Samedi 26 mai 2012
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Comprendre le Coran. Historicité, littéralisme et littéralité

Quelques « actualités » nous avaient tenus éloignés de la poursuite de notre réflexion sur le thème « Comprendre le Coran ». Il ne sera pas donc peut être point inutile que nous résumions les trois précédents volets quant aux concepts d’historicité, de littéralisme et de littéralité appliqués à l’exégèse du Coran. Nous aurons cependant compris l’indépendance de la Révélation par rapport au temps et aux évènements, et, donc, la signification et la portée exacte de ce que l’on nomme classiquement « asbâbu-n-nuzûl » ou « circonstances de révélation ».

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Partie
4
 :
Application exégétique des « circonstances de révélation »
 :
Intérêts et limites, exemples.

Quelques
« actualités » nous avaient tenus éloignés de la
poursuite de notre réflexion sur le thème « Comprendre le
Coran ». Il ne sera pas donc peut être point inutile que nous
résumions les trois précédents volets quant aux concepts
d’historicité, de littéralisme et de littéralité appliqués à
l’exégèse du Coran.

Nous
aurons cependant compris l’indépendance de la Révélation par
rapport au temps et aux évènements, et, donc, la signification et
la portée exacte de ce que l’on nomme classiquement
« 
asbâbu-n-nuzûl »
ou « 
circonstances de révélation ».
Lors du précédent article nous nous étions attaché à étudier la
validité même des « 
circonstances de
révélation
 ». Nous aurons retenu que
l’abondance des sources d’information nuît à l’intelligence
du texte, et que cette richesse apparente n’est liée qu’à la
multiplication de « sources » totalement infondées
et inauthentiques. Pour mémoire, nous détenons moins de 200
« circonstances de révélation »
authentifiées, mais toutes ne sont pas contributives à parts
égales. En cette présente étude il sera donc logique que nous
envisagions
les intérêts et limites de
l’application des « circonstances de révélation »
d’un point de vue exégétique
.

Parallèlement,
nous aurons rappelé que pour les musulmans, en conformité avec le
Texte, le Coran est l’ultime Révélation adressée à tous les
hommes :
« …Muhammad est le
Messager de Dieu et le sceau des Prophètes… » S33.V40
.
« Nous t’avons suscité afin que tu
sois annonciateur et avertisseur pour l’humanité entière… »
S34.V28.

De
ces deux points essentiels découlent trois principes :

- Le
message divin se doit d’être clair et intelligible :

« Nous avons fait de ce Livre explicite une lecture arabe afin
que vous puissiez le comprendre. » S43. V2-3.

-Le
sens délivré doit pouvoir être accessible à toutes les cultures :
« Nous avons en ce Coran donné des
exemples pour tous les hommes… » S30.V58
.

- Le sens vaut pour tous les temps : « Béni soit
Celui qui a révélé à Son serviteur le Discernement afin qu’il soit, pour tous les mondes, avertissement. » S25.V1
.1

A
priori, nous serions en droit de penser qu’universalisme et
intemporalité ne sont pas compatibles avec une lecture, une exégèse,
établie à partir des « 
circonstances
de révélation
 ». Autrement dit,
comment concevoir que le sens de versets dont on a pu recueillir
les
circonstances dans lesquelles ils ont été révélé
s
puisse ne pas être limité à un temps donné, un lieu précis,
voire à un ou des personnages particuliers ? Une part du
message coranique ne serait donc plus destinée à l’humanité,
mais aurait été le privilège de quelques hommes morts il y a XIV
siècles ! Nous nous en sommes précédemment expliqué
théoriquement et, présentement, à titre d’illustration, nous
pouvons envisager de quelle manière est traitée cette contradiction
selon que l’on aborde le Coran par
l’historicité,
le
littéralisme ou la
littéralité. Ces
trois approches forment un des cadres de notre réflexion sur
« Comprendre le Coran » et nous en discutons les
fondements et les affirmations. Ainsi :

-
Les partisans de
l’historicité
du Coran répondent que bien des versets ne sont ni universels, ni
intemporels.
2
Selon cette Ecole, la connaissance des
"circonstances
de révélation"
nous apprend que ces
versets sont parfaitement circonstanciés, lieu et temps, on
externalisme ainsi la Révélation. Le sens de ces versets correspond
alors à la culture de l’époque de la Révélation, ils sont donc
de valeur relative. De fait, selon cette approche, bon nombre de
versets ne pourraient plus être pris en compte en notre réalité,
ils ne seraient ni plus ni moins qu’obsolètes ; inutiles
témoins d’un temps révolu. Ce faisant, en remplacement, et sans
lien logique d’avec la nature de la Révélation, les chantres de
l’historicité universalisent la modernité actuelle prise comme
critère absolu. Logiquement, ils se regroupent aisément sous le
thème : « 
Moderniser l’Islam »

-
La lecture
littéraliste
stipule que tous les versets ont une portée universelle et
intemporelle. Les
"circonstances de
révélation"
permettent alors de
définir avec plus de précisions le contexte historique de la
Révélation. Mais, l’objectif comme les résultats, sont à
l’inverse du précédent ; cette internalisation de l’histoire
remplace la lecture des versets dont on s’interdira toute
sollicitation qui pourrait remettre en cause les acquis passés. Ce
conservatisme aboutit à une lecture figée dans le temps, une
lecture morte. Les commentaires issus de pensées et cultures
imposant les mœurs et coutumes d’une époque sont alors perçus
comme étant des référentiels universels et intemporels. On les
impose alors comme étant l’unique signification
, un
véritable prêt-à-penser exégétique constituant par défaut du
diktat de l’orthodoxie. Ce faisant, ces adeptes du
P.A.P.E, le prêt à penser exégétique, universalisent une certaine
bédouinité.
3
Logiquement, ils se regroupent dans le meilleur de cas sous le thème
usurpé : « 
Islamiser la
modernité
 ».

