Friday 22 August 2008

Comment travaillent les journalistes

Par Jean-Michel Cros
mercredi 11 avril 2007

Le Syndicat national des Journalistes, qualifié de « premier syndicat français de journalistes, a publié sur son site (http://www.snj.fr/) diverses chartes, dont celle des « devoirs professionnels des journalistes français », datant de juillet 1918 et révisée en janvier 1938, dans laquelle on peut lire :

« Un journaliste digne de ce nom
« … tient la calomnie, les accusations sans preuves, l’altération des documents, la déformation des faits, le « mensonge pour les plus graves fautes professionnelles ;
« … tient le scrupule et le souci de la justice pour des règles premières ;
« ne confond pas son rôle avec celui du policier. »

Un autre texte sur le même site est intitulé : « Déclaration des devoirs et des droits des journalistes », adoptée à Munich en 1971 ; on y trouve les affirmations suivantes :

« Déclaration des devoirs :

« … 1) respecter la vérité, quelle qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce en raison du droit que le public a de connaître ;
« … 8) s’interdire le plagiat, la calomnie, les accusations sans fondement… »

Voilà de bien nobles principes, auxquels chacun peut souscrire ; malheureusement, il semble que certains journalistes ne soient pas membres du SNJ, ou, s’ils le sont, ont un peu oublié ces textes…

Voici quelques semaines, un autre chercheur et moi-même avons été contactés par une journaliste de France Soir, Anne Herriot, qui nous a dit vouloir rédiger un article sur une confrérie musulmane, la Naqchbandiyya, qui a ouvert en décembre dernier un institut de formation dans les Vosges. Elle nous a dit ne rien connaître des confréries – ce qui n’a rien de choquant en soi – et souhaitait avoir des explications, tant générales sur les confréries que spécifiques à la Naqchbandiyya.

Comme ses premières questions étaient de savoir si c’était une secte et si celle-ci était « intégriste », nous lui avons expliqué, à tour de rôle, que l’on pouvait comparer, mutatis mutandis, les confréries musulmanes aux ordres contemplatifs chrétiens, que leur pratique, essentiellement quiétiste, était aux antipodes des l’islam radical – qui n’est qu’un habillage religieux de revendications politiques ; nous avons abordé également la question de l’autofinancement de la confrérie, comparable en cela à la pratique des églises en France, la question des cadres qui allaient être formés dans cet institut… Je lui ai notamment dit à ce propos que ce n’était pas un centre de formation d’imams, que les loges/couvents des soufis n’étaient pas des mosquées, etc…

Après nous, la journaliste en question prendra ensuite l’attache des membres de la confrérie, qui lui feront visiter les locaux de l’institut et répondront également à ses questions.

Les résultats de cette « enquête » allaient se révéler étonnants.

Nous les retrouvons dans la livraison de France Soir du 26 février dernier avec un gros titre en première page : « Quand les imams passent par la Lorraine » avec la mention « exclusif ». Deux pages sont consacrées ensuite au sujet sous le titre « Un centre de formation d’imams soufis en plein cœur des Vosges »…

Les choses commencent mal… Non seulement il est faux d’affirmer que les informations sur l’institut Buhara – c’est son nom – sont exclusives, puisque "l’Est Républicain" en a déjà parlé voici deux mois, mais l’auteur des articles semble n’avoir pas compris que l’on ne formerait pas là des imams, quoi qu’on lui en ait dit… L’un des autres titres du reportage s’étale en grosses lettres : « Un financement suspect »…

Je vous propose de comparer la réalité de cette confrérie avec les propos que nous trouvons dans le journal. Les distorsions entre la réalité de terrain et l’habillage journalistique sont une triste illustration de la manière dont se fait l’information sur l’islam en France.

Il se trouve que je connais depuis 1999 la confrérie en question, qui est l’un des groupes sur lesquels je travaille, travail qui devrait faire prochainement l’objet d’une publication. C’est dire que j’ai eu le temps de connaître ce groupe, tant en France qu’en Allemagne ou en Turquie ; j’ai eu le temps d’en connaître les membres, les organisations, la philosophie… Je précise enfin à toutes fins utiles, que les propos que j’ai tenus à la journaliste, lorsqu’elle m’a interrogé au téléphone, ont été tenus devant un témoin.

