Coup de gueule d’un élu de la République

Au malheur d’être arabe, d’être noir, d’être pauvre, d’être déclassé socialement, discriminé qu

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mercredi 12 janvier 2011

Coup de gueule d’un élu de la République

Et bien le « musulman ».......il t’emmerde !

Les récentes déclarations de Marine Le Pen, comparant les prières musulmanes du vendredi à l’occupation de l’armée allemande lors de la Seconde guerre mondiale, ont suscité l’émoi de toute la classe politique française. Outre, la comparaison outrancière vis à vis de ces hommes, ces femmes et de ces chibanis, souvent obligés de se prosterner à proximité de détritus, dans des conditions désobligeantes, voire déshonorantes ; et l’insulte en bonne et du forme adressée à la mémoire de ces « musulmans » qui ont payé de leur sang la libération de la nation française ; il y avait une réelle volonté de nuire.

Mais ces propos condamnables à plus d’un titre, prononcés par la future présidente du Front national, s’inscrivent dans une longue chasse à la « visibilité musulmane ». Ce n’est point le Front national qui pour gagner une élection présidentielle en 2007 a voulu légitimer l’idée d’un « ADN musulman », sorte d’entité étrangère à l’intérieur de la nation française. Je me rappelle de ces sommations permanentes, de ces agressions verbales, quotidiennes, de « on n’est pas polygame on ne pratique pas l’excision sur ces filles, on n’égorge pas les moutons dans son appartement et on respecte les règles de la République" (Nicolas Sarkozy) prononcé pendant les présidentielles lors d’une émission à grande écoute pour marquer au fer rouge les musulmans. Ces derniers présentés comme insatiables sexuellement, ne respectant pas les femmes, allant jusqu’à la mutilation de leur sexe ; barbares en puissance, allant jusqu’à assouvir par le sang leurs besoins de violence et de surcroit hermétique à toute règle républicaine. Je me souviens de ce « On », condescendant, méprisant, à l’encontre d’une partie de la population française. Il y avait là plus qu’un bruit....., plus qu’une odeur..... Il y avait là toute la quintessence de l’islamophobie. Il y avait là de la haine !

Ce n’est pas encore Marine Le Pen qui instrumentalisa le faux grand débat sur l’identité nationale,mais Eric Besson, transfuge du PS, qui tourna très vite à la mise en accusation des musulmans. Je me souviens d’un certain Eric Zemmour, , qui déclarait : « La famille musulmane est polygame et endogame ; elle repose sur la loi du clan, et donne ses femmes aux cousins ; elle suppose l’enfermement des filles et le choix contraint », et d’ajouter : « Pour sauver leur modèle anthropologique dans un univers foncièrement hostile, les familles musulmanes qui refusent de donner leurs enfants à des “roumis” - le Coran interdit le mariage avec des non-musulmans – vont donc chercher des membres du clan au bled. Et ramènent en France un jeune homme ravi d’obtenir ainsi aisément ces fameux papiers qu’une foule en délire réclama à Jacques Chirac lors de son dernier voyage de président en Algérie » (1).

Ces propos d’une rare violence créaient une altérité totale séparant le corps musulman du corps national, et instrumentalisaient l’immigration et l’islam comme frein au vivre ensemble. Mais à la course à l’incrimination calomnieuse toutes les écuries politiques y ont contribué avec un certain paternalisme pour les uns, et une vive répugnance pour les autres. L’islam devenait ainsi le réceptacle de tous les maux de la société française.

