salle des fêtes, cassant l’enseigne portant le nom de la mosquée… avant d’être dispersés par les forces de police.

Indication du caractère « musclé » de l’agression, les policiers, qui ont du faire usage de gaz lacrymogènes, déplorent six blessés légers dans leurs rangs.

Ces évènements et leur traitement me paraissent exemplaires à bien des titres.

Laissons de côté, tout d’abord, le fait que les représentants du C.F.C.M. soient plus pressés d’envoyer leurs félicitations au nouveau président de la République qu’à s’inquiéter d’une agression subie par l’une de « leurs » mosquées : chacun a pu remarquer qu’ils attachaient plus d’importance à aller baiser les mains des puissants qu’à défendre les intérêts des fidèles.

Dans le même mouvement, laissons de côté le C.R.C.M. Alsace, dont le président, mal élu à la suite d’intrigues politiques menées au niveau local, se fait remarquer par son silence. Mais c’est sans doute ce qu’attendaient de lui ceux qui ont poussé vers la sortie le président précédemment élu. Absence et inconsistance sont les deux mamelles du C.R.C.M. 

Attardons nous un peu plus sur la question de la sécurité. Largement instrumentalisée dans les différentes campagnes électorales depuis 2001, elle semble singulièrement absente lorsqu’il s’agit des fidèles musulmans : samedi 12 mai la mosquée de Strasbourg était agressée, le lendemain celle d’Amiens faisait l’objet d’un incendie criminel…(1)

Soit il s’agit là de l’expression d’un échec global de la politique mise en œuvre depuis les six dernières années, et il faut donc en tirer les conséquences, soit les fidèles musulmans ne peuvent obtenir le bénéfice de la protection des lois, notamment celles relative à la liberté de culte et à sa protection ; le maintien de l’ordre public à l’extérieur d’un lieu de culte appartenant en effet conjointement au maire et au préfet, qui fixent de plus, toujours conjointement, le trajet des manifestations sur la voie publique. Il appartenait donc bien aux services publics contactés par la mosquée de faire respecter l’ordre aux abords de celle-ci.

L’un des mots d’ordre des campagnes électorales a été aussi la « proximité ». La politique souffrirait de l’éloignement des élus par rapport aux préoccupations des citoyens ; on a donc créé force conseils consultatifs, administrations de « proximité » et autres élus de quartiers… il faut bien constater que cette « politique » relève du discours plus que de la pratique, de la gesticulation plus que de l’action : lorsque les responsables associatifs, sur le terrain, font des suggestions aux pouvoirs publics, il sont tout simplement ignorés. Sollicités lorsqu’ils peuvent servir de « faire valoir » à des élus, il convient qu’ils sachent conserver le rôle qu’on leur assigne : celui de se taire quand il s’agir de dire autre chose que « oui ». L’islam des bachaghas a encore de beaux jours devant lui…

Nos élus enfin, somment régulièrement les associations musulmanes de respecter les principes de la République. Que ne le font ils eux aussi ? Illustration de la fraternité sélective en œuvre dans la France généreuse du XXI° siècle, quarante huit heures après les évènements que nous avons relatés, la mosquée Eyyub Sultan de Strasbourg attendait encore un coup de fil des élus en fonctions – une visite pour marquer la solidarité avec les victimes semblant hors de portée de l’entendement moyen, seuls deux élus de l’opposition locale et nationale ayant jugé bon de se déplacer jusqu’à la mosquée en fin de journée.

Cette affaire enfin, est caractéristique du cantonnement communautariste auquel s’appliquent nos politiques qui n’ont pas de mots assez forts pour dénoncer le communautarisme dès qu’il s’agit de l’islam : ne pas réagir lorsqu’un lieu de culte vient d’être agressé ne peut que produire un sentiment de frustration, de repli sur soi, qui sera aussitôt dénoncé, déformé, exploité, par ceux-là même qui l’ont provoqué. Leur prophétie auto réalisatrice pourra alors s’accomplir…

De silences en abandons, ils ne voient pas qu’ils font le jeu de ceux qui, ennemis à la fois des minorités et de la démocratie, les ont chassés partout où ils ont pris le pouvoir.

(1)Cf. Oumma.com du 14.05.2007

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Auteur : Jaafar Abassi

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