Confessions d’une Hijabi

A l’époque, le port du voile était moins répandu que maintenant et les gens étaient moins tolérants. Me

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mardi 6 avril 2010

Confessions d’une Hijabi

Je viens de voir le film bollywoodien "Mon nom est Khan". Le jeu brillant du célèbre acteur indien Shah Rukh Khan qui y interprète une personne atteinte d’autisme et la mise en scène, étonnement précise, du réalisateur Karan Johar en font un bon film.

Une scène particulière m’a beaucoup émue. La belle-sœur de Khan, une femme active vivant sur la côte ouest des Etats-Unis, dont le rôle est interprété par Sonya Jehan, se fait arracher son hijab dans un vestibule.

Ce geste est une des nombreuses expressions de colère contre les musulmans, depuis les attentats du 11 septembre, décrites dans ce film. Après avoir subi cet affront, le personnage de Sonya Jehan décide de ne plus porter le voile en public mais finit par le remettre ensuite car elle se sent incomplète sans celui-ci.

« C’est moi », dit-elle.

Cette scène m’a rappelé mon propre cheminement par rapport au hijab.

J’ai découvert ma spiritualité en entrant dans l’adolescence. D’une curiosité innée, très vite, je me suis mise à lire une traduction du Coran afin de mieux en comprendre le sens. Quelques amies et professeurs persuasifs m’ont guidée dans cette démarche. Au fur et à mesure de ma lecture, un monde nouveau s’ouvrait à moi. Je me suis mise à sérieusement envisager le port du voile. Après ce qu’on peut appeler une lutte intérieure acharnée, j’ai couvert mes cheveux pour la première fois, bon gré, mal gré. Pour quelqu’un dont la coiffure représentait son image de marque, passer au hijab fut un pas difficile à franchir.

A l’époque, le port du voile était moins répandu que maintenant et les gens étaient moins tolérants. Mes amis et mes collègues me disaient que cela me vieillissait et me donnait un air démodé. Habituée à recevoir plutôt des compliments, je trouvais ces commentaires difficiles à gérer et renonçai rapidement à me voiler ; cette décision fut une véritable épreuve.

Partout où j’allais, on me disait : « Tu vois, c’est pour cela que je ne porte pas le voile. On décide de se voiler, puis on y renonce. Cela tourne à la plaisanterie ». En mon for intérieur, je me sentais honteuse de mon manque de cohérence. J’avais besoin de plus de temps.

Quelques années plus tard, j’ai recommencé, mais cette fois ma décision était plus réfléchie. Cette fois-ci, je me suis sentie respectée, protégée et fidèle à ce que j’avais dans le cœur et dans la tête. C’était mon choix, sans qu’on m’y force.

Cependant, il y avait quand même des jours où je me sentais perdue sans mes cheveux sur mes épaules. Certains me félicitaient et m’encourageaient en disant que j’étais très belle avec mon voile. D’autres me traitaient de « ninja », de « fonda » (diminutif pour fondamentaliste) ou de « Taliban ». D’autres encore faisaient des sourires embarrassés en me voyant, se hâtant de réajuster leur propre foulard.

Parmi toutes ces réactions, celle que je recherchais le plus était d’être traitée comme je l’avais toujours été, comme une personne normale. J’étais une femme qui avait fait un choix - ce qui est plutôt un signe d’émancipation. Je trouvais cela étrange, que le fait s’habiller différemment fût considéré comme un signe d’oppression ou pire, d’extrémisme.

Avec le temps qui passe, c’est devenu plus facile. Aujourd’hui, grâce à la mondialisation et à une vision plus ouverte sur la vie, les gens, surtout les jeunes, sont plus tolérants. Les amies de ma fille, par exemple, sont moins enclines à être catégoriques dans leurs jugements que les adolescentes de mon époque.

Cela dit, aujourd’hui encore, je dois lutter contre les idées préconçues que l’on se fait d’une hijabi - c’est-à-dire une femme qui porte le hijab tous les jours. Je souris davantage pour bien montrer que si je me voile, ce n’est pas parce que je fais une dépression ou parce qu’on m’y a forcée. D’ailleurs, avant même que j’ouvre la bouche, les gens partent du principe que j’ai des idées rétrogrades ou que j’ai subi un lavage du cerveau - expérience que vivent aussi mes homologues masculins qui portent la barbe ou s’habillent de manière traditionnelle.

En dépit de tout, je suis restée étonnamment la même. Je veux être belle, me sentir bien, parvenir à mes objectifs et profiter de la vie, mais conformément à des principes établis par ma religion.

Je ne suis ni en colère ni amère. Je comprends les gens, j’aurais simplement souhaité qu’ils me comprennent aussi.

J’ai la chance d’avoir rencontré des gens qui respectent le droit de chaque individu à exercer leur liberté de choix. Lorsque que j’exerce ce droit en m’habillant d’une certaine façon, ces personnes ne me voient pas selon ce que je porte, mais me jugent plutôt selon ce que je fais et qui je suis.

En partenariat avec le CGNews

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Journaliste, responsable d'une rubrique pour le magazine Woman's Own, dans laquelle elle aborde les problèmes sociaux, notamment ceux concernant les femmes.

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