Au malheur d’être arabe, d’être noir, d’être pauvre, d’être déclassé socialement, discriminé quotidiennement en France, s’ajoutait l’appartenance à l’islam. L’instrumentalisation politique de l’islam ne venait pas exclusivement des groupuscules extrémistes tels que le Bloc identitaire mais elle était orchestrée par notre classe politique « républicaine », d’André Gérin (PCF) à Nadine Morano (UMP), en passant par Jean François Copé (nouveau patron du parti présidentiel) et Manuel Valls (PS), voulant au non de l’islamophobie se refaire une santé politique. Et ce n’est point le récent sondage du journal Le Monde qui est des plus éloquents et des plus équivoques, qui nous démontrera le contraire. Éloquent, car la question posée suscite bien des interrogations. Pourquoi ces populations dites « musulmanes » sont-elles toujours soumises à la question de l’intégration ? La raison est très simple, c’est qu’elle occulte la question de l’égalité des droits.

L’intégration est ce beau concept qui emprisonne à vie ceux qui le rencontre sur leur chemin, qui scinde la nation en deux, les « légitimes » et les « illégitimes » au regard de la société, les intégrés et les non-intégrables. Alors que dire de cette prétendue menace que ces populations font peser sur la nation ?

Menace des plus sournoises pour les plus nostalgiques d’une France aux racines judéo-chrétiennes, et menace encore des plus dévastatrices pour les défenseurs d’une nation gauloise. Menace qui répond enfin à une angoisse collective, transformant les musulmans en bouc émissaires, expiatoire, du « mal être français ».

Il est des sondages qui ne dévoilent pas les choses mais qui attisent la haine. Lorsque les questions sont mal posées, les réponses deviennent alors empoisonnées.

Devant cette haine sans borne qui aura pour ultime conséquence le morcellement de la nation française, j’appelle toute les âmes de bonne volonté à résister contre cette chasse ouverte contre l’islam et les musulmans, de pointer l’irresponsabilité de certains politiques qui disons-le une fois pour toute ont échoué politiquement et notamment dans nos banlieues françaises. Faut-il islamiser la question sociale pour se dédouaner politiquement ? Est-ce vraiment les « musulmans » qui ont tourné le dos à la République ? Lorsque ces quartiers souffrent d’un chômage endémique, dépassant parfois les 45 %, lorsque la jeunesse de ces quartiers est totalement écartée de toute réussite sociale, lorsque les plus diplômés sont réduits à être maître chien, caissière, ou veilleur de nuit...Mais de qui se moque-t-on ? Qui a tourné le dos à qui ? Et à qui profite le crime ? Vous gagnerez probablement des voix, vous construirez certainement à bons frais vos carrières politicardes, mais vous détruirez la France et ses valeurs. Au nom de nos principes qui condamnent la haine et son instrumentalisation, nous nous battrons par toutes les voies légales pour lutter contre le racisme d’Etat, l’islamophobie de certains partis politiques et les déclarations haineuses.

Oui ! Je suis élu de la République, socialiste, marseillais, supporter de l’OM, français d’origine africaine, de filiation comorienne, de confession musulmane, et je ne renoncerai à rien pour vous plaire. Je ne céderai ni aux appels des racistes notoires ni aux déclarations nauséabondes de ceux qui idéologiquement n’ont plus rien de républicain. Je lutterai pour qu’enfin l’islam puisse reprendre toute sa place dans la République laïque, respectueuse de la liberté de conscience. Je me battrai de toutes mes forces pour que les citoyens français de confession musulmane puissent bénéficier de la dignité, du respect, et de la considération que la loi française garantit à chaque citoyen. Je me battrai de toutes mes forces pour que la deuxième religion de France puisse bénéficier des lieux décents comme toute autre religion de l’Hexagone.

Toutefois, nous devons dorénavant savoir que sur la longue liste des discriminations, la suspicion d’appartenance à l’islam est devenue la nouvelle arme de destruction massive des prêcheurs de haine. Et bien, à bon entendeur salut ......, car le « musulman » que je suis, il t’emmerde !

Note :

(1) Melancolie Française-Fayard Denöel-2010

Nassurdine Haidari, adjoint au maire PS du 1er secteur de Marseille

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Adjoint au maire PS du 1er secteur de Marseille

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