Le « chapeau » du premier des deux articles est ainsi rédigé :

« Un centre de formation de religieux soufis musulmans va ouvrir dans les Vosges, près de Raon – l’Etape. L’institut Buhara, créé par la confrérie Naqchabandi [sic], dispensera-t-il ici un islam radical ou plutôt modéré ? Le lieu serait en tout cas sous la haute surveillance des services du ministère de l’Intérieur ! »

Si nous passons sur l’orthographe et les accords, ainsi que sur la tautologie que constitue l’expression « soufis musulmans » - car personnellement je ne connais pas de soufis qui soient autre chose que des musulmans – la question sur la nature radicale ou modérée de l’islam qui sera enseigné est étrange, compte tenu des réponses qui ont été faites à Anne Herriot par mon collègue et moi-même. Redisons-le donc ici : de façon générale, le soufisme privilégie une pratique dite quiétiste, un travail d’introspection et de perfectionnement de soi, par la récitation de formules communiquées par un maître spirituel, appelées « zikr » en turc[1], dans le but d’arriver à la connaissance de Dieu.

Nous sommes donc là très éloignés des principes et pratiques de l’islam radical, qui est en réalité, comme je le disais plus haut, un discours politique repeint aux couleurs de l’islam, enrobé d’une phraséologie musulmane, mais qui n’est pas à proprement parler « religieux ». En outre, depuis neuf ans que j’observe cette confrérie en particulier, je n’ai jamais entendu, chez aucun de ses membres, de discours de ce type ; j’y ai même vu écarter fermement des « visiteurs » qui n’étaient venus là que dans le but de tenir ce genre de discours. J’ai visité de nombreux « tekke »[2], les centres de recherches et maisons d’éditions de la confrérie ; j’ai eu accès, pour mes recherches, aux dossiers de sa branche française, qui m’ont été communiqués avec la plus grande facilité, jamais, je le répète, je n’ai pu entendre ou lire quoi que ce soit qui permette de semer le doute, comme le fait la question posée, sur le caractère « radical » supposé de la confrérie.

Quant à la « haute surveillance des services du ministère de l’Intérieur ! » il y a de quoi sourire… Cette association, car cela en est une, est, comme toutes les associations musulmanes de France, en contact avec les services des Renseignement généraux et le sous-préfet chargé de l’islam dans la région, ne serait-ce que parce qu’elle a participé aux deuxièmes élections des Conseils Régionaux du Culte Musulman… En outre, ses responsables ont fait la démarche volontaire de prendre contact avec les autorités préfectorales en vue de l’organisation du pèlerinage à la Mecque. Rien que de très normal donc, qui ne saurait justifier l’étrange point d’exclamation qui ponctue la phrase et laisse planer des doutes laissés à l’imagination du lecteur…

Le second article, « Un financement suspect », est encore plus étonnant. Il se trouve que j’ai assisté à la genèse du projet d’institut : j’ai vu la S.C.I. qui allait acheter les locaux se constituer, les travaux se réaliser effectivement sur la base du bénévolat, etc… Il est vrai que je n’ai pas examiné les comptes de la S.C.I. en question… Cependant, comme tous les chercheurs qui sont sur le terrain, j’ai pu vérifier, ici comme ailleurs, à quel point les dons faits par les fidèles dans les lieux de prières turcs sont important ; si l’on ajoute à cela une organisation quasiment prussienne – sourions un peu -, il n’est pas étonnant de voir les lieux de culte turcs pousser plus vite et mieux que beaucoup d’autres… Mais c’est vrai, il faut être sur le terrain pour le constater… Certes, je n’ai pas mis mon nez dans les comptes de l’association, je le répète. Mais pourquoi l’autofinancement pratiqué par les différentes églises serait-il interdit à une fédération nationale d’associations musulmanes ?

Que dit le corps de l’article ?

« Seulement voilà, comme il nous fut annoncé une scolarité très savante, quant on visite les lieux on cherche des salles de cours et la bibliothèque… en vain. On comprend qu’ici le savoir se distillera dans l’immense et splendide salle de prière. »

Ce qu’Anne Herriot semble n’avoir pas compris, c’est que les locaux sont tout simplement en cours d’installation, ce qui est pourtant bien visible : de fait, les aménagements intérieurs sont terminés, mais l’on ne peut pas dire que les locaux soient déjà « opérationnels ». Les livres ne sont effectivement pas encore là, mais il aurait été honnête de préciser pourquoi. Ne pas le faire et ajouter que le savoir « se distillera dans l’immense salle de prière » est donc une affirmation sans fondement.