-
L’exégèse
littérale,
bien évidemment, postule de même l’universalité et
l’intemporalité de la totalité de la révélation coranique. Elle
donne à cette fin la priorité à une lecture questionnant
littéralement le Texte. C’est-à-dire, par le plus strict respect
de la lettre,
4
analyser linguistiquement les structures afin d’en extraire le sens
voulu. Dans cette perspective, les « 
circonstances
de révélation
 » ne joueront qu’un
rôle connexe, et non pas annexe, d’aide à la compréhension des
versets, ou fourniront un moyen de vérification a posteriori. Cette
« 
Littéralité »5
ne saurait être réduite au temps par les dites « 
circonstances
de révélation
 » et, bien au
contraire, elle occasionne conformément à la vocation coranique,
une lecture universelle et intemporelle. Logiquement, la littéralité,
parce qu’elle recherche le sens premier et intemporel du Coran,
permet, lorsqu’il s’agit de nos sociétés, de « 
comprendre
et vivre l’Islam en la modernité
 »
sans que cela ne soit au demeurant une fin en soi.

Il
apparaît donc nécessaire de mesurer avec plus de précision
l’intérêt des « 
circonstances de
révélation
 » et leurs champs
d’application en fonction de cette classification.

Quatre
cas de figure sont à distinguer :

-1
Cas où les « circonstances de révélation » sont
indispensables à la compréhension des versets.

Il
s’agit d’une situation assez rare car, en général, le contexte
où s’insère un verset permet d’en déterminer le sens.
Toutefois, certains versets semblent en apparence échapper à cette
règle simple de construction littéraire.

Un
exemple
 :
Ô toi, dissimulé sous un manteau, lève-toi et avertis.”
S74.V1-2.

Ces
deux versets introduisent ce qui est considéré comme une des toutes
premières sourates révélées. De fait, si on les aborde sans
aucune connaissance du contexte il parait impossible d’en
comprendre le propos : De qui s’agit-il ? Pourquoi est-il
caché sous un habit ? De quoi doit-il avertir ? Et qui
doit-il avertir.

A
leur lecture c’est donc uniquement notre acquis culturel et religieux
qui donne sens à ces versets. Nous savons tous qu’il s’agit du
Prophète qui après avoir aperçu l’Ange Gabriel fut terrorisé et
se précipita chez Khadîja et demanda à ce qu’on le recouvre de
son dithâr, sorte d’habits de dessus. De même, nous comprenons
qu’il lui est ordonné par Dieu d’avertir son entourage et peut
être plus. Le contenu de cet avertissement reste indéterminé. Nous
savons cela du fait que de manière continue a été transmis un
récit, récit par la suite authentifié par Al Bukhârî, Muslim,
At-Tirmidhî et d’autres quant aux « circonstances de
révélation
 » de ces versets. Ce même récit a largement
été rapporté et agrémenté par l’ensemble des biographies du
Prophète et notre imaginaire collectif en est porteur. En ce cas la
notion de « circonstance de révélation » est
essentielle quoique, à ce niveau, l’ampleur du phénomène en
dépasse largement le cadre conceptuel.

-
Du point de vue de l’historicité ces deux versets
transmettent donc simplement une information sur le Prophète. Ils
sont à classer en la catégorie récits historiques mais n’ont de
fait aucune signification qui me concerne ou m’implique à titre
personnel. Aucune portée universelle ou intemporelle.

-
Du point de vue du littéralisme se profilent deux
options : Premièrement ces versets ne s’appliquent qu’au
Prophète puisqu’il est le dernier à avoir été prophète. Il
n’ont donc aucune signification qui puisse être adoptée par les
musulmans à titre personnel. Par conséquent, il nous faudrait
admettre qu’ils n’ont pas été révélés pour les musulmans ou
l’humanité. Ils seraient juste les témoins d’un dialogue entre
Dieu et Muhammad, nous serions alors en droit de nous demander pour
quelles raisons le Prophète nous les aurait transmis. Il serait à
la limite, et là réside la différence d’avec l’historisation,
interdit de penser qu’il puisse nous concerner à un degré
quelconque. Deuxièmement, les plus stupides peuvent en déduire
qu’il est nécessaire avant de se lever au matin de s’être
enveloppé dans un grand manteau, il s’agit là alors d’une
« Sunna », ce cas n’est pas anecdotique et a été
réellement discuté par les tenants de cette Ecole.

-
Du point de vue de la littéralité ce type de « circonstance
de révélation
 » est tout aussi essentiel et illustre la
réalité de toute communication, de toute langue, le sens né d’une
suite de mots ; autant de symboles automatiquement
« réinterprétés » en fonction d’un acquis
socioculturel structurant le récepteur du discours comme
l’énonciateur. Nous aurons constaté que les deux précédentes
« lectures » fermaient le sens bien plus qu’elles ne
l’ouvraient. Ce « contexte de révélation », en
fait de nature historique et socioreligieuse, favorise cependant la
compréhension globale en fournissant un cadre de perception du
propos. Cependant, puisque la littéralité est d’interroger le
texte révélé pour distinguer le sens voulu, l’on peut faire
l’observation suivante :

En
ces deux versets je note alors que, paradoxalement, l’indétermination
même du propos lui permet de produire un sens général. Ainsi, le
« Ô toi » m’interpelle aussi, moi qui
lis le Coran, et il m’est dit alors : « lève-toi
et avertis
 ». Le verbe qâma, se lever,
se dresser, se tenir droit, me renvoie activement,
selon mon éducation, à « istaqâma » notions
de : loyauté, application fidèle,
fidélité, sincérité, fermeté de
résolution
, aller droit, droiture, agir
dans le bon sens
. Et bien sûr je pense à la voie, de même
étymologie, où je cherche à vivre et progresser,
as-sirâta-l-mustaqîm,
la voie de droiture. En ce sens je reçois l’intensité de
cet appel qui avait été lancé à Muhammad, l’homme qui allait
devenir prophète, moi l’homme qui doit seulement chercher à être
musulman. Je comprends alors que je ne dois pas fuir ma
responsabilité, me cacher sous un manteau.

