Confusion autour de la date de l’Aïd El Kebir

Comme pour la fixation des dates de début et de fin du mois de jeûne du Ramadan, celle de la date de l’Aid

dimanche 16 janvier 2005

Comme pour la fixation des dates de début et de fin du mois de jeûne du Ramadan, celle de la date de l’Aid al Adha, fête du sacrifice d’Abraham/Ibrahim qui clôture le pèlerinage à La Mecque, est fixée par des observations astronomiques qui peuvent aboutir à des divergences. Quasiment chaque année le problème se repose, surtout pour le Ramadan, et parfois pour l’Aïd.

Cette fois-ci, la date prévue était le vendredi 21 janvier pour tous les musulmans sauf les Turcs dont le gouvernement laïc fixe le calendrier religieux des mois à l’avance sur des bases "rationnelles" (discret ricanement athée), c’est-à-dire sur des calculs astronomiques, et avait donc décidé que ce serait le 20 janvier. Au Maroc, les congés scolaires pour l’Aid Al-Adha étaient fixés aux "9, 10 et 11 Di Lhijja 1425", sans préciser le jour correspondant au calendrier chrétien. Le journal Aujourd’hui le Maroc écrivait encore dans son édition de jeudi (13/01/05 http://www.aujourdhui.ma/details/ ?ref=27098) qu’"après Aïd Al Fitr, Noël et les fêtes de fin d’année, voici venu, à quelques semaines d’écart, le temps de Aïd Al Adha, le vendredi 21 janvier".

Le secrétaire d’Etat régional bruxellois en charge de la propreté publique, lui-même turc, avait évidemment tout planifié pour le 20 (Belga 14/12/04, Le Soir 15/12/04) sans attendre l’avis de l’Exécutif des Musulmans de Belgique qui attendait la décision de l’instance ad hoc à La Mecque, basée sur l’observation du croissant de lune en ce lieu saint.

La Ville de Namur (capitale de la Région wallonne) avait été plus prudente puisqu’il était prévu dès le départ que "le dépôt des ovins sur le site se fera le 19 janvier", "l’abattage aura lieu le lendemain et éventuellement le surlendemain" (Le Soir 10/12/04).

Le 11 janvier encore, Le Soir précisait que "les Turcs ont arrêté le jeudi 20 janvier, les Arabes sauront dans quelques jours, depuis l’Arabie Saoudite, si elle a lieu le 20 ou le 21".

Pour mettre les points sur le i, la question n’était donc pas d’attendre une "décision saoudienne" en la matière mais une décision prise en considérant le ciel vu de La Mecque, qui se trouve certes en Arabie "Saoudite", mais reste tout de même, jusqu’à preuve de contraire, le principal lieu saint musulman, hélas situé sur le territoire d’une dictature népotiste fondée sur une conception ultraréactionnaire de l’islam, le wahhabisme, elle-même issue de l’école juridico-théologique hanbalite via Ibn Taimiyya. Une dictature qui jouit d’un soutien sans faille des Etats-Unis et de l’Europe démocratiques, faut-il le rappeler ? Mais, encore une fois, le lieu saint islamique c’est la Kaaba, et non le mausolée d’Atatürk, n’en déplaise à certains...

Malheureusement, une confusion est intervenue cette année en raison de divergences entre deux instances saoudiennes. Alors que le Conseil français du culte musulman (CFCM) annonçait mercredi 12 janvier que l’Aid al-Adha serait célébrée le vendredi 21 janvier, son président a émis ce samedi 15 janvier le communiqué de presse suivant :

"Suite au communiqué officiel émanant du Haut Conseil de la Justice du royaume de l’Arabie saoudite en date du 14/01/2005 portant modification du début du mois de Dhul Hijja fixé au mardi 11 janvier 2005, le Wukuf (Station) à Arafat sera par conséquent le 19 janvier 2005 et l Aïd El Adha sera célébré le jeudi 20 janvier 2005 (et non le vendredi 21/05/2005 comme cela a été annoncé par le précédent communiqué du CFCM)." (site de la Mosquée de Paris http://www.mosquee-de-paris.net/article_165.html )

L’Exécutif des Musulmans de Belgique avait emboîté le pas à Paris le lendemain de la première annonce, et a bien été obligé de faire volte-face ce samedi soir, au terme d’une réunion qui a duré de 18h à 20h à Bruxelles. La date sera donc bien le jeudi 20 janvier, un communiqué de presse va être diffusé au plus vite.

Ce samedi, se basant donc sur la fixation de la date au 21 puisqu’elle venait d’être annoncée jeudi par l’Exécutif, le quotidien flamand De Morgen a publié un article de Koen Vidal intitulé "L’Exécutif musulman met l’organisation de la fête du sacrifice sens dessus-dessous".

On y lit, en résumé, que "les administrations communales s’étaient fixées au 20 janvier, la date scientifiquement calculée de la fête du sacrifice", et qu’"une grande partie de la communauté musulmane est mécontente ("is niet te spreken") quant à la décision unilatérale de l’Exécutif".

Selon Koen Vidal, "la date de la fête du sacrifice dépend de la phase de la lune et elle est actuellement calculée avec les techniques astronomiques les plus modernes", alors que ce sont "surtout les courants conservateurs au sein de l’islam qui s’en tiennent" à l’observation des phases de la lune à l’oeil nu. "Entre autres les musulmans saoudiens, wahhabites et salafistes", et "l’Exécutif musulman belge lui aussi laisse fixer la date de la fête aux savants musulmans saoudiens".

La façon dont les choses sont présentées revient donc à, insidieusement, présenter l’Exécutif des Musulmans de Belgique comme lié à ces "courants conservateurs au sein de l’islam", "wahhabites et salafistes". Ce alors que seul l’Etat turc et les mosquées qui lui sont inféodées à l’étranger se basent uniquement sur des calculs "rationnels" établis des mois à l’avance.

Un imam turc en particulier, par ailleurs député fédéral du Socialistiche Parti Anders (SP.A, sociaux-démocrates flamands), Cemal Cavdarli, tient dans l’article du Morgen des propos flirtant avec le racisme : "parce que l’un ou l’autre Saoudien dans le désert est resté observer la lune sur son chameau et a fixé une autre date, tout doit être ajusté". Et d’ajouter, enfonçant le clou : "ce d’autant plus que l’actuel Exécutif musulman tient surtout compte des musulmans conservateurs d’Arabie Saoudite et pas des musulmans qui vivent en Belgique". Sa position est soutenue par l’Union des Associations Turques pour qui "cela prouve la façon de travailler de l’exécutif musulman et qui il représente".

Ca tombe à pic, la ministre socialiste des Cultes et de la Justice n’aime pas non plus cet Exécutif exclusivement composé de musulmans non turcs juchés sur leurs chameaux et de tendance wahhabito-salafiste, et elle a mis en place une commission à sa botte pour organiser de prétendues élections en vue de le remplacer par ses sbires, comme Bush en Irak. Avec le soutien actif des consulats du Maroc et de... Turquie, qui l’eût cru ?

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