L’affirmation selon laquelle, d’après l’un de mes collègues, les lieux seraient « presque en contradiction avec l’objectif plutôt mystique des Naqchabandi (sic) » est étrange : est-ce la qualité de la restauration des locaux qui pose un problème ? Pour penser que les « tekke » sont des lieux misérables – et pourquoi devraient-ils l’être ? – il faut ne pas connaître la qualité architecturale traditionnelle de ces lieux en Turquie.

Le tekke (mevlevi) de la rue Galip Dede à Istanbul (actuel Musée de la littérature de Cour) en est un bel exemple : la qualité et l’élégance de l’architecture, la qualité des matériaux employés ne semblent pas non plus en « contradiction » avec l’objectif « plutôt mystique », c’est le moins que l’on puisse dire, de cette autre confrérie… La question que l’on peut ici se poser est de savoir pourquoi, précisément, elle se pose. Certains auraient-ils du mal à admettre que l’islam, sortant des caves dans lesquelles on lui a souvent reproché de se développer, se voie maintenant reprocher de s’exercer au grand air, dans des locaux convenables.

C’est ici le refus de la visibilité sociale de l’islam qui s’exprime et le souhait de voir appliquer à cette religion un droit d’exception, en contradiction avec les principes républicains auxquels on somme par ailleurs les musulmans de se conformer.

La réaction du maire de la commune est à ce propos intéressante : il aurait été trompé, n’aurait pas su « que ce serait un institut destiné à former des théologiens musulmans ». Voilà une formulation bien étrange : est-ce à dire que s’il l’avait su il s’y serait opposé ? Sur le fondement des règles de l’urbanisme qui seules, éventuellement, auraient pu fonder un refus d’accorder le permis de construire ? Si la loi a été violée, la municipalité a-t-elle fait un recours en annulation devant les tribunaux ? Sinon, pourquoi ?

Il serait intéressant d’avoir ces précisions. Le souci de vérité et de soin dans l’enquête de la journaliste ne va pas jusque là… En toute hypothèse, la liberté de religion pose-t-elle un problème, plus précisément quand elle s’applique à l’islam ? Il serait intéressant de poser la question aux pouvoirs publics. J’invite à ce propos – le Conseil Français du Culte Musulman aurait pu le faire s’il avait été vivant… - le nouvel Observatoire de la laïcité, qui vient d’être créé par décret du 25 mars dernier, et qui, « à ce titre, […] réunit les données, produit et fait produire des analyses, études et recherches permettant d’éclairer les pouvoirs publics sur la laïcité » à se saisir de la question et à étudier les cas dans lesquels des droits sont refusés à des particuliers ou des associations en considération de leur étiquette confessionnelle.

Lorsque l’on sait que certains « responsables » ont déclaré publiquement – et sans aucune réaction à leur encontre – qu’ils tenaient des fichiers en considération de l’origine ethnico religieuse des acquéreurs de leur commune, nul doute que la moisson de l’Observatoire, pour être longue, n’en serait pas moins fructueuse. A moins que l’on considère que les atteintes à la laïcité ne puissent venir que des musulmans…

Tout cela n’est en réalité que des broutilles, même si elles sont déjà graves. Ce qui l’est le plus est le prétendu témoignage du « jeune homme d’origine turque » fait « sous le sceau de l’anonymat car ils ont peur. » Aux termes de ce témoignage, cette confrérie serait une « secte », infiltrée au plus haut niveau, puisque Necmettin Erbakan, « ancien chancelier » (sic) en aurait été membre ; en faire partie « c’est la garantie de s’enrichir et d’avoir le pouvoir »

Que signifie ce galimatias ? Tout d’abord, être jeune et Turc, rappelons le, n’est pas un diplôme ; avoir fait « sciences po. » ne donne pas non plus, en soi, de compétence spécifique sur l’islam. Il est consternant d’avoir à le rappeler. L’absence de compétence de ce « témoin » opportun se révèle tout d’abord dans l’utilisation du terme « secte ».