Cet
« avertis  » m’est aussi adressé ;
mon islam m’engage alors à témoigner, par la droiture de la
Droiture, et je pense entre autres à ce verset :
Certes, ceux qui auront dit : " Notre Seigneur est Dieu.",
puis se seront maintenus dans la Droiture, les Anges descendent
doucement sur eux…”S41.V30
. Je dois donc aussi
« avertir » par ma présence, mes actes,
mon comportement, et non pas comme un missionnaire illuminé traînant
sa barbe de faux prophète dans les quartiers, me sentant par je ne
sais quel orgueil et perversion le représentant du Messager exégèse
Dieu SBSL.
Ce : « Ô toi… lève-toi et avertis »
m’interpelle directement et me dit : cherche à être un
exemple, un fils de la Révélation, tu en es le dépositaire,
cherche à en être un digne représentant.6

-2
Cas où les « circonstances de révélation » permettent
d’orienter le sens général donné littéralement par un verset.

Un
exemple
 : Al Bukhârî a rapporté un propos7
transmis par Abû Mulayka nous apprenant que lors de la venue d’une
délégation des Banû Tamîm, Umar et Abû Bakr, en désaccord sur
la nomination de leur représentant, en vinrent à se disputer en
présence du Prophète, SBSL, il fut alors
révélé : « Ô
croyants, n’élevez pas vos voix au dessus de celle du Prophète.
Lorsque vous lui parlez, ne haussez pas le ton comme vous le faites
entre vous. Que ne soient pas vaines vos actions à votre propre
insu. »
S49.V2. Ce « sabab »,
« circonstance de révélation », donne donc un
éclairage particulier à ce verset, il le « contextualise ».
Ce texte relève alors de l’Histoire et nous raconte même une
histoire, celle de deux Compagnons fort connus, Abû Bakr et Umar, et
de leur écart de comportement. Nous avons là l’archétype de la
fonction « circonstance de révélation » :
le sens du verset devient tout à coup extrêmement précis, une
scénette, certes moraliste, mais ne nous concernant pas directement.
Dans ce cas, comme précédemment, la précision historique et la
désignation nominale des acteurs en présence semblerait par une
hyper contextualisation n’apporter rien de particulier au sens
apparent, bien au contraire, elle en réduirait le champ de
compréhension.

-
Du point de vue de l’historicité on imagine quel parti l’on
peut tirer de ce type de « sabab ». Les partisans
de l’historisation mentionnent d’ailleurs régulièrement cet
exemple pour illustrer leurs thèses. L’on s’en souvient, peut
être, lors d’une intervention sur Oumma, un des auteurs (cf. note
2) de « Penser » le Coran,
les guillemets s’imposent, avait cité ce verset en indiquant qu’il
n’avait plus aucun sens actuellement car il ne concernait que le
Prophète et deux Compagnons ! Pour autant que nous le sachions
il n’y a pas pour le Coran de fichier poubelle ! Mais l’on
comprendra, par cet exemple même, que l’historisation du Coran
aboutit logiquement à un tri sélectif ! Il sera ainsi facile
de se débarrasser de quelques vieilleries devenues encombrantes ou
gênantes. Nous laissons à leur responsabilité ces nombreux
opportunistes, pseudo néo-chantres de la disparition programmée du
Coran par la méthode de l’historisation.

-
Du point de vue du littéralisme, si tant est qu’il faille
encore argumenter face au simplisme du procédé, il nous en est
donné ici une belle démonstration. L’on peut lire, par exemple
chez Ibn Kathîr, après le rappel desdites « circonstances
de révélations
 », les commentaires, le tafsîr, lesquels
se trouvent totalement limités par lesdites circonstances. Le
littéraliste est alors dans l’obligation de paraphraser et dit :
« Par ce verset Dieu nous enseigne de ne pas élever la voix
en présence du Prophète
. » ! La compréhension
littéraliste est chose ancienne, Al Bukhârî, Muslim et Ibn Hanbal
ne nous rapportent-ils pas que Thâbit ibn Qays ayant entendu ce
verset se crût damné, il avait effectivement une voix bien plus
puissante que celle du Prophète ! Lettre tuée par une lecture
morte et sans application. L’absurdité de la situation amena
pourtant une curieuse réaction des ulémas qui déduisirent alors de
ce verset qu’il était interdit d’élever la voix auprès de la
tombe du Prophète SBSL,
sic. N’eut été le respect que nous avons pour sa noble mémoire
nous ririons de ces forfaitures stériles !

-
Du point de vue de la littéralité la lecture du verset est
instructive. Plus que précédemment encore, historicité et
littéralisme ont réduit le sens quasiment à néant. Ici,
l’intelligence du Coran nécessitera le recours aux dites
« circonstances de révélation » couplées à
l’analyse littérale. Tout d’abord il est dit « Ô
croyants »
ce qui est déjà en soi une généralisation
du cas particulier historique, le verset ne s’adresse donc pas
spécialement qu’à Umar et Abû Bakr. Cet appel en forme
d’injonction nous concerne encore directement en notre temps, sauf
à ne pas se considérer « croyant »…
Ensuite, on lit « n’élevez pas vos voix au dessus de
celle du Prophète. »
Or, le « sabab »
ne mentionne pas que le Prophète eût élevé le ton ou même
participé à la dispute entre Umar et Abû Bakr, bien au contraire
ils sont les seuls acteurs de l’histoire. Ainsi, dans ce verset, le
syntagme « la voix du Prophète »
est sans rapport avec l’évènement circonstanciel, l’on peut
donc en déduire que cette expression est nécessairement au sens
figuré. Le sabab nous apprend encore en sa conclusion que :
« Dès lors, Umar ne dît plus jamais rien au Prophète
avant que celui-ci ne l’eût interrogé. »
et non point
qu’il parla désormais à vox basse en sa présence. Ainsi, la
conjonction de l’analyse littérale et des informations historiques
indique qu’il est ici fait allusion à la préséance de l’avis
du Prophète sur nos propres opinions ce qui, au passé comme au
présent, se traduit par la préséance de la Sunna. La conclusion du
verset confirme cette lecture car une conséquence aussi grave que
 : « Que ne soient pas vaines vos actions à votre propre
insu. »
, ne peut concerner un simple écart de
politesse mais bien l’égarement par rapport à la « voix
du Prophète
 » c’est-à-dire ses paroles, c’est-à-dire sa
Sunna, j’aurais envie de dire sa Voie.

