Construction d’une nouvelle mosquée à Grenade depuis 500 ans

Notre correspondant en Espagne Yusuf Fernández revient à travers cet article sur la cérémonie d’inaugura

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jeudi 11 septembre 2003

Notre correspondant en Espagne Yusuf Fernández revient à travers cet article sur la cérémonie d’inauguration de la mosquée de Grenade en Espagne. Un événement historique de première importance !

 

La nouvelle mosquée de Grenade a été inaugurée au cours de cet été. Cette mosquée, la plus grande de la ville depuis 1492 est située dans le quartier emblématique de l’Albaicin, en face du palais de l’Alhambra. De nombreuses institutions, des personnalités issues des pays tels que la Lybie, la Malaisie,l’Emirat de Sharjah (EAU) ont contribué à sa construction. Ce projet a été décidé en 1981. Une année en effet, qui a vu l’association mondiale Dawa al islamiyah achetait un terrain répondant ainsi à l’attente de la communauté musulmane d’Espagne. Depuis, un long chemin, semé d’embûches et marqué par de nombreuses polémiques a été parcouru.

Cet événement historique marque la reconnaissance d’une présence légitime de l’Islam à Grenade et dans toute l’Espagne après cinq siècles de silence et d’oppression. Le président de la fondation Mosquée de Grenade Malek Abderahman Ruiza a ainsi déclaré : « une nouvelle et fascinante période commence ».

La cérémonie inaugurale, marquée par d’importantes mesures de sécurité et une forte présence médiatique a débuté par une récitation de versets coraniques effectuée par des élèves de la Madrasa Mohammed Wasani de Majorque. L’Emir de Sharjah, Sultan Ben Mohammed al Qassimi, le principal bienfaiteur du projet, les ambassadeurs de Syrie, du Liban et de Palestine ont assisté à cette cérémonie. Il est à noter également la présence à cette cérémonie de M. Abdelkarim Khatib, président du parti Justice et Développement du Maroc, ainsi que plusieurs personnalités de l’Islam européen, et des membres des communautés islamiques de l’Andalousie.

Après le discours de bienvenue prononcé par Abdelhasid Castiñeira, Directeur du Centre Islamique Sebastian Perez, l’adjoint au maire de Grenade a pris la parole pour exprimer sa satisfaction et signifier la volonté de la ville à devenir « un lieu de rencontre culturel ». « Nous sommes heureux de voir le résultat des efforts réalisés et que Grenade devienne le coeur de l’Islam aujourd’hui : nous ouvrons les portes de Grenade à la communauté musulmane ».

Ces mots de M.Perez prouvent que les années précédentes caractérisées par de nombreux désaccords entre les musulmans de Grenade et la mairie ont désormais pris fin. Après une longue période d’élaboration du projet architectonique, la communauté musulmane s’est lancée dans la recherche d’aides financières tout en affrontant une série de problèmes bureaucratiques. Les milieux de l’extrême droite catholique ont mené une très forte campagne contre le projet de construction de la mosquée, qui était présentée comme le symbole ostentatoire de « l’invasion islamique » de Grenade et de toute l’Espagne. Ces mêmes milieux ont également organisé plusieurs manifestations contre un autre projet soutenu par plus d’une centaine de personnalités du monde social et culturel, qui ont signé le Manifeste du 2 janvier. Ce Manifeste voulait transformer la commémoration de la prise de Grenade par les Rois Catholiques Isabel et Fernando en une fête des trois cultures qui représentent les composantes identitaires à part entière de la ville.

Le maire de la ville de Grenade (dirigée par le conservateur Parti Populaire ( PP), très lié à l’Eglise catholique andalouse) n’a guère montré d’intérêt pour ce projet de construction de mosquée. En revanche le précédent maire socialiste, a exprimé à plusieurs reprises sa sympathie pour l’islam en interdisant par exemple la présence d’un détachement militaire lors de la cérémonie officielle de la célébration de la prise de Grenade, ou encore en effectuant une visite municipale au monument de Boabdil, dernier roi musulman de Grenade qui était inclue dans le programme commémoratif. Il ne fallait pas cependant marquer davantage d’intérêt pour l’Islam de crainte de s’attirer les foudres des puissants milieux de la droite catholique.

Malgré toutes les difficultés, la première pierre à été posée en avril 1996. Il a fallu sept années pour bâtir le complexe qui comprend la mosquée, un centre d’études islamiques, une salle de conférences (pouvant contenir 140 personnes), une autre salle polyvalente, plusieurs bureaux et de vastes jardins. Le résultat final s’est traduit par une complète réussite tant par sa beauté que par son intégration harmonieuse à l’environnement.

Malgré le coût élevé du projet (plus de quatre millions d’euros) qui a obligé la communauté musulmane à aller chercher des aides financières à l’étranger, les promoteurs estiment qu’ils ont réussi à en maintenir l’indépendance. A ce propos, Malek Abderahman Ruiz a déclaré : « nous avons dû attendre 22 ans pour terminer la construction de la mosquée, afin que ce projet soit indépendant et n’appartienne à aucun Etat ou groupe. Nous avons reçu beaucoup d’offres pour nous aider à finir les travaux, mais nous les avons refusées car nous aurions perdu notre pouvoir de décision sur le projet ». L’actuel Comité Directeur de la Fondation de la Mosquée est composé de quatre musulmans espagnols ainsi que de trois représentants de l’Emirat de Sharjah. L’imam sera marocain, région de Sous au sud du Maroc connue comme étant le fief de nombreux savants islamiques. Ses khoutbas seront également traduites en espagnol.

Lors de la cérémonie d’inauguration, le professeur Nezvat Yalçintas, député d’Istanbul au Parlement Turc, a également évoqué le passé musulman de l’ Espagne comme étant le symbole d’une culture de paix tout en soulignant la position du peuple espagnol contre la guerre en Iraq.

En tant que représentant d’une ville conjuguant la diversité culturelle et religieuse, Mr. Yalçintas a souligné l’importance de cette inauguration pour Grenade. Ces dernières années, quelques villes europénnes telles que Madrid ou Rome ont vu apparaître de grandes mosquées, s’unissant ainsi à d’autres villes du monde islamique comme Beyrouth, Damas, Le Caire ou Istanbul où la diversité a toujours été respectée depuis des siècles.

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Auteur : Yusuf Fernández

Correspondant pour oumma.com en Espagne, porte-parole de la Féderation Espagnole de Communautés Religieuses Islamiques (FEERI)

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