Il aurait été honnête, de la part de la journaliste, dont les questions essentielles et réitérées étaient de savoir si elle avait à faire à une secte ou à des « intégristes » de préciser qu’elle m’avait également posé la question, et que je lui avais expliqué que ce n’était pas le cas, comme je le disais plus haut. Mais ma parole est sûrement suspecte, puisque je ne suis pas Turc… Cette attitude est hélas très fréquente chez les journalistes et les « décideurs » ; il est contradictoire, en adoptant celle-ci, de fustiger ensuite là le communautarisme, ici les risques d’atteinte à la laïcité, si seuls les Turcs (pour faire simple…) peuvent parler de façon pertinente de l’islam ou de mouvement turcs. Mais nous avons l’habitude des ces contorsions intellectuelles…

Redisons le donc ici, une confrérie musulmane n’est pas une secte ; elle ne l’est ni dans son recrutement, ni dans son fonctionnement, les controversés rapports parlementaires sur le sujet ne les mentionnant d’ailleurs jamais. Utiliser ce vocabulaire ne peut donc procéder que d’une intention de stigmatisation, d’autant que l’un des trois sous titres de l’article est intitulé « Une secte pour certains ». Le « pour certains » étant une précaution d’écriture dont le but évident est d’éviter une affirmation qui serait diffamatoire, mais dont l’effet est d’instiller le doute chez un lecteur non averti, conforté ensuite par le témoignage de l’opportun « jeune homme d’origine turque ».

Cette « secte » doit être bien dangereuse, pour que ce témoin ne parle que couvert par l’anonymat… « En être membre, c’est la garantie de s’enrichir et d’avoir le pouvoir », ajoute le témoin d’autant plus prolixe qu’il est anonyme. Cette remarque est particulièrement intéressante. Dans le cadre de mes recherches, j’ai eu l’occasion de rencontrer de très nombreux membres de la confrérie dans différents pays. Pour ce qui est de la branche française, en cause ici, si ses responsables sont souvent des chefs d’entreprises disposant de certains revenus – comme toute personne qui travaille – je n’en ai pas encore rencontrés qui aient le pouvoir, ni qui se soient enrichis considérablement.

Pour ce qui est de la Turquie, il aurait été intellectuellement honnête d’indiquer l’origine des différents entre les confréries (et pas seulement celle-ci) et la République turque. Interdites en 1925, leurs membres pourchassés ? Thierry Zarcone[3] parle même de période de persécution pour la période 1925 – 1945 ; aurait-il fallu que lesdites confréries se fassent les propagandistes zélées d’un régime qui tentait de les faire disparaître ? Que de tels non sens soient affirmés avec une telle assurance est révélateur de la désinformation habituelle sur ces questions. Quant à avoir le pouvoir en Turquie…

En réalité, ces propos rappellent étrangement – il serait intéressant de savoir si cela a été fait consciemment ou non - les termes du complot « judéo maçonnique » : des groupes mystérieux permettent à leur membres de s’enrichir et exercent une influence occulte, dont la puissance est d’autant plus grande qu’elle est plus occulte, ils pratiquent en outre des crimes rituels... Le serpent se mord la queue… L’utilisation de cette rhétorique, bien plus suspecte que le financement des lieux de culte, a été justement condamnée chez nous pour ce qu’elle était ; on l’a vue à l’œuvre lorsque ses tenants ont exercé le pouvoir aux heures les plus sombres du XX° siècle. La repeindre de frais aux couleurs de l’islam est d’une inconséquence grave.

Par de tels propos se distille petit à petit, jour après jours, une idéologie du soupçon qui devra trouver un jour un exutoire. Alors que cherche-t-on avec ce genre d’articles ? A faire vendre ? Si tel est le cas, on peut se dire : à quel prix ! La réaction « naturelle » de la confrérie, après un tel article, devrait être de se replier sur elle-même ; la prophétie auto réalisatrice aurait alors atteint son but : « je vous l’avais bien dit ! Ils ont donc quelque chose à cacher ! » serait alors le cri de ceux qui cherchent à provoquer ce genre de réactions.