-3
Cas où les "circonstances de révélation" permettent de
déterminer entre plusieurs hypothèses interprétatives.

Un
exemple
 : Il concerne un verset fort connu aux implications
théologiques fondamentales : “Point de contrainte en
religion, le droit chemin se distingue de l’égarement…”

Or
ce verset peut être compris dans l’absolu de au moins trois
manières :


  • L’on ne peut imposer l’Islam par la contrainte.

  • L’Islam n’est en soi pas une religion contraignante.

  • L’Islam n’est en soi pas une religion contraignante.

- Toute religion ne peut être imposée par la contrainte.

Toutes
ces propositions sont théoriquement possibles. D’une part le terme
« dîn », religion, est indéterminé, et
le segment « le droit chemin se distingue de
l’égarement
 » ne s’oppose pas à ces
compréhensions, les deux termes « droit chemin et égarement »
étant en soi de définitions toute aussi indéterminées. La suite
du verset ne contient pas non plus d’indications permettant
d’orienter le choix. Ce n’est donc qu’une habitude de lecture
qui nous fait pencher automatiquement vers le sens commun :
« L’islam ne peut être imposé par la contrainte » ce
qui, selon nos codes, indique et signe la tolérance religieuse des
musulmans.

Cependant,
une « circonstance de révélation » authentifiée et
rapportée par Abû Dâwud, An-Nasâ’î et Ibn Hibbân éclaire le
propos. La version la plus brève dit en substance ceci : « Du
temps du paganisme, certaines femmes médinoises, désespérant
d’avoir un enfant, faisaient vœux s’il leur en advenait un de le
confier aux Juifs de Médine qui alors le judaïsaient. Lorsque elles
se convertirent à l’Islam l’on se demanda ce que l’on devait
faire avec ces enfants, c’est-à-dire devait-on les laisser hors de
l’Islam ? Et c’est à ce propos que fut révélé ce
verset :
“Point de contrainte en religion, le droit
chemin se distingue de l’égarement…”S2.V256.

-
Du point de vue de l’historicité, si l’on souhaite
affirmer que l’Islam est une religion intolérante il suffit de
dire que cette « circonstance de révélation »
fait référence à une situation très particulière et que ce
verset n’a donc pas nécessairement de portée générale. Un
esprit moyennement pointu pourrait nous faire observer que ce récit
ne précise d’ailleurs pas ce qui a été décidé, les a-t-on
laissés avec leur famille adoptive ou pas ? Il se peut aussi
que la contrainte de ce verset fut alors assimilée à celle que
subissaient ces enfants, forcés en quelque sorte à être Juif, et
l’argument est alors complètement retourné ! Au vue du
contexte l’on peut aussi valider l’idée que « L’Islam
n’est pas en soi une religion contraignante
 », une
religion sans contrainte. “Point de contrainte en religion,
le droit chemin se distingue de l’égarement…”

signifiant alors que l’islam n’a pas à contraindre un musulman à
pratiquer, 8
le cœur et l’intention prévalent sur les actes C’est
l’hypothèse 2, très prisée des « historisants non
pratiquants laïcisants ».

-
Du point de vue du littéralisme les choses se compliquent
car, soit ce verset dit que l’Islam est une religion sans
contrainte ce que l’orthodoxie n’admet pas, soit on valide la
circonstance de révélation et l’on admet que l’on ne peut
contraindre les gens à se convertir à l’Islam, ce qui est
contraire en partie aux faits. De plus, on assimile « le
droit chemin
 » à l’Islam et « l’égarement »
aux autres religions ; l’Islam étant la meilleure religion se
« distingue » nécessaire des autres en
valeur. Pour concilier ce littéralisme et cette « circonstance
de révélation
 » l’on se retrouve alors au mieux dans
l’obligation d’admettre que l’on ne peut exercer de contrainte
pour convertir à l’Islam, ce qui ne sous-entend absolument pas que
l’on doive admettre le principe de tolérance religieuse.
Globalement le littéralisme retiendra donc, presque par défaut,
l’hypothèse de lecture 1 : « L’on ne peut imposer
l’Islam par la contrainte
 ». Mais, nous verrons qu’il a
été trouvé une solution radicale pour annuler ce concept par trop
libéral encore.9

-
Du point de vue de la littéralité l’on peut confirmer par
l’analyse du texte que le sens de ce verset ouvre à des horizons
supérieurs, partiellement représentés par l’hypothèse de
lecture 3 : « Toute religion ne peut être imposée par
la contrainte
 ». En effet, le terme « dîn »
est indifférencié et ne désigne pas particulièrement l’Islam.
« ar-rushd », traduit généralement par « chemin
droit
 », signifie en réalité « droiture »,
observations qui conjointent à d’autres éléments du verset
permettent une compréhension plus profonde et plus large du sujet.
Pour ne pas surcharger le présent exposé nous renvoyons cette
analyse à un prochain article entièrement consacré à ce verset
essentiel, S2.V256, cf. note 9.

