De l’Europe et des Palestiniens

Il y a longtemps que l’on sait que l’Europe soutient la politique israélienne et qu’elle refuse de pren

dimanche 15 janvier 2006

L’Europe soutient les Palestiniens à condition qu’ils soient dignes d’être soutenus par l’Europe, ainsi doit-on comprendre les déclarations de Javier Solana, Haut Responsable de la Politique étrangère et de la Sécurité commune de l’UE. De tels propos menacent les Palestiniens de remettre en cause toute aide financière si le Hamas devait gagner les élections le 25 janvier.

En même temps, l’Union européenne refuse de diffuser un rapport sur la façon dont l’Etat d’Israël met en place la judaïsation de Jérusalem, pour ne pas intervenir avant une campagne électorale dit-elle. On pourrait résumer l’attitude de l’Union européenne de la façon suivante :

Il ne faut pas faire de peine à Israël, surtout en période électorale ou pré-électorale. Il ne faut pas que les Palestiniens nous fassent quelque peine s’ils veulent qu’on continue à les aider, et par conséquent il ne faut pas qu’ils votent pour des candidats dont nous ne voulons pas.

Il y a longtemps que l’on sait que l’Europe soutient la politique israélienne et qu’elle refuse de prendre des positions autres que symboliques en faveur des Palestiniens. On peut y voir le résidu d’une culpabilité liée au passé, on peut y voir aussi le soutien à un Etat qui fait partie de la civilisation occidentale, pour reprendre les termes de l’idéologie du choc des civilisations. Mais ces deux positions se confortent l’une l’autre depuis que l’Europe a accepté de considérer les Juifs comme des Européens et que l’Etat d’Israël, fier de cette reconnaissance, sait qu’il a les mains libres pour sa politique contre les Palestiniens.

L’Europe peut alors se permettre de donner des leçons de démocratie à un peuple occupé dont l’occupant grignote chaque jour des morceaux de son territoire pour réaliser son rêve : un Etat juif de la Méditerranée au Jourdain, quitte à donner quelques gages à ses amis européens et américains en retirant ses colonies de Gaza, ce qu’il ne faut pas confondre avec un retrait de Gaza qui reste sous contrôle israélien comme le montrent les derniers événements.

Les Palestiniens sont occupés, ce que l’on feint d’oublier lorsque l’on symétrise la situation entre Israël et Palestine et lorsque, au nom de la défense de la paix et de la démocratie, on explique aux Palestiniens comment mettre fin aux difficultés qu’ils rencontrent en établissant un régime démocratique chez eux. Sauf que le terme « chez eux » ne signifie ici que l’acceptation de l’hégémonie israélienne dans les diverses propositions de paix, que ce soit celles d’Oslo, de Genève, ou la fantomatique Feuille de route.

On peut alors décider qui sont les bons et qui sont les mauvais et se permettre de dicter aux Palestiniens ce qu’ils doivent faire, y compris pour qui ils doivent voter, s’ils veulent mettre fin à l’occupation qu’ils subissent, comme si cette occupation ne dépendait que d’eux. Mais comme le disent les Européens, il ne faut pas peiner les gouvernements israéliens.

Quant aux Israéliens, enfermés dans leurs propres problèmes électoraux, ils n’ont pas de temps à perdre avec les élections palestiniennes. Ils se contentent de dire que le Hamas n’a pas le droit de présenter des candidats, que cela ferme la porte à toute perspective de paix (il y en avait !!!), et même le Parti Travailliste nouveau explique qu’il faut négocier mais pas avec le Hamas. Et pour montrer leur ouverture ils continuent à parler de Jérusalem comme « capitale éternelle de l’Etat d’Israël » et ils proposent, pour éviter d’évacuer les colonies, de les louer au futur Etat de Palestine, comme les Anglais ont loué Hong-Kong aux Chinois au temps de la colonisation toute puissante. Une nouvelle façon de ne pas résoudre le problème.

C’est aux Palestiniens et à eux seuls à décider à qui accorder leur confiance le jour du vote. Quant au Hamas, le moyen le plus efficace de lutter contre lui est de mettre fin à l’occupation qui le nourrit.

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