En outre, il me parait important de rappeler que cette volonté de transparence à tout prix chez les autres est extrêmement suspecte : dans un système démocratique, ce sont les pouvoirs publics qui ont à être transparents, par les personnes privées ; inversez ce principe et vous aurez une dictature. Est-ce bien cela que l’on veut ?

Le plus étonnant dans cette histoire, reste l’irrationalité profonde de ce type d’articles. Alors que l’Occident n’a de cesse d’exciper de la Raison qui le fonde, pour s’opposer à un Orient découpé sur mesures, il semble qu’il n’ait à proposer, lorsqu’il parle de l’islam, que l’irrationalité la plus débridée. Plus que jamais, l’Autre est moi-même…



[1] Ce qui signifie à proprement parler « remémoration ».

[2] C’est comme cela que l’on appelle en turc le lieu dans lequel se réunissent les soufis ; on parle de « zaouïa » dans le monde arabe. La traduction la plus appropriée me semble être celle de « loge », d’usage plus courant chez les anglo-saxons que chez nous.

[3] In La Turquie moderne et l’islam, Flammarion, 2004, 362 pp.

Jean-Michel Cros

Du même auteur, à lire en ligne sur Oumma.com :

Vos réactions et commentaires sur cet article

Par Ali - le 14 novembre 2007
Je trouve votre commentaire très juste et très méticuleux, en ce sens qu’il ne se limite pas seulement démentir. Mieux, il apporte des contre-arguments solides pour battre en brêche l’énoncé de l’auteur. Une démarche à saluer, et j’invite d’ailleurs tous les hommes de plumes, brefs tous les hommes soucieux de justice à emprunter, afin que triomphe la vérité. NB : je suis Sénégalais, mais ce que vous dites de nombre de journalistes français, on peut en dire autant de la presse sénégalaise, notamment sur les sujets politiques. C’est un véritable problème pour la presse d’aujourd’hui, que d’allier rapidité, rentabilité et fiabilité
Par krug - le 15 avril 2007

Dans ce cas-ci la journaliste a apparement fait son travail de collecte pour si ce n’est s’en détacher , en selectionner (en inventer ?) les parties les plus croustillantes promouvant la stigmatisation.

On peut relever que c’est une journaliste de France Soir. Ce journal qui est depuis longtemps que l’ombre de lui même, est passé du côté des gros titres, du people, de la stigmatisation... La vérité, pas celle philosophique car personne ne la détient, mais son approche, n’est pour ces journaux, à l’instar des principaux quotidiens anglais, plus une priorité. Le profit est’il derrière. Le capitalisme est-il le moteur de cet dérive journalistique ? Je ne me pose plus la question.

La bipolarisation du monde est-elle nécéssaire aux classes dirigeante ? A la fin du siècle dernier, c’était les allemands et les juifs (qui étaient soit disant de mêche), au milieu du siècle, les juifs et les rouges (encore de mêche), ensuite les rouges et les arabes, maintenant les musulman. Si l’on suit la presse de ces époques, c’est les mêmes discours qui nous sont servis, seul les noms des fautifs changent.

Je crois cependant que cela ne doit en rien servir de justification à des tendances communautarismes fortes. Je pense aussi que les critiques bonnes ou négatives sont nécéssaires, tant qu’elles ne se basent pas sur le mensonge ou l’ommission comme dans l’article ici critiqué. Je pense qu’une démarche où l’on pose l’ensemble des arguments, et qu’ensuite on inciste sur ceux que l’on mettre en évidence est la bonne démarche. En fait c’est la démarche scientifique.