-4
Cas où les "circonstances de révélation" n’apportent
rien de particulier.

Situation
beaucoup plus fréquente qu’on ne le suppose.

Un exemple : Al Bukhârî nous apprend que le dénommé
Jâbir ibn Abdullah reçut la visite du Prophète, SBSL,
alors qu’il était gravement malade. Le Prophète le réanima en
l’aspergeant avec l’eau de ses ablutions et, Jâbir, se pensant à
l’article de la mort, lui posa alors la question suivante :
« Que m’ordonnes-tu au sujet de mes biens ? »
Il fut alors révélé [fa nazalat] : “Voici
ce à quoi Dieu vous enjoint au sujet de vos enfants : au homme
une part double de celle des femmes…’’ S4.V11
.

Connaître
jusqu’au nom de l’intéressé n’apporte rien à la
compréhension de l’énoncé coranique qui, quoique nettement
circonstanciée, se suffit à lui-même. Les « circonstances
de révélation
 » n’ont pas ici d’incidence sur le
sens, la suite du verset indiquant par ailleurs clairement qu’il
s’agit de recommandations générales quant à l’héritage.

-
Du point de vue de l’historicité l’on connaît l’usage
qu’il est fait d’un tel contexte hyper circonstanciel. La
situation de Jâbir, la société patriarcale en laquelle il vit, la
totale dépendance financière de la plupart des femmes, justifiaient
qu’à cette époque il fut admissible et juste d’attribuer double
part au descendant mâle. L’on souligne même le fait qu’une
femme ait pu avoir accès à l’héritage fut alors un net progrès
social car, auparavant, les femmes étaient plutôt biens héritables.
Les historisants peuvent donc déclarer sans difficultés que ces
mesures n’ont plus de raisons d’être, la condition sociale des
femmes ayant notablement changée depuis une cinquantaine d’année
dans les sociétés de type occidental.

-
Du point de vue du littéralisme cette « circonstance
de révélation
 » est non contributive. La question de
Jâbir n’est qu’une occasion saisie par Dieu pour informer la
Communauté des règles à suivre en matière d’héritage ad
vitam aeternam
. Au demeurant, d’autres versets seront plus tard
révélés hors tout contexte et préciseront la répartition des
parts à partir de cette règle générale. En réalité, cette
« circonstance de révélation » n’apporte rien
au débat car la réponse coranique, contrairement au « sabab »,
s’adresse collectivement aux musulmans : « Dieu
vous enjoint
 », et non pas « Dieu lui
enjoint
 ». Il s’agit donc d’une loi générale tirée
d’un cas particulier, une jurisprudence comme disent les juristes.
La sharia considère alors que ces règles sont inamovibles jusqu’à
la fin des temps, rien ne venant abroger ces dispositions.

-
Du point de vue de la littéralité la « circonstance
de révélation
 » n’apporte bien évidemment rien à la
compréhension du texte qui est lui-même explicite. Nous avons par
ailleurs démontré que la « Parole » de Dieu ne
dépendait pas d’évènements temporels pour se manifester. Il ne
s’agit que de concordances, de coïncidences entre des évènements
de notre réalité et la Volonté de toute éternité de Dieu (cf
partie 1). Cependant, nous observons que le verbe « awsâ »,
forme IV de « wasâ »,
signifie « recommander quelque chose » et que,
selon la terminologie coranique, en accord avec la langue arabe, il
ne s’agit donc pas d’une obligation, indication introduite
notamment par des verbes tels « farada »
ou « kataba ». Notons que la traduction classique10
que nous avons volontairement suivi emploie « enjoindre »
verbe signifiant en réalité « imposer, prescrire »,
ce qui est déjà une déformation de sens. Les traducteurs ne
faisant ici qu’emboîter le pas à l’interprétation opérée par
le Droit musulman et les commentateurs du Coran. La traduction
littérale et exacte sera : « Dieu vous
recommande…
 » Cette simple remarque ouvre
considérablement le champ exégétique. Cependant, le sujet étant
fortement sensible, et toute réflexion sur ce thème impliquant
d’être exhaustif, précis et démonstratif, nous envisagerons la
problématique des lois de l’héritage en fonction de l’ensemble
des sources, plaise à Dieu, en un autre article spécialement
consacré à cette question.

Conclusion

Nous
aurons donc pu constater à partir de ces exemples standard que les
informations fournies par les « circonstances de
révélation
 », asbâbu-n-nuzûl, ne sont
généralement pas indispensables à la compréhension des versets.
Leur intérêt informatif est intrinsèquement variable, mais cette
variabilité dépend essentiellement de l’Ecole de « lecture » ;
en cette étude : historisation, littéralisme,
littéralité.

1-
L’historisation du Coran fait grand cas de ces
« circonstances de révélation », et cela se
comprend, s’agissant de vouloir se débarrasser de versets
considérés comme des témoins gênants au procès du Coran versus
Modernité. Conséquemment, les « circonstances de
révélation
 » authentifiées étant fort peu nombreuses
ses « non-penseurs du Coran » sont grands
consommateurs de propos da’îf ou apocryphes. Le message
coranique est pour eux lié et limité à ce passé, et les
circonstances de révélation le prouvent. Le Message coranique n’est
en ces cas ni intemporel ni universel.

-2
Le littéralisme utilise autant que faire se peut les
« circonstances de révélation ». Mais, en son
attachement scripturaire sans intelligence, il parvient ainsi à
figer dans le temps ce que l’on prétend garder vivant. Nous aurons
noté que la conjonction d’une lecture littéraliste et d’une
circonstance de révélation par trop précise crée des conflits
d’interprétation difficilement résolubles ne faisant que majorer
la stérilisation du sens. Conséquemment, pour eux, le texte de ces
« circonstances » ne permet de comprendre et
mettre en application le Coran que selon et dans ce contexte. Il faut
donc logiquement chercher à retrouver aujourd’hui les conditions
d’il y a plus de 1000 ans. L’intemporalité et l’universalité
du Message coranique sont donc réduites à un temps coranique précis
et une culture particulière.

