Comment lutter contre l’islamophobie

" Deux croix gammées ont été inscrites sur les murs extérieurs d’une mosquée de Dunkerque, dont la po

lundi 1 décembre 2003

" Deux croix gammées ont été inscrites sur les murs extérieurs d’une mosquée de Dunkerque, dont la porte a été "volontairement" incendiée dans la soirée de mardi."
DUNKERQUE (AFP) - mercredi 26 novembre 2003, 16h01.

Ce fait divers n’est que le dernier en date d’une longue suite d’actes anti-musulmans. Profanation de tombes dans un cimetière militaire du Haut-Rhin, incendie d’un lieu de culte à Nancy, profanation d’un carré musulman dans la Meuse... L’année 2003, comme les précédentes, a vu son lot d’actes de ce genre.
Longtemps cantonnés dans les sphères d’une ultra droite poussiéreuse et aigrie, les thèses anti-musulmanes qui forment la "matrice idéologique" de ces criminels ont hélas le vent en poupe. Car les attentats du 11 septembre 2001 et les événements du Proche-Orient, loin de fonder l’islamophobie n’ont en vérité fait que libérer une parole et des sentiments enfouis depuis des lustres dans l’univers mental de certains courants de pensée.

Ces thèses insistent avec force sur le caractère intrinsèquement nocif de l’Islam et de ses fidèles, et bien sûr sur le danger qu’ils font peser sur la société et la culture françaises. Ce faisant elles font leur lot d’un déterminisme aussi hypocrite que biaisé qui les amènent à faire intervenir des motivations pseudo religieuses derrière des actes qui ne relèvent de rien d’autre que du droit commun. Et c’est ainsi que pêle-mêle les braquages, les viols collectifs, les vols, les meurtres commis dans les cités ou ailleurs se retrouvent catalogués comme des manifestations directes de la montée de l’intégrisme musulman. L’amalgame avec le terrorisme ou les fameuses "affaires de voile" est alors délibérément entretenu pour créer une sorte de maelström nauséabond et dévastateur auquel une opinion publique française, souvent mal ou peu informée, aurait bien du mal à résister si ce matraquage devait se poursuivre.

Devant une telle perspective, on ne voit pas comment les actes d’islamophobie qui pour l’instant en restent heureusement au stade de la destruction de biens ou d’attaques verbales ne dégénéraient pas vers des actes plus graves, dont les conséquences pour la société française et la cohésion nationale pourraient être gravissimes.

Face à cette menace, force est de constater que les responsables politiques demeurent totalement amorphes. Ils ont pour la plupart fait le pari électoraliste de "surfer" sur les peurs de leurs concitoyens non musulmans pour se poser en rempart face à une menace "islamiste" qui demeure au final aussi floue qu’elle est effrayante. Pari dangereux en définitive. Pari qui ne laisse de place pour aucun discours alternatif tant celui qui voudrait se poser en élément modérateur est immédiatement accusé de mollesse, voire de trahison par la majorité de son camp.

" Pas de liberté aux ennemis de la liberté", la phrase de Saint-Just semble être devenu le nouvel adage des milieux politiques et intellectuels français pour tout ce qui concerne la "question musulmane" et servir de prétexte au vote de lois d’exception qui auraient suscité un tollé général en d’autres temps. Sauf que nos concitoyens musulmans refusent d’être considérés à priori comme des ennemis de la liberté. Et de la même manière que la communauté juive française n’a pas à payer le prix de la politique israélienne ou étasunienne, les citoyens français de confession musulmane n’ont plus à raser les murs et à accepter d’être insultés quotidiennement pour expier les agissements de quelques fanatiques étrangers. Par leur pondération et leur longue histoire, ils ont donné suffisamment de gages pour ne plus accepter d’être montré du droit comme les éléments d’une possible 5e colonne, et cela quel que soit leur degré de piété.

Publicité

commentaires