Par Benoît - le 12 avril 2007
Bravo pour cette suite d’articles, qui illustrent autant le dégoût provoqué par la désinformation, que le risque de mettre tous les médias dans le même chapeau. Il est vrai que peu de journalistes connaissent un sujet avant d’en parler ( !!!), et les religions représentent un paradoxe de marché flagrant : indésirables dans la société, elles remplissent pourtant tous les kiosques ... J’apporterais néanmoins un bémol concernant cet état de fait : il suffit de penser à des revues telles que le Monde des Religions, qui propose aux lecteurs avertis des articles relatant toujours la diversité des points de vue, et les multiples visages des traditions philosophiques ou religieuses. Mais encore faut-il que le lecteur moyen se donne les moyens d’appréhender une presse de qualité ! Il est évidemment plus facile - et moins cher - de lire France Soir. Chrétien pratiquant, je comprends tout à fait votre écoeurement face à la déferlante médiatique sur l’Islam : les chrétiens, toutes confessions confondues, ont droit régulièrement aux simplismes voire aux cynismes ipseudoinformatifs les plus flagrands. Je vous rejoins donc de tout coeur.
Par Fatima - le 12 avril 2007
Nous sommes aujourd’hui dans une société où les média ont un pouvoir énorme de propagande. Et derrière les média nous avons des lobbies qui ne cessent d’influencer directement ou indirectement les lignes rédactionnelles. Le journaliste est avant tout un salarié qui "obéit" à son chef et donc à une ligne rédactionnelle "imposée". Les média et les lobbies ont un seul objectif : l’argent via l’audimat ou la diffusion et les espaces publicitaires ! nous sommes dans une société capitaliste, c’est toujours la même rengaine la course aux bénéfices et aux business. Le défi de demain serait de combattre la manipulation médiatico-politique ! Merci à tous pour vos commentaires.
Par unbonarien - le 12 avril 2007
le plus etonnant n’est pas l’etalage d’imbecilités journalistiques ,mais le fait de se preter a leur jeu...n’avez vous donc jamais ouvert france soir ?
le 12 avril 2007
les propos de M. Cros ne me choque pas du tout au ontraire, a chaque fois qu’il y a un reportage sur l’islam ou les musulmans, c’est toujours n’importe quoi, déformé, désinformé......... je pense que les médias ont peur et son conduit par un lobby anti musulman... et que les journaliste (la majorité sont nuls) il reste néanmoins une rare minorité de journalistes sérieuse et juste qui travail avec une ethique. le portrait du musulman présenté à la télé ne resemble pas aux musulmans
Par vieuxsinge - le 11 avril 2007
Heureusement, tous les journalistes ne sont pas comme ceux de France-Soir. Je viens de relire l’article du quotidien "l’Est républicain" du 16 décembre 2006 annonçant l’ouverture d’une "école coranique" dans les Vosges. L’auteur donne largement la parole aux promoteurs du centre, et la tonalité générale est plutôt bienveillante. Personnellement, j’ai découvert les Nakhchbandi en Ouzbékistan.
le 11 avril 2007
Très bon article qui montre combien aujourd’hui l’Islam est un sujet qui rapporte beaucoup d’argent. Les médias en général en usent et en abusent à souhait ! Les conflits au proche Orient ou au moyen Orient, dont on sait l’origine, sont de l’or en barre pour ces détracteurs. S’il n’y avait que cela, le mal serait limité, seulement derrière il y a des visées politiques. Derrière le politique, il y a le pouvoir économique, sans scrupules, aliénant et aliéné qui veut s’accaparer les richesses, comme le pétrole, et exercer une domination mondiale pour leur seul profit. Pour cela tous les prétextes sont bons et s’ils n’en trouvent pas, ils en inventent. Les attentats du 11 septembre 2001 en sont un exemple flagrant, comme les pseudos armes de destructions massives de l’Irak et le mythe d’al qaïda. Selon l’adage bien connu, cherchez à qui profite le crime ! Ceci dit, pourquoi la confrèrie Naqchbandiya ne fait pas valoir son droit de réponse étant donné qu’il y a manifestement désinformation ? Si le journal refuse, qu’il lui soit attenté un procès en diffamation, peut-être qu’alors, quand plusieurs journaux auront été ainsi condamnés, les journalistes réfléchiront-ils davantage dans l’avenir, inch’Allâh. Abderrahmân.
Par Fousséni KINDO à Bobo Dioulasso - le 11 avril 2007
Merci pour l’article. Je voudrais emprunter mes mots à un confrère qui pense que cette presse française est sous l’emprise croissante des groupes industriels qui exercent leur domination sur le pouvoir économique en alliance de plus en plus étroite avec les pouvoirs politiques. La connivence du pouvoir économique avec le pouvoir politique a causé un tort dévastateur à la crédibilité des médias. La pratique journalistique s’est dévoyée avec le parti pris, le manque de distanciation énonciative et critique, les ragots, les manipulations de toutes sortes et les bidonnages aussi ne cessent de se multiplier. La mise en scène l’emporte sur la vérification des faits.En somme, toutes ces fausses affaires montées de toute pièce, montrent bien qu’à l’ère de la mondialisation néolibérale, nous vivons paradoxalement en état d’insécurité informationnelle.Nos sociétés surmédiatisées font proliférer l’information avec une garantie de fiabilité nulle. Bravo au triomphe du journalisme de spéculation et de spectacle, au détriment du journalisme d’information. Car il causera notre perte à tous
Par Hakim - le 11 avril 2007