-3
La littéralité, au contraire, ne retire que peu de bénéfice
des « circonstances de révélation » tout en ne
les rejetant pas, elle peut donc prendre en compte le « moment
coranique
 » mais uniquement dans la perspective d’éclairer
le sens premier littéral. L’essentiel de l’information est en
fait contenu dans l’énoncé coranique. Ce qui se comprend et
s’admet s’agissant de la « Parole » de Dieu dont on
postule la cohérence et la justesse de construction ; elle est
donc porteuse et donneuse de sens. Ce faisant, en recherchant le sens
premier, la littéralité court-circuite l’influence du
littéralisme en redonnant vie à ce que cette Ecole tue par
dessèchement. Pareillement, elle montre l’infondé du principal
argument des historisants en retrouvant au Coran un sens premier,
sens qui le rend parfaitement apte à être compris et mis en œuvre
aujourd’hui comme à l’origine, et, naturellement à l’avenir.
Elle permet de prouver, tout comme de mettre en application,
l’intemporalité et l’universalité du Message coranique.


1
En ce verset à portée universelle, le Coran n’est pas désigné
par son nom mais par son contenu « un Message permettant de
discerner le vrai de l’erreur, un critère, al
furqân
, le Discernement. » Ainsi ramené à
son essence, l’expression « pour tous les
mondes
 » s’applique, à l’évidence, à
tous les temps. Par ailleurs, une révélation adressée à tous les
hommes a obligatoirement valeur intemporelle. L’Humanité est
intrinsèquement une mais se décompose en une palette infinie
s’irisant en des temps variables : « tous les
mondes
 », jusqu’à son retour à Dieu.


2
C’est ce qu’affirme Mahmoud Hussein en son ouvrage « Penser
le Coran », apologétique éhontée de l’historisation du
Coran dont l’objectif avoué est d’éliminer du Coran par
l’historisation, la contextualisation, tous les versets jugés a
priori incompatibles avec la vision « laïcisante et
moderniste » des auteurs ; il s’agit donc réellement
de ne « pas penser le Coran ». Sous ce pseudonyme se
cachent deux auteurs qui ne sont que les représentants caricaturaux
de tout un mouvement « d’intellectuels » issus de
l’islam et formés à la déprogrammation du Coran.


3
Bédouinité : à strictement parler tel n’est pas seulement
le cas puisque, en réalité, le littéralisme fait le plus souvent
référence aux acquis des premiers siècles de l’Islam
(culturellement multiples) improprement appelés le temps des
« pieux anciens », les salafs.


4
Nous en reparlerons, mais la littéralité ne fait donc pas recours
au symbolisme, à la spéculation philosophique ou ésotérique, aux
développements anagogiques. Elle se propose uniquement une analyse
réelle du texte en fonction d’une méthodologie précise et
rigoureuse en refusant a priori tout présupposé ou acquis
surchargeant et induisant le texte. Seules les informations
textuelles seront prises en compte. Elles seront être dégagées du
signifiant par l’analyse textuelle et contextuelle, la recherche
sémantique, sémiologique, grammaticale, etc.


5
Nous l’avions déjà mentionné, les
dictionnaires ne font pas réellement de différence entre
littéralité et littéralisme. Nous nous attachons progressivement
à faire percevoir la différence entre ces deux approches toutes
deux fidéistes de la lettre. La littéralité est recherche du sens
intrinsèque littéral, le littéralisme est imposition au texte
d’une lecture donneuse d’un sens extrinsèque acquis,
généralement une stricte réduction obtenue à partir d’un
certain panel de commentateurs classiques jugés « orthodoxes »
et, à l’heure actuelle, salafo-compatibles.


6
Nous pourrions ici évoquer une catégorie de lecture
que nous n’avons pas jusqu’à présent abordé, la lecture
symbolique ou anagogique : En ce cas, par exemple, « 
le
manteau dont est recouvert le Prophète
 »
est une métaphore,
ijâz,
représentant l’investiture de Muhammad à la prophétie. Aucun
marqueur dans le verset ne permet d’étayer cette spéculation, et
la « 
circonstance de révélation »
détermine au contraire un sens concret au fait que le Prophète se
recouvrit d’un manteau. Signalons que cette interprétation sans
fondement scripturaire et sans preuve rationnelle a été reprise
par un certain nombre de tarîqa soufie comme cérémonial
d’investiture prodigué par le Shaykh. Le surinvestissement du
texte coranique est alors aussi rétroactif, et l’on imposera à
ce verset un tel sens figuré pour justifier de tels cérémonials.


7
Il existe en réalité plusieurs asbâb mais ils ne sont que
diverses versions d’un même événement circonstanciel.


8
Il ne faut pas confondre avec le principe : « 
la
religion est facilité
 » quoique cette
parole puisse se comprendre comme synonyme de la première. On le
voit, lire et comprendre un texte n’est pas toujours chose simple.


9
Ceci sera exposé en un prochain article, plaise à Dieu,
entièrement consacré à ce verset clef.


10
C’est le cas de celle de Hamidullah et du standard de l’Arabie
Saoudite dit aussi mensongèrement de Hamidullah. D. Masson dit :
« ordonne », M. Chiadmi ou S. Mazigh :
« prescrit », R. Blachère :
« commandement ». D’autres utilisent
correctement le verbe « recommander » comme J.
Berque, ou H. Boubakeur.

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Commentaires

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Dr Ajami,

Vous soulevez nombre de questions intéressantes en relation avec « asbab annuzul ». Vous citez l’exemple du verset : “Point de contrainte en religion, le droit chemin se distingue de l’égarement…”S2.V256. Je voudrais m’arrêter un moment sur ce verset. Vous indiquez diverses explications possibles de ce verset, mais vous ne débouchez sur rien de concluant.

Pourtant, c’est l’exemple type de la situation où les « causes de la Révélation » seraient des plus utiles, si elles étaient connues, et de manière fiable.

En quelle année, en quel mois, en quelle ville, ce verset fut-il révélé ? En quelles circonstances ? Cela serait du plus grand intérêt à connaître.
Quelle interprétation le Prophète donna-t-il à ce verset, lors de sa Révélation, et tout au long du reste de sa vie ?

Quelle fut la pratique des Compagnons du Prophète en la matière, de son vivant, puis après sa mort ?

Tout ceci devrait être élémentaire à établir dans le plus grand détail, ne serait-ce qu’à travers les récits des Compagnons et les récits des historiens des premiers temps de l’islam. Si l’on ne connaît pas de manière courante les réponses aux questions que j’ai soulevées, c’est que les oulémas ont fait preuve de beaucoup de paresse intellectuelle, et de négligence.

Car, il s’agit d’un verset fondamental du Coran, et qui mérite qu’on écrive des thèses à son sujet, en déterminant tout d’abord tous les faits qui le concernent et qui peuvent être établis.
Après tout, des centaines de personnes ont été très proches du Prophète au cours de sa vie, et ils ont laissé des centaines de milliers de hadiths (un demi-million, à ce qu’on dit). Il devrait bien y avoir des gens qui connaissent la réponse aux questions que j’ai posées.

Il me semble, en effet, que ces réponses aideraient à faire toute la lumière sur l’interprétation de ce verset, celle que le Prophète a comprise quand la Révélation s’est produite, et qu’il a transmise à ses Compagnons.

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Comment faut-il comprendre le verset : “Point de contrainte en religion, le droit chemin se distingue de l’égarement…”S2.V256. ?

L’islam n’a pas établi de hiérarchie religieuse, ( à l’instar de ce qui existe dans le système de la Papauté par exemple). Cela est délibéré, et non le résultat d’une négligence. Car, chaque individu doit comprendre l’islam de par lui-même, et l’appliquer selon sa conscience.

Personne ne dit qu’il faut obliger les gens à faire leur prière, ni à heures fixes (comme ils le font en Arabie Saoudite), ni qu’il faut les sanctionner s’ils ne le font pas.

Idem pour la zakat, personne n’est supposé contrôler ce que l’individu donne en la matière (comme cela se fait en Arabie Saoudite et dans certains Etats musulmans).

Idem pour le jeûne du ramadan : chacun le fait (ou ne le fait pas) en fonction de ses propres convictions. Car, si quelqu’un veut boire un verre d’eau ou prendre un repas chez lui, dans la discrétion, personne ne peut le savoir ni n’a de responsabilité de le sanctionner.

D’ailleurs, dans le passé, dans certains pays musulmans, les gens mangeaient en public, pendant le ramadan, dans des restaurants, sans être inquiétés. Ce n’est que lorsque les politiciens s’en sont mêlés, dans un but de faire de la surenchère électorale, que les autorités interdirent aux restaurateurs de servir les musulmans. Comme il n’existe pas de loi pour justifier une telle interdiction, ils ont eu recours à une autre loi relative aux désordres sur la voie publique (car le fait de manger en public risquerait de provoquer des réactions violentes de la part de certains groupes, d’où le désordre se produirait).

Idem pour le pélerinage (hajj). Personne n’a l’autorité de forcer quelqu’un à effectuer le pélerinage, quand il en a les moyens, ni n’a le droit de le sanctionner, s’il ne le fait pas.

Tout ceci démontre bien que l’islam est basé sur la liberté individuelle, des choix librement effectués par chacun.
D’ailleurs, quelques exemples peuvent être trouvés pour illustrer cela.

Le Prophète n’a jamais contraint personne à se convertir à l’islam, même s’agissant de sa famille la plus proche.

Aucun des Compagnons du Prophète n’a jamais contraint ses esclaves (sur lesquels il avait pourtant droit de vie et de mort) à se convertir à l’islam. Omar ibn al Khattab s’est d’ailleurs officiellement prononcé contre l’exercice d’une telle contrainte.

Par la suite, lorsque les troupes musulmanes ont militairement envahi et occupé différents pays de la région, ils n’ont en général pas obligé les populations locales à se convertir à l’islam. Ils leur ont laissé le choix (à part quelques cas), se contentant de percevoir une dîme (jeziya) de ceux qui préféraient continuer à pratiquer leur propre religion.

Cela n’aurait pas pu se faire si cela était contraire aux enseignements du Coran et du Prophète. Mais, le système de la jeziya est institué par le Coran même, du temps de la Révélation.

On peut aussi citer l’exemple de l’Espagne, où musulmans, juifs et chrétiens ont coexisté pacifiquement pendant des siècles, dans des villes telles que Cordoue. Ce n’est que lorsque les musulmans perdirent le contrôle de la situation, vers la fin de la présence musulmane en Andalousie, qu’ils obligèrent les juifs à choisir entre la conversion à l’islam ou l’exil.

De très nombreux juifs choisirent l’exil... au Maroc, dont le roi était celui qui, en Andalousie, leur imposait le choix entre la conversion ou l’exil. A l’époque de l’indépendance du Maroc en 1956, il y avait plus de 300 000 juifs qui vivaient en paix avec les musulmans, sauf pour les incidents inévitables que certains extrémistes et politiciens provoquaient régulièrement.

Sur la base de ce qui précède, je conclus que l’islam a laissé à l’individu la liberté de choix, conformément au verset : “Point de contrainte en religion, le droit chemin se distingue de l’égarement…”S2.V256. ?

Tous ceux qui veulent obliger d’autres individus à se convertir à l’islam, ou à pratiquer l’islam, etc. commettent un abus de pouvoir qui ne peut guère se justifier au nom de la religion, mais s’explique uniquement par les coutumes, traditions, intérêts personnels, et autres facteurs similaires.