Bonjour,

Pour info, je vous rapelle que France soir a été racheté derniérement par Arcadi Gaydamak. Un homme d’affaires et financier angolo-canado-franco-israélien d’origine russe.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Arcadi_Gaydamak

Par Romuald - le 11 avril 2007
Merci Jean-Michel Cros pour la pertinence de vos textes que je lis toujours avec un immense plaisir.
le 11 avril 2007

Merci Monsieur pour cet article salubre qui analyse avec justesse la propagande qui s’étend, entres autres, dans les médias en France.

Je souhaite y apporter mon témoignage, en tant que Français d’origine turque aussi...

Déjà concernant le témoignage de l’anonyme jeune turc. La communauté turque est, politiquement, pas mal divisée, et chaque partie se tire dans les pattes pour se regonfler lui-même. Ainsi les calculs politiques prévalent très très souvent au jugement purement objectif.

Ensuite sur l’éthique journalistique. Depuis que l’adhésion de la Turquie à l’UE s’est précisée, les cercles conservateurs en France, qui sont nombreux, et qui sont absolument contre cette adhésion, ont fait, avec les relais des médias, un véritable travail de sape pour "démontrer" que la Turquie ne pouvait pas adhérer à l’UE. Les thèmes principaux de cette "démonstration" étaient : Turquie violente, Turquie islamiste, Turquie nationaliste, Turquie génocidaire etc. La principale raison de ce refus, que ces "démonstrations" cachent en fait, c’est que tout simplement la Turquie est de culture musulmane et ça les partisans d’une "origine chrétienne de l’Europe" n’en veulent pas. Des individus qui ailleurs étaient marginalisés (De Villiers, dans une moindre mesure Sylvie Goulard, Philippe Tesson etc) venaient encore il y a peu expliquer dans les médias de masse pourquoi la Turquie était ceci ou cela. Dans les journaux papiers ou télévisés des faits divers ou exceptionnels étaient montés en faits de société qui engrèneraient la Turquie. Si je ne connaissais pas ce pays, j’aurais pu y croire, tellement c’était massif... Bref l’éthique journalistique je n’y crois plus et bon nombre de gens d’origine turque non plus. A ce propos je vous conseille un livre très intéressant d’un avocat, Guillaume Weill-Raynal : "les nouveaux désinformateurs".

Sur l’article que vous analysez, je pense que la motivation première dans ce cas, est de vendre du papier. Il y a quelques années ce genre de papier (alors "exclusivité" de l’extrême droite) "horrifiait" (faussement donc) ces mêmes journalistes. Aujourd’hui, avec les attentats du 11 septembre 2001 comme déclencheurs, l’islamophobie se généralise, se légitime même (ce qui est plus grave), et ressemble en effet au racisme essentialiste nazi. Comme quoi la leçon, l’éthique supposées tirées des horreurs nazies en Europe, ne sont que superficielles.

Voilà pourquoi je crois important de lutter contre le racisme antimusulman, qui drapé de fausses vertus, se développe aujourd’hui

Cordialement.

Nuri T.

Par Lisa - le 11 avril 2007
Pendant que nous mettons la loupe sur la prétendue intolérance de l’islam,nous oublions notre propre intolérance.C’est ce que les psys appellent:Rationnaliser.Cela permet de camoufler des pratiques qui dérangent,telles que les violences commises sur des musulmans en Bosnie,Tchétchénie,Gujerat,Palestine,Afghanistan,Irak,Gantanamo.Dénigrer l’islam c’est créer un cadre qui légitime et justifie ces horreurs.
le 11 avril 2007
Salam, Baraka Allahou fik Farid,ton témoignage m’a fait de bien Alhamdoulilleh qu’il y ait encore des gens qui pensent de cette manière en France mais il y a des journalistes qui ont une grande culture comme ceux de la chaine Aljazeera que je trouve magnifique salam
Par Robert - le 11 avril 2007
La diabilisation des musulmans est devenu un préalable pour tous ceux ou toutes celles qui souhaitent faire carrière dans les médias et qui se refusent à toute analyse nuancée sur les musulmans présentés souvent comme une menace qui plane sur la République et ses "idéaux".
Par TUBIANA PAUL - le 11 avril 2007
Je crois que de nombreuses personnes devraient lire vos commentaires et etre de fidèles lecteurs du site ; ils comprendraient que les musulmans de FRANCE et de NAVARRE ressemblent à tous les autres citoyens et que leurs paroles n’ont rien rien d’étranges et de secret ; les explications viennent d’elles-même dans la mesure où les hommes sont de bonne volonté.
Par Farid - le 11 avril 2007