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@ Ahmad

il me semble que le Dr à justement soulevé le problème de ce verset, qu’il a donné le sabab et a ajouté qu’il consacrerait un article à ce verset...voila il faut aussi lire avec précision et une intention positive...à suivre donc...

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Encore une exposition lumineuse, qui incite à la réflexion. Merci au Dr Al ’Ajamî, dont le style clair, d’une parfaite rationalité (mais d’une rationalité mise au service d’une connaissance supérieure), et non dépourvu d’humour, ainsi

« ces adeptes du P.A.P.E, le prêt à penser exégétique, universalisent une certaine bédouinité »

C’est parfait. Sur le verset du manteau qui "dissimule", je ne comprends pas bien ce qui doit empêcher d’en faire un symbole pour telle ou telle initiation, je dirais "pourquoi pas ?" En effet, en la matière, peu importe le lieu d’où l’on part, si la voie qui se dessine est ascendante.

J’attends bien entendu avec grande curiosité les exposés que le Dr Al ’Ajamî nous annonce sur la nécessaire absence de contrainte en religion, et cet autre sur le partage entre héritier(ère)s.

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Oui waglioni, l’auteur a beaucoup de talent ! Ce qui me renvoi au style non moins excellent de certains "ecriteurs"...

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Cher Dr. Al-’Ajamî,
Vous avez raison de souligner qu’il ne s’agit ni de moderniser l’islam, ni d’islamiser la modernité. Le terme de modernité pourrait aussi se substituer à occident.
Votre thèse devient alors "comprendre et vivre l’islam en occident".
C’est aussi une question. Même si nous savons bien que Dieu n’est ni d’Orient, ni d’Occident, ni ancien ni moderne...
Amitiés.
Liliane Bénard

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Dr. Al-’Ajamî,
Nous attendons la suite, bien sûr, car vous avez tant de choses à nous dire.

Waglioni a raison de ne pas renoncer aux 7 sens de l’écriture de la Tradition. Aucun n’est autonome et chacun dépend de la littéralité du Texte. S’en tenir d’autre part à l’historicité ou au littéralisme est réducteur.

à bientôt.
Liliane Bénard

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@ Marouane

En ce qui concerne la zakat, L’État doit vérifier que les musulmans la payent, car la zakat permet de garantir un minimum de droits sociaux, et d’aider les plus démunis. C’est donc un droit pour les pauvres.

La preuve est qu’Abou Bakr a combattu ceux qui ont refusé de la payer après la mort du Prophète (pbsl).

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@ Marouane

En ce qui concerne la zakat, L’État doit vérifier que les musulmans la payent, car la zakat permet de garantir un minimum de droits sociaux, et d’aider les plus démunis. C’est donc un droit pour les pauvres.

La preuve est qu’Abou Bakr a combattu ceux qui ont refusé de la payer après la mort du Prophète (pbsl).

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La question est bien celle de l’intemporalité et de l’universalité du Message coranique.

Les lecteurs actuels du Coran envisagent à la fois son point de vue diachronique et synchronique. Ils ne vont rejeter ni les historiens qui évoquent les « asbâbu-n-nuzûl » ou « circonstances de révélation » ni les structuralistes qui parlent d’un sens structurel, logique et cohérent en lui-même.

L’appareil dialectique est lourd et peu convaincant. Le Dr. Al-Ajamî joue sur les mots, opposant littéralisme et littéralité. En fait, seule la lettre signifie pour des lecteurs. Chacun d’eux étant baîgné dans son histoire.

Je ne sais pas ce que dit vraiment le Coran. L’inscience est un axiome philosophique. Je sais seulement que ma lecture du Texte sacré m’a conduite à l’approche du Créateur des mondes, sans relation avec la dialectique historicité et littéralisme.

La littéralité est incontestable. Elle ne conduit pas moins à la différence entre l’esprit et la lettre. Ce point de vue reste chrétien, il n’en est pas moins vrai puiqu’il ne contredit ni l’éternité de Dieu ni Sa volonté d’agir dans l’histoire si chaotique des hommes.

Je ne suis pour ma part ni exégète, ni théologienne, simple lectrice du Qur’ân arabe. Ma certitude est subjective et religieuse. Je crois très profondément que nous sommes en présence de la Parole de Dieu par delà tout appareil conceptuel.

Je suis philosophe, en d’autres termes, je suis consciente de mon ignorance à laquelle Dieu seul est capable de remédier. C’est un paradoxe dont il ne convient pas d’avoir peur si nous prenons conscience que l’homme n’est pas Dieu.

Avant de partir dans le désert, le Dr. Al-’Ajamî m’a rappelé cette vérité essentielle.

Il ne me reste plus qu’à cultiver mon jardin...

Amitiés.

Liliane Bénard

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Puis-je ajouter ce que signifie pour le Coran intemporel et universel ?

intemporel veut dire valable pour tous les temps et indépendant des modes.

universel signifie valable pour tous les hommes quelque soit la couleur de leur peau, leur nation, leur langue, leur classe sociale, leur religion etc...

Nul ne niera pourtant que le Livre sacré des musulmans a paru sur notre terre à une époque donnée, dans une langue particulière, adressée d’abord à une communauté déterminée dans des conditions précises.

Les termes d’intemporel et d’universel ne nient pas cela mais nous invitent à aller au-delà...

Une telle démarche nous invite à réfléchir sur l’éternité et sur l’humanité et d’un point de vue dynamique sur ce qui vaut la peine d’être répété et sur ce qui peut sombrer dans la nuit des temps. Le Texte sacré ne change pas à la différence des lecteurs croyants qui vont en tirer des applications contestables...

Telle est aussi la question de la réforme selon l’esprit et selon la lettre...

Amitiés.
Liliane Bénard