Salam,

Moi qui suis de formation journalistique, je peux vous affirmer que la plupart des journalistes ne connaissent pas grand chose, quelque soit le sujet sur lequel ils écrivent et en encore moins en ce qui concerne l’Islam. J’ai été frappé du manque de culture des étudiants journalistes, dont la formation ne se limite qu’à reprendre les dépêches AFP et à les retravailler. On ne leur demande pas de réfléchir, on leur demande de produire, et vite. Pour ce qui est des enquêtes de terrains, la plupart des journalistes ont une ignorance crasse de leur sujet et se fie aux lieux communs : Foulard = intégrisme, barbu = apprenti térroriste. Les seuls qui ont grâce à leurs yeux sont les maghrébins, la préférence va aux maghrébines, qui crachent sur l’Islam. Pour terminer, je peux vous dire que lorsque l’on a un minimum d’honnêteté et de principes, à la fin des études de journalisme, on n’a plus envie de devenir journaliste.

Par Asmaa - le 11 avril 2007
Désolant... il n’ya pas d’autre mot... Merci Mr Cros de dénoncer ces horreurs perpetrées continuellement à l’encontre des musulmans...
le 11 avril 2007
Salamou aleykoum, C’est minable et triste de voir des journalistes agir de la sorte mais ça ne m’étonne pas.Ma cousine,une jeune musulmane qui porte le foulard,a accepté de témoigner pour un magazine sachant qu’elle a exigé que ses paroles ne soient pas déformées à la journaliste qui l’a interviewé mais la majorité des ses dires étaient déformées d’une façon qui a dévié le sens si si n’est pour la faire dire le contraire de ce qu’elle a dit salam
Par Mounya - le 11 avril 2007
L’attitude des médias est le reflet du contexte idéologique dont elle dépend. L’objectivité des journalistes est un mythe. Souvenons-nous:Durant la premiére guerre mondiales les journaux faisaient croire au peuple qu’il y avait le chauffage central dans les tranchées ! Pour ce qui est du verbiage omnipresent sur l’islam,l’ignorance n’a d’égal que la mauvaise foi et une cécité incurable.
Par amiral - le 11 avril 2007
Il est tout simplement aberrant de croire qu’un journaliste viendrait avec une autre intention que de vendre du papier. Ce dernier ne fait que se conformer à la demande et s’acquitte donc à tenir un discours sensationnaliste sans lequel son papier ne vaut rien ! Il est par contre beaucoup plus étonnant que de voir des musulmans s’étonnant de ces pratiques et ce à plusieurs titres dont je limiterai la démonstration à un hadith du prophète SWS : " Et il ne vous aimerons que lorsque vous leur ressemblerez en tout point " ; pour conclure ne nous étonnons plus d’un phénomène amorcé au début des années 80 et contentons nous de faire fi de ces critiques car comme dit l’adage " les chiens aboient, la caravane passe"
Par Azzeddine - le 11 avril 2007
Bonjour, Vous étés quelqu’un de bien, un bon citoyen et un vrai professionnel, merci pour vos articles.
Par Djawad - le 11 avril 2007
Pour quelques journaleux, tout ce qui ressemble à l’Islam est un danger potentiel. La désinformation continue, ces journaleux ne font même pas l’effort de comprendre. Ce qui les interesse est de faire peur, toujours faire peur.
Par Larson - le 11 avril 2007
Rien de suprenant hélas dans ce que vient d’écrire M. Cros. Ce sont vraiment les méthodes de certains journalites.

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